LE PUTOIS
Oiiired' S carnassiers, famille des carnivores, tribu des digitigrades, genre marte. (Ccvikr.)
Le putois ressemble beaucoup à la fouine par le tem|)érament, par le naturel, par les habitudes ou les mœurs, et aussi par la forme du corps. Comme elle, il s’approche des habitations, monte sur les toits, s’établit dans les greniers à foin, dans les granges et dans les lieux peu fréquentés, d'où il ne sort que la nuit pour chercher sa proie. Il se glisse dans les bassescours, monte aux volières, aux colombiers, où, sans faire autant de bruit que la fouine, il fait plus de dégât ; il coupe ou écrase la tète à toutes les volailles, et ensuite il les transporte une à une et en fait magasin ; si comme il arrive souvent, il ne peut les emporter entières, parce que le trou par où il est entré se trouve trop étroit, il leur mange la cervelle cl emporte les tètes. Il est aussi fort avide de miel; il attaque les ruches en hiver, et force les abeilles à les abandonner. Il ne s’éloigne guère des lieux habités; il entre en amour au printemps : les mâles se battent sur les toits et se
disputent la femelle; ensuite ils l’abandonnent, et vont passer l’été à la campagne ou dans les bois : la femelle, au contraire, reste dans son grenier jusqu’à ce qu’elle ait mis bas, et n’emmène ses petits que vers le milieu ou la fin de l'été; elle en fait trois ou quatre et quelquefois cinq, ne les allaite pas longtemps, et les accoutume de bonne heure à sucer du sang et des œufs.
A la ville, ils vivent de proie, et de chasse à la campagne; ils s’établissent pour passer l’été dans des terriers de lapins, dans des fentes de rochers, dans des troncs d’arbres creux, d’où ils ne sortent guère que la nuit pour se répandre dans les champs, dans les bois; ils cherchent les nids des perdrix, des alouettes et des cailles; ils grimpent sur les arbres pour prendre ceux des autres oiseaux : ils épient les rats, les taupes, les mulots, et font une guerre continuelle aux lapins , qui ne peuvent leur échapper, parce qu’ils entrent aisément dans leurs trous; une seule famille de putois suffît pour détruire une garenne. Ce serait le moyen le plus simple pour diminuer le nombre des lapins dans les endroits où ils deviennent trop abondants.
Le putois est un peu plus petit que la fouine; il a la queue plus courte, le museau plus pointu, le poil plus épais et plus noir; il a du blanc sur le front, aussi bien qu’aux côtés du nez et autour de la gueule. Il en diffère encore par la voix ; la fouine a le cri aigu et assez éclatant le putois a le cri plus obscur; ils ont tous deux, aussi bien que la marte et l’écureuil, un grognement d'un ton grave et colère, qu'ils répètent souvent lorsqu’on les irrite. Enfin le putois ne ressemble point à la fouine par l’odeur, qui, loin d’ètre agréable, est au contraire si fétide, qu’on l’a d’abord distingué et dénommé par là. C’est surtout lorsqu’il est échauffé, irrité, qu’il exhale et répand au loin une odeur insupportable. Les chiens ne veulent point manger de sa chair; et sa peau même, quoique bonne, est à vil prix, parce qu’elle ne perd jamais entièrement son odeur naturelle. Cette odeur vient de deux follicules ou vésicules que ces animaux ont auprès de l’anus, et qui filtrent et contiennent une matière onctueuse , dont l’odeur et très-désagréable dans le putois, le furet, la belette, le blaireau, etc. , et qui n’est au contraire qu’une espèce de parfum dans la civette, la fouine, la marte, etc.
Le putois parait être un animal des pays tempérés : on n’en trouve que peu ou point dans les pays du Nord, et ils sont plus rares que la fouine dans les climats méridionaux. Le puant d’Amérique est un animal différent, et l’espèce du putois paraît être confinée en Europe, depuis l’Italie jusqu’à la Pologne. Il est sûr que ces animaux craignent le froid, puisqu'ils se retirent dans les maisons pour y passer l’hiver, et qu’on ne voit jamais de leurs traces sur la neige, dans les bois ou dans les champs éloignés des maisons ; et peutêtre aussi craignent-ils la trop grande chaleur, puisquon nen trouve point dans les pays méridionaux.