‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 24 sur 255 · L’ÉCUREUIL · texte numérisé non relu

L’ÉCUREUIL

Ordre des rongeurs, genre écureuil. (Cuvier.)

L’écureuil est un joli petit animal qui n’est qu’à demi sauvage, et qui, par sa gentillesse, par sa docilité, par l’innocence même de ses mœurs, mé riterait d’èlrc épargné : il n’est ni carnassier, ni nuisible, quoiqu’il saisisse quelquefois des oiseaux^ sa nourriture ordinaire sont des fruits, des amandes,

LE MULOT. la SOURIS.

A.E.DelavUti. ÔC

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des aoisellcs, de lu l'uiiie et du gland. Il csl |)r()|)re, leste, vif, très-alerte, irès-éveillé, très-industrieux; il a les yeux pleins do feu, la physionomie fine, le corps nerveux, les tnenibrcs très dispos : sa jolie figure est encore rehaussée, parée par une belle queue en forme de panache, qiril relève jusque dessus sa tète, et sous laquelle il se met à l’ombrc; le dessous de son corps est garni d’un appareil tout aussi remarquable, et qui annonce de grandes facultés pour l’exercice de la génération. Il est, pour ainsi dire, moins quadrupède que les autres ; il se tient ordinairement assis presque debout, et se sert de ses pieds de devant, comme d’une main, pour porter à sa bouche. Au lieu de se cacher sous terre, il est toujours en l’air, il approche des oiseaux par sa légèreté; il demeure comme eux sur la cime des arbres, parcourent les forets en sautant de l'un à l’autre, y fait aussi son nid, cueille les graines, boit la rosée, et ne descend à terre que quand les arbres sont agités par la violence des vents. On ne le trouve point dans les champs, dans les lieux découverts, dans les pays de plaine; il n’approche jamais des habitations; il ne reste point dans les taillis, mais dans les bois de hauteur, sur les vieux arbres des plus belles futaies. Il craint l’eau plus encore que la terre, et l'on assure (pie, lorsqu'il faut la passer, il se sert d’une écorce pour vaisseau, et de sa queue pour voile et pour gouvernail. 11 ne s’engourdit pas comme le loir pendant I hivcr; il est en tout temps très-éveillé: et, pour peu que l’on touche au pied de l’arbre sur lequel il repose, il sort de sa petite bauge, fuit sur un autre arbre, ou se cache à l’abri d'une branche. Il ramasse des noisettes pendant l’été, en remplit les troncs, les fentes des vieux arbres, et a recours en hiver à sa provision ; il les cherche aussi sous la neige, qu'il détourne en grattant. 11 a la voix éclatante, et plus perçante encore que celle de la fouine ; il a de plus un murmure à bouche fermée, un petit grognement de méconteniemcnl qu’il fait entendre toutes les fois qu’on l’irrite. 11 est trop léger pour marcher; il va ordinairement par petits sauts et quelquefois par bonds; il a les ongles si pointus et les mouvements si prompts, qu’il grimpe en un instant sur un hêtre dont l’écorce est fort lisse.

On entend les écureuils, pendent les belles nuits d’été, crier en courant sur les arbres les uns après les autres; ils semblent craindre l’ardeur du soleil; ils demeurent pendant le jour à l'abri dans leur domicile, d'où ils sortent le soir pour s’exercer, jouer, faire l’amour et manger. Ce domicile est propre, chaud et impénétrable à la pluie : c’est ordinairement sur l’enfourebure d’un arbre qu’ils l’établissent; ils commencent par transporter des bûchettes qu’ils mêlent, qu'ils entrelacent avec de la mousse; ils la serrent ensuite, ils la foulent, et donnent assez de capacité et de solidité à leur ouvrage, pour y être à l’aise et en sûreté avec leurs petits : il n y a qti’ime ouverture vers le haut, juste, étroite, cl qui suffît à peine pour passer : audessus de l'ouverture est une espèce de couvert eu cône qui met le tout à l’abri, et fait que la pluie s’écoule par les côtés et ne pénètre pas. Ils produisent ordinairement trois ou quatre petits ; ils entrent en amour au printemps, et mettent bas au mois de mai ou au commencement de juin. Ils

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muent au sortir de 1 liiver; le poil nouveau est plus roux que celui qui tombe. Ils se peignent, ils se polissent avec les mains et les dents; ils sont propres’; ils n ont aucune mauvaise odeur; leur chair est assez bonne à manger. Le poil de la queue sert à faire des pinceaux; mais leur peau ne fait pas une bonne fourrure.

Il y a beaucoup d'especes voisines de celle de récureuil, et peu de variétés dans l’espèce même; il s’en trouve quelques-uns de cendrés, tous les autres sont roux. Les petits-gris, qui sont d’une espèce différente, demeurent toujours gris. Et sans citer les écureuils volants, qui sont bien différents des autres, l’écureuil blond de Cambaye, qui est fort petit et qui a la queue semblable à 1 écureuil d Europe; celui de Madagascar, nommé tsitsihi, qui est gris, et qui nesl, dit Flaccourt, ni beau ni bon à apprivoiser; l’écureuil blanc de Siani, l’écureuil gris un peu tacheté de Bengale, l’écureuil rayé du Canada, 1 écureuil noir, le grand écureuil gris de Virginie, l’écureuil de la Nouvelle-Espagne à raies blanches, l’écureuil blanc de Sibérie, Iccuicuil vaiie ou le iiius ponticus, le petit écureuil d’Amérique, celui du Brésil, celui de Barbarie, le rat palmiste, etc., forment autant d’espèces distinctes et séparées.

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Les écureuils sont plutôt des animaux originaiies des terres du Nord, que des contrées temperées; car ils sont si abondants en Sibérie qu’on en vend les peaux par milliers. Les Sibériens, à ce que dit M. Gmelin, les prennent avec des espèces de trappes, faites à peu près comme des quatre en chiffre, dans lesquelles on met pour appât un morceau de poisson fumé; et on tend cc^ trappes sur les arbres. ’

Nous avons déjà parlé des écureuils noirs, qui se trouvent en Amérique. M. Aubry, curé de Saint-Louis, a dans son cabinet un écureuil qui lui a été envoyé de la Martinique, qui est tout noir : scs oreilles n’ont presque |ioint de poil, ou du moins n’ont qu’un petit poil très-court : ce qui les distingue des autres écureuils.

M. de la Borde, médecin du roi à Cayenne, dit qu’il n’y a à la Guiaiie qu une seule espèce d’écureuil ■ qu’il se tient dans les bois; que son poil est rougeâtre, et qu’il n’est pas plus grand que le rat d'Europe; qu’il vit de graines de maripa, d’aouara, de camana, etc. ; qu’il fait ses petits dans des trous d’arbre, au nombie de deux; qu’il mord comme le rat, et que cependant il s’apprivoise aisément; que son cri est un petit sifflement; qu’on le voit toujours seul, sautant de branche en branche sur les arbres.

•le ne suis pas bien assuré que cet animal de la Guiane, dont parle M. de

DE LÉCLÎUEEIL.

la Borde, soit un véritable écureuil, parce que ces animaux, en général, ne se trouvent guère dans les climats très-chauds, tels que celui de la Guiane, Leur espèce est, au contraire, fort nombreuse et très-variée dans les contrées tempérées et froides de l’un et de l’autre continent.

« On trouve, dit M. Kalm, plusieurs espèces d’écureuils en Pensylvanie, « et l’on élève de préférence la petite espèce (l’écureuil de terre), parce « qu’il est le plus joli, quoique assez difficile à apprivoiser. Les grands écu- « reuils font beaucoup de dommage dans les plantations, mais ils montent « sur les épis et les coupent en deux pour en manger la moelle. Ils arrivent « quelquefois par centaines dans un champ, et le détruisent souvent dans « une seule nuit. On a mis leur vie à prix pour tâcher de les détruire. On « mange leur chair; mais on fait peu de cas de la peau... Les écureuils gris « .sont fort communs en Pensylvanie et dans plusieurs autres parties de TA- « mérique septentrionale. Ils ressemblent à ceux de Suède pour la forme; « mais en été et en hiver, ils conservent leur poil gris, et ils sont aussi un « peu plus gros. Ces écureuils font leurs nids dans des arbres creux, avec « de la mousse et de la paille. Ils se nourrissent des fruits des bois; mais ils « préfèrent le maïs. Ils se font des provisions pour l’hiver, et se tiennent « dans leur magasin dans le temps des grands froids. Non-seulernent ces « animaux font beaucoup de tort au maïs, mais encore aux chênes, dont ils « coupent la fleur dés qu’elle vient à paraître; en sorte que ces arbres rap- « portent très-peu de gland... On prétend qu’ils sont actuellement plus « nombreux qu’autrefois dans les campagnes de la Pensylvanie, et qu’ils se « sont multipliés à mesure qu’on a augmenté les plantations de maïs, dont « ils font leur principale nourriture. »

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