ADDITION AUX ADTICLES DU BOEUF, DU BISON, DU ZÉBU F.T DU BUFFLE
Les bœufs et les bisons ne sont que deux races particulières, mais toutes deux de la même espèce, quoique le bison diffère toujours du bœuf, nonseulement par la loupe qu’il porte sur le dos, mais souvent encore par la qualité, la quantité et la longueur du poil. Le bison ou bœuf à bosse de Madagascar réussit très-bien à rile-tTc-Krance; sa chair y est beaucoup meilleure que celle de nos bœufs venus d’Europe, et après quelques générations sa bosse s’efface entièrement. Il a le poil plus lisse, la jambe plus effilée et les cornes plus longues que ceux de l’Europe. J’ai vu, dit M. de Querhoënt, de ces bœufs bossus qu’on amenait de Madagascar, qui en avaient d’une grandeur étonnante.
Le bison dont nous donnons ici la figure *, et que nous avons vu vivant, avait été pris jeune dans les parties tempérées de l’Amérique septentrionale, ensuite amené en Europe, élevé en Hollande , et acheté par un Suisse, qui le transportait de ville en ville dans une espèce de grande cage, d'où il ne sortait point, et où il était même attaché par la tète avec quatre cordes qui la lui tenaient étroitement assujettie. L’énorme crinière dont sa tète est entourée n’est pas du crin, mais de la laine ondée et divisée par flocons pendants comme une vieille toison. Cette laine est très-fine, de même que celle qui couvre la loupe et tout le devant du corps. Les parties qui paraissent nues dans la gravure ne le sont que dans de certains temps de l’année, et c’est plutôt en été qu’en hiver; car au mois de janvier toutes les parties du corps étaient à peu près également couvertes d’une laine frisée très-fine et très-serrée, sous laquelle la peau paraissait d’un brun couleur de suie, au lieu que sur la bosse et sur les autres parties couvertes egalement d’une laine plus longue, la peau est de couleur tannée. Cette bosse ou loupe, qui est toute de chair, varie comme l’embonpoint de l’animal. Il ne nous a paru
* Cet animal est le boeuf bison ou huffalol des naturalistes modernes.
différer de notre bœuf d’Europe que pnr cette loupe et pnr la laine. Quoiqu’il fût très-contraint, il n'était pas féroce j il se laissait toucher et caresser par ceux qui le soignaient.
On doit croire qu’autrefois il y a eu des bisons dans le nord de l’Europe; Gessner a même dit qu’il en existait de son temps en Écosse. Cependant, m’étant soigneusement informe de ce dernier fait, on m’a écrit d’Angleterre et d Écosse qu on n’en avait pas de mémoire. M. Bell, dans son voyage de Russie à la Chine, parle de deux espèces de bœufs qu’il a vus dans les parties septentrionales de l’Asie, dont l’une est l’aurochs ou bœuf sauvage, de même race que nos bœufs ; et l’autre, dont nous avons donné l’indication d après Gmciin, sous le nom de vache de Tartarie ou vache grognante, nous paraît être de la même espèce que le bison. On en trouve la description dans notre ouvrage (voyez ci-après dans ce volume); et après avoir comparé cette vache grognante avec le bison, j’ai trouvé qu’elle lui ressemble par tous les caractères, à l’exception du grognement au lieu du mugissement : mais j’ai présumé que ce grognement n'était pas une affection constante et générale, mais contingente et particulière,semblable à la grosse voix entrecoupée de nos taureaux, qui ne se fait entendre pleinement que dans le temps du rut; d’ailleurs j'ai été informé que le bison dont je donne la figure ne faisait jamais retentir sa voix, et que quand même on lui causait quelque douleur vive, il ne se plaignait pas, en sorte que son maître disait qu’il était muet; et on peut penser que sa voix se serait développée de môme par un grognement ou par des sons entrecoupés, si, jouissant de sa liberté et de la présence d’une femelle, il eût été excité par l'amour.
Au reste, les bœufs sont très-nombreux en Tartarie et en Sibérie. Il y en a une fort grande quantité à Tobolsk, où les vaches courent les rues même en hiver, et dans les campagnes où on en voit un nombre prodigieux en été. Nous avons dit qu'en Irlande les bœufs et les vaches manquent souvent de cornes : c’est surtout dans les parties méridionales de l'île où les pâturages ne sont point abondants, et dans les pays maritimes où les fourrages sont fort rares, que se trouvent ces bœufs et ces vaches sans cornes ; nouvelle preuve que ces parties excédantes ne sont produites que parla surabondance de la nourriture. Dans ces endroits voisins de la mer, l’on nourrit les vaches avec du poisson cuit dans l’eau et réduit en bouillie par le feu. Ces animaux sont non-seulement accoutumés à celte nourriture, mais ils en sont même très-friands; et leur lait n’en contracte, dit-on, ni mauvaise odeur ni goût désagréable.
Les bœufs et les vaches de Norwége sont en général fort petits. Ils sont un peu plus grands dans les îles qui bordent les côtes de Norwége : différence qui provient de celle des pàturages,et aussi de la liberté qu’on leur donne de vivre dans ces îles sans contrainte; car on les laisse absolument libres, en prenant seulement la précaution de les faire accompagner de quelques béliers accoutumés à chercher eux-mêmes leur nourriture pendant l’hiver. Ces béliers détournent la neige qui recouvre l’herbe, et les bœufs les font
CÎ5G IIISTüIRH: IVATUKIÎLLK
retirer pour en manger. Ils deviennent, avec le temps, si farouclies, qu'il faut les prendre avee des cordes. Au reste, ces vacites demi-sauvages donnent fort peu de lait ; elles mangent, à défaut d’autre fourrage, de l'algue mêlée avec du poisson bien bouilli.
Il est assez singulier que les bœufs à bosse ou bisons, dont la race paraît s’ètre étendue depuis Madagascar et la pointe de l’Afrique, et depuis l’extrémité des Indes orientales jusqu’en Sibérie, dans notre continent, et que l’on a retrouvée dans l’autre continent, jusqu’aux Illinois, à la Louisiane, et même jusqu’au Mexique, n’aient jamais passé les terres qui forment l'isthme de Panama ; car on n’a trouvé ni bœufs ni bisons dans aucune partie de l'Amérique méridionale, quoique le climat leur convînt parfaitement, et que les bœufs d’Europe y aient multiplié plus qu’en aucun lieu du monde. A Buenos-Ayres et à quelques degrés encore au delà, ces animaux ont tellement multiplié et ont si bien rempli le pays, que personne ne daigne se les approprier; les chasseurs les tuent par milliers et seulement pour avoir les cuirs et la graisse. On les chasse à cheval; on leur coupe les jarrets avee une espèce de hache, ou on les prend dans des lacets faits avec une forte courroie de cuir. Dans l’ile de Sainte-Catherine, sur la côte du Brésil, on trouve quelques petits bœufs dont la chair est mollasse et désagréable au goût : ce qui vient, ainsi que leur petite taille, du défaut et de la mauvaise qualité de la nourriture ; car, faute de fourrage, on les nourrit de calebasses sauvages.
En Afrique il y a de certaines contrées où les bœufs sont en trè.s-grand nombre. Entre le cap Blanc et Sierra-Leone, on voit dans les bois et sur les montagnes des vaches sauvages ordinairement de couleur brune, et dont les cornes sont noires et pointues ; elles multiplient prodigieusement, et le nombre en serait infini, si les Européens et les JNègres ne leur faisaient pas continuellement la guerre. Dans les provinces de Duguela et de Tremecen, et dans d’autres endroits de Barbarie, ainsi que dans les déserts de Numidie, on voit des vaches sauvages couleur de marron obscur, assez petites et fort légères à la course; elles vont par troupes quelquefois de cent ou de deux cents.
A Madagascar, les taureaux et les vaches de la meilleure espèce y ont été amenés des autres provinces de l’Afrique ; ils ont une bosse sur le dos : les vaehesdonnentsipeude lait, qu’on pourrait assurer qu'une vachedeHollande en fournit six fois plus. 11 y a dans cette île de ces bœufs à bosse ou bisons sauvages qui errent dans les forêts; la chair de ces bisons n’est pas si bonne que celle de nos bœufs. Dans les parties méridionales de l’Asie, on trouve aussi des bœufs sauvages; les chasseurs d’Agra vont les prendre dans la montagne de Nerwer qui est environnée de bois : cette montagne est sur le chemin de Surate à Golconde. Ces vaches sauvages sont ordinairement belles et se vendent fort cher.
Le zébu semble être un diminutif du bison, dont la race, ainsi que celle du bœuf, subit de très-grandes variétés, surtout pour la-grandeur. Le zébu,
DU BUFFLR, DU BONASUS, ETC. fi.ï7
quoique originaire des pays très-ciiauds, peut vivre cl produire dans nos pays tempérés.
O J’ai vu, dit M. Collinsoii, grand nombre de ces animaux dans les parcs de M. le due de Richemond, de M. le duc île Porüand, et dans d’autres parcs; ils y multiliplaient et faisaient des veaux tous les ans, qui étaient les plus jolies créatures du monde : les pères et mères venaient de la Chine et des Indes orientales. La loupe qu’ils portent sur les épaules est une foisplus grosse dans le mâle que dans la femelle, qui est aussi d'une taille au-dessous de celle du mâle. Le petit zébu tete sa mère comme les autres veaux letent les vaches ; mais le lait de la mère zébu tarit bientôt dans notre climat, et on achève de les nourrir avec d’autre lait. On tua un de ces animaux chez M. le duc de Richemond; mais la chair ne s’en est pas trouvée si bonne que celle du bœuf. »
11 se trouve aussi dans la race des bœufs sans bosse de très-petits individus, et qui, comme le zébu, peuvent faire race particulière. Gemcili Carreri vit sur la route d ispnban à Schiras deux petites vaches que «le bacha de la province envoyait au Roi, et qui n’étaient pas plus grosses que des veaux. Ces petites vaches, quoique nourries de paille pour lout aliment, sont néanmoins fort grasses. Et il m’a paru qu’en général les zébus ou petits bisons, ainsi que nos bœufs de la plus petite taille, ont le corps plus charnu et plus gras (Rie les bisons et les bœufs de taille ordinaire.
Nous avons très-peu de chose à ajouter à ce que nous avons dit du buffle. Nous dirons seulement qu’au Mogol on les fait combattre contre les lions et les tigres, quoiqu’ils ne puissent guère se servir de leurs cornes. Ces animaux sont très-nombreux dans tous les climats chauds, surtout dans les contrées marécageuses et voisines des fleuves. L’eau ou l’humidité du terrain paraissent leur être encore plus nécessaires que la chaleur du elimal, et c'est par cette raison que l’on n’en trouve point en Arabie, dont presque toutes les terres sont arides. On chasse les buffles sauvages, mais avec grande précaution ; car ils sont très-dangereux et viennent à riiommc dès qu’ils sont blessés. Niebuhr rapporte au sujet des buffles domestiques, que, dans quelques endroits, comme à Basra, on a l’usage, lorsqu'on trait la femelle du buffle, de lui fourrer la main jusqu'au coude dans la vulve, parce que l'expérience a appris que cela leur'faisait donner plus de lait : ce qui ne paraît pas probable; mais il se pourrait que la femelle du buffle fit, comme quelquesunes de nos vaches, des efforts pour retenir son lait, et que celte espèce d’opération douce relâchât la contraction de ses mamelles.
Dans les terres du cap de Bonne -Espérance, le buffle est de la grandeur du bœuf pour le corps ; mais il a les jambes plus courtes, la tête plus large; il est fort redouté. 11 se lient souvent à la lisière des bois; et comme il a la vue mauvaise, il y reste la tète baissée pour pouvoir mieux distinguer les objets entre les pieds des arbres ; et lorsqu’il aperçoit à sa portée quelque chose qui l’inquiète, il s’élance dessus en poussant des mugissements affreux, et il est fort difficile d’échapper à sa fureur. 11 est moins à craindre dans la
plainej il a le poil roux et noir en quelques endroits; on en voit de nombreux troupeaux.
AUTRE ADDITION A l’aRTICLE DE l’aUROCIIS ET DU BISON.
M. Forster m’a informé que la race des aurochs ne se trouve actuellement qu’en Moscovie, et que les aurochs qui étaient en Prusse et sur les confins de la Lithuanie ont péri pendant la dernière guerre : mais il assure que les bisons sont encore communs dans la Moldavie. Le prince Démétrius Cantemir en parle dans sa description de la Moldavie {partie I, chapitre VH) : « Sur les montagnes occidentales de la Moldavie, on trouve, dit-il, un animal que l’on appelle zirnbr, et qui est indigène dans cette contrée : il est de la grandeur d un bœuf commun ; mais il a la tète plus petite, le cou plus long, le ventre moins replet et les jambes plus longues ; ses cornes sont minces, droites, dirigées en haut, et leurs extrémités, qui sont assez pointues, ne sont que très-peu tournées en dehors. Cet animal est d’un naturel farouche; il est très-léger ù la course; il gravit comme les chèvres sur les rochers escarpés et on ne peut l’attraper qu’en le tuant ou le blessant avec les armes à fou. C’est l’animal dont la tète fut mise dans les armes de la Moldavie, par Pragosh, le premier prince du pays. » Et comme le bison s appelle en polonais zubr qui n est pas éloigné de zirnbr, on peut croire que cest le meme animal que le bison ; car le prince Canternir le distingue nettement du buffle, en disant que ce dernier arrive quelquefois sur les rives du Niester, et n’est pas naturel à ce climat; tandis qu’il assure que le zirnbr SC trouve dans les hautes montagnes de la partie occidentale de la Moldavie,où il le dit indigène.
Quoique les bœufs d’Europe, les bisons d’Amérique et les bœufs à bosse de l’Asie ne diffèrent pas assez les uns des autres pour en faire des espèces séparées, puisqu’ils produisent ensemble, cependant on doit les considérer comme des races distinctes qui conservent leurs caractères, à moins qu’elles ne se mêlent, cl que par ce mélange ces caractères distinctifs ne s’effacent dans la suite des générations. Par exemple, tous les bœufs de Sicile, qui sont certainement de la même espèce que ceux de France, ne laissent pas d’en différer constamment par la forme des cornes qui sont très-remaniuables par leur longueur et par la régularité de leur figure. Ces cornes n’ont qu’une légère courbure, et leur longueur ordinaire, mesurée en ligne droite, est ordinairement de trois pieds et quelquefois de trois pieds et demi ; elles sont toutes très-régulièrement contournées, et d’une forme absolument semblable ; en sorte que tous les bœufs de celte ile se ressemblent autant entre eux par ce caractère , qu'ils different en cela des autres bœufs de l'Europe.
De même, la race du bison a en Amérique une variété constante. Une
DU BUFFLK, DU HOiNASUS, FTC. 659
lèle nous a élé communiquée par un savant de rUniversilé d Fdimbourg, M. Magwan, sous le nom de léte de bœuf musqué ; cl c’est en effet le même animal qui a été décrit par le P. Charlevoix. On voit par la grandeur et la position des cornes de ce bœuf ou bison musqué, qu’il diffère par ce caractère du bison dont nous avons donné la figure, et dont les cornes sont irèsdifl'ércnies.
Celui-ci a été trouve à la latitude de 70 degrés près de la baie de Baffin. Sa laine est beaucoup plus longue et plus touffue que celle des bisons qui habitent des contrées plus tempérées ; il est gros comme un bœuf d Europe de moyenne taille; le poil ou plutôt la laine sous le cou et le ventre descend jusqu’à terre: il se nourrit de mousse blanche ou lichen comme le renne.
Les deux cornes de ce bison musqué se réunissent à leur base, ou plutôt n’ont qu’une origine commune au sommet de la tète, qui est longue de deux pieds quatre pouces et demi, en la mesurant depuis le bout du nez jusqu’à ce point où les deux cornes sont jointes; l’inlervalle entre leurs extrémités est de deux pieds cinq pouces et demi : la tête est si large que la distance du centre d’un œil à l’autre est d’un pied quatre pouces du pied français. Nous renvoyons pour le reste de la description de cet animal à celle qui a été donnée par le P. Charlevoix, et que nous avons citée. M. Magwan nous a assuré que celte description de Charlevoix convenait parfaitement à cet animal.
M’étant informé s’il subsistait encore des bisons en Écosse, on ma répondu qu’on n’en avait point de mémoire. M. Forster m’écrit à ce sujet que je n’ai pas été pleinement informé.
« La race des bisons blancs, dit-il, subsiste encore en Écosse, où les seigneurs et particulièrement le duc de IIamillün,lc duc de Quccnbury,ct parmi les pairs anglais, le comte de Tankarville, ont conservé dans leurs parcs de Chatellierault et de Druralasrrig en "Écosse, et de Chillingham dans le comte de Norlhuinbcrland en Angleterre, celte race de bisons sauvages. Ces animaux tiennent encore de leurs aticclrcs par leur férocité cl leur naturel sauvage : au moindre bruit ils prennent la fuite et courent avec une vitesse étonnante ; et lorsqu’on veut s’en procurer quelqu’un, on est obligé de le tuer à coups de fusil : mais cette chasse ne se fait pas toujours sans danger, car si on ne fait que blesser l’animal, bien loin de prendre la fuite, il court sur les chasseurs et les percerait de ses cornes s’ils ne trouvaient pas les moyens de l’éviter, soit en montant sur un arbre, soit en se sauvant dans quelques maisons.
« Quoique ces bisons aiment la solitude, ils s’approchent cependant des habitations lorsque la faim et la disette en hiver les forcent à venir prendre le foin qu’on leur fournitsous des hangars. Ces bisons sauvages ne se mêlent jamais avec 1 espèce de nos bœufs: ils sont blancs sur le corps, et ont le museau et les oreilles noirs ; leur grandeur est celle d’un bœuf commun de moyenne taille, mais ils ont les jambes plus longues et les cornes plus belles ; les mâles pèsent environ cinq cent trente livres, et les femelles environ quatre cents; leur cuir est meilleur que celui du bœuf comniun. Mais ce qu’il y a de singulier, c’est que ces bisons ont perdu, par la durée de leur domesticité, les longs poils qu’ils portaient autrefois, lîoëtius dit : Gignere solel ca