DESCRIPTION DU MOLOSSE, ETC. U2I
végétaux. C’est pour se baigner qu'elles rasent l’eau ; cl, si elles se soutiennent au vol plus près de l’eau qu’elles ne le peuvent de la terre, c’est que la résistance de celle-ci intercepte le battement des ailes, qui est libre sur l’eau. De ceci résulte évidemment la propreté naturelle des roussettes. J’en ai bien vu, j’en ai bien tué, je n’ai jamais trouvé sur aucune d’elles la moindre saleté ; elles sont aussi propres que le sont en général les oiseaux.
La roussette n’est pas de ces animaux que nous sommes portés à trouver beaux ; elle est même déplaisante à voir en mouvement et de près. Il n’y a qu’un seul point de vue, et il n’y a qu’une seule altitude qui lui soit avantageuse relativement à nous, dans laquelle on la voie avec une sorte de plaisir, dans laquelle tout ce qu’elle a de hideux, de monstrueux disparait. Branchée à un arbre, elle s’y lient la tète en bas, les ailes pliées et exactement plaquées contre le corps : ainsi sa voiture, qui fait sa difformité, de même que ses pattes de derrière, qui la soutiennent à l’aide des griffes dont elles sont armées, ne paraissent point. L’on ne voit en pendant qu’un corps rond, potelé, vêtu d’une robe d'un brun foncé, très-propre et bien colorié, auquel tient une tête dont la physionomie a quelque chose de vif et de lin. Voilà l’altitude de repos des roussettes ; elles n’ont que celle-là, et c’est celle dans laquelle elles se tiennent le plus longtemps pendant le jour. Quant au point de vue, c’est à nous à le choisir. Il faut se placer de manière à les voir dans un demi-raccourci, c’est-à-dire à l’élévation au-dessus de terre de quarante à soixante pieds, et dans une distance de cent cinquante pieds, plus ou moins. Maintenant, qu’on se représente la tête d’un grand arbre garnie, dans son pourtour et dans son milieu, de cent, cent cinquante, peut-être deux cents de pareilles girandoles, n’ayant de mouvement que celui que le veut donne aux branches, et l’on se fera l’idée d’un tableau qui m’a toujours paru curieux, et qui se fait regarder avec plaisir. Dans les cabinets les plus riches en sujets d’histoire naturelle, on ne manque pas de placer une roussette éployée et dans toute l’étendue de son envergure ; de sorte qu’on la montre dans son action et dans tout son laid. Il faudrait, me semble, s’il était possible, en montrer, à côté ou au-dessus, quelqu’une dans l’attitude naturelle du repos : on ne voit jamais les roussettes à terre tranquilles sur leurs quatre jambes.
Je terminerai ces notes en disant que la roussette et la rougette fournissent une nourriture saine. On n’a jamais entendu dire que qui que ce soit en ait été incommodé, quoique nombre de fois on en ait mangé avec excès. Cela ne doit point surprendre, dès que l’on sait bien que ces animaux ne vivent que de fruits mûrs, de sucs et de fleurs, et peut-être des exsudations de nombre d’arbres. Je le soupçonnais fortement; le passage d’Hérodote me le fait croire : mais je ne l’ai pas assez vu pour donner la chose comme une vérité constante.