‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 203 sur 255 · DE LA DÉ(;ÉNÉI{AT1().> DES ANIMADX. S · texte numérisé non relu

DE LA DÉ(;ÉNÉI{AT1().> DES ANIMADX. S

nnimaux, ceux qui se nourrissent de chair sont les ))lus indépendants de I hoiunic, et qn'iju moyen de celte nourriture déjà i>réparée par la nature, ils ne reçoivent presque rien des qualités de la terre qu’ils habitent; que d'ailleurs ayant tous de la force et des armes, ils sont les niaiires du choix de leur terrain, de leur climat, etc., et que par conséquent les trois causes de changmncnt, d’altération et de dégénération dont nous avons parlé, ne peuvent avoir sur eux (|ue de très-petits effets.

Mais après le coup d’œil que l'on vient de jeter sur ces variétés qui nous indiquent les ahéi alions particulières de chaque espèce, il se présente une considération plus importante et dontla vue est bien plus étendite: c’est celle du changement des espèces mômes, c’est cette dégénération phtsancienne, et (le tout temps iminéinorialc, qui parait s’élrc laite dans chaque famille, ou si l'on veut dans chacun des genres sous lesquels on peut comprendre les espèces voisines et peu différentes entre elles. Nous n'avons dans tous lesanimaux terrestres que. quelques espèces isolées, qui, comme celle de rhomme, fassent en même temps espèce et genre: l’éléphant, le rhinocéros, 1 hippopotame, la girafe, forment des genres ou des espèces simples qui ne se propagent qu'eu ligne directe et n’ont aucune branche collatérale : toutes les autres paraissent former des familles dans lesquelles on remarqtie ordinairement une souche principale et commttne, de laquelle semblent être .sorties des tiges différentes et d'autant plus nombreuses, que les individus, dans cha(|ue espèce, sont plus petits et plus féconds.

Sous ce point de vue, le cheval, le zèbre et l'âne, sont tous trois de la même famille : si le cheval est la souche ou le tronc principal, le zèbre et l àne seront les tiges collatérales : le nombre de leurs ressemblances entre eux étant infiniment plus grand que celui de leurs différences, on peut les regarder comme ue faisant qu'un meme genre, dont les principaux caractères sont clairement énoncés (U communs à tous trois: ils sont les seuls qui soient vraiment solipèdes, c'est-à-dire qui aient la corne des |)icds d'une seule pièce sans aucune apparence de doigts ou d’ongles; et quoiqu’ils forment trois espèces distinctes, elles ne sont cependant pas absolument ni nettement séparcies, puisque l’àne produit avec la jument, le cheval avec l ànesse, et qtt’il est probable que si l’on vient à bout d’apprivoiser le zèbre et d'assouplir sa nature sauvage et récalcitrante, il produirait aussi avec le cheval et l'âne, comme ils produisent entre eux.

El ce mulet qu’on a regardé de tout temps comme une production viciée, comme un monstre composé de deux natures, et que, par celte raison, l'on a jugé incapable de se reproduire lui-rnéme et de former lignée, n’est cependant jias aussi profondément lésé qu'un se l’imagine d’après ce préjugé, puisqu'il n'est pas réellement inlécond, et (pic sa stérilité ne dépend que de certaines circonstances extérieures et particulières. On sait (|ue les mulets ont souvent produit dans les pays chauds; l'on en a même qmdqucs e,\emples dans nos climats tempérés : mais on ignore si cette génération est jamais provenue de la simple union du mulet et de la mule, ou plutôt si le produit n'en est pas dû à 1 Union du nmlet avec la jument, ou encore à celle (Je l’âne avec la mule. Il y a deux sortes de mulets : le premier e.sl le grand mulet ou mulet simplement dit, qui provient de la jonction de 1 âne à la jument; le second est le petit mulet provenant du cheval et de l’ânessc, que nous appellerons bardeau pour le distinguer de 1 autre. Les anciens les connaissaient et les distinguaient comme nous par deux noms différents : ils appelaient mulus le mulet provenant de 1 âne et de la jument, et ils donnaient les noms de -/twos, hinnus, barda, au mulet provenant du cheval et de l ànesse. Ils ont assuré que le mulet, mulus, produit avec la jument un ani-

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mal aucjue! ils (ioiiiiaienl aussi le uom de ç/(wt«s ou /««««s. Jls ont assuré de même que la mule, nnda, conçoit assez aiscmem, mais quelle ne peut que rarement perfecliontier son fruit; et ils ajoutent que (|uoiqu’il y ail des exemples assez fiéquents de mules (|ui ont mis bas, il faut néanmoins regarder celle produelion eomme un prodige. .Mais qu’est-ce qu'un prodige dans la nalure, sinon un eflêl plus rare que les autres? Le mulet peut donc engendrer, et la mule peut concevoir, porter et mettre bas dans de certaines circonstances : ainsi, il ne s’agirait que de faire des expériences pour savoir (juelles sont ces circonstances et pour acquérir de nouveaux faits dont on pourrait tirer de grandes lumières sur la dégcnéralion des es[)cces par le mélange, et par conséquent sur l’unilé ou la diversité de cinujuc genre. Il faudrait, pour réussir à ees expériences, donner le mulet à la mule, a la jument et à l'ânesse; (aire la même chose avec le bardeau, et voir ce qui résulterait de ces six accouplements difl’érents. Il faudrait aussi donner le cheval et l'âne à la mule, et faire la même chose t*our la petite nnile, ou femelle du bardeau. Ces épreuves quoique assez simples, n’ont jamais été lenlées dans la vue d'en tirer des lumières; cl je regrette de n’étre pas à portée de les exécuter : je suis persuadé qu il en résulterait des connaissances que je ne fais qu’entrevoir et que je ne puis donner que comme des présomptions. Je crois, par exemple, que de tous ces accouplements, celui du mulet et de la femelle bardeau, et celui du bardeau et de la mule pourraient bien manquer absolument; que celui du mulet et de la mule, et celui du bardeau et de sa femelle pourraient peut-être réussir, quoique bien rarement : mais en même temps, je présume que le mulet produirait avec la jument plus certainement qu'avec 1 anesse, et le baideau plus certainement avec lànesse quat'cc la jument; qu’enfln, le cheval et l'âne pourraient peut-être produire avec les deux mules, mais l'âne plus sûrement (pie le cheval. Il faudrait faire ces épreuves dans un climat aussi chaud, pour le moins, que l’est notre Provence, et prendre des mulets de sept ans, des chevaux de cinq et des ânes de quatre ans, parce qu il y a celle différence dans ces trois animaux pour les âues de la pleine puberté.

Voici les raisons d'analogie sur lesquelles sont fondées les présomptions <|ue je viens d indiquer. Dans l ordonnancc commune de la nature, ce ne .sont pas les mâles, mais les femelles, qui constituent runité des espèces : nous savons par l’exemple de la brebis qui peut servir à deux mâles ditFérents et produire également du bouc et du bélier, que la femelle influe beaucoup plus que le mâle sur le spécifique du produit, puisque de ces •leux mâles diflérenls il ne naît que des agneaux, c’est-à-dire des individus spécitiquement ressemblants a la mère ; aussi le mulet ressemble-t-il plus à la jument qu'à làue, et le bardeau plus à l'ânesse qu’au cheval : dés lors k mulet doit produire plus sûrement avec la jument

avec lànesse, et le bardeau plus sûrement avec lànesse qu'avec la jument. De même le cheval et 1 ane pourraient peut-être produire avec les deux mules, parce quêtant femelles elles ont, quoique viciées, retenu chacune plus de propriétés spécifii|ues que les mulets mâles : mais l’àne doit produire avec elles plus certainement que le cheval, parce qu on a remarqué que 1 âne a plus de puissance pour engendrer, même avec la jument, que n en a le cheval; car il corrompt et détruit la génération de celui-ci! On peut s’en assurer en donnant d'abord le cheval-étalon à des juments, et en leur donnant le lendemain, ou même quelques jours après, l’àne au heu du cheval; ces juments produiront presque toujours des mulets et non pas des chevaux. Cette observation, qui mériterait bien d'étre constatée

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dans toutes scs circonstances, paraît indiquer que la souclie ou lige principale (le celle faniillc pourrait bien être râne et non |)as le clieva?, puisque i âne le domine dans la puissance d’engendrer, meme avec sa femelle: d’autant que le contraire n’arrivc pas, lorsqu’on donne l’Ane en premier et le cJicval en second, à la jument; celui-ci ne corrompt pas la giumraiion de lâne, car le produit est presque toujours un mulel : d’autre côte, la même chose n arrive pas, quand on donne l’àne en premier et le elieval en S(»cond à l ânesse; car celui-ci ne corrompt ni nedcîtrnit la gémîration de l’âne. Et, à I (^gard des accouplements des mulets entre eux, je les ai pntsumés stéi iles, parce que de deux natures déjà lésées pour la génération, et (|ui par leur mélange ne pourraient manquer de se léser davantage, ou ne doit attendre qu’un produit tout à fait vicié ou absolument nul.

Par le mélange du mulet avec la jument, du bardeau avec l’Ancsse, et par celui du cheval et de l’àne avec les mules, on obtiendrait des individus qui remonleraieiU à l’espèce et ne seraient plus que des demi-mulets, lesquels non-seulement aurarent, comme leurs parents, la puissance d’engendrer avec ceux de leur espèce originaire, mais peut-être même auraient la faculté de produire entre eux, parce que n’étant plus lésés qu’à demi, leur produit ne serait pas plus vicié que ne le sont les premiers mulets; et si runion de ces demi-mulets était encore stérile, ou (pie le produit en fût et rare et dillîciie, il me parait ceiiain qu’en les rapprochant encore d’un degré de leur espèce originaire, les individus qui en résulteraient, et qui ne seraient plus lésés qu’au quart, produiraient entre eux, cl formeraient une nouvelle tige, (]ui ne serait précisément ni celle du cheval ni celle de l’âne. Or, comme tout ce qui peut être a été amené par le temps, et se trouve ou s’est trouvé dans la nature, je suis tenté de croire que le mulet fécond dont |Kirlent les anciens, et qui, du temps d’Arisloie, existait en Syrie dans les terres au delà de celles des Phéniciens, pouvait hien être une race de ces demi-mulets ou de ces quarts de mulets, qui s’etait formée par les mélanges que nous venons d’indiipter; car Aristote dit expressément que ces mulets féconds ressemblaient en tout, et autant qu’il est possibh', aux mulets inféconds; il les distingue aussi très-clairement des onagres ou ânes sauvarjes dont il fait mention dans le môme chapitre, et par conséquent on ne peut rapporter ces animaux qu’à des mulets peu viciés, cl qui auraient conservé la faculté de reproduire. Il se pourrait encore que le mulet fécond de Tarlaric, le czirjühai dont nous avons parlé, ne fût pas Y onagre ou âne sauvage, mais ce même mulet de Phénicie, dont la race s’est peut-être maintenue jusqu’à ce jour; le premier voyageur qui pourra les comparer, confirmera ou détruira^ cette conjecture. Et le zèbre lui-mème, qui ressemble plus au mulet qu’au cheval cl qu'à lïme, pourrait bien avoir eu une pareille origine ; la régularité contrainte et symétrique des couleurs do son poil, qui sont alternalivement toujours disposées par bandes noires et blanches, parait indiquer qu’elles |•roviemlcnl de deux espèces dilTércntes, qui, dans leur mélange, se sont séparées autant qu’il était possible; car, dans aucun de ses ouvrages, la nature n’est aussi tranchée et aussi peu nuancée que sur la robe du zèbre, où elle cesse brusquement et alternativement du blanc au noir et du noir au blanc sans aucun iiilermède dans toute l’étendue du corps de l aiiimal.

Quoi qu’il en soit, il est certain par tout ce que nous venons d’exposer, que les mulets en général, (|u’on a toujours accusés d’impuissance et de stérilité, ne sont cependant ni réellement stériles, ni générale(ncnt infécondset que ce n’est que dans l’espèce |)articulière du mulet provenant de l’àuè et du cheval que celte stérilité se manifeste, puisque le mulel qui provient •VKo.v, loiiio vu. 37

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du houe cl de la l)rehis csl aussi fécond ijiie sa mère ou son père; puis(|uc dans les oiseaux la plupart des mulets qui proviennent d'cspèees diiïcrentes ne sont point inléconds : cest donc dans la nature particulière du cheval et de lïme qu'il faut chercher les causes de l inlécondité des mulets qui en proviennent, et au lieu de supposer la stérilité comme un défaut général et nécessaire dans tous les mulets, la restreindre au contraire au seul mulet provenant de l âne et du cheval, et encore donner de grandes limites à cette restriction, attendu que ces mêmes mulets peuvent devenir féconds dans de certaines circonstances, et surtout en se rapprochant d'un degré de leur espèce originaire.

Les mulets qui proviennent du cheval et de ràne ont les organes de l-a génération tout aussi complets que les autres animaux : il ne manque rien au male, rien à la femelle; ils ont une grande abondance de liqueur séminale; et comme l’on ne permet guère aux mâles de s’accoupler, ils sont souvent si pressés de la répandre, qu'ils se couchent sur le ventre pour se frotter entre leurs pieds de devant qu’ils replient sous la poitrine : ces animaux sont donc pourvus de tout ce qui est necessaire à l'acte de la généraliou: ils sont même très-ardents, et par conséquent très indifî’ércnls sur le choix; ils ont à peu près la même véhémence de goût pour la mule, pour 1 ànesse et |)our la jument : il n'y a donc nulle dilfieulté pour les accouplements. .Mais il faudrait des attentions et des soins particuliers, si l'on voulait rendre ces accouplements proliliques : la trop grande ardeur, surtout dans les femelles, est ordinairement suivie de la stérilité, et la mule est au moins aussi ardente que l’ànessc : or, l'on sait que celle-ci rejette la liqueur séminale du mâle, et que, pour la faire retenir et produire, il faut lui donner des coups ou lui jeter de l’eau sur la croupe afin de calmer les convulsions d'antour qui suhsistent après l'aceouplcmetit, et qui sont la cause de cette réjaculation. I. ànesse et la mule tendent donc toutes deux par leur trop grande ardeur à la stérilité. L’âne et l'âncsse y tendent encore par une autre cause ; comme ils sont originaires des climats cliau ls, le froid s'oppose à leur génération, et c'est par cette raison (pi on attend les chaleurs de l'été pour les faire accoupler : lors(pi'ou les laisse joindre dans d'autres temps, et surtout ou hiver, il est rare que l’imprégnation suive l’accouplement, meme réilérii; et ce choix du temps qui est iH'cessaire au succès de leur génération, l’est aussi pour la conservation du produit; il faut que l'ànon naisse dans un temps chaud, autrement il périt ou languit; et comme la gestation de l’âncsse est d’un an, elle met bas dans la même saison qu’elle a conçu ; ceci prouve assez eomhien la chaleur est nécessaire, non-seulement à la fécondité, mais même à la pleine vie de ces animaux. C’est encore par cette même raison de la trop grande ardeur de la femelle, qu’on lui donne le mâle presque immédiatement après qu’elle a mis bas; on ne lui laisse que sept ou buit jours de repos ou d intervalle entre raccouehement et raccouplement : l'âncsse, all’aiblie par sa eonebe, est alors moins ardente; les parties n ont pas pu dans ce petit espace de temps reprendre toute leur raideur; au moyen de (]uoi la conception se fait plus sûrement que quand elle est en pleine force et que son ardeur la domine. On prétend que dans cette espèce, comme dans celle du chat, le tempérament de la femelle est encore |)lus ardent et plus fort que celui du mâle : cependant, l ânc est un grand exemple de ce genre; il peut aisément saillir sa femelle ou une autre plusieurs jours de suite et plusieurs fois par jour; les premières jouissances loin d’éteindre, ne font qu’allumer son ardeur; on en a vu s’excéder sans y être incités autrement que par la force de leur appétit naturel; on en a vu mourir sur le champ de baiaille, après onze ou douze conflits réitérés près-

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que sans intervalle, et ne prciulre pour subvenir à eetie grande et rapide dépense que quebpies pintes d'eau, (iette niéine chaleur qui le consume est trop vive pour être durable; rùue étalon est bientôt bors de combat et même de service, et c'est peut-être par cette raison que l'on a prétendu (lue la lemelle est plus forte et vil plus longtemps que le mâle : ce qu’il y a de certain, c’est qu'avec les ménagements que nous avons indiqués, elle peut vivre trente an.s, et produire tous les ans pendant toute sa vie; au lieu que le male, lorsqu on ne le contraint pas à s’abstenir de femelles, abuse de scs lorees au point de (tertlre eu peu d'années la puissance rrengêndrer.

Lâne et I ânesse tendent donc tous deux à la stérilité par des propriétés communes, et aussi par des qualités dilférenles; le cbcval et la jument y tendent de même par d’autres voies. On peut donner l'étalon à la jument neul ou dix jours après qu elle a mis bas, et elle [)eul produire cinq ou six ans de suite; mais après cela elle devient stérile. Pour entretenir sa fécondité, il faut mettre un intervalle d’un an entre cbaeunc de ses portées et la traiter diiréremmcnt de l'àne.s.se; au lieu de lui donner l’étalon après qu’elle a mis bas, il faut le lui réserver pour l’année suivante, et attendre le temps où sa chaleur se manlsfesle par les bumeurs qu’elle jette; et même avec CCS atientions, il est rare qu'elle soit féconde au delà de l'àge de vin'>-t ans. D autre côté, le cheval, quoique moins ardent cl plus délicat tpic l’àne conserve néanmoins plus longtemps la faculté d'engendrer. On a vu de vieux ebevaux, qui n’avaient plus la force de monter la jument sans l’aide du palefrenier, trouver leur vîgmmr dès qu’ils étaient placés, et engendrer à l'âge de trente ans. La liqueur séminale est non-seulement moins abondante, mais beaucoup moins stimulante dans le cheval que dans l'âne; car souvent le cheval s'accouple sans la répandre, surtout si on lui présente la jument avant (pi'il la elierebc; il parait triste dès qu'il a joui, et il lui faut d'assez grands intervalles de temps pour (pie son ardeur renaisse. D'ailleurs, il s’en faut bien que dans celte espèce tous les accouplements, même les plus consom:;;és, soient proliliipies ; il y a îles juments naturellement stériles et d'autres, en plus grand nombre, (|ui sont très-peu fécondes; il y a aussi des étalons qui, quoique vigoureux en apitarcnec, n’ont que peu de puissance réelle. Nous pouvons ajouter à ces raisons particulières une preuve plus évidente et plus générale du iieu de fécondité dans les espèces du cheval et de l’âne; ce sont de tous les animaux domestiques ceux dont l'espèce, quoique la plus soignée, est la moins nombreuse; dans celles du bœuf, de la brebis, de la chèvre, et surtout dans celles du cochon, du chien et du chat, les individus sont dix et peut-être cent fois plus nombreux que dans celles du cheval et de lâne : ainsi leur peu de fécondité est prouvée par le fait, et I on doit attribuer a toutes ces causes la stérilité des mulets qui proviennent du mélange de ces deux espèces naturellement peu fécondes. Dans les espèces, au contraire, qui, comme celle de la chèvre et celle de la brebis, sont plus nombreuses et par conséquent plus fécondes, les mulets provenant de leur mélange ne sont pas stériles, et remontent pleinement à l’espèce originaire dès la première génération; au lieu qu il faudrait deux, trois et peut-être quatre générations, pour que le mulet provenant du cheval et de l’âne pût parvenir à ce meme degré de rchabilitaiion de nature.

On a prétendu que de l’accouplement du taureau et de lajumentil résultait une autre sorte du midet : Columelle est, je crois, le preniicr qui en ait parlé; üessner le cite, et ajoute qu il a entendu dire qu'il se trouvait de ces mulets auprès de Grenoble, et qu’on les appelle en français jumarts. J’ai fait venir un de ces jumarts de Dauphiné; j’en ai fait venir un autre des Pyrénées, et j’ai reconnu, tant par l’inspecliou des parties extérieures que

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par la ilissccliüii des |)ai lies intérieures, que ces juniarls n'élaienl que des bardeaux, c’est-à-dire des mulets provenant du clieval et de l'ànesse ; je crois donc être fondé, tant par cette (d)servai ion (|uo par l’analogie, à croiie que cette sorte de mulet n’existe pas, cl que le moljuniarl n’est qu’un nom cliimcriquc, et qui n’a point d’objet réel. La nature du taureau est trop éloignée de celle de la jument, pour qu’ils puissent produire ensemble; l un ayant quatre estomacs, des cornes sur la lèut, le pied l'ourcbu, etc.; raiilre étant solii)ède et sans cornes, et n’ayant qu’un seul estomac. Lt les parties de la génération étant très-dilîércntes tant par la grosseur que pour les pro- ))nrtions, il n’y a nulle raison de présumer qu ils puissent se joindre avec plaisir, et encore moins avec succès. Si le taureau avait à produire avec (|ucl(|ue autre espèce que la sienne, ce serait avec le bullle qtti lui ressemble par la conformation et par la plitparl des habitudes naturelles; cepcndaiil, nous n’avons [tas entendu dire «pi’il soit jamais né des mulets de ces deux animaux, qui néanmoins se trouvent dans plusieurs lieux, soit en domesticité, soit en liberté. (3e que l’on raconte de l’accouplement et du produit du cerf et de la vache m’est à peu près aussi suspect que I histoire des jumarts, quoique le cerf soit beaucoup moins éloigné, par sa conformation, de la nature de la vache, que le taureau ne l'est de celle de la jtimenl.

Ces animaux, qui portent des hois, quoique ruminants cl conformés à l'intérieur comme ceux qui portent des cornes, semblent faire un genre, une famille .à part, dans laquelle l’élan est la lige majeure, cl le renne, le cerf, l’axis, le daim et le chevreuil sont les branches mineures et collatérales; car il n’y a que ces six espèces d’animaux dont la tète soit armée d’un bois branchu qui tombe et se renouvelle tous les ans; cl indépendamment de ce caractère générique qui leur est commttn, ils se ressemblent encore beaucoup par la conformation cl par toutes les liabitudes nalttrellos ; on obtiendrait donc plutôt des mulets du cerf ou du daim mêlé avec le renne et l’axis, (|uc du cerf et de la vache.

On serait encore mieux fondé à regarder toutes les brebis et toutes les chèvres connue ne faisant qu’une même famille, puisqu’elles produisent enseinble des mulets qui remontent directement, et dès la première génération, à l’espèce de In brebis; on |)ourrrail meme joindre à celte noud)reuse famille des brebis et des chèvres celle des gazelles et celle des bubales, qui ne sont pas moins nomltreuses. Dans ce genre, qui contient plus de trente espèces ditfércnies, il parait que le mottllon, le botuiuelin, le chamois, l anlilopc, le bubale, le condoma, etc., sont les tiges principales, cl que les autres n’en sont (pte les branches accessoires, qui toutes ont retenu les caractères principaux tic la souche dont elles sont issues, mais qui oui en même temps prodigieusement varié par les inducnccs du climat cl les diirérentes nourritures, aussi bien que par l’état de servitude cl de domesticité auquel riionimc a réduit la plupart de ces animaux.

Le chien, le loiq), le renard, le chacal et l’isatis forment un autre genre, dont chacune des espèces est récllcruenl si voisine des autres, cl dont les individus se ressemblent si fort, surtout par la conformation intérieure et par les parties de la génération, (pi’on a peine à concevoir pour(|uoi ces animaux ne produisent point ensendtie : il m’a paru, par les expériences (pie j'ai faites sur le mélange du chien avec le loup et avec le lenard, que la répugnance à raccotiplemenl vcnaitdu loup et du renard plutôtqtiedu chien, c’est-à-dire de l’animal sauvage et non pas de l'animal domestique; car les chiennes que j ai mises à répreuve auraient volontiers souffert le renard et le loup, au lieu que la louve cl la femelle renard n’ont jamais voulu souf- Irir les approches du chien. L’état de domcsiici'lé semble rendre les animaux

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plus libcrliiis, c’cst-i’i-tlirc moins lidclos n leur espèce : il les rend aussi plus chauds et plus Icconds ; car ta cliienne peut produire et produit méine assez ordinairement deux fois par an, au lieu (|ue la louve et la femelle renard ne portent qu’une fois dans une année; et il est à présumer que les chiens sauvages, c’est-à-dire les chiens qui ont été abandonnés dans des pays déserts, et qui se sont mnllipliés dans l'ilc de Jiian-Fernandès, dans les montagnes de Saint-Domingue, etc., ne produisent qu’une fois par an, comme le renard et le loup : ce fait, s'il était conslaté, conlirmerait pleinement runilé du genre de ces trois animaux, qui se ressemblent si fort par la conformation, qu’on ne doit attribuer qu’à (luebiues circonstances cviérieures leur répugnance à se joindre.

Le chien parait être respèce moyenne et commune entre celles du renard et du loup : les anciens nous ont transmis comme deux faits certains que le chicn, dans qucbiucs pays et dans qucl(|ues circonstances, produit avec le lou|> et avec le renard. J’ai voulu le vérifier, et (pioiquc je n’aie pas réussi dans les épreuves que j’ai faites à ce sujet, on n'en tloii pas conclure que cela soit impossible; car je n’ai pu faire ces essais que sur des animaux captifs, et l’on sait que dans la pliqiart d’entre eux la captivité .seule sndit pour éteindre le tlé.sir et pour les dégoûter de raccouplement, même avec leurs semblables; à plus forte raison cet étal forcé doit les empêcher de s’unir avec des individus d'une espèce étr.mgère : mais je suis persuade que dans l état de liberté et de célibat, e’csl-à-dire de privation de sa femelle, le chien peut en eirel s’unir au lou() et au retiard, surtout si, devenu sauvage, il a perdu son odeur de ilomcsticité, et s’est en même temps rapproché des imcurs et dos habitudes naturelles de ees animaux. Il n'en est pas de même lie l’union du renard avec le loiqj, je ne la crois guère (tossible : du moins dans la nature actuelle, le contraire parait démontré par le fait, |inis(|ue ees deux animaux se trouvent ensemble dans le même climat et dans les mêmes terres, et que se soulenant chacun dans leur espèce sans se chercher, sans se mêler, il faudrait stqtposer une dégénération plus ancienne que la mémoire des hommes pour les réunir à la même espèce : c'est par celte raison que j’ai dit que celle du chien était moyenne entre celles du renard et du loup; elle est aussi commune, puisqu’elle peut se mêler avec toutes lieux; et si quelque chose pouvait indiquer qu’origiuairemenl toutes trois sont sorties de la meme souche, c’est ce ra|)porl commun qui rnpjiroche le renard du loup, cl me paraît en réunir les espèces de plus près que tous les autres rapports de conformité dans la figure et l’organisation. Pour réduire ees deux espèces à l’unité, il faut donc remonter à un état de nature plus ancien : mais, dans l'étal actuel, on doit regarder le loup et le renard comme les liges majeures du genre des cinq animaux ((uc nous avons indiqués; le chien, le chacal et l’isatis n’en sont que les branches latérales, et elles sont placées entre les deux premières; le chacal participe du chien cl du loup, et l’isatis du chacal et du renard ; aussi parait-il, par un assez grand nombre de témoignages, que le chacal et le chien produisent aisément ensemble; et I on voit, par la description de l’isatis et par 1 histoire de ses habitudes naturelles, qu’il ressemble pres(|UC entièrement au renard par la (Igmeci par le tempérament, qu'il se trouve également dans les pays froids, m.ais (|u’en même temps il tient du chacal le naturel, 1 aboiement continu, la voix criarde et l’habitude d’aller toujours en troupe.

Le chien de berger, ipie j’ai dit être la souche première de tous les chiens, est en même temps celui qui approche le plus de la ligure du renard; il est de la même taille; il a, comme lui, les oreilles droites, le museau poinlu, la queue droite et traînante; il approche aussi du renard par la voix, par

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1 inlelligtHice el par la liiieÿsc de 1 itislinel : il se peut donc que cr chien soil 01 iginaii enicni issu du renard, sinon en ligne droile. au moins en ligne collatérale. Le chien, qu Aristote appelle camis luconicus, ctqii il assure provenir du mélange du renard et du chien, pourrait bien être le même que le chien de berger, ou du moins avoir plus de rapport avec lui rpravee aucun autre chitui : on serait porté à imaginer que répithète lar.onicus qu’Aristote n interprète pas, n a été donnée à ce chien que par Ja raison qu'il se trouvait en Laconie, province de la (jrèce, dont Lacédémone était la ville |)rincipale; mais si l’on fait attention à l'origine de ce chien lacoiuc, que le même auteur dit venir du renard et du chien, on sentira que la race n’en était pas bornée au seul pays de Laconie, et qu elle devait se trouver également dans tous les pays où il y avait des renards; et c est ce qui me fait présumer que l'épithète laconicus pourrait bien avoir et(! employée par Aristote dans le sens moral, cest-à-dire pour ex[)rinier la brièveté ou le son aigu de la voix; il aura appelé chien laconic ce cliien provenant du renard, parce tpi’il n'aboyait pas comme les autres chiens, et qu il avait la voix courte et glapissante comme celle du renard. Or, notre chien de berger est le chien qu’on peut ap[)eler laconic à plus juste titre, car c'est celui de tous les chiens dont la voix est la plus brève et la plus rare : d'ailleurs, les caractères que donne Aristote à son chien laconic conviennent assez au chien de berger, et c'est ce qui a achevé de me persuader que c'était le même chien.

Le genre des animaux cruels est run des plus nombreux et des plus variés; le mal semble, ici comme ailleurs, se re|)roduire sous toutes sortes de formes et se revêtir de plusieurs natures. Le lion et le tigre, coiame espèces isolées, sont en prenuère ligne; toutes les autres, savoir : les panthères, les onces, les hktpards, les guépards, les lynx, les caracals, les jaguars’ les couguars, les ocelots, les servals, les margais et les chats, ne font qu'une même et méchante fannile, dont les dilïérentcs branches se sont plus ou moins étendues, et ont plus ou moins varié suivant les différents climats : tous ces animaux se ressemblent par le naturel, «pioiqu’ils soient très-dilférents pour la grandeur et par la (Igurc; ils ont tous les yeux étincelants, le nuiseau court, et les ongles aigus, courbés et rétractiles; ils sont tons nuisibles, féroces, indomptables ; le chat, qui en est la dernière et la |)Ius petite espèce, (pioiquc réduit en servitude, n'en est ni moins perfide ni moins volontaire; le chai sauvage a conservé le caractère de la famille; il est aussi cruel, aussi méchant, aussi déprédateur en petit, que ses consanguins le sont en giand, ils sont tous egalement carnassiers, egalement ennemis des autres animaux. L'homme, avec toutes ses forces, n’a jamais pu les détruire; on a de tout temps employé contre eux le feu, le' fer, le poison, les pièges : mais comme tous les individus mulii|dient beaucoup, et que les espèces elles-mêmes sont fort multifiliées, les efforts de l'homme se sont bornés à les faire reculer et à les resserrer dans les déserts, d'où ils ne sortent jamais sans répandre la terreur et causer autant de dégât ipie d'effroi. Un .seul tigre échappé de sa hirêt suffit pour alarmer tout un peuple et le forcer à s armer; ipic serail-cc si ces animaux sanguinaires arrivaient en troupe, et s'ils s'entendaient comme les chiens sauvages ou les chacals dans leurs projets de déprédation ! La nature a donné cette intelligence aux animaux timides : mais heureusement les animaux fiers sont tous solitaires; ils marchent seuls, et ne consultent que leur courage, c'est-à-dire la conliancc qu'ils ont en leur force. Aristote avait remaripié avant nous que de tous les animaux qui ont des griffes, c'est-, à-dire des ongles crochus et rétractiles aucun n était sociable, aucun n'allait en troupe : cette observation, qui ne portait alors que sur quatre ou cinq espèces, les seules de ce genre ipii fussent

1)12 LA DLCJLAKKATiON DLS AAIMAUX. 579

connues de son icinps, s’csl éieiuliic cl trouvée vraie sur dix ou douze autres espèces qu'on a découvertes depuis. Les autres animaux carnassiers, tels que les loups, les renards, les cliiens, les chacals, les isatis, (|ui n’ont point de griffes, mais seulement des ongles droits, vont pour la plupart en troupes, et sont tous timides et même lâches.

En comparant ainsi tous les animaux et les rappelant chacun à leur genre, nous trouverons que les deux cents espèces dont nous avons donné I histoire peuvent se réduire à un assez petit nombre de familles ou souclies principales, desquelles il n’est pas impossible que toutes les autres soient issues.

El pour mettre de l’ordre dans celle rédttclion, nous séparerons d'abord les animaux des deux continents, et nous observerons qu'on peut réduire à quinze genres et à neuf espèces isolées, non-seulement tous les animaux qui sont communs aux deux conlineiils, mais encore tous ceux qtti sont propres et particuliers à l'ancien. Ces genres sont ; 1" celui des solipedes proprement dits, qui conlienl le cheval, le zèbre, l’âne, avec les mulets féconds et inféconds: 2” celui des grands pieds fourchus à cornes creuses, savoir, le bœ,uf et le bullle avec toutes leurs variétés ; ô" la grande famille tles petits pieds fourchus à cornes creuses, tels que, les brebis, les chèvres, les gazelles, les chevrotins, et totites les autres espèces qui participent de leur nature; 4" celle des |>ieds fourchus, à cornes pleines ou bois solides qui tombent cl qtti se renouvellent tous les ans : cette famille contient l’élan, le renne, le cerf, le daim l'axis et le chevreuil ; 5" celle des pieds fourchus ambigus, qui est composée du sanglier et de toutes les variétés du cochon, telles que celui de Siani à ventre pendant, celui de Guinée, à longues oreilles pointues et couchées sur le dos, celui des Canaries, à grosses et longues défenses, etc.; G" le genre très-életuhi des lissipè.des carnassiers à griffes, c'est-à-dire à otigles crochus et rétractiles, dans Icijucl on doit comprendre les panthères, les léopanls, les guépards, les onces, les servals et les chats, avec toutes leurs variétés; 7» celui des fissipédes carnassiers à ongles non rétractiles, qui contient le loup, le renard, le chacal, l'isatis et le chien, avec toutes leurs variétés; 8" celui dos fissipédes carnassiers à ongles non rétractiles , avec ttne poche sous la ([ueue : ce genre est composé de 1 hyène, de la civette, du zibet, de la genetie, du blaireau, etc. ; 9° celui des lissipèdes carnassiers à corps trèsallongé, avec cinq doigts à chaque pied, et le pouce ou premier ongle séparé des autres doigts : ce genre est composé des fouines, martes, putois, furets, mangoustes, belettes, vansires, etc.; 10" la nombreuse famille des fissipédes qui ont deux grandes dents incisives à chaipie mâchoire et point de piquants sur le corps : elle est composée des lièvres, des lapins, cl de toutes les espèces d'écureuils, de loirs, de marmottes et de rats; 1 1" celui des fissipédes, dont le corjis est couvert de piquants, tels que les porcs-épics et les hérissons ; 12" celui des fissipédes couverts d’écailles, les pangolins et les phatagins; 15" le genre des fissipédes amphibies, qui contient la loutre, le castor,°le desman, les morses et les phoques; 14" le genre des quadrupèdes qui contient les singes, les babouins, les guenons, les makis, les loris, etc.' 1 S" enfin celui des fissipédes ailés, qui contient les rous.seltes ci les chauves-souris, avec toutes leurs variétés, f.cs neul espèces isolées sont : réléphanl, le rhinocéros, I hippopotamc, la girafe, le chameau, le lion, le tigre, l'ours et la taupe, qui lotîtes sont aussi sujettes à un plus ou moins grand nombre de variétés.

De ces quinze genres et de ces neuf espèces isolées, deux espèces et sept genres sont communs aux deux continents : les deux espèces sont, I ours et la taupe; Cl les sept genres sont : 1" celui des grands pieds fourchus à cornes

IllSïOlRIi NATURELLE

creuses, car le bœuf se irouve en Amérique sous la forme du bison ; 2" celui (les pœds lourcbus à bois solides, car I tdan se trouve au Canada, sous le nom (1 ortfjnal, le renne sous celui de earihou, et l'on trouve aussi dans nres- <|He toutes les provinces de rAmérique septentrionale, des cerfs, des daims et des clœ-vremls; 3“ celui des lissipèdes carnassiers à ongles non rétractiles, car le loup Cl le renard se trouvent dans le Nouveau-Monde comme dans I ancien; 4» celui des fissipèdes à corps très-allongé; la fouine, la marte, le pulois se Irouvenl en Amérique comme en Europe; 5" l’on y trouve missi une partie du genre des fissipèdes qui ont deux grandes dents incisives a cliaque niaclioire, les écureuils, les marrnolles, les rais, etc. ; G” celui des fissipedes amphibies; les morses, les phoques, les castors et les loutres existent dans le nord du miuveau continent comme dans celui de l’ancien ; / le genre des lissipèdes ailés y existe aussi en partie, car on y trouve des cliaiivcs-souris cl des vampires, qui sont des espèces de roussettes.

ne reste donc que huit genres et cinq esfièces isolées, qui soient propres et particuliers a I ancien continent ; ces huit genres ou familles sont ; Ucelle des solipèdes proprement dits; car on n’a trouvé ni chevaux, ni ânes, ni zebies, ni mulets dans le Nouveau-Monde; 2" celle des petils pieds fourclius a cornes creuses; car il n’existait en Anié.ri(pic ni brebis, ni chèvres, m gazelles, ni clievrotins : ô« la famille des cochons; car l espèce du sanglier ne SCSI point trouvée dans le Nouveau-Monde; et quoique le pécari avec ses variétés doive se rapporter à celle famille, il en diffère cependant par des caractères assez remarquables, pour qu’on puisse l'cn séparer. 4“ Il en est de meme de la famille des animaux carnassiers à ongles rétractiles • on n a trouvé en Amérique ni panthères, ni léopards, ni guépards, ni onces’ ni servals; et quoique les jaguars, couguars, ocelots et margais paraissent etre de cette famille, il n y a aucune de ces espèces du Nouveau-iMonde qui ■SC trouve dans 1 ancien conlineni, et réciproquement aucune espèce de l’ancien conlment (|ui se soit trouvée dans le nouveau. 5” Il en est encore de meme du genre des lissipèdes dont le corps est couvert de piquants; car, quoi(|uc le coendou et 1 urson soient très-voisins de ce genre, ces espèces sont neanmoins très-différentes de celles des porcs-épics et des hérissons;

() le genre des lissipcdes carnassiers à ongles non rétractiles, avec une poche sous la queue; car I liyènc, les civettes et les blaireaux n’exislaienl point en Amci Kiue; 7“ es genres des (luadrumanes ; car l’on n’a trouvé en Amérique ni singes, ni babouins, ni guenons, ni makis; et Icssapaioiis sagouins, sarigues, marmo.scs, etc., (pioiqim (|Hadrumancs, diffèrent de tous ceux de ancien contmenl; 8" celui (les fissipèdes couverts d écailles : le pangolin ni Icphalagiii ne se sont point trouvés en Améri(|ue; et les fourmiliers aux(|uels on peut les comparer, sont couverts de |)oil, cl en diffèrent troV) |K)ur (]u on pui.sse les reunir à la même famille. ‘

Des neuf espèces isolées, sept, savoir ; l élépiiaiit, le rhinocéros, l'hippopolaine, la girale, le chameau, le lion et le tigre, ne se irouvenl que dans laiicien monde; et deux, savoir : l'ours et la taupe, sont communes aux deux continents.

Si nous lai.sons de même le dénombrement des animaux propres cl particuliers au Nouveau-Monde, nous Irouverons qu'il y en a environ cimniante espèces différentes, que l’on peut réduire à dix genres, et (iiiatre espèces isolées. Ces quatre iispèecs sont : le tapir, le cabîai, le lama et le pécari encore n y a-l il (|ue I espèce du tapir qui soit absolument isolée • car celle dii

DE LA DÉEÉNÉHATIOrV DES AMMAUX. 58i

pollins, plialangcrs, larsicis, clc. ; 4“ les jaguars, couguars, ocelots, niargüis, etc.; S" les coatis, trois ou quatre espèces; G" les niouffettes, (piatre ou cinq espèces; 7° le genre de l’agouti, dans lequel je comprends l’accouclii, le paca, l’apèrca et le tapéti ; 8" celui des tatous, qui est composé de sept ou liiiit espèces; 9“ les fourmiliers, deux ou trois espèces; cl 10“ les paresseux, dont nous connaissons deux espèces, savoir : runau et 1 aï.

Or, ces dix genres et ces quatre espèces isolées, auxquels on peut réduire les cinquante espèces d'animaux qui sont particuliers au Nouvcaii-iMonde, quoique toutes didérenlcs de celles de l'ancien continent, ont cependant des rapports éloignés qui paraissent indii|uer quelque chose de commun *lans leur formation, et qui nous conduisent à remonter h des causes de tlégcnéralion plus grandes et peul-èire plus anciennes que tontes les autres. Nous avons dit qu’en général tous les animaux du N'ouvcau-lMonde étaient beaucoup plus petits que ceux de l'ancien continent; celle grande diminution dans la grandeur, quelle qu’en soit la cause, est une première sorte de ilégénéralion, qui n’a pu se faire sans beaucoup iniluer sur la forme, et il ne faut pas perdre de vue ce premier elïel dans les comparaisons que l'on voudra faire de tous ces animaux.

Le plus grand est le tapir, qui. quoiqu'il ne soit (lue de la taille d'un âne, ne peut cependant être compare qu’à l’éléphant, au rhinocéros et à l’hippopnlamc; il est dans son eonlincnt le premier i»our la grandeur, comme l éléphant l’est dans le sien; il a, comme le rhinocéros, la lèvre supérieure musculeuse et avancée; cl comme riiippopotame, il se lient souvent dans l’eau. Seul, il les représente tous trois à ces petits égards; et sa forme, qui eu tout tient plus de celle de l’ànc que d’aucune autre, semble être aussi dégradée que sa taille est diminuée. Le cheval, l'àne, le zèbre, l'cléphant, le rhinocéros et l’hippopotame, n’existaient point en Amériipic, et n’y avaient meme aucun représentant, c’est-à-dire (pi'il n’y avait dans ce iVouveau- IMonde aucun animal qu'on pût leur comparer, ni |)Our la grandeur ni pour la forme : le tapir est celui dont la nature semblerait être lu moins éloignée de tous; mais en même tenqts clic parait si mêlée et elle approche si peu de chacun en particulier, qu'il n’est pas possible d’en attribuer l’origine à la dcgénéralion de telle ou telle espèce, et que, malgré les petits rapports que cet animal se trouve avoir avec le rhinocéros, rhi|)popolame et l’âne, on doit le regarder non-seulement comme étant d’une espèce particulière, mais même d’un genre singidier cl dill'érent de tous les autres.

Ainsi le laiûr n'apparlicnt ni de près ni <le loin à aucune espèce de l’ancien continent, cl à peine porle-l-il quel(|ucs caractères ([ui l’approchent des animaux auxipiels nous venons de le comparer. Le cabiai se refuse île même à loule coitq)araison ; il ne ressemble à l'extérieur à aucun autre animal, et ce n'est que par les |►arlies intérieures qu’il approche du cochon d'Inde, qui est de son même continent, et tous deux sont d’espèces absolument dilférenles de toutes celles de l'ancien continent.

Le lama et la vigogne paraissent avoir des signes plus signiücatifs de leur ancienne parenté, le premier avec le chameau, et le second avec la brebis. Le lama a, comme le chameau, les jambes hautes, le cou foi t long, la tèlc légère, la lèvre supérieure fendue; il lui ressemble aussi par la douceur du naturel, par l'esprit de servitude, par la sobriété, par raplitude au travail; c'était, chez les Américains, le premier et le plus utile de leurs animaux domesli(]ucs : ils s’en servaient comme les Arabes se servent du chameau |iour porter des iài deaux : voilà bien des convenances dans la nature do ces deux animaux, et l’on peut eucoie y ajouter celles des stigmates du travail; car, quoique le dos du lama ne soit pas déformé par des bosses, comme

î>82 inSTOIKK NATUlUiLUi

celui du chaineaii, il a néatimoins des callosilés tialurclles sur la poitrine, parce qii il a la même lialiiiudc de se reposer sur cette partie de son corps, rtlalgre tous ces rapports, le lama est d’une espèce très-distincte et ti'ès-difleientc de celle du chameau : d abord, il est beaucou|) plus petit et n’a pas plus du (|uart ou du tiers du volume du chameau; la forme de son corps, la qualité et la couleur de son |ioil sont aussi fort dilférentcs; le tempérament I est encore plus : c’est un animal pituiteux, et qui ne se plait que dans les montagnes, tandis que le chameau est d’un tcm|)éramcnt sec, cl habite volontiers dans les sables brûlants : en tout, il y a peut-être plus de différences spécifi((ues entre le chameau et le lama, qu’entre le chameau cl la girafe. Ces trois animaux ont plusieurs caractères communs, par lesquels on pourrait les réunir au même genre; mais en même temps, ils diflerent à tant d autres égards, qu on ne serait pas fondé à supposer qu'ils sont issus les uns des autres; ils sont voisins et ne sont pas parents. La girafe a prés du double de la hauteur du chameau, et le chameau le double du lama : les deux piemiers sont de 1 ancien continent, et forment des espèces séparées ; à plus foi te raison, le lama, qui ne se trouve que dans le Nouveau-Monde, est-il d une es[)èce éloignée de tous les deux.

Il n en est pas de meme du pécari ; quoiqu'il soit d une espèce différente < c celle du cochon, il est cependant du nicnjc genre; il rcssonihle au cochon par la forme et par tous les rapjmrts apparcnis; il leen didere que par quelques petits caractères, tels que l’ouverture qu'il a sur le dos, la forme do I estomac et des intestins, etc. On fwiirrait donc croire que cet animai serait issu de la meme souche que le cochon, et qu’autrefois il aurait passé de l’ancicn monde dans le nouveau, où, par l'influence de la terre, il aura dégénéré au point de former aiijourd hui une espèce distincte et différente °dc celle dont il est originaire.

Et à I égard de la vigogne ou paco, quoiqu’elle ait quelques rapports avec la brebis par la laine et par riiahiludc du corps, elle en diffère à tant d'au- Ircs égards, qu ou ne peut regarder ces espèces ni comme voisines ni comme alliées ; la vigogne est plutôt une espèce de petit lama, et il ne parait par aücun indice qu elle ait jamais passé d'un continent à l'autre. Ainsi, des quatre espèces isolées qui sont particulières au Nouveau-Monde, tons, savoir, le tapir, le eahiai et le lama avec la vigogne, paraissent appartenir en propre et de tout temps à ce coiuineiii; au lieu que le pécari, qui lait la qiiairicme, semble n’clre qu’une espèce dégénérée du genre des cochons, cl avoir autrefois tiré son origine de rancicn continent. ’

En examinant et comparant, dans la meme vue, les dix genres auxquels nous avons réduit les autres animaux particuliers à rAinériipic méridionale, nous trouverons de même, non-seulement des rapports singuliers dans leur nature, mais des indices de leur ancienne origine et des signes de leur dégénération. Les sapajous cl les sagouins rcsscmlilcnl assez aux guenons ou singes a longue queue pour qu’on leur ait donné le nom cominmi de simje ; cependant, nous avons prouvé que leurs espèces et même leurs genres sont difl'ércnis,eld ailleurs, il sera il bien diflieilc de concevoir corn ment les guenons de l’ancien conlincnl ont pu prendre en Amériiiuc une forme de face différente, une queue musclée et préhensile, une large cloison entre les narines et les autres caractères, tant spécifiiiucs que génériques, par lesquels nou.s les avons distinguées cl séparées des sapajous : cependant, comme les sinn-es, les babouins cl les guenons ne se trouvent que dans raneien conlienl '^on doit regarder les sapajous et les sagouins comme leurs représentants dans le •'ouveau; car ces animaux ont h peu près la même forme, tant à l’extérieur qu à 1 intérieur, et ils ont aussi beaucoup de choses eomiiiunes dans leurs

DE I.A DE(iEl\ERATlOlN DES AiMMAlJX. 383

liabiludcs naUircllcs. Il en est de niênie dos makis dont aucune espèce ne s’est trouvée en Amérique, et qui néanmoins paraissent y être remplacés ou représentés par les philaiulres, c'est-à-dire f)nr les sarigues, rnarmoses et autres quadrumanes à museau pointu, qui se trouvent en grand nombre dans le nouveau continent et nulle part dans rancicn; seulement, il faut observer qu il y a beaucoup plus de dilïcrcnce entre la nature et la forme des makis et de ces quadrumanes américains, qu'entre celle des guenons et des sapajous, et qu il y a si foin d'un sarigue, d'une mannose ou d’un pbalanger, à un maki, qu on ne peut pas su()pnser (pi'ils viennent les uns des autres, sans supposer en même temps que la dégénération peut produire des effets égaux à ceux d une nature nouvelle; car la plupart de ces quadrumanes de l’Amérique ont une poebe sous le ventre; la plupart ont dix dents à la màcboire supérieure et buil à 1 inférieure; la plupart ont la qtieue prébensile, tandis qnc les makis ont la queue làebc, n’ont point de poche sous le ventre, et n'ont que quatre dents incisives à la mâchoire supérieure, et six à l'inférieure. Ainsi, quoique ces animaux aient les mains et les doigts conformés de la meme manière, et qu'ils se ressemblent aussi par rallongement du museau, leurs espèces et même leurs genres sont si différents, si éloignés, qu on ne peut pas imaginer qu'ils soient issus les uns des autres, ni que des disparités aussi grandes et aussi générales aient jamais été produites par la dégénération.

y\u contraire, les tigres d’Amérique, qite nous avons indiqués sous les noms de jaguars, couguars, ocelots et margais, quoique d'espèces différentes de la jiantbèrc, du léopard, de l'once, du guépard et du serval de l ancicn continent, sont cependant bien certainement du même genre : tous ces animaux se ressemblent beaucoup tant à rexiérieur qu'à l'intérieur; ils ont aussi le même naturel, la même férocité, la même véhémence de goût pour le sang ; et ce qui les rapproche encore de plus près jiour le genre, c'est qu'en les comparant, on trouve que ceux du même continent diffèrent autant et plus les uns des autres que ceux de l’autre continent. Par exemple, la panthère de l’Afrique diffère moins du jaguar du lîrésil, que celui-ci ne diffère du couguar, qui cependant est du même pays; de même le serval de l'Asie et le margai de la Guyane sont moins différents entre eux, qu'ils ne le sont de tous ceux de leur propre continent. On pourrait donc croire avec assez de fondement que ces animaux ont eu une origine commune, et supposer qu ayant autrefois passé d Un eoniinent à l'autre, leurs différences actuelles ne sont venues que de la longue inilucnce de leur nouvelle situation.

Les mouffettes ou puants d’Amérique et le putois d’Euroiie paraissent être du même genre. En général, lorsqu’un genre est commun aux deux continents, les espèces qui les composent sont plus nombreuses dans l'ancien que dans le nouveau, Ici c. est tout le contraire : on y trouve (piatrc ou cinq espèces de putois, tandis que nous n’en avons qu'un, dont la nature parait même inférieure ou moins exaltée que celle de tous les autres; en sorte <|u’à son tour le iNouveau-3Iondc parait avoir ties représentants dans l’ancien; et si l'on ne jugeait que par le fait, on croirait que ces animaux ont fait la roule contraire, et ont autrefois passé d’Amérique en Europe. Il en est de même de qiiebpies autres espèces : les chevreuils et les daims, aussi bien que les mouffettes, sont plus nombreux tant pour les variétés que pour les e.'pèccs, et en même temps jilus grands cl plus forts dans le nouveau continent <iuc dans l'ancien; on pourrait donc imaginer qu ils en sont originaires : mais comme nous ne devons pas douter que tous les animaux en général n’aient été créés dans l'ancien continent, il faut nécessairement admettre leur migration de ce continent à l'autre, et supposer en même temps.

m niST. NAT. DE LA DÉGÉNÉU VTIO.N DES ANIMAUX.

qu au lieu (I avoir, connue tous les antres, déj^cnéré dans ce Nouveau-Monde, ils s y sont au contraire perfectionnés, et que par la convenance et la faveur du climat, ils ont surpassé leur première nature.

Les fourmiliers, qui sont des animaux très-singuliers, et dont il y a trois ou quatre espèces dans le Nouveau-Monde, paraissent aussi avoir leurs représentants dans I ancien; le pangolin et le pliatagin leur ressemblent par le earaetère unique de n’avoir point de dents, et d'être forcés comme eux à tirer la langue et vivre de fourmis. Mais si l'on veut leur supposer une origine commune, il est assez étrange qu’au lieu d'éeailles qu’ils portent en Asie, ils SC soient couverts de poils en Amérique.

A l’égard des agoutis, des paras et des autres du septième genre des animaux particuliers an nouveau continent, on ne peut les comparer qu’au lièvre et au lapin, desquels ceiicmUnl ils diffèrent tous par l’espèce; et ce qui peut faire douter iju'il y ait rien de commun dans leur origine, c’est que le lièvre s’est répandu dans presque tous les climats de raneien continent, sans que sa nature se soit altérée et sans qu'il ait subi d’autres cbangements (pie dans la couleur de son poil. On ne peut donc pas imaginer avec rondement (pie le climat d’Amériiiue ait fait ce que tous les autres climats n’ont pu faire, et qu’il eût changé la nature de nos lièvres au point d en faire ou des tapélis et des apèreas qui n’ont fioint de queue, ou des agoutis à museau pointu, à oreilles courtes et rondes, ou des pacas à grosse tète, à oreilles courtes, à poil ras et rude, avec des bandes blanches.

Enfin, les coatis, les tatous et les paresseux sont si diflérents, non-seulement pour l'espèce, mais aussi pour le genre, de tous les animaux de l'ancien continent, qu’on ne peut les comparer à aucun, et qu’il n’est pas possible de leur supposer rien de commun dans leur origine, ni d'attribuer aux elfets de la dégenération les prodigieuses dilférences (pii se trouvent dans leur nature, (l(jnt nul autre animal ne peut nous donner ni le modèle ni l’idée.

Ainsi, de dix genres et de quatre espèces isolées, auxquels nous avons tâché de réduire tous les animaux propres et |)articuliersau Nouveau-Monde, il n’y en a que deux, savoir, le genre des jaguars, des ocelots, etc. , ('t l’espèce du pécari, avec ses variétés, qu'on puisse rapporter avec ipielque fondement aux animaux de l’ancien continent. Les jaguars et les ocelots peuvent être regardés comme des espèces de léopards ou de panthères, et le pécari comme une es|u'!ce de cochon. Ensuite il y a cinq genres et une espèce isolée, savoir : l'espèce du lama, et les genres des sapajous, des sagouins, des moulTettcs, des agoutis et des fourmiliers, qu’on peut comparer, mais dune manière équivoque et fort éloignée, au cliamcaii, aux guenons, au putois, au lièvre, et aux pangolins; et enfin il reste ipiatrc genres et deux espèces isoléiîs, savoir, les pbilandres, les coatis, les tatous, les paresseux, le tapir et le cabiai, (pi’on ne peut ni ra|»porter ni même comparer à aucun des genresou desespèccsdcranciencontincnl. Cela semble prouver assez que l’origine de ces animaux particuliers au Nouveau-Monde ne peut être attribuée à la simple dégi'iiénition ; quelque grands, quelque puissants qu’on voulût en siqiposer les elfets, on ne pourra jamais se persuader avec quelque ajjparence de raison que ces animaux aient été originairement les mêmes tpje ceux de l’ancien continent ; il est plus raisonnable de penser qu’autrefois les deux continents étaient contigus ou continus, et que les espèces qui s’etaient cantoimccs dans ces contrées du Nouveatt-Mondc. itarttc quelles en avaient trouvé la terre et le ciel plus convenables à leur nature, y furent renfermées et séparées des autres par rirruplion des mers lorstpi’elles divisèrent l'Afrique de rAtncjii)ue. (îette cause est naturelle et l’on peut en imaginer de sentblablcs, et qui produiraient le même effet. Pur e.\cmplc, s’il arrivait

mSTOlUli NATUIUÎLLK DES MULETS. î>85

jnmais que la iDcr fît une irnqtlion en Asie de l'orient au coucliant, et qu elle séparât du reste du conlincul les terres méridionales de l'Afrique et de l'Asie tous les animaux qui sont propres et particuliers à ces contrées du Midi, tels que les éléphants, les rhinocéros, les girafes, les zchres, les orangsoutangs, etc., se irouveraient, relativement aux autres, dans le même cas que le sont aetuellemenl ceux de rAmérique méridionale; ils seraient entièrement et ahsolument séparés de ceux des eonlréos tempérées, et on aurait tort de leur chercher une origine commune cl de vouloir les rappeler aux especes ou aux genres qui peuplent ees contrées, sur le seuj fondement qu'ils auraient avec ces derniers quelque ressemblance imparfaite ou quelques ra|)porls éloignés.

Il faut donc, pour rendre raison de l’origiac de ces animaux, remonter aux temps où les deux continents n'étaient pas encore séparés; il faut se rappeler les premiers changements qui sont arrivés sur la surface du globe ; il* faut en même temps se représenter les deux cents espèces d’animaux quadrupèdes réduites à trente-huit familles : et, quoique ce ne soit point là l èlat de la nature telle qu’elle nous est parvenue et que nous l’avons repr^enlée, que ce soit au contraire un état beaucoup plus ancien, et que nous ne pouvons guère allcindrc que par des inductions cl des rapports presque aussi fugitifs que le lcm|)s (jui semble en avoir effacé les traces, nous lâcherons néanmoins de remonter par les faits et par les motiuments encore existants à ces premiers âges de la nature, et d’en présenter les époques qui nous paraîtront clairement indiquées.

En conservant le nom de mulel à l’animal qui provient de l'âne et de la jument, nous a|)pellerons bardeau celui qui a le cheval pour père et l’ànesse pour rnère. Personne n'a jusqu'à présent observé les différences qui sc trouvent entre ces deux animaux d'espèce mélangée. C’est neanmoins l’un des plus sûrs moyens que nous ayons pour reconnailre et distinguer les rapports de l’inllucncc du mâle et de la femelle dans le produit de la génération. Les observations comparées de ces deux mulets, et des autres métis qui proviennent de deux espèces différentes, nous indiqueront ces rapports plus précisément et plus évidemment que ne le peut foire la simple comparaison

de deux individus de la même espèce.

rVous avons fait représenter le mulet et le bardeau, afin que tout le monde soit en étal de les comparer, comme nous allons le foire nous-mêmes. D’abord le bardeau est beaucoup plus petit que le mulet : il paraît donc tenir de sa mère l’ànesse les dimensions du corps; et le mulet, beaucoup

MISTOlKli ^ATLIHKLLl!;

plus grand cl plus gros(|ue le hanleau, lcs tieiil égaleiiieut de la jument sa mère. La grandeur et la grosseur du corps paraissent donc dépendre plus de la mère que du père dans les espèces mélangées. Maintenant, si nous considérons la forme du corps, ces deux animaux, vus ensemble, paraissent d une figure diflérente : le bardeau a I encolure plus mince, le dos plus lianchanl, en forme de dos de carpe, la croupe plus pointue et ovalée, au lieu que le mulet a ravanl-main mieii.x lait, rencolurc plus belle et plus fournie, les côtes plus arrondies, la croupe plus pleine et la bauebc plus unie. Tous deu.x tiennent donc jilus de la mère que du père, non-seulement pour la giandeui, mais aussi pour lu lorme du corps. Néanmoins, il n'en est pas de même de la tète, des membres, et des autres extrémités du corps. I.a tète du bardeau est plus longue et n’est pas si grosse à proportion que celle de I âne, et celle du mulet est plus courte et plus grosse que celle du cheval. Ils tiennent donc pour la (orme et les dimensions de la tète plus du père que de la mère. La queue du bardeau est garnie de crins à peu près comme celle du cheval; la (jucue du mulet est presque nue comme celle de l’âne; ils ressemblent ilonc encore à leur père par cette extrémité du corps, l.es oreilles du mulet sont plus longues que celles du cheval, et les oreilles du bardeau sont plus courtes que celles de lane; ces autres extrémités du corps appartiemumt donc aussi [dus au père (pi’à la mère. Il en est de môme de la forme des jambes, le mulet les a sèches comme l’âne, et le bardeau les a plus fournies. Tous deux ressemblent donc par la tète, par les membres, et par les autres extrémités du corps, beaucoup plus à leur père qu'à leur mère Dans les années 1751 et 1752, j’ai fait accoupler deux boues avec plusieurs brebis, et j’en ai obtenu neuf mulets, sept mâles et deux femelles. Frappe de celle diiïérence du nombre des mâles mulets à celui des femelles je pris quelques informations pour lâcher de savoir si le nombre des mulets mâles qui proviennent de l'âne et de la jument excède à peu près dans la même proportion le nombre des mulets femelles: aucune des réponses quejai reçues ne détermine cette proportion, mais toutes s’accordent à faire le nombre des mâles mulets plus grand que celui des femelles. On verra dans la suite que M. le marquis de Spontin-Beaufort, ayant fait accoupler un chien avec une louve, a obtenu quatre mulets, trois mâles et une femelle. Enfin, ayant fait des ques ions sur des mulets plus aisés à procréer, j’ai su que, dans les oiseaux mulets, le nombre des mâles excède encore beaucoup plus le nombre des mulets femelles. J’ai dit, à l’article du serin des Canaries, que de dix-neuf petits provenus d’une serine et d’un chardonneret, il n’y en avait que trois femelles. Voilà les seuls faits que je puisse présenter comtne certains sur ce sujet, dont il ne parait pas qu’on se soit jamaisoccnpé et qui cependant mérite la plus grande attention; car, ce n’est qu’en réunissant plusieurs faits semblables qu’on pourra développer cp qui reste de mystérieux dans la génération par le concours de deux individus d’espèces 1 erentes, et déterminer la propoi-tion des puissances elfectives du mâle et de la femelle dans toute reproduction.

l)i:S MULETS.

im

De mes neuf mulets provenus du boue et de la brebis, le premier naquit le 13 avril. Observé trois jours après sa naissance et comparé avec un agneau de même âge, il en différait par les oreilles qu'il avait un peu plus grandes, par la partie supérieure de la tête qui était plus large, ainsi que la distance des yeux; il avait de plus une bande de poil gris blanc depuis la nuque du cou jusqu'à l’extrémilé de la queue; les quatre jambes, le dessous du cou, de la poitrine cl du ventre, étaient couverts du même poil blanc assez rude; il II y avait un peu de laine que sur les flancs entre le dos et le ventre, et encore cette laine courte et frisée était mêlée de beaucoup de poil. Ce mulet avait aussi les jambes d'un pouce et demi plus longues que l’agneau du même âge. Observé le 3 mai suivant, c’est-à-dire dix-huit jours après sa naissance, les poils blancs étaient en partie tombés et remplacés par des poils bruns, semblables pour la couleur à ceux du boue et presque aussi rudes. La proportion des jambes s'était soutenue; ce mulet les avait plus longues que l'agneau de plus d'un |)0ucc et demi : il était mal sur ses longues jambes et ne marcbail pas aussi bien que l'agneau. Un accident ayant fait péi’ir cet agneau, je n’observai ce mulet (pie quatre mois après, et nous le comparâmes avec une brebis du même âge. Le mulet avait un pouce de moins que la brebis sur la longueur qui est depuis l’entrc-deux des yeux jusipi’au bout du museau, et un demi-|)Ouce de plus sur la largeur de la tète prise au-dessus des yeux, à 1 endroit le plus gros. Ainsi, la tête de ce mulet était plus grosse et plus courte que celle d'une brebis du même âge; la courbure de la mâchoire supérieure, prise à l’endroit des coins de la bouche, avait près d un demi-pouce de longueur de plus dans le mulet que dans la brebis. La tète du mulet n’était pas couverte de laine ; mais elle était garnie de poils longs et louflus. La queue était de deux pouces plus couite

que celle de la brebis. ^ ,

Au commencement de 1 année 1752, j obtins de 1 union du bouc avec les brebis huit autres mulets, dont six mâles et deux femelles. 11 en est mort deux avant qu’on ait pu les examiner; mais ils ont paiu ressemblera ceux qui ont vécu et que nous allons décrire en peu de mots. 11 y en avait deux, Lun mâle et l’autre femelle, (pii avaient quatre mamelons, deux de chaque côté, comme les boucs et les cbèvi es ; et, en général, ces mulets avaient du poil long sous le ventre et surtout sous la verge comme les boucs, et aussi du poil long sur les pieds, principalement sur ceux de derrière. La 'plupart avaient aussi le chanfrein moins arqué que les agneaux ne l’ont d'ordinaire, les cornes des pieds plus ouvertes, c’est-à-dire la fourche plus large et la queue plus courte que les agneaux.

.l'ai rapiiorté, dans le premier volume de l’ilisloirc naturelle des quadrupèdes, à l'article du chien, les tentatives que j'ai faites pour unir un ebien avec une louve; on peut voir toutes les précautions que j avais cru devoir prendre pour faire réussir cette union. Le chien et la louve n’avaient tous deux que trois mois au plus, lorsqu on les a mis ensemble, et enfermés dans une assez grande cour sans les contraindre autrement, et sans les en-

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cliaîncr. PeiulaiU la première année ces jeunes animaux vivaient en paix cl paraissaient s’aimer. Dans la seconde année ils commencèrent à se disputer la nourriture, quoiqu’il y en eût au delà du nécessaire : la querelle venait toujours de la louve. Après la seconde année les combats devinrent plus fréquents. Pendant tout ce temps la louve ne donna aucun signe de chaleur; ce ne fut <|u a la fin de la troisième année qu’on s’aperçut ([u’ellc avait les mêmes symptômes que les chiennes en chaleur : mais, loin que cet état les rapprochât l’un de l’autre, ils n’en devinrent tous deux que plus féroces; et le chien, an lieu de couvrir la louve, finit par la tuer. De cette épreuve j'ai cru pouvoir conclure que le loup n’est pas tout à fait de ' la même nature que le chien, que les espèces sont assez sé|)arées pour ne pouvoir les rapprocher aisément, du moins dans ces climats. Et je m’exprime dans les termes suivants : « Ce n’est pas que je prétende, d'une manière décisive et c( absolue, que le renard et la louve nesc soient jamais, dans aucun temps « ni dans aucun climat, mêlés avec le chien : les anciens l’assurent assez « positivement pour qu’on puisse avoir encore sur cela quelques doutes, « malgré les épreuves que je viens de rapporter; et j’avoue qu’il faudrait « un grand nombre de pareilles épreuves pour acquérir sur ce fait une ccr- « lilude entière. » .l’ai eu raison de mettre celte restriction à mes conclusions; car M. le marqius de Spontin-Reauforl, ayant tenté cette même union du chien et de la louve, a trè.s-hien réussi, et dès lors il a trouvé et suivi mieux que moi les roules et les moyens que la nature se réserve pour rapprocher quelquefois les animaux qui paraissent être incompatibles. Je fus d abord informé du fait par une lettre que M. Surirey de Boissy me fil I honncur de m'écrire, et qui est conçue dans les termes suivants ;

A Namiir, le 9 juin 1773.

« Chez M. le marquis de Sponlin, à Namur, a été élevée une très-jeune louve, à laquelle on a donné pour compagnon un presque aussi jeune cliien depuis deux ans Ils étaient on liberté, venant dans les appariements, cuisine, écurie, etc. ; très-caressants, se couchant sous la table et sur les jiieds de ceux qui l’entouraient. Ils ont vécu le plus inliincmcnt.

« Lechicn e.sl une espèce de mâtin-braque très-vigoureux. La nourriture de la louvea

été le lait pendant les six premiers mois; ensuite on lui a donné de la viande crue qu’elle préférait à la cuite. Quand elle mangeait, personne n'osait l'approcher : en un autre tempson en faisait loutcequ’nn voulait, pourvu qu’onne la mallraitàtpas. Ellecaressait tousleschiëiisqu on lui conduisait, jusqu’au moment quelle a donné la préférence à son ancien compagnon ; elle entrait en fureur depuis contre tout autre. Ç’a été le 23 mars dernier qu elle a été couverte pour la première fuis : ses amours ont duré seize jours avec d assez iréquentes répétitions, et cLe a donné scs petits le 6 juin à huit heures du matin : ainsi le temps de la geslaiion a été de soixante-treize jours au plus. Elle a jeté quatre jeunes de couleur noirâtre. Il y en a avec des extrémités blanches aux pattes et moitié de la poitrine, tenant en cela du chien, qui est noir et blanc. Depuis qu’elle a mis bas, elle est grondante et se hérisse contre ceux qui approchent ; elle ne reconnaît plus ses maîtres ; elle étranglerait le chien même s’il était à sa portée J’ajoute qu’elle a été attachée à deux chaînes depuis une irruption qu'elle a faite à la suite de son galant, qui avait franchi une muraille chez un voisin qui avait une chienne en chaleur; qu’elle avail étranglé à moitié sa rivale ; que le cocher a été pour les séparer à grands coups de bâton et la reconduire à sa loge, où par imprudence

DKS MULETS. S89

recommençant la correction, elle s’est animée au point de la mordre à deux fois dans la cuisse, ce qui l’a tenu au lit six semaines par les incisions considérables qu’on a été obligé de faire. »

Dans ma réponse à cette lettre, je faisais mes remerciements à iM. cie Boissy, et j’y joignais quelques réflexions pour éclaircir les doutes qui me restaient encore. M. le marquis de Spontin ayant pris communication de cette réponse, eut la bonté de m’écrire lui-méme dans les termes suivants :

A Namur, le 14 juillet 1773.

a J’ai lu avec beaucoup d’intérêt les réllexions judicieuses que vous faites à M. Surirey de Boissy, que j'avais prié de vous mander pendant mon absence un événement auquel je n'osais encore m’attendre, malgré l.-i force des apparences, par l’opinion que J’avais et que j’aurai toujours, comme le reste du monde, de l'excellence et du mérite des savants ouvrages dont vous avez bien voulu nous éclairer. Cependant, soit l’effet du hasard ou d’une de ces bizarreries de la nature, qui, comme vous dites, se plaît quelquefois à sortir des règles générales, le fait est inconlestable, comme vous allez en convenir vous-mème, si vous voulez bien ajouter foi à ce que j’ai l’honneur de vous écrire; ce dont j’ose me flatter d’autant plus, que je pourrais autoriser le tout de l’aveu de deux cents personnes au moins, qui, comme moi, ont été témoins de tous les faits que je vais avoir l’honneur de vous détailler. Celle louve avait tout au plus trois jours quand je l’achetai d’un paysan qui l’avait prise dans le bois, après en avoir tué la mère. Je lui fis sucer du lait pendant quelques jours ; jusqu’à ce qu’elle pût manger de la viande. Je recommandais à ceux qui devaient en avoir soin, de la caresser, de la tourmenter cuntitiucllemcnt pour tâcher de l’apprivoiser au moins avec eux ; elle finit par devenir si familière, que je pouvais la mener à la chasse dans les bois, jusqu’à une lieue de la maison sans risquer de la perdre; elle est même revenue quelquefois seule pendant la nuit, les jours que je n’avais pu la ramener. J’étais beaucoup plus sûr delà garder auprès de moi quand j’avais un chien ; car elle les a toujours beaucoup aimes, cl ceux qui avaient perdu leur répugnance naturelle jouaient avec elle comme si c’eût été deux animaux de la' même espèce. Jusque-là elle n’avait fait la guerre qu'aux chais et aux poules, qu'elle olrangliiil d’abord sans en vouloir manger. Des qu’elle eiitallcint uu an, sa férocité s’étendit plus loin, cl je commençai à m’apercevoir qu’elle en voulait aux moutons et aux chiennes , surtout si elles étaient en folie. Dès lors je lui ôtai la liberté, et je la faisais promener à la chaîne et muselée; car il lui est arrivé souvent de se jeter sur sou conducteur qui la coulrariail. Elle avait un an au moins, quand je lui fis faire la connaissance du chien qui l’a couverte. Elleesi en ville dans mon jardin, à la chaîne, depuis les derniers jours du mois de novembre passé. Plus de trois cents personnes sont venues la voir dans ce temps. Je suis logé presque au centre de la ville : ainsi on ne peut supposer qu’un loup serait venu la trouver. Dès qu'elle commença à entrer en chaleur, elle prit un tel goût pour le chien, et le chien pour elle, qu’ils hurlaient affreusement de part et d’autre quand ils n’élaieiit pas ensemble. Elle a élé couverte le 28 mars pour la première fois, et depuis, deux fois par jour pendant deux semaines environ. Us restaient attachés près d’un quart d’heure à chaque fois, pendant lequel temps la louve paraissait souffrir beaucoup et se plaindre, et le chien point du tout. Trois semaines après on s’aperçut aisément qu’elle était pleine. Le t) juin elle donna ses petits au nombre de quatre, qu'elle nourrit encore à présent, quoiqu’ils aient cinq semaines et des dénis Irès-pointucs cl assez longues. Ils re.ssemblent parfaitement à de petits chiens, ayant les oreilles assez longues et pendantes. Il y en a un qui est tout à fait noir avec la poitrine blanche qui était la couleur du chien. Les autres auront, à ce que je crois, la couleur de la louve. Ils ont tous le poil beaucoup plus rude que les chiens ordinaires. Il n’y a qu’une chienne qui est venue avec la queue très-courte, de même que le chien qui n’en avait presque pas. Ils promettent d’être grands, forts et très-méchanl.s. La mère en a un

soin extraordinaire Je doute si je la garderai davantage, en ayant élé dégoûté

par un accident qui est arrivé à mon cocher , qui en a été mordu à la cuisse si fort, qu’il a élé six semaines sur son lit sans pouvoir se bouger ; mais je parierais volon- BiïFOX, tome vu. 3g

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tiers qu’en la gardant, elle aura encore des petits avec ce même chien qui est blanc avec do grandes taches noires sur le dos. Je crois, monsieur, avoir répondu, par ce détail , à vos observations , et j'espère que vous ne douterez plus de la vérité de cet . événement singulier. >

J’e n’en doute pas, en effet, et je suis bien aise d’avoir l’occasion d’en témoigner publiquement ma reconnaissance. C’est beaucoup gagner que d’acquérir dans l’Instoire de la nature un fait rare ; les moyens sont toujours difficiles, et comme l’on voit, très-souvent dangereux; c’était par cette dernière raison que j'avais séquestré la louve et mon chien de toute société; je craignais les accidents en laissant vivre ma louve en liberté. .l’avais précédemment élevé un jeune loup qui, jusqu’à l’âge d’un an, n’avait fait aucun mal et suivait son maître à peu près comme un chien : mais dès la seconde année il commit tant d’excès qu’il fallut le condamner à la mort. J’étais donc assuré que ces animaux, quoique adoucis par l’éducation, reprennent avec l’âge leur férocité naturelle; et en voulant prévenir les inconvénients qui ne peuvent manquer d’en résulter, et tenant ma louve toujours enfermée avec le chien, j’avoue que je n’avais pas senti que je prenais une mauvaise méthode : car dans cet état d’esclavage et d’ennui, le naturel de la louve au lieu de s’adoucir, s’aigrit au point qu’elle était plus féroce que dans l’état de nature; et le chien ayant été séparé de si bonne heure de ses semblables et de toute société, avait pris un caractère sauvage et cruel, que ta mauvaise humeur de la louve ne faisait qu’irriter; en sorte que dans les tiernières années leur antipathie devint si grande, qu’ils ne cherchaient qu’à s’entredévorer. Dans l’épreuve de M. le marquis de Spontin, tout s’est passé différemment. Le chien était dans l’état ordinaire; il avait toute la douceur et toutes les autres qualités que cet animal docile acquiert dans le commerce de l’homme. La louve, d’autre part, ayant été élevée en toute liberté et familièrement dès son bas âge avec te chien, qui, par cette habitude sans contrainte. avait perdu sa répugnance pour elle, était devenue susceptible d’affection pour lui; elle t’a donc bien reçu lorsque l’heure de ta nature a sonné; et quoiqu’elle ait paru se plaindre et souffrir dans l’accouplement, elle a eu plus de plaisir que de douleur, puisqu’elle a permis qu’il fût réitéré chaque jour pendant tout le temps qu’a duré sa chaleur. D’ailleurs le moment pour faire réussir cette union disparate a été bien saisi : c’était la première chaleur de la louve ; elle n’était qu’à la seconde année de son âge ; elle n’avait donc pas encore repris entièrement son naturel féroce. Toutes ces circonstances et peut-être quelques autres dont on ne s’est point aperçu, ont contribué au succès de l’accouplement et de la production. Il semblerait donc, par ce qui vient d’ètre dit, que le moyen le plus sûr de rendre les animaux infidèles à leur espèce, c’est de les mettre comme l’homme en grande société, en les accoutumant peu à peu avec ceux pour lesquels ils n’auraient sans cela que de l'indifférence ou de l’antipathie. Quoi qu’il en soit, on saura maintenant, grâces aux soins de M. le marquis de Spontin, et on tiendra dorénavant pour chose sûre, que le chien peut produire avec

la louve, même dans nos climats. J’aurais bien désiré qu’après une expérience aussi heureuse, ce premier succès eût engagé son illustre auteur à tenter l'union du loup et de la chienne, et celle des renards et des chiens. Il trouvera peut-être que c’est trop exiger, et que je parle ici avec l’enthousiasme d’un naturaliste insatiable : j’en conviens, et j’avoue que la découverte d’un fait nouveau dans la nature m’a toujours transporté.

Mais revenons à nos mulets. Le nombre de mâles dans ceux que j’ai obtenus du bouc et delà brebis, est comme sept sont à deux; dans ceux du chien et de la louve ce nombre est comme trois sont â un ; et dans ceux des chardonnerets et de la serine, comme seize sont à trois. Il paraît donc presque certain que le nombre des mâles qui est déjà plus grand que celui des femelles dans les espèces pures, est encore bien plus grand dans les espèces mixtes. Le mâle influe donc en général plus que la femelle sur la production, puisqu’il donne son sexe au plus grand nombre, et que ce nombre des mâles devient d’autant plus grand que les espèces sont moins voisines. Il doit en être de même des races différentes t on aura en les croisant, c’est-à-dire en prenant celles qui sont le plus éloignées, on aura, dis-je, non-seulement de plus belles productions, mais des mâles en plus grand nombre. J’ai souvent tâché de deviner pourquoi dans aucune religion, dans aucun gouvernement, le mariage du frère et de la sœur n’a jamais été autorisé. Les hommes auraient-ils reconnu, par une très-ancienne expérience, que cette union du frère etdela sœur était moins fécondeque les autres, ou produisait-ellemoins de mâles et des enfants plus faibles et plus mal faits ? Ce qu’il y a de sûr, c’est que l'inverse du fait est vrai, car on sait, par des expériences mille fois répétées, qu’en croisant les races au lieu de les réunir, soit dans les animaux, soit dans l'homme, on ennohlit l’espèce, et que ce moyen seul peut la maintenir belle et même la perfectionner.

Joignons maintenant ces faits, ces résultats d’expériences et ces indications, à d’autres faits constatés, en commençant par ceux que nous ont transmis les anciens. Aristote dit positivement que le mulet engendre avec la jument un animal appelé par les Grecs hinnus ou gimus. Il dit de même que la mule peut concevoir aisément, mais qu’elle ne peut <iue rarement perfectionner son fruit. De ces deux faits qui sont vrais, le second est et effet plus rare que le premier, et tous deux n’arrivent que dans des climats chauds. M. de Ilory, de l’Académie royale des sciences, et ci-devant gouverneur des îles de l’Amérique, a eu la bonté de me communiquer un fait récent sur ce sujet, par sa lettre du 7 mai 1770, dont voici l’extrait :

«Vous vous rappelez peut-être, monsieur, que M. d’Alembert lut à l'Académie des sciences, l'année dernière 1769, une lettre dans laquelle on lui mandait qu’une mule avait mis bas un muleton, dans une habitation de l’île Saint-Domingue; je fus chargé d’écrire pour vérifier le fait , et J'ai l'honneur de vous envoyer le certificat que J'ai reçu... Celui qui m'écrit est une personne digne de loi. Il dit avoir vu des mulets couvrir indistinctement des mules et des cavales, comme aussi des mules cou vertes par des mulets et des étalons. »

Ce certificat est un acte juridique de notoriété, signé de plusieurs témoins et dûment contrôlé et légalisé. Il porte, en substance, que, le H mai 1769, M. de IVort, chevalier de Saint-Louis et ancien major de la légion royale de Saint-Domingue, étant sur son habitation de la Petite-Anse, on lui amena une mule qu’on lui dit être malade; elle avait le ventre très-gros, et il lui sortait un boyau par la vulve. M. de Nort la croyant enflée, envoya chercher une espèce de maréchal nègre, qui avait coutume de panser les animaux malades; que ce nègre étant arrivé en son absence, il avait jeté bas la mule pour lui faire prendre un breuvage; que l'instant d’après la chute il la délivra d’un mulet bien conformé, dont le poil était long et très noir; que cemuleton a vécu une heure; mais qu’ayant été blessé ainsi que la mule par sa chute forcée, ils étaient morts l’un et l’autre, le muleton, le premier, c’est-à-dire presque en naissant, et la mule dix heures après : qu’ensuite on avait fait écorcher le muleton, et qu’on a envoyé sa peau au docteur Matin, qui l’a déposée, dit M. de Nort, dans le cabinet de la Société royale de Londres.

D’autres témoins oculaires, et particulièrement M. Cazavant, maître en chirurgie, ajoutent que le muleton paraissait être à terme et bien conformé ; que par l’apparence de son poil, de sa tète et de ses oreilles, il a paru tenir plus de l’âne que les mulets ordinaires ; que la mule avait les mamelles gonflées et remplies de lait; que lorsque l’on aperçut les pieds du muleton sortant de la vulve, le nègre, maréchal ignorant, l’avait tiré si rudement, qu’en arrachant de force le muleton, il avait occasionné un renversement dans la matrice et des déchirements qui avaient occasionné la mort de la mère et du petit.

Ces faits, qui me paraissent bien constatés, nous démontrent que dans les climats chauds, la mule peut non-seulement eoncevoir, mais perfectionner et porter à terme son fruit. On m’a écrit d’Espagne et d’Italie, qu’on en avait plusieurs exemples; mais aucun des faits qui m’ont été transmis n’est aussi bien vérifié que celui que je viens de rapporter : seulement il nous reste à savoir si cette mule de Saint-Domingue ne tenait pas conception de l’àne plutôt que du mulet; la ressemblance de son muleton au premier plus qu’au second de ces animaux paraîtrait l’indiquer : l’ardeur du tempérament de l’âne le rend peu délicat sur le choix des femelles, et le porte à rechercher presque également l’ànesse, la jument et la mule.

Il est donc certain que le mulet peut engendrer et que la mule peut produire; ils ont, comme les autres animaux, tous les organes convenables et la liqueur nécessaire à la génération : seulement ces animaux d’espèce mixte sont beaucoup moins féconds et toujours plus tardifs que ceux d’espèce pure; d’ailleurs ils n’ont jamais produit dans les climats froids, et ce n’est que rarement qu’ils produisent dans les pays chauds, et encore plus rarement dans les contrées tempérées ; dès lors leur infécondité, sans être absolue, peut néanmoins être regardée comme positive, puisque la production est si rare qu’on peut à peine en citer un certain nombre d'exemples : mais on

a d’abord eu tort d’assurer qu’absolumenl les mulets et les mules ne pouvaient engendrer, et ensuite on a eu encore plus grand tort d’avancer que tous les autres animaux d’espèces mélangées étaient comme les mulets hors d’état de produire; les faits que nous avons rapportés ci-devant sur les métis produits par le bouc et la brebis, sur ceux du chien et de la louve, et particulièrement sur les métis des serins et des autres oiseaux, nous démontrent que ces métis ne sont point inféconds, et que quelques-uns sont même aussi féconds à peu près que leurs père et mère.

Un grand défaut, ou pour mieux dire un vice très-fréquent dans 1 ordre des connaissances humaines, c’est qu’une petite erreur particulière et souvent nominale, qui ne devrait occuper que sa petite place en attendant qu’on la détruise, se répand sur toute la chaîne des choses qui peuvent y avoir rapport, et devient par là une erreur de fait, une très-grande erreur, et forme un préjugé général, plus difficile à déraciner que l’opinion particulière qui lui sert de base. Un mot, un nom qui, comme le mot mwfet, n’a dû et ne devrait encore représenter que l'idée particulière de l’animal provenant de 1 âne et de la jument, a été mal à propos appliqué à l’animal provenant du cheval et de l’ànesse, et ensuite encore plus mal à tous les animaux quadrupèdes et à tous les oiseaux d’espèces mélangées. Et comme dans sa première^ acception, ce mot mulet renfermait l’idée de l’infécondité ordinaire de 1 animal provenant de l’àne et de la jument, on a, sans autre examen, transporté cette même idée d'infécondité à tous les êtres auxquels on a donné le même nom de mulet ; je dis à tous les êtres; car, indépendamment des animaux quadrupèdes, des oiseaux, des poissons, on a fait aussi des mulets dans les plantes, auxquels on a, sans hésiter, donné, comme à tous les autres mulets, le défaut général de l’infécondité; tandis que dans le réel aucun de ces êtres métis n’est absolument infécond, et que de tous, le mulet proprement dit, c’est-à-dire l’animal qui seul doit porter ce nom, est aussi le seul dont l’infécondité, sans être absolue, soit assez positive pour qu on puisse le regarder comme moins fécond qu’aucun autre, c’est-à-dire comme infécond dans l’ordre ordinaire de la nature, en comparaison des animaux d espèce pure et même des autres animaux d’espèce mixte.

Tous les mulets, dit le préjugé, sont des animaux viciés qui ne peuvent produire ; aucun animal, quoique provenant de deux espèces, n est absolument infécond, disent l’expérience et la raison; tous au contraire peuvent produire, et il n’y a de différence que du plus au moins; seulement on doit observer que dans les espèces mixtes, il y a de grandes différences dans la fécondité. Dans les premières, les unes, comme les poissons, les insectes, etc., se multiplient chaque année par milliers, par centaines ; d autres, comme les oiseaux et les petits animaux quadrupèdes, se reproduisent par vingtaines, par douzaines; d’autres enfin, comme l’homme et tous les grands animaux, ne se reproduisent qu’un à un. Le nombre dans la production est, pour ainsi dire, en raison inverse de la grandeur des animaux. Le cheval et lâne ne produisent qu’un par an, et dans le même espaee de temps les souris, les

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mulots, les cochons d’Inde produisent trente ou quarante. La fécondité de ces petits animaux est donc trente ou quarante fois plus grande; et en faisant une échelle des différents degrés de fécondité, les petits animaux que nous venons de nommer seront aux points les plus élevés, tandis que le cheval ainsi que l’âne se trouveront presque au terme de la moindre fécondité; car il n’y a guère que leléphant qui soit encore moins fécond.

Dans les espèces mixtes, c’est-à-dire dans celles des animaux qui, comme le mulet, proviennent de deux espèces différentes, il y a, comme dans les espèces pures, des degrés différents de fécondité ou plutôt d'infécondité; car les animaux qui viennent de deux espèces, tenant de deux natures, sont en général moins féconds, parce qu’ils ont moins de convenances entre eux qu’il n’y en a dans les espèces pures, et cette infécondité est d’autant plus grande que la fécondité naturelle des parents est moindre. Dès lors si les deux espèces du cheval et de l'âne, peu fécondes par elles-mêmes, viennent à SC mêler, l’infécondité primitive, loin de diminuer dans l'animal métis, ne pourra qu’augmenter : le midetsera non-seulement plus infécond que son père et sa mère, mais peut-être le plus infécond de tous les animaux métis, parce que toutes les autres espèces mélangées dont on a pu tirer du produit, telles que celles du bouc et de la brebis, du chien et de la louve, du chardonneret et de la serine, etc., sont beaucoup plus fécondes que les espèces de l’ône et du cheval. C’est à cette cause particulière et primitive qu’on doit rapporter l’infécondité des mulets et des bardeaux. Ce dernier animal est même plus infécond que le premier, par une seconde couse encore plus particulière. Le mulet, provenant de l’âne et de la jument, tient de son père l’ardeur du tempérament, et par conséquent la vertu prolifique à un très-haut degré, tandis que le bardeau, provenant du cheval et de l’ânesse, est, comme son père, moins puissant en amour et moins habile à engendrer; d’ailleurs la jument, moins ardente que l’ânesse, est aussi plus féconde, puisqu’elle retient et conçoit plus aisément, plus sûrement. Ainsi tout concourt à rendre le mulet moins infécond que le bardeau ; car l'ardeur du tempérament dans le mâle, qui est si nécessaire pour la bonne génération, et surtout pour la nombreuse multiplication, nuit au contraire dans la femelle, et l’empêche presque toujours de retenir et de concevoir.

Ce fait est généralement vrai, soit dans les animaux, soit dans l’espèce humaine; les femmes les plus froides avec les hommes les plus chauds engendrent un grand nombre d’enfants : il est rare au contraire qu’une femme produise si elle est trop sensible au physique de l’amour. L’acte par lequel on arrive à la génération n’est alors qu’une fleur sans fruit, un plaisir sans effet : mais aussi dans la plupart des femmes qui sont purement passives, c'est comme dans le figuier dont la sève est froide, un fruit qui se produit sans fleur; car l’effet de cet acte est d’autant plus sur, qu’il est moins troublé dans la femelle par les convulsions du plaisir : elles sont si marquées dans quelques-unes et même si nuisibles à la conception dans quelques femelles, telles que l’àncsse, qu’on est obligé de leur jeter de l’eau sur la croupe,

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ou même de les frapper rudement pour les calmer; sans ce secours désagréable elles ne deviendraient pas mères, ou du moins ne le deviendraient que tard, lorsque, dans un âge plus avancé, la grande ardeur du tempérament serait éteinte ou ne subsisterait qu en partie. On est quelquefois obligé de SC servir des mêmes moyens pour faire concevoir les juments.

Mais, dira-t-on, les chiennes et les chattes, qui paraissent être encore plus ardentes en amour que la jument et l’ânesse, ne manquent néanmoins Jamais de concevoir; le fait que vous avancez sur l'infécondité des femelles trop ardentes en amour n’est donc pas général et souffre de grandes exceptions. Je réponds que l’exemple des chiennes et des chattes, au lieu de faire une exception à la règle, en serait plutôt une confirmation; car, à quelque excès qu’on veuille supposer les convulsions intérieures des organes de la chienne, elles ont tout le temps de se calmer pendant la longue durée du temps qui se passe entre l’acte consommé et la retraite du mâle, qui ne peut se séparer tant que subsiste le gonflement et l’irritation des parties. Il en est de même de la chatte, qui, de toutes les femelles, parait être la plus ardente, puisqu’elle appelle ses mâles par des cris lamentables d amour, qui annoncent le plus pressant besoin : mais c’est comme pour le chien par une autre raison de conformation dans le mâle, que cette femelle si ardente ne manque jamais de concevoir : son plaisir très-vif dans 1 accouplement est nécessairement mêlé d’une douleur presque aussi vive. Le gland du chat est hérissé d’épines plus grosses et plus poignantes que celles de sa langue, qui, comme l’on sait, est rude au point d'offenser la peau; dès lors 1 intromission ne peut être que fort douloureuse pour la femelle, qui s’en plaint et 1 annonce hautement par des cris encore plus perçants (]ue les premiers : la douleur est si vive, que la chatte fait en ce moment tous ses efforts pour échapper, et le chat, pour la retenir, est forcé de la saisir sur le cou avec scs dents, et de contraindre et soumettre ainsi par la force cette même femelle amenée par l’amour.

Dans les animaux domestiques soignés et bien nourris, la multiplication est plus grande que dans les animaux sauvages; on le voit par l’exemple des chats et des chiens qui produisent dans nos maisons plusieurs fois par an, tandis que le chat sauvage et le chien, a'>andonnés à la seule nature, ne produisent qu’une seule fois chaque année. On le voit encore mieux par l'exemple des oiseaux domestiques : y a-t-il dans aucune espèce d’oiseaux libres une fécondité comparable h celle d’une poule bien nourrie, bien fêtée par son coq? Et dans l’espèce humaine, quelle différence entre la chétive propagation des Sauvages et l’immense population des nations civilisées et bien gouvernées! Mais nous ne parlons ici que de la fécondité naturelle aux animaux dans leur état de pleine liberté, on en verra d’un coup d’œil les rapports dans la table suivante, de laquelle on pourra tirer quelques conséquences utiles à l’histoire naturelle.

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