‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 208 sur 255 · LE CHEVAL ZÈBRE · texte numérisé non relu

LE CHEVAL ZÈBRE

Famille des solipèdes, genre cheval. ( Cuvier. )

. zebre est peut-elre de tous les nnimaux quadrupèdes le mieux fait et erf, et la robe rayee de rubans noirs et blancs, disposés alternativLent

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avec tant de régularité et de symétrie, qu'il semble que la nature ait employé la règle et le compas pour la peindre. Ces bandes alternatives de noir et de blanc sont d’autant plus singulières qu’elles sont étroites, parallèles et trèsexactement séparées, comme dans une étoffe rayée; que d’ailleurs elles s’étendent non-seulement sur le corps, mais sur la tète, sur les cuisses et les jambes, et Jusque sur les oreilles et la queue; en sorte que de loin cet animal parait comme s’il était environné partout de bandelettes qu’on aurait pris plaisir et employé beaucoup d’art à disposer régulièrement sur toutes les parties de son corps; elles en suivent les contours et en marquent si avantageusement la forme, qu’elles en dessinent les muscles en s’élargissant plus ou moins sur les parties plus ou moins charnues et plus ou moins arrondies. Dans la femelle, ces bandes sont alternativement noires et blanches • dans le mâle, elles sont noires et jaunes; mais toujours d’une nuance vive et brillante sur un poil court, fin et fourni, dont le lustre augmente encore la beauté des couleurs. Le zèbre est, en général, plus petit que le cheval et plus grand que l’âne; et quoiqu’on l’ail souvent comparé à ces deux animaux, qu’on l'ait même appelé cheval sauvage et âne ragé, il n’est la copie ni de l’un ni de l’autre; il serait plutôt leur modèle, si dans la nature tout n'était pas également original, et si chaque espèce n’avait pas un droit égal à la création.

Le zèbre n'est donc ni un cheval ni un âne, il est de son espèce; cor nous n’avons pas appris qu'il se mêle et produise avec l’un ou l’autre, quoique l’on ait souvent essayé de les approcher. On a présenté des ànesses en chaleur à celui qui était l’année dernière(176I) à la Ménagerie de Versailles; il les a dédaignées, ou plutôt il n’en a été nullement ému; du moins le signe extérieur de l'émotion n'a point paru; cependant il jouait avec elles et les montait, mais sans érection ni hennissement^ et on ne peut guère attribuer cette froideur à une autre cause qu'à la disconvenance de nature; car ce zèbre, âgé de quatre ans, était à tout autre exercice fort vif et très-léger.

Le zèbre n’est pas l’animal que les anciens nous ont indiqué sous le nom d'onagre. Il existe dans le Levant, dans l'orient de l’Asie et dans la partie septentrionale de l’Afrique une très-belle race d’ânes, qui, comme celle des plus beaux chevaux, est originaire d’Arabie ; cette race diffère de la race commune par la grandeur du corps, la légèreté des jambes, et le lustre du poil ; ils sont de couleur uniforme, ordinairement d’un beau gris de souris, avec une croix noire sur le dos et sur les épaules; quelquefois ils sont d’un gris plus clair avec une croix blonde. Ces ânes d’Afrique et d’Asie, quoique plus beaux que ceux d’Europe, sortent également des onagres ou ânes sauvages, qu’on trouve encore en assez grande quantité dans la Tartarie oi ientale et méridionale, la Perse, la Syrie, les ilcs de l'Archipel et toute la Mauritanie. Les onagres ne diffèrent des ânes domestiques que par les attributs de l’indépendance et de la liberté; ils sont plus forts et plus légers, ils ont plus de courage et de vivacité, mais ils sont les mêmes pour la forme du corps; ils ont seulement le poil beaucoup plus long, et celte différence tient

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encore à leur état; car nos ânes auraient également le poil long, si l’on n’avait pas soin de les tondre à l’âge de quatre ou cinq mois : les ânons ont dans les premiers temps le poil long, à peu près comme les jeunes ours. Le cuir des ânes sauvages est aussi plus dur que celui des ânes domestiques : on assure qu’il est chargé partout de petits tubercules, et que c’est avec cette peau des onagres qu’on fait, dans le Levant, le cuir ferme et grenu qu’on appelle chagrin, et que nous employons à différents usages. Mais ni les onagres, ni les beaux ânes d'Arabie ne peuvent être regardés comme la souche de l’espèce du zèbre, quoiqu’ils en approchent par la forme du corps et par la légèreté : jamais on n’a vu ni sur les uns, ni sur les autres, la variété régulière des couleurs du zèbre : cette belle espèce est singulière et unique dans son genre. Elle est aussi d’un climat différent de celui des onagres, et ne se trouve que dans les parties les plus orientales et les plus méridionales de l’Afrique, depuis l'Éthiopie jusqu’au cap de Bonne-Espérance, et de la jusqu’au Congo : elle n’existe ni en Europe, ni en Asie, ni en Amérique, ni même dans toutes les parties septentrionales de l’Afrique. Ceux que quelques voyageurs disent avoir trouvés au Brésil, y avaient été transportés d’Afri(iue; ceux que d’autres racontent avoir vus en Perse et en Turquie, y avaient été amenés d'Éthiopie; et enfin ceux que nous avons vus en Europe sont presque tous venus du cap de Bonne-Espérance : cette pointe de l’Afrique est leur vrai climat, leur pays natal, où ils sont en grande quantité, et où les Hollandais ont employé tous leurs soins pour les dompter et pour les rendre domestiques, sans avoir jusqu’ici pleinement réussi. Celui que nous avons vu et qui a servi de sujet pour notre description, était très-sauvage lorsqu’il arriva à la Ménagerie du Roi, et il ne s’est jamais entièrement ap privoisé : cependant, on est parvenu à le monter, mais il fallait des précautions; deux hommes tenaient la bride pendant qu'un troisième était dessus : il avait la bouche très-dure, les oreilles si sensibles qu’il ruait dès qu’on voulait les toucher. Il était rétif comme un cheval vicieux, et têtu comme un mulet. Mais peut-être le cheval sauvage et l’onagre sont aussi peu traitables, et il y a toute apparence qui si l’on accoutumait dès le premier âge le zèbre à l’obéissance et à la domesticité, il deviendrait aussi doux que l’âne et le cheval, et pourrait les remplacer tous deux.

ADDITION AUX ADTICLES DE i/aNE ET DD ZÈBUE.

L’âne domestique ou sauvage s’est trouvé dans presque tous les climats chauds et tempérés de l'ancien continent, et n’existait pas dans le nouveau lorsqu’on en fit la découverte. Mais maintenant l'espèce y subsiste avec fruit, et s'est même fort multipliée depuis plus de deux siècles qu’elle y a été

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transportée d'Europe, en sorte qu’elle est aujourd'liui répandue à peu près egalement dans les quatre parties du monde. Au contraire, le zèbre qui nous est venu du cap de Bonne-Espérance semble être une espèce confinée dans les terres méridionales de l’Afrique, et surtout dans celles de la pointe de cette grande presqu'île, quoique Lopez dise qu’on trouve le zèbre plus souvent en Barbarie qu’au Congo, et que Dapper rapporte qu’on en rencontre des troupes dans les forêts d’Angola.

Ce bel animal, qui, tant par la variété de ses couleurs que par rélégance de sa figure, est si su|)éricur à l'ànc, parait néanmoins lui tenir assez près pour l'espèce, puisque la pliqiartdes voyageurs lui ont donné le nom d’nne rayé, parce qu'ils ont été frappés de la ressemblance de sa taille et de sa forme, qui semblent au premier coup d’œil avoir plus de rapport avec l’âne qu’avec le cheval. Car ce n’est pas avec les petits ânes communs qu'ils ont fait la comparaison du zèbre, mais avec les plus grands et les plus beaux de l’espèce. Cependant je serais porté à croire que le zèbre tient de plus près au cheval qu'à l’ànej car il est d’une figure si élégante, que, quoicpi’il soit en général plus petit que le cheval, il n'en est pas moins voisin de cette cs|)ôec à plusieurs égards ; cl ce qui paraît cotdirmer mon opinion, c’est que, dans les terres du cap de Bonne-Espérance, qui paraissent être le pays naturel cl la vraie patrie du zèbre, on a remarqué avec quehiue étonnement qu’il y a des chevaux tachetés sur le dos et sous le ventre, de jaune, de noir, de rouge et d'azur; et cette raison particulière est encore appuyée sur un fait général, qui est que, dans tous les climats, les chevaux varient beaucoup plus que les ânes par la couleur du poil. Néanmoins nous ne déciderons pas si le zèbre est plus près de l’espèce du cheval que de celle de l’âne; nous espérons seulement qu’on ne tardera pas à le savoir. Comme les Hollandais ont fait venir dans ces dernières années un assez grand nombre de ces beaux animaux, et qu’ils en ont même fait des attelages pour le prince stathouder, il est probable que nous serons bientôt mieux informés de tout ce qui peut avoir rapport à leur nature. Sans doute on n’aura |)as man(|ué d'essayer de les unir entre eux, et probablement avec les chevaux et les ânes, pour en tirer une race directe ou des races bâtardes. Il y a en Hollande plusieurs persojincs habiles qui cultivent 1 histoire naturelle avec succès; ils réussiront peut-être mieux que nous à tirer du produit de ces animaux, sur lesquels on n’a fait qu'un essai à la Ménagerie de ’S^crsailles, eu 1761. Le zèbre mâle âgé de quatre ans qui y était alors, ayant dédaigné toutes les ànesses en chaleur, n'a pas été itréscnté à des juments; peut-être aussi était-il trop jeune; d’ailleurs il lui manquait d'ètre habitué avec les femelles qu’on lui présentait; préliminaire d’autant plus nécessaire pour le succès de l'union des espèces diverses, que la nature semble même l exiger dans 1 union des individus de même espèce.

Le mulet fécond de Tartarie, que l’on y appelle eziffithai, et dont nous avons parlé, pourrait bien être un ammal de la même espèce, ou tout au moins de l’espèce la plus voisine de celle du zèbre; car il n’en diffère évi-

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tlemmeui que par les couleurs du poil. Or, l’on sait que les didërences de la couleur du poil ou des plumes est de toutes les différences la plus légère et la plus déliendante de l’impression du climat. !.e czigithai se trouve dans la Sibérie méridionale, au Thibet, dans la Daourie et en Tartarie. Gerbillon dit qu on trouve ces animaux dans le pays des Mongoux et des Kabas, qu’ils diffèrent des mulets domestiques, et qu’on ne peut les accoutumer à porter des fardeaux. Muller et Gmelm assurent qu’ils se trouvent en grand nombre chez les Tunguses, où on les chasse comme d’autre gibier; qu’en Sibérie, vers Borsja, dans les années sèches, on en voit un grand nombre, et ils ajoutent qu’ils sont comparables pour la figure, la grosseur et la couleur, à un cheval bai clair, excepté la queue qui est comme celle d’une vache, et les oreilles qui sont fort longues. Si ces voyageurs qui ont observé le czigithai avaient pu le comparer en même temps au zèbre, ils y auraient peut-être trouve plus de rapports que nous n’en supposons. Il existe dans le Cabinet de Pétersbourg des peaux bourrées de czigithai et de zèbre ; quelque différentes que paraissent ces deux peaux par les couleurs, elles pourraient appartenir egalement à des animaux de même espèce ou du moins d’espèces très-voisines. Le temps seul peut sur cela détruire ou confirmer nos doutes. Mais ce qui paraît fonder la présomption que le czigithai et le zèbre pourraient bien être de la même espèce, c’est que tous les autres animaux de I Afrique se trouvent également en Asie, et qu’il n’y aurait que le zèbre seul qui ferait exception à ce fait général.

Au reste, si le czigithai n’est pas le même que le zèbre, il pourrait être encore le meme animal que l’onagre ou âne sauvage de l’Asie. J’ai dit qu’il ne fallait pas confondre l’onagre avec le zèbre : mais je ne sais si l’on peut dire la même chose de l’onagre et du czigithai; car il parait, en comparant es relations des voyageurs, qu’il y a différentes sortes d’ânes sauvages, dont onagre est la plus remarquable, et il se pourrait bien aussi que le cheval lane, le zebre et le czigithai constituassent quatre espèces; et, dans le cas où ils n en feraient que trois, il est encore incertain si le czigithai est plutôt un onagre qu’un zèbre, d’autant que quelques voyageurs parlent de la légèreté de ces onagres, et disent qu’ils courent avec assez de rapidité pour échapper a la poursuite des chasseurs à cheval, ce qu’ils ont également assure du czigithai. Quoi qu’il en soit, le cheval, l’âne, le zèbre et le czigithai sont tous du même genre, et forment trois ou quatre branches de la même tamille, dont les deux premières sont de temps immémorial réduites en domesticité, ce qui doit faire espérer qu’on pourra de même y réduire les deux dermeres, et en tirer peut-être beaucoup d’utilité.

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