‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 169 sur 255 · ET LA GERBOISE DU CAP · texte numérisé non relu

ET LA GERBOISE DU CAP

(l.A GERBOISE CERDO. LE PEDETÈS DU CAP.)

Ordre des rongeurs, genre rat. (Cuvier.)

Nous donnons ici la figure de la gerboise {gerbo), qui manquait dans notie ouvrage, où nous avons donné une courte histoire des différentes espèces de gerboises, et une description particulière de celle-ci, tirée d'Edwards et d Hasselquist. Les petites différences qu'on pourrait y remarquer ne seraient tout au plus qu’une légère variété dans cette espèce, dont les couleurs

et la longueur des pattes de devant et des ongles ne paraissent pas constantes

Il existe dans le désert de Barea une gerboise différente de celle-ci, en ce quelle a le corps encore plus mince, les oreilles plus longues et arrondies, et à peu près également larges du haut en bas; les ongles des quatre pieds beaucoup plus courts, et les couleurs en général moins foncées; la bande sur les cuisses moins marquée; les talons noirs ; la pointe du museau beaucoup plus aplatie. On voit que ces disconvenances sont encore assez légères et qu on peut les regarder comme de simples variétés.

Les gerboises se trouvent dans tous les climats de l’Afrique, depuis la Barbarie jusqu’au cap de Bonne-Espérance; on en voit aussi en Arabie et

Cette figure est celle de la gerboise gekbo.

UU (ilîllliO KT DK LA DKIIBOISK DL CAP. 39?)

dîiiis plusieurs autres contrées de l’Asie : niais il parait iju’il y en a de grandeur très-différente, et il est assez étonnant que dans ces animaux à longues jambes, il s'en trouve de vingt et même de cent fois plus gros que les petites gerboises dont nous avons parlé. « J’ai vu, dit M. le vicomte de Querhoënt, à la iMénagerie du Cap, un animal pris dans le pays, qu’on nomme lièvre sauteur *. Il est de la grandeur du lapin d’Europe; il a la tête à peu près comme lui, les oreilles au moins de la même longueur, les pattes de devant très-courtes et très-petites; il s’en sert pour [lorter à sa gueule, et je ne crois pas qu’elles lui servent beaucoup à mareber; il les tient ordinairement ramassées dans son long poil qui les recouvre entièrement : les pattes de derrière sont grandes et grosses ; les doigts du pied, au nombre de quatre, sont longs et séparés; la queue est de la longueur du corps au moins et couverte de longs poils couchés; le poil du corps est jaunâtre; le bout des oreilles et de la queue sont de la même couleur; les yeux sont noirs, grands et saillants. On le nourrissait de feuilles de laitue. Il aime beaucoup à ronger ; on lui mettait exprès dans sa cage de petits morceaux de bois pour l’amuser.

M. Forster nous a communiqué un dessin de celle grande gerboise ou lièvre sauteur du Cap, Ce dessin était accompagné de la notice suivante : « Celle gerboise, dit-il, a cinq doigts aux pieds de devant et quatre à ceux de derrière ; les ongles du devant sont noirs, longs, minces et courbés ; ceux des jambes de derrière sont bruns, gros, courts, de figure conique, un peu courbés vers l’extrémité : l'œil est noir et fort gros; le nez et les naseaux sont d’un brun roux; les oreilles sont grandes, lisses, nues en dedans, et couvertes en dehors d'un petit poil court qui est couleur d’ardoise. La tète ressemble assez à celle des petites gerboises; il y a des moustaches autour de la gueule et aux angles des yeux. Les jambes ou plutôt les bras de devant sont très-courts et les mains fort petites ; les jambes de derrière, au contraire sont très-grosses et les pieds excessivement longs. La queue, qui est aussi fort longue et fort chargée de poil, parait mince à sa naissance et fort grosse à son extrémité; elle est d'^un fauve foncé sur la plus grande partie de sa longueur, et d'un brun minime vers le bout. Les jambes et les pieds sont d’un fauve pâle mêlé de gris ; la couleur du corps et de la tète est d’un jaune pâle presque blanc; les cuisses et le dessous du corps sont plus jaunes; tout le dessus du corps, ainsi que l’extrémité de la mâchoire, le dessus du nez, les mains, ont une teinte de fauve; le derrière de la tête est couvert de grands poils mêlés de noir, de gris et de fauve. » .Au reste, nous pensons que celle gerboise du Cap décrite par M. Querhoënt et par jti Forster, est la même que celle dont M. Allamand a donne 1 histoire et la figure,/)/. 13 de l’Histoire naturelle, édition de Hollande.

Il nous paraît aussi que l'animal que nous décrivons sous le nom de tarsier, est du même genre que les gerboises, et qu il appartient à 1 ancien

* Cet animal est le PEDETÈs DU CAP, ou heuamys manet, lequel est très-éloigné des gerboises par un grand nombre de caractères.

eoriiinent. Aucune espèce <Jc gerboises, grandes cl peliles, ne se trouvant qu'en Africjue et en Asie, nous ne pouvons guère douter que le tarsier ne soit de Tune ou de l'autre de ces parties du monde* .

J'ai vu plusieurs figures de gerboises dessinées d’après des pièces antiques, et surtout d'après une ancienne médaille deCyrène, qui portait en revers une gerboise, dont la figure ne ressemble point à celle de la gerboise dont le docteur Shaw a donné la description, sous le nom de daman Israël j car elle en diffère beaucoup par la grandeur, par la forme de la tète, par les yeux et par plusieurs autres caractères. Il est aisé de démontrer que le docteur Shaw s’est trompé en rapportant le daman Israël à cette espèce de gerboise. Celle qui est dessinée sur la médaille de Cyrène est une vraie gerboise, et n’a nul rapport avec le daman. Dans d'autres gravures, tirées des marbres antiques d’üxfort, j'ai vu la figure de quel(|ues gerboises, dont les unes avaient les pattes de devant, et surtout les oreilles, beaucoup plus longues que celles dont nous donnons ici les figures j mais au reste ces gerboises gravées sur des marbres antiques ne sont pas assez bien représentées pour pouvoir les rapporter aux espèces que nous venons d’indiquer.

ADDITION Dlî M. LE PROFESSEUR ALLAMAND A L ARTICLE DE LA (iERBOlSIÏ

oc GERBO.

« Dans l'histoire des gerboises, M. de Buffon distingue quatre espèces différentes de ces animaux : mais il n’en a vu qu’une qui est celle du tarsier; aussi est-ce la seule dont il ait donné la figure. Ce qu’il a dit des trois autres est tiré des auteurs qui en ont parlé avant lui; il a enqirunté entre autres la description du gerbo (|ui appartient à la seconde espèce de MiM. Edwards et Ilasselquist. Cet animal est actuellement vivant à Amsterdam, chez le docteur Klockner, qui a bien voulu nous communiquer ce qu’il a offert de plus remarquable. C’est en faisant usage de ses observations, que nous allons ajouter quelques particularités à celles que M. de Buffon en a rapportées.

« La description que celui-ci en a faite, est très-exacte. On retrouve dans le gerbo de M. klocknèr tout ce qu'il en a dit, à l’exception de cette grande bande noire transversale, en forme de croissant, qui est au bas des reins près de la queue : c’est une femelle, et peut-être cette bande ne se voit-elle que sur le mâle; ce qui me porte à le croire, c'est que j'ai mis dans le

* Le tarsier, pourvu de mains à pouce opposable aux quatre membres et dont le système dentaire est très-semblable à celui des animaux de la famille des makis, est fort éloigné des gerboises par toutes les parties de son organisation.

DU GERBO ET DE LA GERBOISE DU CAP. 397 Cîibinet de l’Académie de Leyde la peau d un autre geibo femelle, où celte bande ne paraît pas non plus.

« M. Klockner a reçu celte gerboise de Tunis : la caisse dans laquelle elle lui a été apportée était garnie en dedans de fer-blanc; elle en avait enlevé avec ses dents quelques pièces, et en avait rongé le bois en différents endroits. Elle fait la même chose dans la cage où elle est actuellement gardée; elle n’aime pas à être renfermée : cependant elle n’est point farouche; car elle souffre qu’on la tire de son nid et qu’on 1 y remette avec la main nue, sans quelle morde jamais. Au reste, elle ne s’apprivoise que jusqu’à un certain point, comme l’a remarqué M. de Buffon; car elle ne parait mettre aucune différence entre celui qui lui donne à manger et des étrangers. Lorsqu’elle est en repos, elle est assise sur ses genoux, et ses jambes de derrière, étendues sous le ventre, atteignent presque ses jambes de devant, en formant une espèce d’arc de cercle : sa queue alors est posée le long de son corps; dans celte attitude, elle recueille les grains de blé ou les pois dont elle se nourrit : c’est avec ses pattes de devant qu elle les porte a sa bouche, et cela si promptement, qu’on a peine à en suivre de l’œil les mouvements; elle porte chaque grain à sa bouche, et en rejette l écorce, pour ne manger que l’intérieur.

« Quand elle se meut, elle ne marche pas en avançant un pied devant l’autre, mais en sautant comme une sauterelle, et en s’appuyant uniquement sur l’extrémité des doigts de ses pieds de derrière : alors elle tient ses pieds de devant si bien appliqués contre sa poitrine, qu’il semble qu’elle n’en a point. La ligure qu’en offre la planche, lu représente dans l’attitude où elle est quand elle se prépare à sauter, et il est difficile de concevoir comment elle peut se soutenir; quelquefois même son corps forme, avec ses jambes, un angle plus aigu encore : mais pour l’ordinaire elle sc tient dans une situation qui approche plus de la perpendiculaire. Si on l’épouvante, ell« sauteà sept ou huit pieds de distance; lorsqu’elle veut grimper sur une hauteur, elle fait usage de scs quatre pieds; mais lorsqu'il faut descendre dans un creux, elle traîne avec soin scs jambes de derrière sans s’en servir, et elle avance en s’aidant uniquement des pieds de devant.

« Il semble que la lumière incommode cet animal : aussi dort-il pendant tout le jour, et il faut qu’il soit bien presse par la faim, pour qu’il lui arrive de manger quand le soleil luit encore; mais dès qu’il commence à faire obscur il se réveille, et durant toute la nuit il est continuellement en mouvement, et c'est alors seulement qu’il mange. Quand le jour parait, il rassemble en tas le sable qui est dispersé dans sa cage; il met par-dessus le coton qui lui sert de lit, et qui est fort dérangé par le mouvement qu il vient de se donner; et après avoir raccommodé son nid, il s y foune jusquà la nuit suivante.

« Pendant le voyage qu’il a fait de Tunis à Amsterdam, et qui a été de quelques mois, on l’a nourri de gruau ou de biscuit sec, sans lui donner à boire. Dès qu’il fut arrivé, le premier soin de M. Klockner fut de lui

ÏUFFON, tome vil.

598 HlSTOIliE INATUUELLli

préTsenler un morceau île pain trempe dans 1 eau, ne doutant pas qu il ne fût fort altère; mais il ne voulut point y louelier, et il |)rél'éra un biscuit dur ; cependant M. KIockner, ne soupçonnant pas qu'il pût se passer d’eau, lui donna des }K>is verts et dos grains de blé qui en étaient imbibés^ mais ce fut inutilement, il n'en goûta point; il fallut en revenir à ne lui donner que du manger seesans eau; et jusqu'à présent, depuis une année et demie, il s'en est bien trouvé.

« Quelques auteurs ont rangé eet animal parmi les lapins, auxquels il ressemble par la couleur et la finesse de son poil, et par la longueur de ses oreilles; d'autres l'ont pris pour un rat, parce qu'il est à peu prés de la même grandeur ; mais il n’est ni lapin ni rat ; l’extreme disproportion qu'il y a entre ses jambes de devant et celles de derrière, et l'excessive longueur de sa queue, le distinguent des uns et des autres. Il forme un genre à part et même très-singulier avec l'alactaga, dont iM. Gmelin nous a donné la description et la figure, mais qui approche si fort de notre gerbo, qu'on ne peut le regarder, avec M. de Buiïon, que comme une variété de la même espèce.

« Il ne faut pas oublier que le gerbo a autour de la bouche une moustache composée de poils assez raides , parmi lesquels il y en a un de côté d'une longueur extraordinaire, puisqu’il est long de trois pouces.

« Je me suis servi de la peau bourrée qui est dans le Cabinet do l'Académie de Leyde, pour prendre les dimensions que voici :

Longueur du corps entier, mesuré en ligne droite depuis le bout du mu-

seau jusqu’à l'anus U b /

Longueur des oreilles 0 ü 10

Distance entre l’oreille et l’œil 0 0 G

Longueur de l’œil d’un angle à l’autre 006

Ouverture de l’œil 005

Distance entre l’œil et le bout du museau 0 10

Circonférence du bout du museau ' 0 2 6

Circonférence de la tète, entre les yeux cl les oreilles 0 5 0

Circonférence du corps, prise derrière les jambes (le devant .... 0 5 5

Circonférence prise devant les jambes de derrière 0 6 1

Longueur des jambes de devant, depuis l’extrémilé des doigts jusqu’à la

poitrine ... . . 0 0 10

Longueur des jambes de derrière, depuis l’extrémité des pieds jusqu’à

l’abdomen 056

Longueur de la queue .080

« Ces tlimenstons sont celles du gerbo dont j’ai la dépouille, et elles sont à peu près celles dit gerbo de M. le docteur Ivloekner, et de presque tous ceux qui ont été décrits par les naturalistes; il y en a cependant qui sont beaucoup plus grands. Prosper Alpin, en parlant du daman ou agneau d’Israël, que M. de Buffon range avec raison au nombre des gerboises, avait déià dit que cet animal est plus gros que notre lapin d'Europe, ce qui a

DU GERBO ET DE LA GERBOISE DU CAl>.

paru cloulcux au docteur Shaw et même à 31. de Buirun. A présent nous sommes certains que cet auteur n’a point exagéré. Toute l'Europe sait que RI3I. Banks et Solandcr, animés d’un zèle, je dirais presque héroïque, pour avancer nos connaissances dans l’astronomie et dans l'histoire naturelle, ont entrepris le tour du monde : à leur retour en Angleterre, ils ont fait voir deux gerbos qui surpassent en grosseur nos plus grands lièvres * ; en courant sur leurs deux pieds de derrière ils mettent en défaut les meilleurs chiens. Ce n’est là qu’une des moindres curiosités qu’ils ont apportées avec eux; ils en ont fait une ample collection, qui leur fournira de quoi remplir un millier de })lanches. On prépare, par ordre de l’amirauté d’Angleterre, une relation de leur voyage ; on y verra des particularités très-intéressantes sur un pays des Terres Australes que nous ne connaissons jusqu’à présent que de nom; je veux parler de la Nouvelle-Zélande, etc. »

SECONDE ADDITION A LIUSTOIUE DES GERnOlSES, PAR M. AELAJIAND.

« Dans riiisloire que j'ai donnée du gerbo, j’ai remarqué que Prosper Alpin a eu raison de dire que le daman, qui appartient au genre des gerboises**, était plus gros que notre lapin d’Europe. J'ai avancé cela, fondé sur ce qu’on m'avait écrit d’Angleterre, que M. Banks, revenu de son voyage autour du monde, avait apporte un de ces animaux qui surpassait en grosseur nos plus grands lièvres. A présent je suis en état de dire quelque chose de plus positif sur cet animal, dont M. Banks a eu la bonté de me faire voir la dépouille, et dont nous avons la description et la figure dans la relation du voyage de M. le capitaine Cook. Il diffère de toutes les espèces de gerboises décrites jusqu’à présent, non-seulement par sa grandeur, qui approche de celle d’une brebis, mais encore par le nombre ou l’arrangement de ses doigts. Parkinson, qui était parti avec M. Banks en qualité de son dessinateur, et dont on a publié les Mémoires, nous apprend qu’il avait cinq doigts aux pieds de devant, armés d'ongles crochus, et quatre à ceux de derrière; comme c'était un jeune, qui n’était pas encore parvenu à toute sa grandeur, il ne pesait que trente-huit livres; sa tète, son cou et ses épaules, étaient fort petits en comparaison des autres parties de son corps ; ses jambes de devant avaient huit pouces de longueur, et celles de derrière en avaient vingt-deux; il avançait en faisant de très-grands sauts et en se tenant debout;

* CélaicDl des kanguroos de la Nouvelle-Hollande.

** Nota. Le daman du docteur SluTw appartient en effet au genre des gerboises; mais nous verrons les raisons qui nous persuadent que le docteur Shaw a mal appliqué à cet animal le nom de daman.

400 IllSTOini' iNATIJUEiJJi

il icnnit ses jambes de devant ap|tli(|nêes à sa poitrine, et elles paraissaient ne Ini servir <|u’à creuser la terre : sa (|ueue était épaisse à son origine, e* son diamètre allait en diminuant Jusqu'à son cxlrémiie; tout son corps était couvert d’un poil gris de souris foncé, excepté à la tète et aux oreilles, qui avaient quel<iue ressemblance avec celles d'un lièvre.

« Par celte description, on voit que cet animal n’est pas le gerbo, qui a quatre doigts aux pieds de devant et trois à ceux de derrière ; ni le daman ou agneau d'Israël, qui a quatre doigts aux pieds de devant et cinq à ceux de derrière *, avec lequel par conséquent je n’aurais pas dû le confondre ; l'alaclaga est l'cspcce des gerboises qui en approche le plus par le nombre des doigts; il en a cinq aux pieds de devant et trois à ceux de derrière, avec un éperon qui peut passer pour un pouce ou quatrième doigt, comme le remarque M. de Buffon : mais la dilfércnce de grandeur, la distance des lieux et la diversité du climat où ces deux animaux se trouvent, ne permettent guère de les regarder comme une seule et meme espèce. Celui que M. Banks nous a fait connaitre, est habitant de la Nouvelle-Hollande, et l’alactaga est commun en Tarlarie et sur le Wolga.

« Nous avons actuellement en Hollande un animal vivant, qui pourrait bien être le même que celui de la Nouvelle-Hollande : on en jugera par la description suivante, dont je suis redevable à i\I. le docteur Ivlockner, à qui j'ai dû aussi celle que j’ai donnée ci-devant du petit gerbo**.

« Cet animal a été apporté du cap de Bonne-Espérance par le sieur Holst, à qui il appartient ; il a été pris sur une montagne nommée Snenwberg, située à une très-grande distance du Cap, et fort avant dans les terres; les ))aysans hollandais lui donnent le nom de Aerdmannetje, de Springendehaas ou Lièvre sautant ; il est de la grandeur d'un lièvre ou d’un lapin; son pelage est decouleur fauve par le haut, mais de couleur de cendré sur la peau, et entremêlé de quelques poils plus longs, dont la pointe est noire ; sa tète est fort courte, mais large et plate entre les oreilles, et elle se termine par un museau obtus qui a un fort petit nez; sa mâchoire supérieure estfort ampleel cache l’inférieure, qui est ti ès-courtc et petite : il n’est point de quadrupède connu qui ait l’ouverture de la gueule si en arrière au-dessous de la tète.

« Les oreilles sont d’un tiers plus courtes que celles du lapin; elles sont fort minces et transparentes au grand jour ; leur partie supérieure est noirâtre; l’inférieure est de couleur de chair et plus transparente que la partie supérieure. Il a do grands yeux à fleur de tête, d’un brun tirant sur le noir; ses paupières sont garnies de cils et surmontées de cinq ou six poils trèslongs. Chaque mâchoire est garnie de deux dents incisives très-fortes ; celles de la supérieure ne sont pas si longues que celles de la mâchoire inférieure:

* Cela est vrai du pictcndu daman du docteur Shaw, qui est une gerboise, mais taux à l’égard du véritable daman, qui n’a que trois doigts anx pieds de derrière. Voyez ci après son article.

11 est de nouveau question ici du pedetès du cap.

DU GKUBO ET DE LA GERBOISE DU CAP. iOl

1.1 lèvre d'en liant est garnie d’une nionstaclie composée de longs poils.

Les pieds de devant sont petits, courts et situés tout près du cou : ils ont chacun cinc| doigts aussi très-courts, placés sur la nicmc ligne; ils sont armésd’ongles crochus de deux tiers plus grands que Icsdoigtsmêmes; il y a au-dessous une éminence charnue sur latpielle ces ongles reposent. Les deux jambes de derrière sont plus grandes que celles de devant; les pieds ont quatre doigts, dont les deux intérieurs sont plus courts que le troisième, qui est un tiers plus grand que l'extérieur; ils sont tous garnis d ongles, dont le dos est élevé, et qui sont concaves en dessous.

« Le corps est étroit en avant et un peu plus gros en arrière; la (pieue est aussi longue que le corps ; les deux tiers en sont couverts de longs poils i'auves, et l’autre tiers de poils noirs.

« Comme les autres sortes de gerboises, il ne se sert que de ses pieds de derrière pour marcher, ou, pour parler Juste, pour sauter : aussi ces pieds sont-ils très-forts, et si on le prend par la queue, il en frappe avec beaucoup de violence. On n'a pas pu déterminer la longueur de ses plus grands sauts, parce qn'il ne peut pas cxercei’ sa force dans le petit appariement où il est renfermé dans l étal de liberté : on dit que ces animaux fout des sauts de vingt à trente pieds.

« Son cri est une espèce de grognement. Quand il mange, il s’assied en étendant horizontalement ses grandes jambes et en courbant son dos. Il se sert de scs pieds de devant comme de mains pour porter sa nourriture à sa gueule ; il s’en sert aussi pour creuser la terre, ce qu il fait avec tant de promptitude, qu’en peu de minutes il peut s y cnioncer tout à fait.

« Sa nourriture ordinaire est du pain, des racines, du blé, etc.

« Quand il dort, il prend une attitude singulière : il est assis avec les genoux étendus ; il met sa tète à peu près entre scs jambes de derrière, et avec ses deux pieds de devant il tient ses oreilles appliquées sur ses yeux, et semble ainsi protéger sa tète par ses mains. C est pendant le jour qu il dort, et pendant la nuit il est ordinairement éveillé.

« Par cette description, on voit que cet animal doit être rangé dans la classe des gerboises décrites parM. de Buiîon, mais qu’il en diffère eependanl beaucoup, tant par sa grandeur que par le nombre de ses doigts. îNous en donnons ici la figure, qui, quoiqu'elle ait beaucoup de rapport avec celle que nous avons donnée du gerbo, en diffère cependant assez pour qu’on ne puisse pas les confondre ; nous avons fait graver, au bas de la planche, les pieds de cet animal, pour qu’on comprenne mieux ce que nous en avons dit.

« S'il est le môme animal que celui qui a été décrit dans la relation du Voyage du capitaine Cook, comme il y a grande appaicnee, la figuie ijui s'en trouve dans l ouvrage anglais et dans la traduction fiançaise n est pas exacte; la tète en est trop longue; scs jambes de devant ne sont jamais dans la situation où elles sont représentées comme pendantes vers le bas; le nôtre les tient toujours appliquées à sa poitrine, de façon que ses ongles sont placés immédiatement sous sa mâchoire inléricure; situation qui s accorde avec

^02 IJISTOIRP] NATURELLE

ceRe que leur donne l’auteur anglais, mais qui a été mal exprimée par le dessinateur et par le graveur.

« Voici les dimensions de notre grand gerbo, qui feront mieux connaitrc combien il diffère de toutes les autres espèces décrites :

Longueur du corps, mesuré en ligne droite, depuis le bout du museau

jusqu’à l’origine de la queue

Longueur des oreilles

Distance entre les yeux • .

Longueur de l’œil d’un angle à l’autre ' ! ! !

Ouverture de l’œil

Circonférence du corps, prise derrière les jambes de devant Circonférence prise devant les jambes de derrière

Hauteur des jambes de devant, depuis l’extrémité des ongles jusqu’à la poitrine

Longueur des jambes de derrière, depuis l’extrémité des pieds jusqu’à

l’abdomen

Longueur de la queue

En comparant ces descriptions de M. Allamand cl en résumant les observattons que l’on vient de lire, nous trouverons dans ce genre des "el boises quatre especes bien distinelemcnl connues : l»la gerboise ou gerbo d’Ed-

wards,d IlasselquistetdeM. Allamand, dontnous avons donné la description

et a laquelle nous laissons simplement le nom de gerboise, en persistant à ui rapporter lalaclaga, et en lui rapportant encore, comme simple variété a gerboise de liarca, de M. le chevalier Rruce * ; 2“ notre tarsier, qui est bien du genre de la gerboise et même de sa taille, mais qui néanmoins forme une espèce différente, puisqu’il a cinq doigts à tous les pieds; 5“ la grande gerboise ou lievre sauteur du Cap, que nous venons de reconnaître dans les descriptions de MM. de Querlioënt, Forster et Allamand; 4” la très-grande gerboise de la Notivelle-lFollande, appelée kanguroo par les naturels du pays. L le approche de la grosseur d’une brebis, et par conséquent est d’une espece beaucoup plus forte que celle de notre grande gerboise ou lièvre sauteur du Cap, quoique 31. Allamand semble les ra[iporter l’une à l’autre. Nous n’avons pas cru devoir copier la figure de cette gerboise, donnée dans le premier voyage du capitaine Cook, parce qu elle nous parait trop défectueuse : mais nous devons rapporter ici ce que le célèbre navigateur a dit de ce singulier animal, qui jusqu’à ce jour ne s’est trouvé nulle part que dans le continent de la Nouvelle-Hollande.

« Comme je me promenais le matin à peu de distance du vaisseau, dit-il (à la baie d Endeavour,côlc de la Nouvelle-Hollande), je vis un des animaux que les gens de l’équipage m'avaient décrits si souvent; il était d’une légère

* Pallas a séparé l'espèce du gerbo de celle de l'iilaclaga, cl son opinion est adoplée ['ar lous les nomeiiclateurs. La gerboise de Barca est une variété du gerbo.

DU GIÎtîBO KT Dlî LA fÆRBOISE DU CAP.

couleur de souris, et resscu.hlail beaucoup par la grosseur et la ligure à un lévrier, et je l’aurais en ellel pris pour un chien sauvage, si au l.eu de courir il n’avait pas sauté comme un lièvre ou un daim... M. Banks, (lui vit imparfaitement eet animal, pensa que son espèce était encore inconnue... Un des jours suivants, comme nos gens partaient au premier crépuscule du matin pour aller chercher du gibier, ils virent quatre de ces animaux dont deux furent très-hien chassés par le lévrier de M. Banks; mais ils le laissèrent bientôt derrière en sautant par-dessus 1 herbe longue et épaisse qui empêchait le chien de courir. On observa que ces animaux pas sur leurs quatre jambes, mais qu’ils sautaient sur les doux de te , comme le qerbua ou mus jacuUis... Enfin, M. Gorc, mon lieutenant, laisant peu de jours après une promenade dans l intcricur du pays avec son lusil eut le bonheur de tuer un de ces (luadrupèdes qui avaient été si souvent l’objet de nos spéculai ions. Cet animal n’a pas assez de rapport avec aucun autre déjà connu, pour qiion puisse en faire la comparaison : sa ligure est très-analogue à celle du gcrbo,à qui il ressemble aussi par ses mouvements, mais sa grosseur est fort dilférente, le gerbo étant de la tail e d un rat ordinaire, et cet animal, parvenu à son entière croissance, de celle d un mouton. Celui que tua mon lieutenant était jeune ; et comme il n’avait pas encore pris tout son accroissement, il ne pesait que trente-huit livres. La tête, e cou et les épaules, sont très-jietits en proportion des autres parties du corps. La queue est liresque aussi longue que le corps ; elle est épaisse à sa naissance et elle se termine en pointe à l’cxtrcmito. Les jambes de devant nont que huit pouces de long, et celles de derrière en ont vingt-deux. Il marche par sauts et par bonds; il tient alors la tète droite et ses pas sont fort longs; il replie ses jambes de devant tout près de la poitrine, et il ne parait s’en servir que pour creuser la terre. La peau est couverte d un poil court, gris ou couleur de souris foncé; il faut en excepter la tète et les oreilles, qui ont une légère ressemblance avec celles du lièvre. Cet animal est appelé kamjuroo par les naturels du pays... Le même M. Gore, dans une autre, chasse, tua un second kanguroo, qui, avec la peau, les entrailles et la tete, pesait (liiatrc-vingt-quatre livres ; et néanmoins en l'examinant nous reconnûmes qu'il n’avait pas encore pris toute sa croissance, parce que les dents inaehclières intérieures n’étaient pas emmre formées... Ces animaux paraissent être I cspèce de quadrupèdes la plus commune à la Nouvelle-Hollande, et nous en rencontrions presque toutes les fois que nous allions dans les bois.»

On voit clairement par cette description historique que le kanguroo, ou très-grande gerboise de la Nouvelle-Hollande, n est pas le même animal que la grande gerboise ou lièvre sauteur du cap de Bonne-Es|ierance; et -MM. Eorster, qui ont été à portée d’en faire la comparaison avec le kanguroo de la Nouvelle-IIollamle, ont pensé, comme nous, que c’étaient deux espèces dilféreiites dans le genre des gerboises. D un autre côté, si Ion compare coque dit le docteur Shaw de l’animal .pfil appelle daman, avec . la description du lièvre sauteur, on reconnaîtra aisément que ces deux

animaux ne sont qu’une seule et même espèce, et que ce savant voyageur s’est trompe sur l’application du nom daman, qui appartient à un animal tout dillerent. On peut aussi inférer de ce qui vient d 'être dit que l’espèce du Jievre sauteur appartient non-seulement à l’Afrique, mais encore à la Phénicie, la Syrie, et autres régions de l’Asie-Mineure, dont la communication avec l’Afrique est bien établie par l’Arabie, pour des animaux surtout qui vivent dans les sables brûlants du désert. En séparant donc le vrai daman des gerboises, nous devons indiquer les caractères qui les distinguent.

LE POUC-ÉPia

(le POliC-ÉPIC COMMUN.)

FamiUe des rongeur.s, genre porc-épic. (Cuvier.)

H ne faut pas que le nom de porc-épineux qu’on a donné à cet animal dans lu plupart des langues de l’Europe nous induise en erreur, et fasse imaginer que le porc-épic soit en effet un cochon chargé d épines : car il ne ressemble au cochon que par le grognement; par tout le reste il en diffère autant qu aucun autre animal, tant pour la figure que pour la conformation intérieure : au heu d’une tète allongée, surmontée de longues oreilles armée de défenses et terminée par un boutoir; au lieu d’un pied fourchu et garni de sabots comme le cochon, le porc-épic a comme le castor la tête courte, deux grandes dents incisives en avant de chaque mâchoire, nulles defenses ou dents canines, le museau fendu comme le lièvre, les oreilles rondes et aplaties, et les pieds armés d’ongles : au lieu d'un grand estomac avec un appendice en forme de capuchon, qui dans le cochon semble faire la nuance entre les ruminants et les autres animaux, le porc-épic n’a qu'un simple estomac et un grand cæcum : les parties de la génération ne sont point apparentes au dehors comme dans le cochon mâle; les testicules du porc-épic sont recélés au dedans et renfermés sous les aines; la verge n'est point apparente; et l’on peut dire que par tous ces rapports aussi bien que par la queue courte, la longue moustache, la lèvre divisée, il approche beaucoup plus du lièvre ou du castor que du cochon. Le hérisson, qui comme le porc-épic est armé de piquants, ressemblerait plus au cochon ;

Publie par AcTolpbe Deros.Bi-uxelles .

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