ÜKS PHOQUES, DES MORSES, ETC. 67'J
du loup el de Ions les autres quadrupèdes. Il a encore les bras situés plus bas, c’est-à-dire plus en arrière du corps que les autres, qui les ont placés plus en avant. Néanmoins ces disconvenances ne sont peut-être que des variéiés dépendantes du climat, et non pas des diirérences spécifiques, attendu que dans les mêmes lieux, et surtout dans ceux où ces animaux abondent, on en trouve de plus grands, de plus petits, de plus gros, de plus minces, et de couleur ou de poil différents, suivant le sexe el l’âge.
C’est par une convenance qui d’abord parait assez légère, et par quelques rapports fugitifs que nous avons jugé que le second phoque était le phoca des anciens. On nous a assuré que l'individu que nous avons vu venait des Indes, el il est au moins très-probable qu’il venait des mers du Levant : il était adulte, puisqu’il avait toutes ses dents; il était d’un cinquième moins grand que les pbo(|ucs adultes de nos mers, et des <leux tiers plus petit que ceux de la mer Glaciale; car quoiqu’il eût toutes scs dents, il n’avait que deux pieds trois pouces de longueur, tandis (pie celui que M. Parsons a décrit et dessiné avait sept pieds cl demi d’Angleterre, c’est-à-dire sept pieds de Paris, quoiqu'il ne fût pas adulte, puisqu’il n’avait encore que quelques dents : or, tous les caractères que les anciens donnent à leur phoca ue désignent pas un animal aussi grand, el conviennent à ce petit phoque qu’ils comparent souvent au castor el à la loutre, lesquels sont de trop petite taille pour être comparés avec ces grands phoques du Nord ; et ce (jui a achevé de nous persuader (pie ce petit phoque est le phoca des anciens, c’est un rapport qui, quoique faux dans son objet, ne peut cependant avoir été imaginé que d’après le petit phoque dont il est ici question, el n’a jamais pu en aucune manière avoir été attribué aux phoques de nos côtes, ni aux grands phoques du Nord. Les anciens, en parlant du jî/toca, disent que son poil est ondoyant, et que par une sympathie naturelle il suit les mouvements de la mer; qu'il se couche en arrière dans le temps que la mer baisse, qu'il se relève en avant lorsque la marée monte, et que cet effet singulier subsiste même dans les peaux longtemps après qu’elles ont été enlevées cl séparées de l’animal : or, l’on n'a pu imaginer ce rapport ni cette propriété dans les phoques de nos côtes, ni dans ceux du Nord, puisque le poil et des uns et des autres est court el raide; elle convient au contraire en quelque façon à ce petit phoque dont le poil est ondoyant et beaucoup plus souple et plus long que celui des autres. En général les phoques des mers méridionales ont le poil beaucoup plus fin et plus doux que ceux des mers septentrionales. D’ailleurs Cardan dit affirmativement que cette propriété, qui avait passé pour fabuleuse, a été retrouvée réelle aux Indes. Sans donner à cette assertion de Cardan plus de foi qu’il ne faut, elle indique au moins que c'est au phoipie des Indes que cet effet arrive : il y a toute apparence que dans le fond ce n'est autre chose qu’un phénomène électrique, dont les anciens et les modernes, ignorant la cause, ont attribué l’effet au flux cl au rellux de la mer. Quoi (|u’il en soit, les raisons que nous venons d’exposer sont suffisantes pour qu’on puisse présumer (|ue ce petit phoiiue est le phoca des
HISTOIRE NATEREI.LE
anciens; et il y a aussi toute apparence (pic c'est celui que Romlelet appelle phoca dela Méditerranée, lequel, selon lui, a le corps à proportion plus Ions et moins gros que le phoque de l'Océan. Le grand plioque dont M. Parsons a donne les dimensions et la figure, et qui venait vraisemblablement des mers septentrionales, paraît être d’une espèce difl'érentc des deux autres, puisque n ayant encore presque point de dents et n’etant pas adulte, il ne laissait pas d être plus que double en gramleiir dans toutes scs dimensions et qii i! avait par conséquent dix fois plus de volume et de masse que les autres M. Parsons ( ainsi que l’a très-bien remarqué M. Klein ) a dit beaucoup de choses en peu de mots au sujet de cet animal. Comme ses observations sont en anglais, j’ai cru devoir en donner ici la traduction par extrait *. ‘
Voilà donc trois espèces de phoques qui semblent être différentes les unes des autres : le petit phoque noir des Indes et du Levant, le veau marin ou phoque de nos mers, et le grand phoque des mers du Nord, et c’est à la premiereespece qu’il faut rapporter tout ce que les anciens ont écrit du phoca. Aristote connaissait assez bien cet animal, lorsqu’il a dit qu’il était d'une
T PC fi. à Londres en Charing-Cnm, au moisde février 1743 .
Les figures données par Aldrovande, Johnston et d'autres, étant de profil, nous jettent dans deux erreurs ; la première, c’est qu’elles font paraître le bras, qui cependant n est pas visible au dehors dans quelque position que soit l’animal ; la seconde, c est quelles représentent les pieds comme deux nageoires, tandis que ce sont de vrais pieds avec des membranes et cinq doigts et cinq ongles, cl que les doigts sont composes de trois articulations. Les ongles, des pieds de devant sont grands et larges ; tes pieds sont assez semblables à ceux d’une taupe; ils paraissent faits pour ramper sur la terre et pour nager : il y a une membrane étroite entre chaque doigt; mais les pieds de dernere ont des membranes beaucoup plus larges, et ils ne servent à l’animat que pour ramer dans l’eau... Cet animal était femelle, et mourut le 16 févner 1742. Il avau autour de la gueule de grands poils d’une substance transpalente e cornée. Ses viscères étaient comme il suit : les estomacs, les intestins, la vessie, les rems, les ureteres, le diaphragme, les poumons, les gros vaisseaux du sang et les parties extérieures de la génération étaient comme dans la vache; la rate avait eux pieds de long, quatre pouces de large, et était fort mince; le foie était composé de SIX lobes, chacun de ces lobes était long et mince comme la rate ; la vésicule du net était fort petite, le cœur était long et mou dans sa contexture, ayant un trou ovale tort large, et les colonnes charnues fort grandes. Dans l'estomac le plus bas, il y avait environ quatre livres pesant de petits cailloux trancbanls et anguleux, comme SI I animal les avait choisis pour hacher sa nourriture... Le corps de la matrice était I e 1^ en coraparai.son des deux cornes, qui étaient très-grandes cl très-épaisses... Les
I yaires étaient fort gros, et les cornes de la matrice étaient ouvertes par un grand
II ou u colé des ovaires. Je donne la figure de ces parties... aussi bien que celle de 1 animal, que j’ai dessiné moi-même avec le plus grand soin. Cet animal est vivipare, U allaite ses petits; sa chair est ferme et musculeuse ; il était fort jeune, quoiqu’il eut sept pieds et demi de longueur, car il n’avait presque point de dents, et n’avait encore que quatre petits trous régulièrement placés et formant un carré autour du nom ni, c’etaiciil les vestiges des quatre mamelles qui devaient paraître avec le
DES PHOQUES, DES MOHSES, ETC. G8l
îialure ambiguë et moyenne entre les animaux aquatiiiues et terrestres; que e’est un quadrupède imparfait et manchot; qu’il n’a point d'oreilles externes, mais seulement des trous très-apparents pour entendre ; qu’il a la langue fourchue, des mamelles et du lait, et une petite queue comme un cerf : mais il parait qu’il s’est trompé en assurant que cet animal n’a point de fiel; il est certain qu’il en a au moins la vésicule. M. Parsons dit, à la vérité, que la vésicule du fiel, dans le grand phoque qu'il a décrit, était fort petite ; mais M. Daubenton a trouvé dans notre phoque, qu’il a disséqué, une vésicule du fiel proportionnée à la grandeur du foie; MM. de l’Académie des sciences, qui ont aussi trouvé cette vésicule du fiel dans le phoque qu'ils ont décrit, no disent pas qu’elle fût d’une petitesse remarquable.
Au reste, Aristote ne pouvait avoir aucune connaissance des grands phoques des mers glaciales, puisque de son temps tout le nord de l Europe et de l’Asie était encore inconnu; les Grecs et même les Romains regardaient les Gaules et la Germanie comme leur nord : les Grecs surtout connaissaient peu les animaux de ces pays; il y a donc toute vraisemblance qu’Aristote, qui parle du 'phoca comme d’un animal commun, n’a entendu par ce nom que laphoca de la Méditerranée, et qu’il ne connaissait pas plus les phoques de notre Océan que les grands phoques des mers du Nord.
Ces trois animaux, quoique différents par l’espèce, ont beaucoup de propriétés communes, et doivent être regardés comme d’une même nature. Les femelles mettent bas en hiver; elles font leurs petits à terre sur un banc de sable, sur un rocher, ou dans une petite île et à quelque distance du continent; elles se tiennent assises pour les allaiter, et les nourrissent ainsi pendant douze ou quinze jours dans l’endroit ou ils sont nés ; apres quoi la mère emmène ses petits avec clic à la mer, où elle leur apprend à nager et à chercher à vivre; elle les prend sur son dos lorsqu'ils sont fatigués. Comme chaque portée n’est que de deux ou trois, ses soins ne sont pas fort partagés, et leur éducation est bientôt achevée. D ailleurs ces animaux ont naturellement assez d’intelligence et beaucoup de sentiment; ils s’entendent, ils s entr’aident et se secourent mutuellement : les petits reconnaissent leur mère au milieu d'une troupe nombreuse; ils entendent sa voix, et dès qu’elle les appelle, ils arrivent à elle sans se tromper. Nous ignorons combien de temps dure la gestation : mais, à en juger par celui de l’accroissement, par la durée de la vie et aussi par la grandeur de l'animal, il parait que ce temps doit être de plusieurs mois, et raccroissement étant de quelques années, la durée de la vie doit être assez longue : je suis mémo trèsporté à croire que ces animaux vivent beaucoup plus de temps qu’on n’a pu l’observer, peut-être cent ans et davantage : car on sait que les cétacés en général vivent bien plus longtemps que les animaux quadrupèdes ; et comme le phoque fait une nuance entre les uns et les autres, il doit participer de la nature des premiers, et par conséquent vivre plus que les derniers.
La voix du phoque peut se comparer à l’aboiement d’un chien enroué ; dans le premier âge, il fait entendre un cri plus clair, à peu près comme
ÎIlSTOlHIi î'JATURliLLF'
le miaulement cl un chat. Les petits qu’on enlève à leur mère miaulent continuellement, et se laissent quelquefois mourir d'inanition plutôt que de prendre la nourriture qu on leur offre. Les vieux phoques aboient contre ceux qui les frappent, et font tous leurs efforts pour mordre et se venger. Ln général, ces animaux sont peu craintifs; ménuî ils sont courageux. L’on a remarqué que le feu des éclairs ou le bruit du tounerre, loin de les épouvanter, semble lesreereer; ils sortent de l eau dans la tempête; ils c|uiitent même alors leurs glaçons pour éviter le eboe des vagues, et ils vont à terre s amuser de 1 orage et recevoir la pluie qui les réjouit beaucoup. Ils ont naturellement une mauvaise odeur, et que l’on sent de fort loin lorsqu’ils sont en grand nombre : il arrive souvent que quand on les poursuit ils lâchent leurs excréments, qui sont jaunes et d’une odeur abominable. Ils ont une quantité de sang prodigieuse; et comme ils ont aussi une grande surebarge degiaissc, ils sont par cette raison d une nature lourde et pesante. Ils dorment beaucoup et d un sommeil profond ; ils aiment à dormir au soleil sur des glaçons, sur des rochers, et on peut les approcher sans les éveiller; c’est la manière la plus ordinaire de les prendre. On les tire rarement avec des armes à feu, parce qu’ils ne meurent pas tout de suite, même d’une balle clans la tète; ils se jettent à la mer et sont perdus pour le cbasseur : mais comme l’on peut les approcher de près lorsqu’ils sont endormis, ou même quand ils sont éloignés de la mer, parce qu’ils ne peuvent fuir que très-lentement, on les assomme à coups de bâton et de perche. Ils sont très-durs et très-vivaces.
O Ils ne meurent pas facilement, dit un témoin oculaire ; car, quoiqu’ils soient mortellement blessés, qu’ils perdent presque tout leur sang et qu’ils soient meme écorchés, ils ne laissent pas de vivre encore, et c’est quelque chose d’affreux que de les voir se rouler dans leur sang. C’est ce que nous observâmes à l’égard de celui que nous tuâmes, et qui avait huit pieds de long, car après l’avoir écorché et dépouillé même de la plus grande partie dosa graisse, cependant et malgré tous les coups qu’on lui avait donnés .sur la tête cl sur le museau, il ne laissait pas de vouloir mordre encore . il saisit meme une demi-pique qu’on lui présenta avec presque autant de vigueur que s il n eût point été blessé : nous lui enfonçâmes après cela une demipique au travers du cœur et du foie, d'où il sortit encore autant de sang que d’un jeune bœuf. » {Recueil des voyages du Nord, (orne II, pages 117 el suiv.)
Au reste, la chasse, ou si l’on veut la pèche de ces animaux n’est pas difficile et ne laisse pas d’être utile, car la chair n’en est pas mauvaise à manger : la peau fait une bonne fourrure; les Américains s’en servent pour faire des ballons qu ils remplissent d’air, et dont ils se servent comme de radeaux. L on tire de leur graisse une huile plus claire et d’un moins mauvais goût que celle du marsouin et des autres cétacés.
Aux trois espèces de phoques dont nous venons de parler il faut peut-être, comme nous l’avons dit, en ajouter une quatrième dont l'auteur du Voyao-o d Anson a donné la figure et la description sous le nom de lion marin : eMe est tres-nombreuse sur les côtes des terres Magellaniqiies et à l'ile de .luan
ÜKS PHOQIIKS, l)!*:s MORSES, ETC. G83
Fernandès dans la mer du Sud. Ces lions marins ressemblent aux phoques ou veaux marins, qui .sont fort communs dans ces mêmes parages : mais ils sont beaucoup plus grands; lorsqu'ils ont pris toute leur taille, ils peuvent avoir depuis onze jusqu'à dix-huit pieds de long, et en circonférence depuis sept ou huit pieds jusqu’à onze. Ils sont si gras qu’après avoir percé et ouvert la peau, qui est épaisse d’un pouce, on trouve au moins un pied de graisse avant de parvenir à la chair. On lire d’un seul de ces animaux jusqu’à cinq cents pintes d’huile, mesure de Paris. Ils sont en même temps fort sanguins; lorsqu’on les blesse profondément et en plusieurs endroits à la fois, on voit partout jaillir le sang avec beaucoup de force. Un seul de ces animaux, auquel on coupa la gorge, et dont on recueillit le sang, en donna deux barriques, sans compter celui qui restait dans les vaisseaux de son corps. Leur peau est couverte d’un poil court, d’une couleur tanné clair; mais leur queue et leurs pieds sont noirâtres. Leurs doigts sont réunis par une membrane qui ne s’étend pas jusqu’à leur extrémité, et qui dans chacun est ter minée par un ongle. Ils dilfèrent des antres phoques non-seulement par la grandeur et la grosseur, mais encore par d’autres caractères : les lions marins mâles ont une espèce de grosse crête ou trompe qui leur pend du bout de la mâchoire supérieure, de la longueur de cinq ou six pouces. Cette partie ne se trotive pas dans les femelles; ce qui fait qu'on les distingue des mâles au premier coup d’œil, outre qu’elles sont beaucoup plus petites. Les mâles les plus forts se font un troupeau de plusieurs femelles, dont ils empêchent les autres mâles d’approcher. Ces animaux sont de vrais amphibies; ils passent tout l’été dans la mer, et tout l’hiver à terre, et c’est dans cette saison que les femelles mettent bas : elles ne produisent qu’un ou deux petits, qu’elles allaitent, et qui sont en naissant aussi gros qu’un veau marin adulte.
Les lions marins, pendant tout le temps qu’ils sont à terre, vivent de l'herbe qui croit sur le bord des eaux courantes, et le temps qu'ils ne paissent pas, ils l’emploient à dormir dans la fange : ils paraissent d'un naturel fort pesant, et sont fort didicilcs à réveiller; mais ils ont la précaution de placer des mâles en sentinelle autour de l’endroit où ils donnent, et l’on dit que ces sentinelles ont grand soin de les éveiller dès qn’on approche. Leur cris sont fort bruyants et de tons différents : tantôt ils grognent comme des cochons, et tantôt ils hennissent comme des chevaux. Ils se battent souvent, surtout les mâles qui se disputent les femelles, et se font de grandes blessures à coups de dents. La chair de ces animaux n’est pas mauvaise à manger; la langue surtout est aussi bonne que celle du bœuf. 11 est trèsfacile de les tuer, car ils ne peuvent ni se défendre ni s’enfuir ; ils sont si lourds qu’ils ont peine à se remuer, et encore plus à se retourner; il faut seulement prendre garde à leurs dents, qui sont très-fortes, et dont ils pourraient blesser si on les approchait de face et de trop près.
Par d’autres observations comparées à celles-ci, et par quelques rapports que nous en déduirons, il nous parait que ces lions marins, qui se trouvent à la pointe de l’Amérique méridionale, se retrouvent, à quelques variétés
084 HISTOIRE ÎNATURELLE
près, sur les cotes septentrionales du même conliiicnl. Les grands phoques des mers du Canada, dont parle Denis sous le nom de loups marins, et qu'il distingue des petits veaux marins ordinaires, pourraient bien être de la même espèce que les lions marins des terres Magellaniques. Leurs petits (dit cet auteur, qui est assez exact) sont en naissant plus gros que le plus gros porc que l’on voie, et plus longs. Or, il est certain que les phoques ou veaux marins de notre Océan ne sont jamais de cette taille, quand même ils sont adultes : celui, de la Méditerranée, c’est-à-dire le phoca des anciens, est encore plus petit, et il n’y a que le phoque décrit par M. Parsons dont la grandeur convienne à ceux de Denis. M. Parsons ne dit pas de quelle mer venait ce grand phoque : mais soit qu'il vînt de la mer septentrionale de l’Europe ou de celle de l’Amérique, il se pourrait qu’il fût le même que le loup marin de Denis, et le même encore que le lion marin d’Ansonj car il est de la même grandeur, puisque n'étant pas encore adulte ni même à beaucoup près, il avait sept pieds de longueur. D'ailleurs, la différence la plus apparente, après celle de la grandeur, qu’il y ait entre le lion marin et le veau marin, c’est que dans l’espèce du lion marin le mâle a une grande crête à la mâchoire supérieure: mais la femelle n'a pas cette crête. M. Parsons n’a pas vu le mâle, et n’a décrit que la femelle, qui n’avait en effet point de crête, et (jui ressemble en tout à la femelle du lion marin d’Ansou. Ajoutez à toutes ces convenances un rapport encore plus précis : c’est que M. Parsons dit que son grand phoque avait les estomacs et les intestins comme une vache, et en même temps l’auteur du Voyage d'Anson dit que le lion marin ne se nouri-it <|ue d'herbes pendant tout l’été : il est donc trèsprobable (luc ces deux animaux sont conformés de même, ou plutôt que ce sont les mêmes animaux très-différents des autres phoques, (jui n’ont qu’un estomac, cl qui se nourrissent de poisson.
Woodes Rogers avait parlé, avant l’auteur du Voyage d’Anson, de ces lions marins des terres Magellaniques, et il les décrit un peu différemment.
et Le lion marin (dit il) est une créature fort étrange, d’une grosseur prodigieuse; on en a vu de vingt pieds de long ou au delà, qui ne pouvaient guère moins peser que quatre milliers : pour moi, j’en vis plusieurs de seize pieds qui pesaient peutêtre deux ndlliers : je m’étonne qu’avec tout cela on puisse tirer tant d’huile du lard de CCS animaux. La torme de leur corps approche assez de celle des veaux marins ; mais ils ont la peau plus épaisse que celle du bœuf, le poil court et rude, la tête beaucoup plus grosse à proportion, la gueule fort grande, les yeux d’une grosseur monstrueuse, et le museau qui ressemble à celui d’un lion, avec lie terribles moustaches, dont le poil est si rude qu'il pourrait servir à faire des cure-dents. Vers la fin du mois de juin, ces animaux vont sur l’île (de Juan Fernandès) pour y faire leurs petits, qu’ils déposent à une portée de fusil du bord de la mer : ils s’y arrêtent jusqu’à la fin de septembre sans bouger de la place et sans prendre aucune nourriture ; du moins on ne les voit pas manger : j’en observai moi-même quelques-uns qui furent huit jours entiers dans leur gîte, et qui ne l’auraient pas abandonné si nous ne les aviotis effrayes.... Nous vîmes encore à l’ile de Lobos de la Mar, sur la côte du