LES PHOQUES, LES MORSES ET LES LAMANTINS
Assemblons pour un instant tous les animaux quadrupèdes ; faisons-en un groupe, ou plutôt formons-en une troupe dont les intervalles et les rangs représentent à peu près la proximité ou l’éloignement qui se trouve entre chaque espèce; plaçons au centre les genres les plus nombreux, et sur les flancs, sur les ailes, ceux qui le sont le moins; resserrons-les tous dans le plus petit espace, afin de les mieux voir, et nous trouverons qu’il n’est pas possible d’arrondir cette enceinte ; que, quoique tous les animaux quadrupèdes tiennent entre eux de plus près qu’ils ne tiennent aux autres êtres, il s'en trouve neanmoins en grand nombre qui font des pointes au dehors, et semblent s’élancer pour atteindre à d’autres classes de la nature. Les singes tendent à s’approcher de l’homme et son approchent en effet de tiès-près, les chauves-souris sont les singes des oiseaux, qu’elles imitent par leur vol ; les porcs-épics, les hérissons, par les tuyaux dont ils sont couverts, semblent nous indiquer que les plumes pourraient appartenir à d'autres qu’aux oiseaux; les tatous, par leur tèt écailleux, s’approchent de la tortue et des crustacés ; les castors, par les écailles de leur queue, ressemblent aux poissons; les fourmiliers, par leur espèce de bec ou de trompe sans dents et par leur longue longue, nous rappellent encore les oiseaux; enfin les phoques, les morses et les lamantins font un petit corps à part, qui forme la pointe la
plus saillante pour arriver aux cétacés.
Ces mois phoque, morse et lamantin, sont plutôt des dénominations génériques que des noms spécifuiues. Nous comprenons sous celle de phoque : 1" \ephoca des anciens, qui vraisemblablement est celui que nous avons fait représenter; 2" le phoque commun, que nous appelons veau marin; 3" le grand phoque, dont M. Parsons a donné la description et la figure dans les
Transaclions philosophiques, n» 469; 4“ le très-grand phoque, que l’on ap*
pelle km mann, et dont l’auteur du Voyage d’Anson a donné la description et les figures. *
Par le nom de morse, nous entendons les animaux que l’on connaît vulgairement sous celui de vaches marines ou bêtes à la grande dent, dont nous connaissons deux espèces, l’une qui ne se trouve que dans les mers du Nord, et I autre qui n’habite au contraire que les mers du aiidi, à laquelle nous avons donne le nom de dugon. Enfin, sous celui de lamantin, nous comprenons les animaux qu’on appelle manati, bœufs marins de Saint-Domingue, à Cayenne et dans les autres parties de l’Amérique méridionale, aussi bien que le lamantin du Sénégal et des autres côtes de l’Afrique qui ne nous parait être qu’une variété du lamantin de l’Amérique.
Les phoques et les morses sont encore plus près des quadrupèdes que des cétacés, parce qu’ils ont quatre espèces de pieds; mais les lamantins, qui n om que les deux de devant, sont plus cétacés que quadrupèdes : tous ditterent des autres animaux par un grand caractère : ils sont les seuls qui puissent vivre également et dans l’air et dans l’eau, les seuls par conséquent quon dut appeler amphibies. Dans riiomme et dans les animaux terrestres et vivipares, le trou de la cloison du cœur, qui permet au fœtus de vivre sans respirer, se ferme au moment de la naissance, et demeure fermé pendant toute la vie : dans ces animaux, au contraire, il est toujours ouvert quoique la mère les mette bas sur terre, qu’au moment de leur naissance 1 air dilate leurs poumons, et que la respiration commence et s’opère comme dans tous les animaux. Au moyen de cette ouverture dans la cloison du cœur, toujours subsistante, et qui permet la communication du sang de la veine-cave à l’aorte, ces animaux ont l’avantage de respirer quand il leur plaît, et de se passer de respirer quand il le faut. Cette propriété singulière leur est commune à tous; mais chacun a d’autres facultés particulières dont nous parlerons en faisant, autant qu’il est en nous, l’histoire de toutes les espèces de ces animaux amphibies.
Ordre des amphibies, genre phoque. (Cuvier.)
En général les phoques ont la tête ronde comme l’homme, le museau large comme la loutre, les yeux grands et placés haut; peu ou point d’oreilles exiernes, seulement deux trous auditifs aux côtés de la tète, des moustaches autour de la gueule, des dents assez semblables à celles du loup, la langue