‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 229 sur 255 · DE LA GIRAFE · texte numérisé non relu

DE LA GIRAFE

petites dans la mâchoire inférieure; et, comme dans tout autre animal ruminant, il ne s’en trouve point dans la mâchoire supérieure.

Joseph Rarharo, cité par Aldrovandc, a écrit que la girafe a une langue rojide, déliée, violette, longue de doux pieds, et qu elle s'en sert comme d’une main pour cueillir les feuilles dont elle se nourrit : mais cest une erreur, et M. Gordon a reconnu dans toutes les girales qu il a prises et disséquées, que la langue de ces animaux ressemble, par la lorme et la sub stance, à la langue dos gazelles; et il a reconnu aussi que leur structure intérieure est à peu près la même, et que la vésicule du fiel est lort petite.

Les yeux sont grands, bien fendus, brillants, et le regard en est doux. Leur plus long diamètre est de deux pouces neuf lignes, et les paupières sont garnies de poils lotigs et raides en forme de cils; et il n’y a point de larmier au bas des yeux.

La girafe porte aii-dessus du front deux cornes un peu inclinées en arrière. Nous avions déjà pensé, d’après celle que M. Allamand nous avait envoyée, qu’elles ne tombaient point ebaque année comme les bois des cerfs , mais qu’elles étaient permanentes comme celles des bœufs, des béliers, etc. Notre o|)inion a été entièrement confirmée par les observations de IM. Allamand, sur une tète décharnée qu il a dans sa collection. Les cornes de la girafe sont une excroissance de l os du front, dont elles font partie, et sur lequel elles s’élèvent à la hauteur de sept pouces; leur circonlcrence à la base est de plus de neuf pouces; leur extrémité est terminée par une espèce de gros bouton. Elles sont recouvertes d’une peau garnie de poils noirs, et plus longs vers l’extrémité, où ils forment une sorte de pinceau qui manque cependant à plusieurs individus, vraisemblablement parce qu’ils les usent en se frottant contre les arbres. Ainsi les cornes de la girafe ne sont pas des bois, mais des cornes comme celles des bœufs, et elles n en diffèrent que par leur enveloppe, les cornes des bœufs étant rentermées dans une substance cornée, et celles de la giralc étant seulement recouvertes d'une peau garnie de poils.

Indépendamment de ces deux cornes, il y a au milieu du front un tubercule qu’on prendrait au premier coup d’œil pour une troisième corne, mais qui n’est qu’une excroissance spongieuse de l’os frontal, d’environ quatre pouces de diamètre sur deux pouces de hauteur. La peau qui le couvre est quelquefois calleuse et dégarnie de poil, à cause de l’habitude qu’ont ces animaux de frotter leur tète contre les arbres.

Les oreilles ont huit à neuf pouces de longueur ; et l’on remarque entre les oreilles et les cornes deux protubérances composées de glandes, qui forment un assez gros volume.

Le cou a six pieds de longueur , ce qui donne a chaque vertèbre une si grande épaisseur, que le cou ne peut guère se fléchir. 11 est à 1 extérieur garni en dessus d’une crinière qui commence à la tète, et qui se termine audessus des épaules dans les adultes, mais qui s’étend jusqu’au milieu du dos dans les jeunes girafes. Les poils qui la composent sont longs de troi

IIISTOIKE rVATEKELLE DE LA GIRAFE, pouces, et lormeut des touffes alternativement plus ou moins foncées.

La partie du dos qui est près des épaules est fort élevée; il s’abaisse ensuite; il se relève et se rabaisse encore vers la queue, qui est très-mince et a deux pieds de longueur. Elle est couverte de poils très-courts, et son extrémité est garnie d une touffe de poils noirs aplatis, très-forts et longs de deux pieds. Les Nègres se servent de ces crins de girafe pour lier les anneaux de fer et de cuivre qu’ils portent en forme de bracelet.

Le ventre, élevé au-dessus de terre de cinq pieds sept pouces vers la poitrine, et seulement de cinq pieds vers les jambes de derrière, est couvert de poils blanchâtres. Les jambes sont tachetées comme le reste du corps, jusqu au canon (|ui est sans tache et d’un blanc sale.

Les sabots sont beaucoup plus hauts par devant que par derrière, et ne sont point surmontés d’ergots comme dans les autres animaux à pieds fourchus.

D’après toutes les comparaisons que l’on a pu faire entre les mâles et les femelles, soit pour la forme, soit pour les couleurs, on n’y a pas trouvé de différence sensible; et il n’y en a qu’une qui est réelle : c’est celle de la grandeur, les femelles étant toujours plus petites que les mâles. Elles ont quatre mamelles, et cependant ne portent ordinairement qu’un petit ; ce qui s accorde avec ce que nous savons de tous les grands animaux, qui communément ne produisent qu’un seul petit â chaque portée.

Quoique le corps de ces animaux paraisse disproportionné dans plusieurs de leurs parties, ils frappent cependant les regards, et attirent l’attention par leur beauté , lorsqu’ils sont debout et qu’ils relèvent leur tète. La douceur de leurs yeux annonce celle de leur naturel. Ils n’attaquent jamais les autres animaux, ne donnent point de coups de tète, comme les béliers, et ce n’est que quand ils sont aux abois qu'ils se défendent avec les pieds, dont ils frappent alors la terre avec violence.

Le pas de la girafe est un amble; elle porte ensemble le pied de derrière et celui de devant du même côté; et dans sa démarche le corps parait toujours se balancer. Lorsqu elle veut précipiter son mouvement, elle ne trotte pas, mais galope en s’appuyant sur les pieds de derrière; et alors pour maintenir 1 équilibre, le cou se porte en arriére lorsqu’elle élève ses pieds de devant, et en avant lorsqu’elle les pose à terre : mais en général les mouvements de cet animal ne sont pas très-vifs; cependant, comme ses jambes sont très-longues, qu’elle fait de très-grands pas, et qu'elle peut marcher de suite pendant très-longtemps, il est dilficilede la suivre et de raltoindre, même avec un bon cheval.

Ces animaux sont fort doux, et l’on peut croiie qu’il est possible de les apprivoiser et de les rendre domestiques; néanmoins ils ne le sont nulle part, et dans leur état de liberté, ils sc nourrissent des feuilles et des fruits des arbres, que, par la conformation de leur corps et la longueur de leur cou, ils saisissent avec plus de facilité que l’herbe qui est sous leurs pieds, et à laquelle ils ne peuvent atteindre qu’en pliant les genoux.

Publié par Ad.olj)P.e Deros, Bruxelles,

HISTOIRE NATURELLE DES PHOQUES, ETC. 075 Leur chair, surtout celle des jeunes, est assez bonne à manger, et leurs os sont remplis d’une moelle que les Hottentots trouvent exquise ; aussi vont-ils souvent à la chasse des girafes, qu’ils tuent avec leurs flèches empoisonnées. Le cuir de ces animaux est épais d’un demi-pouce. Les Africains s’en servent à différents usages; ils en font des vases où ils conservent de l’eau.

Les girafes habitent uniquement dans les plaines : elles vont en petites troupes de cinq ou six, et quelquefois de dix ou douze; cependant l espèce n’est pas très-nombreuse. Quand elles se reposent, elles se couchent sur le ventre, ce qui leur donne des callosités au bas de la poitrine et aux jointures des jambes.

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