HISTOIRE NATURELLE DU HÉRISSOIV
des jeunes hérissons qui est cause que les mères, ennuyées ou excédées par
leur gourmandise, se déterminent quelquefois à les détruire.
Dès que les hérissons entendaient marcher, ou qu’ils voyaient quelqu’un auprès d’eux, ils se tapissaient à terre et ramenaient leur museau sur la poitrine, de sorte qu’ils présentaient en avant les piquants qu'ils ont sur le haut du front, et qui sont les premiers à se dresser; ils ramenaient ensuite leurs pieds de derrière en avant, et, à force d’approcher ainsi les extrémités de leur corps, ou plutôt de les resserrer l’une contre l’autre, ils se donnaient la forme d’une pelote ou d’une boule hérissée de piquants ou de pointes. Cette pelotte ou boule n’est pas tout à fait ronde, elle est toujours plus mince vers l'endroit où la tète se joint à la partie postérieure du corps. Plus ils étaient prompts à prendre cette forme de boule, et plus ils comprimaient fortement les deux extrémités de leur corps : la contraction de leurs muscles paraît être si grande alors, que, lorsqu'une fois ils se sont arrondis autant qu’il leur est possible, il serait presque aussi aisé de leur disloquer les membres,quc de les allonger assez pour donner à leur corps toute son étendue en longueur. On essayait souvent de les étendre; mais plus on faisait d’efforts, plus ils semblaient opposer de résistance et se resserrer. Dans l’instant où ils prenaient la forme de pelote, on a remarqué qu’il se faisait un petit bruit de cliquetis, qui était occasionné par le frottement réciproque des pointes, lesquelles se dirigent et se croisent dans tous les sens possibles. C’est alors que le corps de ces animaux parait hérissé d'un plus grand nombre de pointes, et qu’ils sont vraiment sur la défensive. Lorsque rien ne les inquiète, ces mêmes pointes ou épines si hérissées, quand il est question de se préserver, sont couchées en arrière les unes sur les autres, comme le poil lisse des autres animaux; néanmoins ceci n’a lieu que lorsque les hérissons, étant éveillés, jouissent du calme et de la tranquillité; car quand ils dorment, leurs armes sont prêtes, c’est-à-dire qup leurs pointes se croisent dans tous les sens, comme s’ils avaient à repousser une attaque. Il semble donc que pendant leur sommeil, qui est assez profond, la nature leur ait donné l’instinct de se prémunir contre la surprise.
Au reste, ees animaux n'ont pas les moyens d’en attaquer d’autres; ils sont naturellement indolents et même paresseux : leur repos semble être aussi nécessaire à leur genre de vie que la nourriture ; et l’on pourrait dire avec assez de vérité, que leurs uniques et seules occupations sont de manger et dormir. En effet, ceux que nous avons nourris et élevés cherchaient à manger dès qu’ils étaient éveillés, et, quand ils avaient assez mangé, ils allaient se livrerai! sommeil sur des feuillages. Ce sont là leurs habitudes pendant le jour : mais pendant la nuit ils sont moins tranquilles; ils cherchent les limaçons, les gros scarabées, et autres insectes dont ils font leur principale nourriture.