DU CHAMEAU ET DU DROMADAIRE
En réunissant sous un seul point de vue toutes les qualités de cet animal et tous les avantages que l’on en tire, on ne pourra s’empêcher de le reconnaître pour la plus utile et la plus précieuse de toutes les créatures subordonnées à l’homme. L’or et la soie |ne sont pas les vraies richesses de î Orient : c’est le chameau qui est le trésor de l’Asie; il vaut mieux que l’éléphant, car il travaille, pour ainsi dire, autant, et dépense peut-être vingt fois moins : d’ailleurs l’espèce entière en est soumise à l’homme, qui la propage et la multiplie autant qu’il lui plaît; au lieu qu’il ne jouit pas de celle de l’éléphant qu’il ne peut multiplier, et dont il faut conquérir avec peine les individus les uns après les autres. Le chameau vaut non-seulement mieux que l’éléphant, mais peut-être vaut-il autant que le cheval, l’âne et le bœuf tous réunis ensemble ; il porte seul autant que deux mulets ; il mange aussi peu que l’âne, et se nourrit d’herbes aussi grossières; la femelle fournit du lait pendant plus de temps que la vache ; la chair des jeunes chameaux est bonne et saine, comme celle du veau ; leur poil est plus beau, plus recherché que la plus belle laine : il n’y a pas jusqu’à leurs excréments dont on ne tire des choses utiles ; car le sel ammoniac se fait de leur urine, et leur fiente desséchée et mise en poudre leur sert de litière, aussi bien qu’aux chevaux, avec lesquels ils voyagent souvent dans des pays où l’on ne connaît ni la paille, ni le foin : enfin on fait des mottes de cette même fiente qui brûlent aisément, et font une flamme aussi claire et presque aussi vive que celle du bois sec : cela même est encore d’un grand secours dans ces déserts où l’on ne trouve pas un arbre, et où, par le défaut de matières combustibles, le feu est aussi rare que l’eau.
ADDITION A l’article DD CHAMEAU ET DD DROMADAIRE.
Nous n’avons presque rien à ajouter à ce que nous avons dit des chameaux et des dromadaires; nous rapporterons seulement ici ce qu’en a écrit M. Niebuhr dans sa Description de l’Arabie.
«La plupart des chatuaux du paysd’iman sont de taille médiocre el d'unbrunclair; cependant on en voit aussi de grands et lourds, et d’un brun foncé. Lorsque les chameaux veulent s’accoupler, la femelle se couche sur les jambes ; un lui lie les pieds de devant pour qu’elle ne puisse se relever. Le mâle, assis derrière comme un chien, louche la terre de ses deux pieds de devant. Il paraît froid pendant l’accouplement, et plus indolent qu’aucun animal; il faut le chatouiller quelquefois longtemps avant de pouvoir l’exciter. L’accouplement étant achevé, on recouvre le mâle, on fait lever promptement la femelle en la frappant d’une pantoufle au derrière, tandis qu’une autre personne la fait marcher. Il en est de même, dit-on, en Mésopotamie, eu Natolie, cl probablement partout. »
J’ai dit qu’on avait transporté des chameaux et des dromadaires aux îles Canaries, aux Antilles, au Pérou, et qu’ils n’avaient réussi nulle part dans
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le nouveau continent. Le docteur Browu, dans son histoire de la Jamaïque, assure y avoir vu des dromadaires que les Anglais y ont amenés en assez grand nombre dans ces derniers temps, et que, quoiqu’ils y subsistent, ils y sont néanmoins de peu de service, parce qu’on ne sait pas les nourrfr et les soigner convenablement. Ils ont néanmoins multiplié dans tous ces climats, et je ne doute pas qu’ils ne pussent même produire en France. On peut voir dans Gazette Au 9 juin 177S, que M. Brinkenof, ayant fait accoupler des chameaux dans ses terres prés de Berlin, a obtenu, le 24 mars de cette année 1773, après douze mois révolus, un petit chameau qui se porte bien. Ce fait confirme celui que j’ai cité de la production des chameaux et des dromadaires à Dresde, et je suis persuadé qu’en faisant venir avec les chameaux des domestiques arabes ou barbaresques accoutumés à les soigner, on viendrait à bout d’établir citez nous cette espèce, que je regarde comme la plus utile de tous les animaux.