‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 41 sur 255 · LA MUSARAIGNE · texte numérisé non relu

LA MUSARAIGNE

Ordre des carnassiers, famille des inscclivores, genre musaraigne. (Cdvikr.)

La iiiusai'aigue semble faire une iiuatiec dans l’ordre dos petits animaux, et rem|)lir 1 intervalle qui sc trouve entre le rat et la taupe, et qui, se ressemblant par leur petitesse, diffèrent beaucoup par la forme, et sont en tout d'espèces très-éloignées. La musaraigne, plus petite encore que la souris, ressemble à la taupe par le museau, ayant le nez beaucoup plus allongé que les mùchoiresj par les yeux qui, quoiqu’un peu plus gros que ceux de la taupe, sont cachés de même, et sont beaucoup plus petits que ceux de la souris; par le nombre des doigts, dont elle a cinq à tous les pieds, par la queue, par les jambes, surtout celles de derrière qu’elle a plus courtes que la souris; par les oreilles, et enfin par les dents. Ce très petit animal a une odeur forte qui lui est particulière, et qui répugne aux chats; ils chassent, ils tuent la musaraigne, mais ils ne la mangent pas comme la souris. C’est apparemment cette mauvaise odeur et cette répugnance des chats qui a fondé le préjugé du venin de cet animal et de sa morsure dangereuse pour le bétail, et surtout pour les chevaux; cependant il n’est ni venimeux, ni même capable de mordre; car il n a pas l’ouverture de la gueule assez grande pour pouvoir saisir la double épaisseur de la peau d’un autre animal, ce qui cependant est absolumeiU nécessaire pour mordre; et la maladie des chevaux, que le vulgaire attribue à la dent de la musaraigne, est une enflure, une espèce d'anthrax, qui vient d’une cause interne, et qui n’a nul rapport avec la morsure, ou, si l'on veut, la piqûre de ce petit animal. Il habite assez communément, surtout pendant l'hiver, dans les greniers à foin, dans les écuries, dans les granges, dans les cours à fumier; il mange du grain, des insectes et des chairs pourries; on le trouve aussi fréquemment à la compagne, dans les bois ou il vit de graines; et il se cache sous la mousse, sous les feuille.s, sous les troncs d’arbres, et quelquefois dans les trous abandonnés par les taupes, ou dans d'autres trous plus petits qu’il se pratique lui-même, en fouillant avec les ongles et le museau. La musaraigne produit en grand nombre, autant, dit-on, que la souris, quoique moins fréquemment. Elle a le cri beaucoup plus aigu que la souris; mais elle n'est pas aussi agile à beaucoup près. On la prend aisément, parce qu’elle voit et court mal. La couleur ordinaire de la musaraigne est d’un brun mêlé de roux; mais il y en a aussi de cendrées, de pres(|ue noires, et toutes sont plus ou moins blanchâtres sous le ventre. Elles sont très-communes dans toute l’Europe; mais il ne parait pas qu’on les retrouve en Amérique.

96 HISTOIRE iNA TIJRELLE DE LA MUSARAIGNE.

L’animal du Brésil dont Marcgrave parle sous le nom de musaraigne, qui a, dit-il, le museau très-pointu et trois bandes noires sur le dos, est plus gros, et paraît être d’une autre espèce que notre musaraigne.

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