‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 164 sur 255 · DU HAMSTER. 38S · texte numérisé non relu

DU HAMSTER. 38S

(langer; son unique soin est de pourvoir à .sa propre conservation. Dans cette vue, dès qu’elle se sent poursuivie, elle s enloncc en creusant plus avant dans la terre, ce qu elle exécute avec une célérité surprenante. Les petits ont beau la suivre, elle est sourde à leurs cris, et elle bouche inèinc la retraite qu’elle s’est pratiquée.

« Le hamster se nourrit de toutes sortes d’herbes, de racines et de grains que les différentes saisons lui fournissent.il s’accommode même très-volontiers de la chair des autres animaux dont il devient le maître. Comme il n’est pas fait pour les longues courses, il fait le premier fonds de son magasin par ce que lui présentent les champs voisins de son établissement, ce qui est la raison pourquoi l’on voit souvent quelques-unes de ses chambres remplies d’une seule sorte de grains. Quand les champs sont moissonnés, il va chercher plus loin ses provisions, et prend ce qu’il trouve dans son chemin pour le porter dans son habitation et l'y déposer sans distinction. Pour lui faciliter le transport de sa nourriture, la nature l’a pourvu de bajoues. de chaque coté de l’intérieur de la bouche. Ce sont deux poches membraneuses, lisses et luisantes en dehors, et parsemées d’un grand nombre de glandes en dedans, qui distillent sans cesse une certaine humidité pour les tenir souples et les rendre capables de résister aux accidents, que des grains souvent raides et pointus pourraient causer. Chacune de ses bajoues peut contenir une once et demie de grains, que cet animal , de-retour dans sa demeure, vide moyennant ses deux pieds de devant, qu’il presse extérieurement contre ses joues, pour en faire sortir les grains. Quand on rencontre un hamster, ses poches remplies de provisions, on peut le prendre avec la main sans risquer d’être mordu, parce que dans cet état il n’a pas le mouvement des mâchoires libres. Mais, pour peu qu’on lui laisse du temps, il vide promptement ses poches et se met en défense. La quantité de provisions qu’on trouve dans les terriers varie suivant l’âge et le sexe de l’animal qui les habile. Les vieux hamsters amassent jusfju’à cent livres de grains; mais les jeunes et les femelles se contentent de beaucoup moins. Les uns et les autres s'en servent, non pour s’en nourrir pendant l’hiver, temps qu’ils passent à dormir, et sans manger, mais pour avoir de quoi vivre après leur réveil au printemps, et pendant l'espace de temps qui précède leur engourdissement.

« l’approche de l'hiver, les hamsters se retirent dans leurs habitations souterraines, dont ils bouchent l’entrée avec soin, ils y restent tranquilles et vivent de leurs provisions, jusqu’à ce que le froid étant devenu plus sensible, ils tombent dans un état d'engourdissement semblable au sommeil le plus profond. Quand adirés ce temps-là on ouvre un terrier, qu’on reconnaît patun monceau de terre qui se trouve auprès du conduit oblique dont nous avons parlé, on y voit le hamster mollement couché sur un lit de paille menue et très-douce. Il a la tête retirée sous le ventre, entre les deux jambes de devant : celles de derrière sont appuyées contre le museau. Les yeux sont fermés, et quand on veut écarter les paupières, elles se referment dans

38G HISTOIRE NATIJREI.LE

1 instanl. Les membres sont raides comme ceux dïm animai mon, et tout le corps est froid au toucher comme la glace. Ou ne remarque pas la moindre respiration ni autre signe de vie. Ce n’est qu’en le disséquant dans cet état d’engourdissement qu’on voit le cœur se contracter et se dilater; mais ce mouvement est si lent, qu’on peut compter à peine quinze pulsations dans une minute, au lieu qu i! y en a au moins cent cinquante dans le même espace de temps, lorsque l’animal est éveillé. La graisse est comme figée, les intestins n’ont pas plus de chaleur que l’extérieur du corps, et sont insensibles à l’action de l’esprit-de-vin et même à l’huile de vitriol qu’on y verse, et ne marquent pas la moindre irritabilité. Quelque douloureuse que soit toute cette opération, l’animal ne parait pas la sentir beaucoup ; il ouvre quelquefois la bouche, comme pour respirer; mais son engourdissement est trop fort pour s’éveiller entièrement.

« On a cru que la cause de cet engourdissement dépendait uniquement d’un certain degré de froid en hiver. Cela peut être vrai à l’égard des loirs, des lérols, des chauves-souris; mais pour mettre le hamster dans cet état, 1 expérience prouve qu’il faut encore que l’air extérieur n’ait aucun accès à l’endroit où il s’est retiré. On peut s’en convaincre en enfermant un hamster dans une caisse remplie de terre et de paille : on aura beau l’exposer au froid le plus sensible de I hiver et assez fort pour glacer l’eau, on ne parviendra jamais à le faire dormir; mais dès qu on met cette caisse à quatre ou cinq pieds sous terre, qu’il faut avoir soin de bien battre, pour empêcher l’air extérieur d y pétiétrer, on le trouvera au bout de huit ou dix jours engourdi comme dans son terrier. Si I on retire celle caisse de la terre, le hamster se réveillera au bout de quelques heures, et se rendormira de nouveau, quand on le remet sous terre. On peut répéter cette expérience avec le même succès, aussi longtemps que le froid durera, pourvu qu’on observe d’y mettre l’intervalle de temps necessaire. Ce qui prouve encore que l’absence de l’air extérieur est une des causes de l’engourdissement du hamster, c’est que, retiré de son terrier au plus gros de l’hiver, il se réveille immanquablement au bout de quelques heures, quand on l’expose à l’air. Qu’on fasse cetic expérience de jour ou de nuit, cela est indifférent, de sorte que la lumière n’y a aucune part.

« C’est un spectacle curieux de voir passer un hamster de l’engourdissement au réveil. D abord il perd la raideur des membres; ensuite il respire profondément, mais par de longs intervalles ; on remarque du mouvement dans les jambes; il ouvre la bouche comme pour bâiller, et fait entendre des sons désagréables et semblables au râlement. Quand ce jeu a duré pendant quelque temps, il ouvre enfin les yeux et tâche de se mettre sur les pieds : mais tous ses mouvements sont encore peu assurés et chancelants, comme ceux d'un homme ivre. Il réitère cependant ses essais, jusqu’à ce qu’il parvienne à se tenir sur scs jambes. Dans cette altitude il reste tranquille, comme pour se reconnaître et se reposer de ses fatigues; mais peu à peu il commence à marcher, à manger et à agir, comme il faisait avant le

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temps de son sommeil. Ce passage de rcngourdissemenl au reveil demande plus ou moins de temps, selon la température de 1 endroit ou se trouve I animal. Si on l'expose à un air sensiblement froid, il faut qucbiuefois plus de deux heures pour le faire éveiller, et dans un lieu plus tempéré, cela se fait en moins d'une heure. Il est vraisemblable que dans les terriers cette catastrophe arrive imperceptiblement, et que l’animal ne sent aucune des incommodités qui accompagnent un réveil forcé et subit.

« La vie du hamster est partagée entre les soins de satisfaire aux besoins naturels et la fureur de se battre. Il parait n’avoir d’autres passions que celle de la colère, qui le porte à attaquer tout ce qui se trouve en sou chemin, sans faire attention à la supériorité des forces de 1 ennemi. Ignorant absolument l’art de sauver sa vie en se retirant du combat, il se laisse plutôt assommer de coups de bâton que de céder. S’il trouve le moyen de saisir la main d’un homme, il faut le tuer pour se débarrasser de lui. La grandeur du cheval l’elTraie aussi peu que l’adresse du chien j ce dernier aime à lui donner la chasse : quand le hamster l-d|)erçoit de loin, il commence par vider scs poches, si par hasard il les a remplies de grains; ensuite il les enfle si prodigieusement, que la tête elle cou surpassent beaucoup en grosseur le reste du corps; enfin il se redresse sur ses jambes de derrière, et s’élance dans celte attitude sur rennemi; s’il ratlra|)e, il lie le quitte qu’àprès l'avoir tué ou perdu la vie; mais le chien le prévient pour l’ordinaire, en cherchant à le prendre par derrière et à l’étrangler. Cette fureur de se battre fait que le liamster n’est en paix avec aucun des autres animaux. Il fait même la guerre à ceux de sa race, sans en excepter la femelle. Quand deux hamsters se rencontrent, ils ne manquent jamais de s’attaquer réi'i-. proquement jusqu’à ce que le plus faible succombe sous les coups du plus fort, qui le dévore. Le combat entre un mâle et une femelle dure pour l’ordinaire plus longtemps que celui de rnàle à mâle. Ils commencent par .se donner la chasse et se mordre; ensuite chacun se retire d’un autre côté, comme pour prendre haleine : peu après ils renouvellent le combat, et continuent à se fuir et à se battre jusqu'à ce que l’un ou l'autre succombe. Le vaincu sert toujours de repas au vainqueur. «

LE LEMING.

Ordre des rongeurs, genre rat. {Ci vieb. )

Olaiis illagnus est le premier qui ait fait mention du leniing. et tout ce qu’eu ont dit Gossner, Scaliger, Zieglcr, .lonslon, etc., est tiré de cet anletir;

588 IIISTOlUE NATURELLE DU LEMING.

mais Wormius, après des recherches plus exactes, a fait Thistoire de cet animal, et voici la description qu’il en donne :

« Il a. dit-il, la (igure d’une souris, mais ,Ia queue plus courte, le corps long d’environ cinq pouces, le poil lin et taché de diverses couleurs, la partie antérieure de la tête noire, ta partie supérieure jaunâtre, le cou et les épaules noirs, le reste du corps roussàtre, marqué de quelques petites taches noires, de diiïérenles figures jusqu’à la queue, qui n’a qu’un demi-pouce de longueur, et qui est couverte de poils jaunes noirâtres. L’ordre des taches, non plus que leur figure et leur grandeur, ne sont pas les mêmes dans tous les individus. Il y a autour de la gueule plusieurs poils raides en forme de moustaches, dont il y en a six de chaque côté beaucoup plus longs et plus raides que les autres. L’ouverture de la gueule est petite; la lèvre supérieure est fendue comme dans les écureuils. 11 sort de la mâchoire supérieure deux dents longues incisives, aigues, un peu courbes, dont les racines pénètrent jusqu’à l’orbite des yeux; deux dents semblables dans la mâchoire inférieure qui eorrespondent à celles du dessus; trois mâchelièrcs de chaque côté, éloignées des dents ineisives ; la première des màchelieres fort large est composée de quatre lobes, la seconde de trois, la troisième plus petite, chacune de ces trois dents ayant son alvéole séparé, et toutes situées dans 1 intérieur dn pala'.s h un intervalle assez grand; ta langue assez ample et s'étendant jusqu’à l’extrémi'é des dents incisives. Des débris d'herbe eide paille qui étaient dans la gorge de cet animal doivent faire penser qu'il rumine. Les yeux sont petits et noirs; les oreilles couchées sur le dos, les jambes de devant très-courtes, les pieds couverts de poils et armés de cinq ongles aigus et courbés, dont celui ilu milieu est très-long, et dont le cinquième est comme un petit pouce ou comme un ergot de coq, situé quelquefois assez haut dans la jambe, fout le ventre est blanchâtre, tirant un peu sur le jaune, etc. b

. Gct animal, dont le corps est épais et les jambes fort courtes, ne laisse pas de courir assez vite. Il habite ordinairement les montagnes de Norwége et de Laponie : mais il en descend quelquefois en si grand nombre dans de certaines annexes et dans de certaines saisons, qu'on regarde l'arrivée des lemings comme un lléau terrible, et dont il est impossible de se délivrer; ils font un dégât affreux dans les campagnes, dévastent les jardins, ruinent les moissons, et ne laissent rien que ce qui est serré dans les maisons, où heureusement ils n’entrent pas. Ils aboient à peu près comme de petits chiens; lorsqu’on les frappe avec un bâton, ils se jettent dessus et le tiennent si fort avec les dents, qu ils se laissent enlever et transporter à quelque distance, sans vouloir le quitter; ils se creusent des trous sous terre, et vont comme les taupes manger les racines; ils s’assemblent dans de certains temps, et meurent pour ainsi dire tous ensemble; ils sont très-courageux et se défendent contre les autres animaux. On ne sait pas trop d’où ils viennent; le peuple croit qu'ils tombent avec la pluie. Le mâle est ordinairement plus grand que la femelle, et a au.ssi les lâches noires plus grandes. Ils mcurenl infailliblement au renouvellement des herbes. Ils vont aussi en grandes troupes sur l’eau dans le beau temps; mais s’il viem un coup de vent, ils sont tous submergés, Le nombre de ces animaux est si prodigieux, que, quand ils meurent, l’air en est infecté, et cela occasionne beaucoup

HISTOIRE NATURELLE DU LÉROT A QUEUE DORÉE. 389 (le maladies; il semble même qu’ils infecienl les plantes qu’ils ont rongées, car le pâturage fait alors mourir le bétail. La chair des lemings n est pas bonne à manger; et leur peau, quoique d un beau poil, ne peut pas servir à faire des fourrures, parce qu’elle a trop peu de consistance.

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