DU HAMSTER
deux, trois et quatre caveaux particuliers, qui sont en forme de voûte, tant par-dessous que par-dc- sus , et plus ou moins spacieux suivant la quantité de leurs provisions. »
« Le trou perpendiculaire est le passage ordinaire du hamster pour entrer et sortir. C’est par le trou oblique que se fait l’exportation de la terre : il paraît aussi que ce conduit, qui a une pente plus douce dans un des caveaux et plus rapide dans un autre de CCS caveaux, sert pour la circulation de l’air dans ce domicile souterrain. Le caveau où la femelle fait ses petits ne contirnt point de provision de grain, mais un nid de paille ou d’herbe. La profondeur du caveau est très-différente : un jeune hamster dans la première année ne donne qu’un pied de profondeur à son caveau; un vieux hamster le creu.se souvent jusqu’à quatre ou cinq pieds : le domicile entier, y compris toutes les communications et tous les caveaux, a quelquefois huit ou dix pieds de diamètre.
« Ces animaux approvisionnent leurs magasins de grains secs et nettoyés, de blé en épis, de pois cl fèves en cosses, qu’ils nettoient ensuite dans leur demeure, et ils transportent au dehors les cosses et les déchets des épis par le conduit oblique. Pour apporter leurs provisions , ils se servent de leurs abajoues , dans lesquelles chacun peut porter à la fois plus d'un quart de chopinc de grains nettoyés.
a Le hamster fait ordinairement ses provisions de grains à la fin d’août ; lorsqu’il a rempli ses magasins, il les couvre et en bouche soigneusement les avenues avec de la terre, ce qui fait qu’on ne découvre pas aisément sa demeure; on ne la reconnaît que par le monceau de terre qui se trouve auprès du conduit oblique dont nous avons parlé : il faut ensuite chercher les trous perpendiculaires et découvrir par là son domicile. Le moyen le plus usité pour prendre ces animaux est de les déterrer, quoique ce travail soit assez pénible à cause de la profondeur et de l'étendue de leurs terriers. Cependant un homme exercé à celte espèce de chasse ne laisse pas d’en tirer de l’ulililé; il trouve ordinairement dans la bonne saison, c’est-à-dire en automne, deux boisseaux de bons grains dans chaque domicile, et il profile de la peau de ces animaux dont on fait des fourrures. Les hamsters produisent deux ou trois fois par an, et cinq ou six petits à chaque fois, et souvent davantage : il y a des années où ils paraissent en quantité innombrable, et d’autres où l’on n’en voit presque plus; les années humides sont celles où ils multiplient beaucoup, et cette nombreuse multiplication cause la disette par la dévastation générale des blés.
c( Un jeune hamster, âgé de six semaines ou deux mois, creuse, déjà son terrier; cependant il ne s’accouple ni ne produit dans la première année de sa vie.
« Les fouines poursuivent vivement les bamstcr.s, et en détruisent un grand nombre ; elles entrent aussi dans leurs terriers et en prennent possession.
« Les hamsters ont ordinairement le dos brun et le ventre noir. Cependant il y en a qui sont gris, et celte différence peut provenir de leur âge plus ou moins avancé. 11 s’en trouve aussi quelques-uns qui sont noirs. »
Ces animaux s’entre-détruisent mutuellement comme les mulots : de deux qui étaient dans la même cage, la femelle dans une nuit étrangla le mâle, et après avoir coupé les muscles qui attachent les mâchoires, elle se fit jour dans son corps, où elle dévora une partie des viscères. Ils font plusieurs portées par an, et sont si nuisibles, que dans quelques Etats d'Allemagne leur tète est à prix; ils y sont si communs que leur fourrure est à très-bon marché.
Tous ces faits, que nous avons extraits dit Mémoh’e de M. de Waitz et
BüFFO», lunie vu.
582 ' IllSTOini'; NATl niîiM.E
(les Observalions de M. de Montinirail, nous paraissent certains, et s’accordent avec ce que nous savions d’ailleurs au sujet de ces animaux; mais il n’est pas également certain, comme on le dit dans ce même Mémoire, qu’ils soient engourdis et même desséchés pendant l'hiver, et qu’ils ne reprennent du mouvement et de la vie qu’au printemps. Le hamster que nous avons eu vivant a passé l’hiver dernier 1762-63, dans une chambre sans feu, et où il gelait assez fort pour glacer l’eau : cependant, il ne s’est point engourdi et n’a pas cessé de se mouvoir et de manger à son ordinaire; au lieu que nous avons nourri des loirs et des lérots qui se sont engourdis à un degré de froid beaucoup moindre. Nous ne croyons donc pas que le bamster se rapproche des loirs ou de la marmotte par ce rapport, et c’est mal à propos que quelques-uns de nos naturalistes l’ont appelé marmotte de Strasbourg, puisqu’il ne dort pas comme la marmotte, et qu’il ne se trouve pas à Strasbourg.
ADDITION A d’article DU HAMSTER OU RAT DE BLÉ.
On trouve dans la Gazette de Littérature du 13 septembre 1774, un extrait des observations faites sur le hamster, et tirées d’un ouvrage allemand de M. Sulzer, que j’ai cru devoir donner ici.
« Le rat de blé, en allemand hamster, ne pouvait être mieux décrit ni plus commodément qu'à Gotha, où dans une seule année on en a livré onze mille cinq cent soixante-quatorze peaux à I hôtel de ville; dans une autre, cinquante-quatre mille quatre cent vingt-neuf, et une troisième fois, quatrevingt mille cent trente-neuf. Cet animal habite en général les pays tempérés; quand il est irrité, le cœur lui bat jusqu’à cent quatre-vingts fois par minute; le poids du cerveau est à celui de tout le corps, comme 1 est à 193.
« Ces rats se font des magasins, où ils placent jusqu’à douze livres de grains. En hiver la femelle s’enfonce fort avant dans la terre. Cet animal est courageux; il se défend contre les chiens, contre les chats, contre les hommes ; il est naturellement querelleur, ne s'accorde pas avec son espèce, et tue quelquefois dans sa furie sa propre famille. Il dévore ses semblables lorsqu’ils .sont plus faibles, aussi bien que les souris et les oiseaux, et il vit avec cela de toutes sortes d’herbes, de fruits et de grains : il boit [)eu. La femelle sort plus tard que le mâle de sa retraite d'biver ; elle porte quatre semaines et fait jusqu’à six petits, il ne faut que quelques mois pour que les petites femelles deviennent fécondes. L’espèce de rat qu’on nomme iltis * tue le hamster.
* L’illis désigne le putois et non pas le rat.
DU DAMSTER. 3HÔ
a Quand l'animal est dans son engourdissenienl, on n’y observe ni respiration, ni aucune sorte de sentiment. Le cœur bat neanmoins environ quinze fois par minute, comme on s’en aperçoit en ouvrant la poitrine; le sang demeure fluide; les intestins immobiles ne sont pas irritables; le coup électrique même ne réveille pas l’animal; tout est froid en lui : au grand air il ne s’engourdit jamais. » M. Suizer rapporte par quels degrés il passe pour sortir de son engourdissement. « Cet animal n’a guère d’autre milité que celle de détruire les souris; mais il fait bien plus de mal qu’elles. » Nous eussions désiré que M. Suizer eût indiqué précisément le degré de froid ou de manque d’air auquel ces animaux s’engourdissent; car nous répétons ici affirmativement ce que nous venons de dire, que dans une chambre sans feu où il gelait assez fort pour y glacer l’eau, un hamster qui y était dans une cage ne s’engourdit pas pendant l’hiver de 1763. On va voir la pleine confirmation de ce fait dans les additions que M. Allamand a fait imprimer à la suite de mon ouvrage, et que je viens de recevoir.
ADDITION DE LÉDITEtlB HOLI.ANDA1S A t’aRTICLE DU llAMSTRn.
« Le hamster est un quadrupède du genre des souris, qui passe l’hiver à dormir, comme les marmottes. Il a les jambes basses, le cou court, la tête un peu grosse, la bouche garnie de moustaches des deux côtés, les oreilles grandes et presque sans poil, la queue courte et à demi nue, les yeux ronds et sortant de la tête, le poil mêlé de roux, de jaune, de blanc et de noir : tout cela ne lui donne pas la figure fort revenante. Ses mœurs ne le rendent pas plus recommandable. Il n’aime que son propre individu, et n’a pas une seule qualité sociable. Il attaque et dévore tous les autres animaux dont il peut se rendre maître, sans excepter ceux de sa propre race. L’instinct même qui le porte vers l’autre sexe ne dure que quelques jours, au bout desquels sa femelle n’éprouverait pas un meilleur sort, si elle ne prenait pas la précaution d'éviter la i-encontre de son ingrat, ou de le prévenir et de le tuer la première. A ces qualités odieuses, la nature a néanmoins su en allier d'autres qui, sans rendre cet animal plus aimable, lui font mériter une place distinguée dans l’IIisloire naturelle des animaux. Il est du petit nombre de ceux qui passent l’hiver dans un état d engourdissement, et le seul en Europe qui soit pourvu de bajoues. Son adresse à se pratiquer une demeure sous terre, et l’industrie avec laquelle il fait ses provisions d hiver, ne méritent pas moins l'attention des curieux.
« Le hamster n’habite pas indifféremment dans toutes sortes de climats ou de terrains. On ne le trouve ni dans les pays trop chauds, ni dans les pays trop froids. Comme il vit de grains et qu’il demeure sous terre, une
lerie pierreuse, sablonneuse, argileuse, lui convient aussi peu que les prés, les l'orèls cl les endroits bourbeux. H lui faut un terroir aisé à creuser, qui néanmoins soit assez ferme pour ne point s'écrouler. Il choisit encore des contrées fertiles en toutes sortes de graines, pour n etre pas obligé de chercher sa nourriture au loin, étant peu propre à faire de longues courses. Les tell es de Tliuringe réunissant toutes ces qualités, les hamsters s'y trouvent en plus grand nombre que partout ailleurs.
« Le terrier que le hamster s'e creuse à trois ou quatre pieds sons terre, consiste pour l’ordinaire en plus ou moins de chambres, selon l'âge de l’animal qui l'habite. La principale est tapissée de paille, et sert de logement; les autres sont destinées pour y conserver les provisions, qu’il ramasse en grande quantité dans le lenqis des moissons. Chaque terrier a deux trous ou ouvertures, dont celle par laquelle l’animal est arrivé sous terre, descend obliquement. L’autre, qui a été pratiquée du dedans en dehors, est perpendiculaire et sert pour entrer et sortir.
« Les terriers des femelles, qui ne demeurent jamais avec les mâles, diffèrent des autres en plusieurs points. Dans ceux où elles mettent bas, on voit rarement plus qu'une chambre de provision, parce que le peu de temps que les petits demeurent avec la mère u’exige pas qu'elle amasse beaucoup de nourriture; mais au lieu d’un seul trou perpendiculaire, il y en a jusqu’à sept ou huit qui servent adonner une entrée et une sortie libres aux petits. Quelquefois la mère, ayant chassé ses petits, reste dans ce terrier; mais pour l’ordinaire elle s’en pratique un autre, qu’elle remplit d'autant de provisions que la saison lui permet d’en ramasser.
« Les hamsters s’accouplent la première fois vers la fin du mois d’avril , où les mâles se rendent dans les terriers des femelles, avec lesquelles ils ne restent cependant que peu de jours. S’il arrive que deux mâles cherchant femelle se rencontrent dans le même trou, il s’élève un combat furieux entre eux, qui pour l'ordinaire finit par la mort du plus faible. Le vainqueur s’empare de sa femelle, et l’un et l'autre, qui dans tout autre temps se persécutent et s’eniretuent, déposent leur férocité naturelle pendant le peu de jours que durent leurs amours. Ils se défendent même réciproquement contre les agresseurs. Quand on ouvre un terrier dans ce temps-ià, et que la femelle s’aperçoit qu’on veut lui enlever son mari, elle s’élance sur le ravisseur, et lui fait souvent sentir la fureur de sa vengeance par des morsures profondes et douloureuses.
« Les femelles mettent bas deux ou trois fois par an. Leur portée n'est jamais au-dessous de six, et le plus souvent de seize à dix-huit petits. La crue de ces animaux est fort prompte. A l’âge de quinze jours ils essaient déjà à creuser la terre : peu après la mère les oblige de sortir du terrier, de sorte qu’à l'àge d’environ trois semaines ils sont abandonnés à leur propre conduite. Cette mère montre en général fort peu de tendresse maternelle pour ses petits : elle qui dans le temps de ses amours défend si courageusement son mari, ne connaît que la fuite quand sa famille est menacée d’un