‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 250 sur 255 · LE GRAND LAMANTIN DES ANTILLES · texte numérisé non relu

LE GRAND LAMANTIN DES ANTILLES

(le lamantin d’améhique.)

Ordre des cétacés, tribu des cétacés herbivores, genre lamantin. (Cuviek.)

Nous appelons cette espèce le grand lamantin des Antilles parce qu’elle paraît se trouver encore aujourd’hui aux environs de ces iles, quoiqu’elle y soit néanmoins devenue rare depuis qu'elles sont bien peuplées. Ce lamantin diffère de celui de Karntschatka par les caractères suivants : la peau rude et épaisse n’est pas absolument nue, mais parsemée de quelques poils qui sont de couleur d’ardoise, ainsi que la peau ; il a dans les mains cinq ongles apparents, assez semblables à ceux de I homme; ces ongles sont fort courts; il a de plus non-seulement une callosité osseuse au-devant de chaque mâchoire, mais encore trente-deux dents molaires au fond de la gueule : et au contraire, il paraît certain que dans le lamantin de Karntschatka la peau est absolument dénuée de poil, les mains sans phalanges ni doigts ni ongles, et les mâchoires sans dents. Toutes ces différences sont plits que suffisantes pour en faire deux espèces distinctes et séparées. Ces lamantins sont d’ailleurs très-différents par les proportions et par la grandeur du corps. Celui des Antilles est moins grand que celui de Karntschatka ; il a aussi le corps moins épais : sa longueur n’est que de douze, quinze, dix-huit et rarement de vingt pieds, à moins qu’il ne soit très-âgé. Celui qui est décrit dans le nouveau Voyage aux iles de l’Amérique, imprimé à Paris en 1722, n’avait que huit pieds de circonférence, sur quatorze de longueur; tandis que le lamantin de Karntschatka, dont nous venons de parler, avait environ di.x-huit pieds de circonférence, et vingt-trois pieds quelques pouces de longueur. Malgré toutes ces différences, ces deux espèces de lamantins se ressemblent pour tout le reste de leur conformation : ils ont aussi les memes habitudes . naturelles; tous deux également aiment la société de leur espèce, et sont d’un naturel doux, tranquille et confiant : ils semblent ne pas craindre la présence de l’iiomme.

On voit les lamantins des Antilles toujours en troupes dans le voisinage des côtes et quelquefois aux embouchures des rivières, et c'est probablement ce qui a fait dire à Oviedo et à Gomara qu'ils fréquentaient aussi bien les eaux des fleuves que celles de la mer; cependant ce fait ne parait vrai que pour le petit lamantin dont nous parlerons dans la suite; et il parait certain que les grands lamantins des Antilles, non plus que ceux de Kamtschatka, ne remontent point les rivières, et se tiennent toujours dans les eaux salées et saumâtres.

Le grand lamantin des Antilles a, comme eelui de Karntschatka, le eou fort court, le corps très-gros et très-épais jusqu’à l’endroit où commence la

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queue, qui va toujours eu iliniiiiuant jusqu’à la |jinue qui la termine. Tous deux ont encore les yeux fort petits, etMe très-petits trous au lieu d’oreilles: tous deux se nourrissent de fucus et d’autres herbes qui croissent dans la mer, et ieui chaii et leur graisse, lorsqu’ils ne sont pas trop vieux, sont egalement bonnes à manger : tous deux ne produisent qu’un seul petit, que la mère embrasse et porte souvent entre ses mains; elle l’allaite pendant un an; après quoi il est en état de se pourvoir lui-mème et de manger de I herbe. Cependant, selon Oviedo, le lamantin des Antilles produirait deux petits : mais comme il paraît que dans cette espèce, ainsi que dans celle du lamantin de Kamtscbalka, les petits ne quittent leurs mères que deux ou trois ans après leur naissance, il se pourrait que cet auteur, ayant vu deux petits de portées différentes suivre la même mère, il en eût conclu qu’elles produisaient en effet deux petits à la fois.

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