‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 3)Chapitre 81 sur 255 · LA GRANDE TAUPE DU CAP · texte numérisé non relu

LA GRANDE TAUPE DU CAP

Nous ajouterons à toutes ces nouvelles espèces de taupes celles (dont MM. Gordon et Allamand nous ont donné la description et la figure, sous la dénomination de grande taupe du Cap ou taupe des Dunes, et qui est en effet si grande et si grosse, en comparaison de toutes les autres, qu’on n’a

Dli LA TAUPL DU CAP DU HONNC-ESPÉKANCE. 141 pHs besoin de lui donner un autre nom que eelui de grande taupe, pour en distinguer et reconnaitre aisément Tespèce.

Cet animal, dit M.ÂlIamand, a été jusqu’à présent inconnu à tous les naturalistes, et vraisemblablement il l'aurait été encore longtemps, sans les soins toujours actifs de M. le capitaine Gordon, qui ne néglige aucune occasion d’enrichir l’hisloirc naturelle par de nouvelles découvertes : c’est lui qui m’en a envoyé le dessin. Je nomme cet animal, avec les habitants du Cap, la taupe des Dunes, et c’est un peu malgré moi; je n’aime pas ces noms composés ; et d’ailleurs celui de taupe lui convient encore moins qu’à la taupe du Cap, que j’ai déciite ci-devant. J’aurais souhaité de pouvoir lui donner le nom par lequel les Hottentots le désignent; mais il est lui-même composé et fort dur à l'oreille, c'est celui de kauw howba, qui signifie taupe hippopotame. Les Hottentots l’appellent ainsi h cause de je ne sais quelle ressemblance qu’ils lui trouvent avec ce gros animai; peut-être faut-il la chercher dans scs dents incisives, qui sont très-remarquables par leur longueur. Quoi qu’il en soit, s’il diffère de la taupe à quelques égards, il a aussi diverses affinités avec elle, et il n’y a point d'autre animal dont le nom lui convienne mieux.

Ces taupes habitent dans les Hunes qui sont aux environs du cap de Bonne-Espérance et près de la mer : on n’en trouve point dans l’inférieur du pays. Celle-ci était un mâle dont la longueur, depuis le museau jusqu'à la queue, en suivant la courbure du corps, était d’un pied; sa circonférence, prise derrière les jambes de devant, était de dix pouces, et de neuf devant les jambes de derrière; la partie supérieure de son corps était blanchâtre, avec une légère teinte de jaune, qui se changeait en couleur grise sur les côtés et sous le ventre.

Sa tête n’était pas ronde comme celle de la taupe du Cap ; elle était allongée et elle se terminait par un museau plat, do couleur de chair, assez semblable au boutoir d’un cochon , scs yeux étaient fort petits, et ses oreilles n'étaient marquées que par l’ouverture du canal auditif, placée au milieu d’une tache ronde plus blanche que le reste du corps. Elle avait à chaque mâchoire deux dents incisives qui se montraient, quoique la gueule fût fermée ; celles d’en bas étaient fort longues, celles d’en haut étaient beaucoup plus courtes; au premier coup d'œil il semblait qu'il y en eût quatre; elles étaient fort larges, et chacune avait par devant un profond sillon qui la partageait en deux et la faisait paraître double ; mais par derrière elles étaient tout à fait unies. Scs dents molaires étaient au nombre de huit dans chaque mâchoire ; ainsi, avec les incisives elle avait vingt-deux dents en tout. Les inférieures avançaient un peu au-delà des supérieures : mais ce qu’elles offraient de plus singulier, c’est qu'elles étaient mobiles , cl que l’animal pouvait les écarter ou les réunir à volonté : f.'iculté qui ne se trouve dans aucun quadrupède qui me soit connu.

Sa queue était plate et de la longueur de deux pouces six lignes; elle était couverte de longs poils qui, de même que ceux qui formaient scs moustaches, et ceux de dessous ses pattes, étaient raides comme des soies de cochon.

Il y avait à chaque pied cinq doigts, munis d’ongles fort longs et blanchâtres.

On voit, par celte description, que, si ces animaux surpassent de beaucoup les autres taupes en grandeur et en grosseur, ils leur ressemblent par les yeux et par les oreilles : mais il y a plus encore, ils vivent comme elles sous terre ; iis y font des trous profonds et de longs boyaux ; ils jettent la terre comme nos taupes en l’accumulant en de très-gros monceaux; cela fait qu’il est dangeicux d’aller à cheval dans les lieux où ils sont; souvent il arrive que les jambes des chevaux s’enfoncent dans ces trous jusqu’aux genoux.

Il faut que ces taupes multiplient beaucoup, car elles sont très-nombreuses. Elles mifo», luiiie vu, 10

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vivent de plantes et d’ognons, et par conséquent elles causent beaucoup de dommage aux jardins qui sont près des Dunes. On mange leur chair, et on la dit fort bonne.

Elles ne courent pas vite, et en marchant elles tournent leurs pieds en dedans, comme les perroquets ; mais elles sont très-expéditives à creuser la terre. Leur corps touche toujours le sol sur lequel elles sont ; elles sont méchantes; elles mordent très-fort, et il est dangereux de tes irriter.

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