‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 18 sur 255 · LE FURET · texte numérisé non relu

LE FURET

Ordre des carnassiers, famille des carnivores, tribut des digitigrades, genre marte. (Cuvier.)

Quelques auteurs ont douté si le furet et le putois étaient des animaux d’espèces différentes. Ce doute est peut-être fondé sur ce qu’il y a des furets qui ressemblent aux putois par la couleur du poil: cependant le putois, naturel aux pays tempérés, est un animal sauvage comme la fouine j et le furet, originaire des climats chauds, ne peut subsister en France que comme animal domestique. On ne se sert point du putois, mais du furet, pour la chasse du lapin, parce qu’il s’apprivoise plus aisément; car d ailleurs il a, comme le putois, l’odeur très-forte et très-désagréable; mais ce qui prouve encore mieux que ce sont des animaux différents, c’est qu ils ne se mêlent point ensemble, et qu’ils diffèrent d’ailleurs par un grand nombre de caractères essentiels. Le furet a le corps plus allongé et plus mince, la tète plus étroite, le museau plus pointu que le putois; il n’a pas le même instinct pour trouver sa subsistance; il faut en avoir soin, le nourrir à la maison, du moins dans ces climats: il ne va pas s’établir à la campagne ni dans les bois; et ceux que l’on perd dans les trous de lapins, et qui ne reviennent pas, ne se sont jamais multipliés dans les champs ni dans les bois ; ils périssent apparemment pendant l’hiver. Le furet varie aussi par la couleur du poil, comme les autres animaux domestiques, et il est aussi commun dans les pays chauds, que le putois y est rare.

La femelle est dans cette espèce sensiblement plus petite que le mâle: lorsqu’elle est en chaleur, elle le recherche ardemment, et l’on assure qu elle meurt si elle ne trouve pas à se satisfaire; aussi a-t-on soin de ne les pas séparer. On les élève dans des tonneaux ou dans des caisses où on leur fait un lit d’étoupes ; ils dorment presque continuellement. Ce sommeil si fréquent ne leur tient lieu de rien ; car dès qu’ils s’éveillent ils cherchent à manger: on les nourrit de son, de pain, de lait, etc. Ils produisent deux fois par un an; les femelles portent six semaines, quelques-unes dévorent leurs petits presque aussitôt qu’elles ont mis bas, et alors elles deviennent de nouveau en chaleur et font trois portées, lesquelles sont oïdinairement de cinq ou six, et quelquefois de sept, huit, et même neuf. ^

Cet animal est naturellement ennemi mortel du lapin ; lorsqu on présente un lapin, même mort, à un jeune furet, qui n en a jamais vu, il se jette dessus et le mord avec fureur: s’il est vivant, il le prend par le cou, par le nez, et lui suce le sang. Lorqu’on le lâche dans les trous des lapins.

on le niusèle afin qu’ii ne les tue pas dans le fond du terrier, et qu il les oblige seulement à sortir et à se jeter dans le filet dont on couvre l’entrée. Si on laisse aller le furet sans muselière, on court risque de le perdre, parce qu apres avoir sucé le sang du lapin il s’endort, et la fumée qu’on fait dans Ifi terrier n est pas toujours un moyen sûr pour le ramener, parce que souvent il y a plusieurs issues, et qu'un terrier communique h d’autres, dans lesquels le furet s’engage à mesure que la fumée le gagne. Les enfants se servent aussi du furet pour dénicher les oiseaux; il entre aisément dans les trous des arbres et des murailles, et il les aiiporte au-debors.

Selon le témoignage de Strabon, le furet a été apporté d’Afrique en Espagne, et cela ne me parait pas sans fondement, parce que l’Espagne est le climat naturel des lapins, et le pays où ils étaient autrefois le plus abondants: on peut donc présumer que, pour en diminuer le nombre, devenu peut-etre très-incommode, on fit venir des furets, avec lesquels on fait une eliassc utile; au lieu qu'en multipliant les putois, on ne pourrait que détruire les lapins, mais sans aucun profit, et les détruire peut-être beaucoup au delà de ce que l’on voudrait.

Le furet, quoique facile à apprivoiser, et même assez docile, ne laisse pas d etre fort colère; il a une mauvaise odeur en tout temps, qui devient bien plus forte lorsqu'il s’échauffe ou qu’on l’irrite; il a les yeux vifs, b; regard enflammé, tous les mouvements très-souples; et il est en meme temps SI vigoureux, qu’il vient aisément à bout d’un lapin qui est au moins quatre fois plus gros que lui.

Malgré l’autorité des interprètes et des commentateurs, nous douions que le furet soit riclis des Grecs. « L’ictis, dit Aristote, est une espèce de belette « sauvage, plus petite qu’un petit chien de Malte, mais semblable à la be- « lette par le poil, par la forme, par la blancheur de la partie inférieure, et « aussi par l’astuce des mœurs; il s’apprivoise beaucoup; il fait grand tort « aux ruches, étant avide do miel: il attaque aussi les oiseaux; il a, comme « le chat, le membre génital osseux. » riisC, animal, lib. IX, cap. 6. Il paraît 1" qu’il y a une espèce de contradiction ou de malentendu à dire que lictis est une espèce de belette sauvage qui s’apprivoise beaucoup, puisque la belette ordinaire, qui est ici la moins sauvage des deux, ne s’apprivoise point. 2“ Le furet, quoique plus gros que la belette, n’est pas trop comparable au petit épagneul ou au chien bichon dont il n’approche pas pour la grosseur, o II ne parait pas que le furet ait l’astuce des mœurs de la belette, ni même aucune ruse. Flnfin, il ne fait aucun tort aux ruches, et n’est nullement avide de miel. J ai prié M. Le Roy, inspecteur des chasses du roi, de vérifier ce dernier fait, et voici sa réponse: M. de Buff'nn peut être assuré que les furets n’ont pas à la vérité un goût décidé pour le miel, mais qu avec un peu de diète on leur en fait manger; nous en avons nourri pendant quatre jours arec du pain trempé dans de l'eau miellée; ils en ont mangé, et même en assez grande quantité, les deux, derniers jours : il est vrai que les plus faibles de ceux-là commençaient à maigrir d'une manière sensible. Ce n’est

HISTOIRE NATOREl.Lli DE LA BELETTE. Sî)

pas la fois que M. Le Roy, qui joint à beaucoup d esprit un grand amour pour les sciences, nous a donné des faits plus ou moins importants, et dont nous avons fait usage. J’ai essaye moi-même, n’ayant pas de furet sous ma main, de faire la même épreuve sur une hermine, en ne lui donnant que du miel pur à manger, et en même temps du lait à boire; elle en est morte au bout de quelques jours : ainsi ni l’hermine ni le furet ne sont avides de miel, comme Viclis des anciens; et c’est ce qui me fait ci aire que ce mot ictis n’est peut-être qu’un nom générique, ou que, s il désigne une espèce particulière, c’est plutôt la fouine ou le putois, qui tous deux en elïet ont l’astuce de la belette, entrent dans les ruches, et sont très avides de miel.

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