DU CZIGITIIAI, DE LONAGRE ET DU ZÈBRE
DU CZrGITHAI, DE L’ONAGRE ET DU ZÈBRE.
(le cheval CZKHTIIAI. — le CHEVAL ANE (oiiagl’c). LE CHEVAL ZÈnilE.)
On peut voir, dans l’article précédent, les doutes qui me restaient encore sur la différence ou sur l’identité d’espèce de ces trois animaux. M. Furster a bien voulu me communiquer quelques éclaircissements, qui semblent prouver que ce sont réellement trois aniniagx dilTcrerits, et qu’il y a même dans l’espèce du zèbre une variété constante; voici l'extrait de ce qu'il m’a écrit sur ce sujet :
a On trouve dans le pays des Tartares Mongoux une grande quantité de chevaux sauvages ou larpans, et un autre animal appelé czigühoi; ce qui dans la langue mongole signifie longue oreille. Ces animaux vont par troupe ; ou en voit quelquesuns dans les déserts voisins de l’empire de Russie et dans le grand désert Gobée (ou Gobi); ils sont en troupe de vingt, trente et même cent. La vitesse de cet animal surpasse de beaucoup celle du meilleur coursier parmi les chevaux ; toutes les nations Tartares en conviennent : une mauvaise qualité de cet animal , c'est qu’il reste toujours indomptable. Un Cosaque ayant attrapé un de ces jeunes czigithais, et l'ayant nourri pendant plusieurs mois, ne put le conserver ; car il se tua lui-même par les efforts qu'il fit pour s'échapper ou se soustraire à l’obéissance.
« Chaque troupe de czigithais a son chef, comme dans les tarpans ou chevaux sauvages. Si le czigithai-chef découvre ou sent de loin quelques chasseurs, il quitte sa troupe, et va seul reconnaître le danger, et dès qu’il s’en est assuré, il donne le signal de la fiiiie, et s'enfuit en effel suivi de tonte sa troupe : mais si malheureusement ce chef est tué , la troupe n’clant plus conduite , se disperse , et les chasseurs sont sûrs d’en tuer plusieurs autres.
a Les czigithais se trouvent principalement dans les déserts des Mongoux, et dans celui qu’on appelle Gobée : c’est une espèce moyenne entre l'âne et le cheval ; ce qui a donné occasion au docteur Messerschmidl d’appeler cet animal mulet fécond de Daourie , parce qu’il a quelque ressemblance avec le mulet , quoique réellement il soit infiniment plus beau. 11 est de la grandeur d’un mulet de moyenne taille; la tête est un peu lourde ; les oreilles sont droites, plus longues qu’aux chevaux, mais plus courtes qu’aux mulets : le poitrail est grand, carré en bas et un peu comprime. La crinière est courte et hérissée; et la queue est entièrement semblable à celle de l’âne ; les cornes des pieds sont petites. Ainsi le ezigithai ressemble h l’âne par la crinière, la queue et les sabots. Tl a aussi les jambes moins charnues que le cheval, et l’encolure encore plus légère et plus leste. Les pieds et la partie intérieure des jambes sont minces et bien faits. L’épine du dos est droite et formée comme celle d’un âne, mais cependant un peu plate. La couleur dominante dans ces animaux est le brun jaunâtre. La tête, depuis les yeux jusqu’au muQe , est d’un fauve jaunâtre; l’intérieur des jambes est de cette même couleur ; la crinière et la queue sont presque noires, et il y a le long du dos une bande noirâtre qui s’élargit sur le train de derrière et se rétrécit vers la queue. En hiver, leur poil devient fort long et ondoyé ; mais en été
(jio IIISTOIKE NATDIlEi.IÆ
il esl ras el poli. Ces animaux porlcnt la tête haute, el préseulcnt en courant le wz au vent. Les lunguses et d’autres nations voisines du grand désert regardent leur chair comme une viande délicieuse.
« Outre les tarpans ou chevaux sauvages, et les czigithais ou mulets féconds de Daourie, on trouve dans les grands déserts au delà du Jaïk, du Ycmha, du Sarason Pt dans le voisinage du lac Aral, une troisième espèce d’animal, que les Kirghises et les Kalmoiiks appellent ftou/an ou ft/toul«n, qui paraît être Vonager ou l’onagre des auteurs, et qui semble faire une nuance entre le czigilbai et l’âne. Les koulans vivent en été dans les grands déserts dont nous venons de parler , et vers les montagnes du iamanda, et ils se retirent, à l’approche de l’hiver, vers les conQns de la Perse el des Indes. Ils courent avec une vitesse incroyable; on n’a jamais pu venir à boni d’en dompter un seul, et il y en a des troupeaux île plusieurs mille ensemble. Ils sont plus grands que les tarpans, mais moins que les czigithais. Leur poil e.st d’un beau gris, quelquefois avec une nuance légèrement bleuâtre, cl d’autres fois avec un mélange de fauve; ils portent le long du dos une bande noire, el une autre bande de même couleur traverse le garrot, et descend sur les épaules. Leur queue est parfaitement semblable à celle de 1 ane, mais les oreilles sont moins grandes cl moins amples.
« A I égard des zébrés , J ai eu occasion de les bien examiner dans mes séjours au cap de Bonne-Espérance, et j’ai reconnu dans cette espèce ude variété qui diffère du zèbre ordinaire, en ce qu’au lieu de bandes ou raies brunes et noires dont le fond de son poil blanc esl rayé, celui-ci au contraire est d’un brun roussàlre , avec très-peu de bandes larges cl d une teinte faible el blanchâtre ; on a même peine h i cconnailre et distinguer ces bandes blanchâtres dans quelques individus qui ont une couleur uniforme de brun roussàlre , cl dont les bandes ne sont que des nuances peu distinctes d'une teinte un pou plus pâle ; ils ont, comme les autres zèbres, le bout du museau el les pieds blanchâtres, el ils leur ressemblent en tout, <à l’exception des belles raies de la robe. On serait donc fondé à prononcer que ce n’est qu’une variété dans celte espèce du zèbre : cependant ils semblent différer de ce dernier par le naturel, ils sont plus doux et plus obéissants ; car on n’a pas d’exemple qu’on ail jamais pu apprivoi.ser assez le zèbre rayé pour l’aileler à une voilure, tandis que ces zèbres a poil uniforme el brun sont moins revêches et s’accoutument aisénienlà la domesticiié. J'en ai vu un dans les campagnes du Cap, qui était attelé avec des chevaux aune voilure; et on m'assura qu’on élevait un assez grand nombre de ces animaux pour s’en .servir à l’attelage, parce qu’on a trouvé qu’ils sont à proportion plus forts qu’un cheval de niême taille. »
J avais (lit(|u oii av;iii luit desatlclages de zèbres pour le prince slallioiidcrce lait, tpii iii avait été assuré par plus d une personne, n’est eependani pas vrai. M. Allauiand, tpic j‘ai eu si souvent occasion de citer avec reconnais sauce et avec des éloges bien mérités, m’a fait savoir que j’avais été mal informé sur ce lait 5 le |>rince statbouder n’a eu ipi’un seul , zèbre : mais ftl. Allamaud ajoute dans .sa lettre, au sujet do ces animaux, un fuit aussi singulier qu’intéressant. IMilord Clive, dit-il, en revenant de l’Inde, a amené avec lui une femelle zèbre, dont ou lui avait fait présent au ca|) de Bonne- Espérance j après l’avoir gardée quelque temps dans son parc en Angleterre, il lui donna un âne pour essayer s’il n’y aurait |)oint d’accouplement entre ces animaux : mais celte femelle zèbre ne voulut jioint s’en laisser approcber. Milord s’avisa de faire peindre cet âne comme un zèbre : la femelle,
DU CZIGITIIAI, DE U’ONAGRE ET DU ZÈBRE (Ht (lil-il, en lui la dupe; raccouplenient se lil, el il en est né un poulain pai l’ailenicnl semblable à sa mère, ei qui peut èlrc vit encore. La chose a été rapportée à M. Allamand par le général Carnal, arni particulier de milord Clive, et lui a Clé confirmée par milord Clive fils. Milord Pitt a eu aussi la bonté de m’en écrire dans les termes suivants : « Feu milord Clive avait une trèsbelle femelle de zèbre que j’ai vue à Clcmnom, l’une de ses maisons de campagne, avec un poulain mâle ( foal ), provenant délie, qui n avait pas encore un an d’âge, et qui avait été produit par le stratagème suivant. Lorsque la femelle zèbre fut en chaleur, on essaya plusieurs fois de lui présenter un àne qu’elle refusa constamment d'admettre ; milord Clive pensa qu’en faisant peindre cet âne, qui était de couleur ordinaire, et en imitant les couleurs du zèbre mâle, on pourrait tromper la femelle ; ce qui roussit si bien quelle produisit le poulain dont on vient de parler.
« J’ai été dernièrement, c’est-à-dire cet été 1778, à Clcmnom pour m informer de ce qu’étaient devenus la femelle zèbre et son poulain, et on m’a dit que la mère était morte, et que le poulain avait etc envoyé à une terre assez éloignée de milord Clive, où I on a souvent essayé de le faire accoupler avec des ânesscs, mais qu’il n’en est jamais rien résulté. »
Je ferai cependant, sur ces faits, une légère observation : cesl que j ai de la peine à croire que la femelle zèbre ait reçu lâne uniquement a cause de son bel habit, et qu’il y a toute apparence qu’on le lui a présenté dans un moment où elle était en meilleure disposition que les autres lois. Il faudrait d’ailleurs un grand nombre d’expériences, tant avec le cheval qu’avec l’âne, pour décider si le zèbre est plus prés de l’un que de l’autre. Sa production avec l’ànc indiquerait qu’il est aussi près que le cheval de l’espèce de l’âne; car on sait que le cheval produit avec l’ànesse et que l’âne produit avec la jument ; mais il reste à rcconnailre par l’expérience si le cheval ne produirait pas aussi bien que l’âne avec la Icmellc zèbre, et si le zèbre mule ne produirait pas avec la jument et avec l’âncssc. C’est au cap de Bonne-Espérance que l’on pourrait tenter ces accouplements avec succès.
DU KWAGGA'OÜ COüAGGA.
(le cheval COI'AGCA.^
Famillu des solipcdes, genre cheval. (Ccvieu )
Cet animal, dont je n’ai eu aucune connaissance qu après 1 impiession des feuilles précédentes, où il est question de 1 onagre et du zèbre, me parait être une espèce bâtarde ou intermédiaire entre le cheval et le zèbre, ou peut-être
histoire naturelle
entre le zèl.re et l’onagre. Voici ce t|ue M. le professeur Allamand en a
le enieiit dans un supplément à l’édition de mes ouvrages, imprimée en Hollande. o » t'
an L . savant naturaliste, on ne connaissait que le nom de cet
m ni n ‘:'=*-*'”P«'-fHitement.sans savoir quel quadrupède ce nomindi-
dü ''«W enlrepris dans l’intérieur de l’Afrique par ordre
u.re, a ;r'' *! ««""-Espérance, il est di, que les voyageurs\irent, entre de n er Z .ü*-; ? f'T' sauvages, des ânes et desquachas. La signification dece
et oue ?nT H ' “«“«"'«‘S donnent à l’animal dont il s’agit,
Eurooe t T><’, n’ayant jamais été décrit, ni même connu en
or Zr;r r'7' ? P'"’ PO^e dans le pays dont il est
d un it" f égards. Sa couleur est le boZl . “ès-égulièrement de noir depuis
mencent à ner? î raies com-
rrél. du v r diminuant, elles disparaissent â
rZpl , " r 7 V"? ‘^’en're-deux de ces raies est d’un
et lesiZersont b corps, les cuisses
les jambes sont blanches; sa queue, qui est un peu plate, est aussi garnie de crins
on O pods de la même couleur : la corne des pieds est noire ; sa foZ" reÏeZe
conva n? ^ P‘'-‘'* d« zèbre. On s’eu
Z Z T *=« dernier animal.
coL^cn e's^ ’ZV'^ r'^'’''*®’'® aussi fort différent; celui des
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de la ujloniV rT domestiques; au lieu que les paysans
de la eolome du Cap attellent les couaggas à leurs charrettes qu’ils tirent trèlbien ;
un ch'i!nZ*“''* . 7 ’ ■' méchants, ils n.ordentet ruent; quand
auefois ils ^'■«P P'"®*’ ds le repoussent à giands coups de pied, et qiiel-
d'eLt r •’** ' de plus
endroits. "" ^-nns les mêmes
daZZorlV'''®''/" indiquer que ces animaux sont d’espèces différentes : cepen- . s ne different pas plus entre eux que les mulets diffèrent des chevaux ou des anes^ Les couaggas ne seraient-ils point une race bâtarde de zèbres? Il y a en Afrique des chevaux sauvages blancs; Léon l’Africain et Marmol l’assurent positivement, et ce qui est plus authentique encore, c’est le témoignage de ces voyageurs dont j’ai cite journal : ils ont vu de ces chevaux blancs; iis ont vu aussi des ânes sauvages, e animaux ne peuvent-ils pas se mêler avec les zèbres et produire une race qui < 1 icipera es eux espèces? J ai rapporté ci-devant un fait qui prouve qu’une fem^le zebre, couverte par un âne, a eu un poulain. On ne peut guère douter que a coup ement d un cheval avec une zèbre ne fût aussi prolifique. Si celui des c ievdux avec des ânesses no produit pour l’ordinaire que des mulets stériles, e a II os pas constant; on a vu des mules avoir des poulains, et il est fort naturel de supposer que les chevaux ayant plus d’affiiiité avec les zèbres qu’avec les ânes, il peut ZZ . '"«'«"Se de ces animaux, d’autres animaux féconds capables de faire c e; et ceci est egalemnntapplicahle aux ânes, puisque les zèbres sont une espèce