SECONDE VUE
des aiiiuniux s’engourdir, se creuser des reirailcs; la lerrc se durcir, les plantes se sécher, les arbres dépouillés se courber, s’affaisser sous le poids de la neige cl du givre; tout présente l’idée de la langueur et de l’anéantissement. Mais ces idées de renouvellement et de destruction, ou plutôt ces images de la mort et de la vie, quelque grandes, quelque générales qu’elles nous paraissent, ne sont qu’individuelles et particulières; l’homme, comme individu, juge ainsi la nature ; l’étre que nous avons mis à la place de l’espèce la juge plus grandement, plus généralement; il ne voit dans cette destruction, dans ce renouvellement, dans toutes ces successions que permanence et durée; la saison d’une année est pour lui la même que celle de l’année précédente, la môme que celle de tous les siècles ; le millième animal dans l’ordre des générations est pour lui le même que le premier animal. Et en effet, si nous vivions, si nous subsistions à jamais, si tous les êtres qui nous environnent subsistaient aussi tels qu’ils sont pour toujours, et que tout fût perpétuellement comme tout est aujourd'hui, l'idée du temps s'évanouirait et l’individu deviendrait l’espèce.
Et pourquoi nous refuserions-nous de considérer la nature pendant quelques instants sous ce nouvel aspect? A la vérité l’homme en venant au monde arrive des ténèbres; l’âme aussi nue que le corps, il naît sans connaissance comme sans défense; il n’apporte que des qualités passives; il ne peut que recevoir les impressions des objets et laisser affecter ses organes; la lumière brille longtemps à ses yeux avant que de l’éclairer ; d’abord il reçoit tout de la nature et ne lui rend rien; mais dès que ses sens sont affermis, dès qu’il peut comparer ses sensations, il se réfléchit vers l’univers, il forme des idées, il les conserve, les étend, les combine : riiomme, et surtout l’homme instruit, n’est plus un simple individu, il représente en grande partie l’espèce humaine entière : il a commencé par recevoir de ses pères les connaissances qui leur avaient été transmises par ses a'icux; ceux-ci ayant trouvé l’art divin de tracer la pensée et de la faire passer à la postérité, se sont, pour ainsi dire, identifiés avec leurs neveux; les nôtres s’identifieront avec nous. Cette réunion, dans un seul homme, de l’expérience de plusieurs siècles, recule à l’infini les limites de son être : ce n’est plus un individu simple, borné, comme les autres, aux sensations de l’instant présent, aux expériences du jour actuel : c’est à peu près l’élre que nous avons mis à la place de l’espèce entière; il lit dans le passé, voit le présent, juge de l’avenir; et dans le torrent des temps qui amène, entraîne, absorbe tous les individus de l’univers, il trouve les espèces constantes, la nature invariable. La relation des choses étant toujours la même, l’ordre des temps lui paraît nul; les lois du renouvellement ne lont que compenser à ses ye.ux celles de la permanence ; une succession continuelle d êtres, tous semblables entre eux, n’équivaut en effet qu’à l’existence perpétuelle d’un seul de ces êtres.
A quoi se rapporte donc ce grand appareil des générations, cette immense profusion de germes, dont il en avorte mille et mille pour un qui
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réussit? Qu’esl-ce que celte propagation, cette multiplication des êtres qui, se détruisant et sc renouvelant sans cesse, n’ofTrcnl toujours que la même scène, et ne remplissent ni plus ni moins la nature? D'où viennent ces alternatives de mort et de vie, ces lois d’accroissement et de dépérissement, toutes ces vicissitudes individuelles, toutes ces représentations renouvellées^ d’une seule et même chose? Elles tiennent à l’essence même de la nature, et dépendent du premier établissement de la machiné du monde; fixe dans son tout et mobile dans chacune de ses parties, les mouvements généraux des corps célestes ont produit les mouvements particuliers du globe de la terre; les forces pénétrantes dent ces grands corps sont animés, par lesquelles ils agissent au loin, et réciproquement les uns sur les autres, animent aussi chaque atome de matière, et cette propension mutuelle de toutes ce» parties les unes vers les autres est le premier lien des êtres, le principe de la consistance des choses, et le soutien de l'harmonie de l’univers. Les grandes combinaisons ont produit tous les petits rapports : le mouvement de la terre sur son axe ayant partagé en jours et en nuits les espaces de la durée, tous les êtres vivants qui habitent la terre ont leur temps de lumière et leur temps de ténèbres, la veille et le sommeil : une grande portion de l’économie animale, celle de l’action des sens et du mouvement des membres, est relative à cette première combinaison. Y aurait-il des sens ouverts à la lumière dans un monde où la nuit serait perpétuelle?
L’inclinaison de l'axe de la terre produisant, dans son mouvement annuel autour du soleil, des alternatives durables de chaleur et de froid, que nous avons appelées des saisons, tous les êtres végétants ont aussi, en tout ou en partie, leur saison de vie et leur saison de mort. La chute des feuilles et des fruits, le dessèchement des herbes, la mort des insectes, dépendent en entier de celle seconde combinaison. Dans les climats où elle n’a pas lieu, la vie des végétaux n’est jamais suspendue; chaque insecte vil son âge : et ne voyons-nous pas, sous la ligne, où les quatre saisons n’en font qu'une, la terre toujours fleurie, les arbres continuellement verts, et la nature toujours au printemps ?
La constitution particulière des animaux et des plantes est relative à la température générale du globe de la terre, cl celle température dépend de sa situation, c'est-à-dire de la distance à laquelle il se trouve de celui du soleil : à une distance plus grande, nos animaux, nos plantes ne pourraient ni vivre ni végéter; l’eau, la sève, le sang, toutes les autres liqueurs, perdraient leur fluidité à une distance moindre, elles s’évanouiraient et sc dissiperaient en vapeurs : la glace et le feu sont des éléments de la mort ; la chaleur tempérée est le premier germe de la vie.
Les molécules vivantes répandues dans tous les corps organisés sont relatives, et pour l’action et [tour le nombre, aux molécules de la lumière qui fra[)pent toute matière et la pénétrent de leur chaleur. Partout où les rayons du soleil peuvent échaulï'er la terre, sa surface se vivifie, se couvre de verdure et se peuple d'animaux : la glace même, dès qu elle sc résout en eau,
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semble SC féconder; cct clément est plus fertile que celui de la terre, il reçoit avec la chaleur le mouvement et la vie. La mer produit à clia.pie saison plus d’animaux que la terre n’en nourrit; elle produit moins de plantes; et tous ces animaux qui nagent à la surface des eaux, ou qui en habitent les profondeurs, n'ayant pas, comme ceux de la terre, un fonds de subsistance assure sur les substances végétales, sont forcés de vivre les uns sui es autres; et c'est à cette combinaison que tient leur immense multip icalion,
ou plutôt leur pullulation sans nombre.
Chaque espèce et des uns et des autres ayant été créée, les premiers individus ont servi de modèle à tous leurs descendants. Le corps de chaipic animal ou de chaque végétal est un moule auquel s’assimilent mdineremmenl les molécules organiques de tous les animaux ou végétaux deli tiits pat la mort et consumés par le temps ; les parties brutes qui étaient entrées dans leur com|)osition retournent à la masse commune de la matière brute ; les parties organiques, toujours subsistantes, sont reprises par les corps organisés; d’abord repompées par les végétaux, ensuite absorbées par les animaux qui se nourrissent de végétaux, elles servent au développement, à rcntretien, à raccroissemont et des uns et des autres; elles constituent leur vie, et, circulant continuellement de corps en corps, elles animent tous les êtres organisés. Le fonds des substances vivantes est donc toujouns le même, elles ne varient que par la forme, c'cst-ii-dirc par la différence des représentations : dans les siècles d abondanee, dans les temps de la plus grande po(mlatiün, le nombre des hommes, des animaux domestiques et des plantes utiles semble occuper et couvrir en entier la surface de la terre; celui des animaux féroces, des insectes nuisibles, des plantes parasites, des herbes inutiles, reparaît et domine à son tour dans les temps de disette et de dépopulation. Ces variations, si sensibles pour riioramc, sont indilTérentes à la nature; le ver à soie, si précieux pour lui, n'est pour elle que la chenille du mûrier. Que cette chenille du luxe di.sparaisse, que d’autres chenilles dévorent les herbes destinées à engraisser nos bœufs, que d’autres enfin minent, avant la récolte, la substance de nos épis, qu’en général I homme et les espèces majeures dans les animaux soient affamés par les espèces infimes, la nature n en est ni moins remplie ni moins vivante : elle ne protège pas les unes aux dépens des autres, elle les soutient toutes; mais elle méconnaît le nombre dans les individus, et ne les voit que comme des images successives d’une seule et même empreinte, des ombres fugitives dont l’espèce est le corps.
11 existe donc sur la terre, et dans l’air et dans l’eau, une quantité déterminée de matière organique que rien ne peut détruire : il existe en même temps un nombre déterminé de moules capables de se l’assimiler, qui se détruisent et se renouvellent à cbaquè instant, et ce nombie de moules ou d'individus, quoique variable dans chaque espèce, est au total toujours le même, toujours proportionné àf cette quantité de matièie vivante. Si elle était surabondante, si elle n’était pas, dans tous les temps, également employée et entièrement absorbée |iar les moules existants, il s en formerait
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(I aulie.s, el Ion vcrrail paraiire des espèces nouvelles, |»arce que celle umlière yivaule ne peut demeurer oisive, parce qu'elle est toujours agissante, et qu’il suflit qu’elle s’unisse avec des parties brutes pour former des corps mganîsès. Lest a cette grande combinaison, ou plutôt à cette invariable proportion, que tient la forme même de la nature.
Et comme sou ordonnance est fixe pour le nombre, le maintien et l’équilibre des especes, elle se présenterait toujours sous la meme face, et serait dans tous les temps et sous tous les climats, absolument et relativement la même, si son babitude ne variait pas, autant qu’il est possible, dans toutes les formes individuelles. L’empreinte de clnuiue espèce est un type dont les principaux traitssontgravés en caractères inciraçables etpermancntsàjamais; mais toutes les touebes accessoires varient : aucun individu ne ressemble parfuitoment à un autre j aucune espèce n existe sans un grand nombre de variétés. Dans l'espèce bumainc, sur laquelle le sceau divin a le plus appuyé, l’empreinte ne laisse pas de varier du blanc au noir, du petit au grand, etc. : le Lapon, lePalagon, l’IIottentot, l’Européen, l’Américain, le Nègre, quoique tous issus du même père, sont bien éloignés de se ressembler comme frères.
Toutes les es|)cces sont donc sujettes aux dilTérences purement individuelles; mais les variétés constantes, et qui se perpétuent par les généra lions, n’apparliennent pas également à toutes : plus l’espèce est élevée, plus le type en est ferme, et moins elle admet de ces variétés. L’ordre, dans la multiplication des animaux, étant en raison inverse de l’ordre de grandeur, et la possibilité des différences en raison directe du nombre dans le produit de leur génération, il était nécessaire qu’il y eût plus de variétés dans les petits animaux que dans les grands : il y a aussi, el par la même raison, plus d espoees voisines. Limité de 1 espèce étant plus resserrée dans les grands animaux, la distance qui la sépare des autres est aussi plus étendue. Que de variétés et d espèces voisines accompagnent, suivent ou précèdent 1 écureuil, le rat el les autres petits animaux, tandis que l'éléphant marche seul et sans pair à la tète de tous !
La matière brute qui compose la masse de la terre n'est pas un limon vierge, une substance intacte et qui n’ait pas subi des altérations : tout a été remué par la lorcc des grands et des petits agents; tout a été manié plus d’une fois par la main de la nature. Le globe de la terre a été pénétré par le leu, et ensuite iccoiiverl et travaillé par les cau.\ ; le subie qui en remplit le dedans est une matière vitrée; les lits épais de glaise qui le recouvrent au dehors ne sont que ce même sable décomposé par le séjour des eaux; le roc vil, le granit, le grès, tous les cailloux, tous les métaux, ne sont encore (pie celle même matière vitrée, dont les parties sc sont réunies, pressées ou séparées, selon les lois de leur allinilé. Toutes ces substances sont parfaite ment brutes ; elles existent et existeraienf indépendamment des animaux et des végétaux; mais d’autres substances, en très-grand nombre el qui paraissent également brutes, tirent leur origine du détriment des corps organises;
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les marbres, les pierres à chaux, les graviers, les craies, les manies ne soûl composés que de débris de coquillages et des dépouilles de ces petits animaux qui transformant l’eau de la mer en pierre, produisent le corail et tous les madrépores, dont la variété est innombrable et la quantité presque immense. Les charbons de terre, les tourbes et les autres matières qui se trouvent aussi dans les couches extérieures de la terre, ne sont que le résidu des végétaux plus ou moins détériorés, pourris et consumés. Enfin d’autres matières en moindre nombre, telles que les pierres ponces, les soufres, les mâchefers, les amiantes, les laves, ont été jetées par les volcans et produites par une seconde action du feu sur les matières premières. L’on peut réduire à ces trois grandes combinaisons tous les rapports des corps bruts et toutes les substances du règne minéral.
Les lois d’aflinité par lesquelles les parties constituantes de ces differentes substances se séparent des autres pour se réunir entre elles, et former des matières homogènes, sont les mômes que la loi générale par laquelle tous les corps célestes agissent les uns sur les autres; elles s exercent egalement et dans les mêmes rapports des niasses et des distances : un globule d eau, de sable ou de métal agit sur un autre globule, comme le globe de la terre agit sur celui de la lune : et si jusqu’à ce jour l’on a regardé ces lois d’alfinité comme différentes de celles de la pesanteur, c’est faute de les avoir bien conçues, bien saisies; c’est faute d’avoir embrassé cet objet dans toute son étendue. La figure, qui dans les corps célestes ne fait rien ou presque rien à la loi de l’action des uns sur les autres, parce que la distance est très-grande, fait au contraire presque tout lorsque la distance est très-petite ou nulle. Si la lune cl la terre, au lieu d’une figure sphérique, avaient toutes deux celle d’un cylindre court, cl d’un diamètre égal à celui de leurs sphères, la loi de leur action réciproque ne serait pas sensiblement altérée par cette différence de figure, parce que la distance de toutes les parties de la lune à celles de la terre n’aurait aussi que très-peu varié; mais si ces mêmes globes devenaient des cylindres trés-étcndusel voisins l un de 1 autre, la loi de I action réciproque de ces deux corps paraîtrait fort differente, paicc que la distance de chacune de leurs parties entre elles, et relativement aux parties de l’autre, aurait prodigieusement changé : ainsi, dès que la figure entre comme élément dans la distance, la loi paraît varier, quoiqueaufondellesoit toujours la même.
D'après ce principe, l’esprit humain peut encore faire un pas, et pénétrer plus avant dans le sein de la nature. Nous ignorons quelle est la ligure des parties constiluanlcs des corps; l’eau, l’air, la terre, les métaux, toutes les matières bomoo-ènes sont certainement composées de parties élémentaires semblables entre elles, mais dont la forme est inconnue. Nos neveux pourront, à l’aide du calcul, s’ouvrir ce nouveau champ de connaissances, et savoir à peu près de quelle figure sont les éléments des corps; ils partiront du principe que nous venons d’établir, ils le in endronl pour hase. Toute matière s’attire en raison inverse du car ré de la distance : et cette loi (jenerak ne parait varier, dans les attractions particulières, que par l’e/fet de la figure des
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yarlies constiluanles de chaque substance, parce que celle fujure entre camme élément dans la distance. Lorsqu'ils auront donc acquis, par dos oxpcricncos raiérées, la connaissance de la loi d’attraction d’une snhsiance partic.dière Ils pourront trouver par le calcul la (igure de ses parties constituantes. Poulie laire mieux sentir, supposons, par exemple, qu’en mettant du vif-argent sur un plan parfaitement poli, on reconnaisse par des expériences que ce métal fluide s’attire toujours en raison inverse du cube de la distance; il faudra clierclier, par des règles de fausse position, quelle est la ligure qui donne cette expression; et cette figure sera celle des parties constituantes du vil-argent. Si l’on trouvait par ces expériences que ce métal s’attire en raison inverse du carré de la distance, il serait démontré que ses [larlies constituantes sont sphériques, puisque la sphère est la seule ligure qui donne celte loi, et qu’à quelque distance que l’on place des globes, la loi de leur attraction est toujours la même.
Newton a bien soupçonné que les affinités chimiques, qui ne sont autre chose que les attractions particulièresdontnoiisvenons de parler, se faisaient par des lois assez semblables à celles de la gravitation; mais il ne parait pas avoir vu que toutes ces lois jiarliculières n’étaient que de simples mo- ’ diflcalions de la loi générale, et qu’elles n’en paraissaient diflérentes que parce quà une très-petite distance la ligure des atomes qui s’altirent, fait autant et plus que la masse pour l’expression de la loi, celle figure entrant alors pour beaucoup dans l’élément de la distance.
C est cependant a celte théorie que lient la connaissance intime de la composition des corps bruts : le fond de toute matière est le même : la masse et le volume, eest-a-dire la forme serait aussi la même, si la ligure des parties eonsiituantcs était semblable. Une substance homogène ne peut différer d une autre qu autant ijiie la ligure de .ses parties primitives est différente : celle dont toutes les molécules sont sphériques doit être spéci(i([uernent une fois plus légère (pi’une autre dont les molécules seraient cubiques parce que les premières ne pouvant se toucher que par des points, laissent des intervalles égaux à l’espace qu’elles remplissent; tandis que les parties supposées cubiques peuvent se réunir toutes sans laisserlc moindre intervalle, et former par conséquent une matière une Ibis plus pesante que la première.
Et quoique les ligures puissent varier à l’inlini, il paraiKpi’il n’en existe pas autant dans fa nature ipio l'esprit pourrait en concevoir; car elle a fixé les limites de la pesanteur et de la légèreté ; l’or et l’air sont les deux extrêmes de toute densité; toutes les ligures admises, exécutées par la nature, sont donc comprises entre ces deux termes, cl toutes celles qui auraient pu produire des substances plus pesantes ou plus légères ont été rejetées.
Au reste, lorsque je parle îles ligures em|)loyées par la nature, je n’entends pas qu’elles .soient néces.sairemenl ni même cxaeleinetu .semblables aux figures géométriques qui existent dans notre cnlcndemenl ; c’est par supposition que nous les fai.sons régulières, et par abstraction que nous les rendons simples. Il n’y a peut-être ni cubes exacts, ni sphères parfaites dans
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l'univers; mais comme rien n’cxislc sans forme el que selon la iliversitc des substances, les figures de leurs éléments sont dift'éi entes, il y en a nccessaireinent qui approebent de la sphère ou du cube, et de toutes les autres figures régulières que nous avons imaginées : le précis, l’absolu, l'abstrait, qui se présentent si souvent à notre esprit, ne peuvent sc trouver dans le réel, parce que tout y est relatif, tout s‘y fait par nuances, tout s y combine par approximation. De même, lorsqtie j’ai parlé d une substance qui serait entièrement pleine, parce qu’elle serait composée de parties cubiques, et d’une autre substance qui ne serait qu’à moitié pleine, parce que toutes ses parties constituantes seraient s[)hériques, je ne l'ai dit que par comparaison, et je n’ai pas prétendu que ces substances existassent dans la réalité; car 1 on voit par l'expérience des corps transparents, tels- que le verre, qui ne laisse {)as d'etre dense et pesant, que la quantité de la matière y est très-petite en comparaison de l’étendue des intervalles; et l’on peut démontrer que l'or, qui est la matière la plus dense, contient beaucoup plus de vide que de plein.
La considération des forces de la nature est 1 objet de la mécanique rationnelle; celui de la mécanique sensible n’est que la combinaison de nos forces particulières, et sc réduit à l'art de faire des maebines ; cet art a été cultivé de tout temps, par la nécessité et pour la commodité ; les anciens y ont excellé comme nous : mais la mécanique rationnelle est une science nce, pour ainsi dire, de nos jours. Tous les philosophes, depuis Aristote à Descartes, ont raisonné comme le peuple sur la nature du mouvement; ils ont unanimement pris l’effet pour la cause : ils ne connaissaient il antres forces que celle de l’impulsion, encore la connaissaient-ils mal ; ils lui attribuaient les effets des autres forces; ils voulaient y ramener tous les pliénomèncs du monde. Pour (]ue le projet eût été [tiausible et la chose possible, il aurait au moins fallu que cette impulsion, qu'ils regardaient comme cause unique, fût un effet général et constant qui appartînt à toute matière, qui s’exerçât continuellement dans tous les lieux, dans tous les temps : le contraire leur était démontré ; ne voyaient-ils pas que dans les corps en repos cette force n'existe pas, que dans les corps lancés son effet ne subsiste qu’un petit temps, qu’il est bientôt détruit par les résislanees, que pour le renouveler il faut une nouvelle impulsion ; que par conséquent, bien loin qu'elle soit une eansc générale, elle n’est au contraire qu'un effet particulier et dépendant d effets plus généraux ?
Or, un effet général est ce qu'on doit appeler une cause ; car la cause réelle de cet effet général ne nous sera jamais connue, parce que nous ne connaissons rien que par comparaison, et que 1 effet étant supposé général et appartenant également a tout, nous ne pouvons le conq)arcr a rien, ni par conséquent le connaître autrement que par le fait : ainsi 1 attraction, ou, si l’on veut, la pesanteur, étant un effet général et commun à toute matière, et démontré par le fait, doit être regardée comme une cause ; et c’est à elle qu’il faut rapporter les autres causes particulières et mèmerimpulsion, puisqu’elle