‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 37 sur 255 · DU COCHON DINDE · texte numérisé non relu

DU COCHON DINDE

goût que les lapins clapiers; et ceux qui ont passé l’été clans un jardin ont toujours un goût fade, mais moins désagréable.

Ces animaux sont d'un tempérament si précoce et si chaud, qu’ils se recherchent et s’accouplent cinq ou six semaines après leur naissance : ils ne prennent cependant leur accroissement entier qu’en huit ou ou neuf mois; mais il est vrai que c’est en grosseur apparente et en graisse qu'ils augmentent le plus, et que le développement des parties solides est fait avant l àgc de cinq ou six mois. Les femelles ne portent que trois semaines, et nous en avons vu mettre bas à deux mois d’âge. Ces premières portées ne sont pas si nombreuses que les suivantes; elles sont de quatre ou cinq;|la seconde portée est de cinq ou six; et les autres, de sept ou huit, et même de dix ou onze. La mère n'allaite ses petits que pendant douze ou quinze jours; elle les chasse dès qu’elle reprend le mâle; c’est au plus tard trois semaines après qu’elle a mis bas; et, s'ils s’obstinent à demeurer auprès d’elle, leur père les maltraite et les tue. Ainsi ces animaux produisent au moins tous les deux mois; et ceux qui viennent de naître produisant de même, l’on est étonné de leur prompte et prodigieuse multiplication. Avec un seul couple, on pourrait en avoir un millier dans un an; mais ils se détruisent aussi vite qu'ils pullulent ; le froid et l'humidité les font mourir; ils se laissent manger par les chats sans se défendre; les mères même ne s’irritent pas contre eux : n'ayant pas le temps de s’attacher à leurs petits, elles ne font aucun effort pour les sauver. Les mâles se soucient encore moins des petits, et se laissent manger eux-mômes sans résistance : ils n’ont de sentiment bien distinct que celui de l'amour; ils sont alors susceptibles de colère : ils se battent cruellement, ils se tuent même quelquefois entre eux, lorsqu’il s’agit de se satisfaire et d’avoir la femelle. Ils passent leur vie à dormir, jouir et manger; leur sommeil est court, mais fréquent; ils mangent à toute heure du jour et de la nuit, et cherchent à jouir aussi souvent qu'ils mangent; ils ne boivent jamais, et cependant ils urinent à tout moment. Ils se nourrissent de toutes sortes d'herbes, et surtout de persil; ils le préfèrent môme au son, à la farine, au pain ; ils aiment aussi beaucoup les pommes et les autres fruits. Ils mangent précipitamment à peu près comme les lapins, peu à la fois, mais trèssouvent. Ils ont un grognement semblable à celui d’un petit cochon de lait : ils ont aussi une espèce de gazouillement qui marque leurs plaisirs lorsqu’ils sont auprès de leur femelle, et un cri fort aigu lorsqu'ils ressentent de la douleur. Ils sont délicats, frileux, et l’on a de la peine à leur faire passer l'hiver; il faut les tenir dans un endroit sain, scc et chaud. Lorsqu’ils sentent le froid, ils se rassemblent et se serrent les uns contre les autres, et il arrive souvent que, saisis par le froid, ils meurent tous ensemble. Ils sont naturellement doux et privés : ils ne font aucun mal ; mais ils sont également incapables de bien ; ils ne s’attachent point : doux par tempérament, dociles par faiblesse, presque insensibles à tout, ils ont l’air d'automates montés pour la propagation, faits seulement pour figurer une espèce.

HJSTOIHIÎ NATlJKliLLE DE L’APEREA.

L’APÉREA *.

Ordre des rongeurs, genre cobaye. (Cuvier.)

Gel animal, qui se trouve au Brésil, n’est ni lapin, ni rat, et parait tenir quelque chose de tous deux : il a environ un pied de longueur sur sept pouces de circonférence, le poil de la même couleur que nos lièvre.s, et blanc sous le ventre ; il a aussi la lèvre fendue de môme, les grandes dents incisives, et la moustache autour de la gueule et à côté des yeux; mais ses oreilles sont arrondies comme celles du rat, et elles sont si courtes qu’elles n'ont pas un travers de doigt de hauteur; les jambes de devant n'ont que trois pouces de hauteur, celles de derrière sont un peu plus longues; les pieds de devant ont quatre doigts couverts d une peau noire et munis de petits ongles courts; les pieds de derrière n’ont que trois doigts, dont celui du milieu est plus long que les deux autres. L’apérea n'a point de queue : sa tète est un peu plus allongée que celle du lièvre, et sa chair est comme celle du lapin, auquel il ressemble par la manière de vivre. Il se recèle aussi dans des trous, mais il ne ci euse pas la terre comme le lapin, c’est plutôt dans des fentes de rochers et de pierres que dans des sables qu’il se retire : aussi est-il bien aisé à prendre dans sa retraite. On le chasse comme un très-bon gibier, ou du moins aussi bon que nos meilleurs lapins. Il me parait que l’animal dont Oviedo, et après lui Charlevoix et üuperrier de Montfraisier, font mention sous le nom de cori, pourrait bien être le même que l’apérca; que dans quelques endroits des Indes occidentales, on à peutêtre élevé de ces animaux dans les maisons ou dans des garennes, comme nous élevons des lapins ; et qu’enfin c’est par cette raison qu’il s’en trouve de roux, de blancs, de noirs, et de variés, de couleurs différentes : ma conjecture est fondée, car Garcilasso dit expressément qu’il y avait au Pérou des lapins cbampétres et d’autres domestiques, qui ne ressemblaient point à ceux d’Espagne.

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