‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 168 sur 255 · LES GERBOISES · texte numérisé non relu

LES GERBOISES

Ordre des rongeurs, genre rat. (Cuvier.)

Gerboise est un nom générique que nous employons ici pour désigner des animaux remarquables par la très-grande disproportion qui se trouve en Ire lesjambes do derrière et celles de devant, celles-ci n’étant pas si grandes que les mains d'une taupe, et les autres ressemblant aux pieds d’un oiseau. Nous connaissons dans ce genre quatre espèces ou variétés bien distinctes : 1° Le tarsier dont nous ferons mention ci-après, qui est certainement d’une espèce particulière, parce qu’il a les doigts faits comme ceux des singes, et qu'il en a cinq à chaque pied. 2“ Le gerbo ou gerboise proprement dite, qui a les pieds faits comme les autres fissipèdes, quatre doigts aux pieds de devant et trois à ceux de derrière. 3" L’alactaga dont les jambes sont conformées comme celles du gerbo. mais qui a cinq doigts aux pieds de devant et trois à ceux tie derrière, avec un, éperon qui peut passer pour un pouce ou quatrième doigt beaucoup plus court que les autres. 4" Le daman ùraiil ou agneau d'Israël, qui pourrait bien être le même animal que M. Linnæus a désigné par la dénomination de mus langipes, et qui a quatre doigts aux pieds de devant et cinq à ceux de derrière.

Le gerbo ** a la tête faite à peu prés comme celle du lapin, mais il a les yeux plus grands et les oreilles plus courtes, quoique hautes et amples, rela-

* Buflün forme ici un petit groupe sous le nom de gerboise.s, dans lequel il réunit des animaux fort différents : 1“ le tarsier, qui est voisin des makis et par conséquent se rapproche des singes; 2" les deux rongeurs à grands pieds de derrière, le gerbo et 1 al.ictaga, qui doivent conserver la désignation générique de gerboises; 3“ le daman, du voyageur Shaw, qu’on doit rapporter à l’espèce du gerbo, et qui n est pas le daman des nomeiiclaleurs. (Desmarels.)

'* La CERBOISE r.ERBO.

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tivcmenl à sn taille. Il a le nez couleur de cliair et sans poil, le museau court et épais, rouverliire de la gueule très-petite, la mâchoire supérieure fort ample, l’inférieure étroite et courte; les dents comme celles du lapin ; des moustaches autour de la gueule, composées de longs poils noirs et blancs. Les pieds de devant sont très-courts et ne touchent jamais la terre ; cet animal ne s’en sert que comme de mains pour porter à sa gueule. Ces mains portent quatre doigts munis d’ongles et le rudiment d’un cinquième doigt sans ongle. Us pieds de derrière n’ont que trois doigts, dont celui du milieu est un peu plus long que les deux autres, et tous trois garnis d’ongles. La queue est trois (ois plus longue que le corps; elle est couverte de petits poils raides, de la même couleur (|uc ceux du dos, et au bout elle est garnie de poils plus longs, plus doux, plus touffus, qui forment une espèce de houppe noire au commencement et blanche à I extrémité. Les jand’es sont nues et de couleur de chair, aussi bien que le nez et les oreilles. Le dessus de la tête et le dos sont couverts d’un poil roussàtrc; les flancs, le dessous de la tète, la gorge, le ventre et le dedans des cuisses sont blancs ; il y a au bas des reins, et près de la queue, une grande bande noire transversale en forme de croissant.

L alactaga * est plus petit qu’un lapin, et il a le corps plus court; ses oreilles sont longues, larges, nues, minces, transparentes et parsemées de A'aisseaux sanguins très-apparents; la mâchoire supérieure est beaucoup plus ample que I inferieure, mais obtuse et assez large à l’extrémité : il y a de grandes moustaches autour de la gueule; les dents sont comme celles des rats; les yeux grands, l’iris et la paupière bruns; le corps est étroit en avant, fort large et presque rond en arrière; la queue très-longue et moins grosse (lu’un petit doigt ; elle est couverte, sur plus des deux tiers de sa longueur, de poils courts et rudes; sur le dernier tiers ils sont plus longs, et encore beaucoup plus longs, plus touffus et plus doux vei's le bout où ils forment une espèce de touffe noire au commencement et blanche à l’extrémité. Les pieds de devant sont très-courts; ils ont cinq doigts; ceux de derrière qui sont trèslongs n en ont que quatre, dont trois sont situes en avant, cl le quatrième est à un pouce de distance des autres : tous ces doigts sont garnis d’ongles plus courts dans ceux de devant, et un peu plus longs dans ceux de derrière. Le poil de ect animal est doux et assez long, jâuve sur le dos, blanc sous le ventre.

L on voit, en comparant ces deux descri|)tions, dont la première est tirée d Edwards et d llasselquist, et la seconde de Grnelin, que ces animaux se ressemblent presque autant qu'il est possible; le gerbo est seulement plus petit que l’alactaga, et n’a que quatre doigts aux pieds de devant, et trois à ceux de derrière sans éperon, au lieu que celui-ci en a cinq aux pieds de devant, et quatre, c’est-à-dire, trois grands et un éperon à ceux de derrière ; mais je suis très-porté à croire (|uc cette dilfércnce n’est pas constante ; car

* La GERBOISE ALACTAGA,

DIÎS GERBOISI'S. 395

le (locleur Sliaw, qui a donne la description cl la figure d'un gerbo de Barbarie, le représente avec cet éperon ou quatrième doigt aux pieds de derrière; et M. Edwards remarque qu'il a soigneusement observé les «leux gerbes qu'il a vus en Angleterre, et qu'il ne leur a pas trouvé cet éperon : ainsi ce caractère qui paraîtrait distinguer spécifiquement le gerbo et l’alactaga, n’étant pas constant, devient nul et marque plutôt l'idctitité (]ue la diversité d’espèce. La diiïérence de grandeur ne prouve pas non plus que ce soient <leux espèces différentes ; il se peut que ftlM. Edwards et llassclquist n'aient décrit que de jeunes gerbos, et M. Gmelin un vieux alactaga. Il n’y a que deux eboses qui me laissent quelque doute : la proportion de la queue qui est beaucoup plus grande dans le gerbo que dans l’alaetaga, et la différence du climat où ils se trouvent. Le gerbo est commun en Circassie, en Égypte, en Barbarie, en Arabie, et l’alactaga en Tartarie, sur le Volga et jusqu’en Sibérie. Il est rare que le même animal habite des climats aussi différents ; et lorsque cela arrive, respèce subit de grandes variétés : c’est aussi ce que nous présumons être arrivé à celle du gerbo dont l’alactaga, malgré ses différences, ne nous paraît être qu'une variété.

Ces petits animaux cachent ordinairement leurs mains ou pieds de devant dans leur poil; en sorte qu’on dirait qu’ils n’ont d’autres pieds que ceux de derrière. Pour se transporter d'un lieu à un autre, ils ne marchent pas, e’es-à-dire, qu'ils n'avancent pas les pieds l'un après l'autre; mais ils sautent très -légèrement et très-vite, à trois ou quatre pieds de distance, et toujours debout comme des oiseaux. En repos, ils sont assis sur leurs genoux ; ils ne dorment que le jour et jamais la nuit. Ils mangent du grain et des herbes comme les lièvres; ils sont d’un naturel assez doux, et néanmoins ils ne s’apprivoisent que jusqu'à un certain point. Ils se creusent des terriers comme les lapins, et en beaucoup moins de temps ; ils y font un magasin d’herbes sur la fin de l’été, et dans les pays froids ils y passent I bivcr.

Comme nous n’avons pas été à portée de faire la dissection de cet animal, et que M. Gmelin est le seul qui ait parlé de la conformation de ses parties intérieures, nous donnons ici ces observations en attendant qu'on en ait de plus précises et de plus étendues.

A l'égard du daman ou agneau d’Israël, qui nous paraît être du genre des gerboises, parce qu’il a comme elles les jambes de devant très-courtes en comparaison de celles de derrière, nous ne pouvons mieux faii-e, ne l’ayant jamais vu, que de citer ce qu’en dit le docteur Shaw, qui était à portée de le comparer avec le gerbo, et qui en parle comme de deux espèces différentes.

« Le daman Israël, dit cet auteur, est aussi un animal du mont Liban, mais également commun dans la Syrie et dans la Phénicie. C’est une bête innocente qui ne fait point de mal, et qui ressemble pour la taille et pour la figure au lapin ordinaire, scs dents de devant étant aussi disposées de la même manière; seulement il est plus brun et il a les yeux plus petits, et la tète plus pointue ; ses pieds do devant sont

HISTOmii: ^ATLRKLLi:

courts, et ceux de derrière longs, dans la même proportion que ceux du jerboa (gerbo). Quoiqu il se cache quelquefois dans la terre, sa retraite ordinaire est dans les trous et fentes des rochers j ce qui me fait croire, continue M. Shaw, que c’est cet animal plutôt que le jerboa (gerbo) qu’on doit prendre pour le saphan de l’Écriture : personne n’a pu me dire d’où vient le nom moderne de daman Israël, qui signifie agneau d’Israël. »

Prosper Alpin, qui avait indiqué cet animal avant le docteur Shaw, dit que sa chair est excellente à manger, et qu’il est plus gros que notre lapin d Kurope : mais ce dernier fait parait douteux, car le docteur Shaw l’a retranché du passage de Prosper Alpin, qu’il cite au reste en entier.

LA GERBOISE OU GERBO

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