U8 * HISTOIRE NATURELLE DU JEVRASCIIKA
zisel est plus petit que le hamster; il a le corps long et menu comme la belette, au lieu que le hamster a le corps assez gros et ramassé comme le rat; il n’a point d’oreilles extérieures, mais seulement des trous auditifs cachés sous le poil ; le hamster, à la vérité, a les oreilles courtes, mais elles sont très-apparentes et fort larges. Le zisel est d’un gris plus ou moins cendré et d'une couleur uniforme; le hamster est marqué, de chaque côté sur l’avant du corps, de trois grandes taches blanches : ces différences, jointes à ce que ces deux animaux, quoique habitants des mêmes terres, ne se mêlent pas, et que les espèces subsistent séparées, suffisent pour qu’on ne puisse douter qu’elles soient en effet deux espèces différentes, et quoiqu’ils se ressemblent, en ce qu’ils ont tous deux la queue courte, les jambes basses, les dents semblables à celles des rats, et les mêmes habitudes naturelles, comme celle de se creuser des retraites, d’y faire des magasins, de dévaster les blés, etc. D’ailleurs, ce qui n’aurait dû laisser aucun doute à des naturalistes un peu instruits, quand même ils n’auraient pas vu ces deux animaux, c'est qu’Agrieola, auteur exact et judicieux, dans son petit traité sur les animaux souterrains, donne la description de l’un et de l’autre, et les distingue si clairement, qu’il n’est pas possible de les confondre. Ainsi nous pouvons donner pour certain que le hamster et le zisel sont deux animaux différents, et peut-être d espèces aussi éloignées que celle de la belette l’est de celle du rat.
LE JEVRÂSCHKA,
ou LA MARMOTTE DE SIBERIE.
Famille des rjiigeurs, gcnie rai. (Ccvikb.)
L’animal de Sibérie que les Russes appelent jevraschka est une espèce de marmotte, encore plus petite que le monax du Canada. Cette petite marmotte a la tête ronde et le museau écrasé ; on ne lui voit point d’oreilles, et l’on ne peut même découvrir l’ouverture du conduit auditif qu’en détournant le poil qui le couvre. La longueur du corps, y compris la tête, est tout au plus d’un pied : la queue n’a guère que trois pouces; elle est presque ronde auprès du corps, et ensuite elle s’aplatit, et son extrémité paraît tronquée. Le corps de cet animal est assez épais; le poil est fauve, mêlé de gris, et celui de l’extrémité de la queue est presque noir. Les jambes sont courtes;
msTomt; natubclle du uobak. iü)
celles tic derrière sont seulcmenl plus longues que celles de devant. Les pieds de derrière ont cinq doigts et cinq ongles noirs et un peu courbés; ceux de devant ncn ont que quatre. Lorsqu’on irrite ces animaux, ou seulement qu’on veut les prendre, ils mordent violemment, et font un cri aigu, comme la marmotte; quand on leur donne à manger, ils se tiennent assis, et portent à leur gueule avec les pieds de devant. Ils se recherchent au printemps et produisent en été; les portées ordinaires sont de cinq ou six; ils se font des terriers où ils passent I hiver, et où la femelle met bas et allaite ses petits. Quoiqu'ils aient beaucoup de ressemblance et d habitudes communes avec la marmotte, il parait néanmoins qu’ils sont d une espèce réellement différente; car dans les mêmes lieux, en Sibérie, il se trouve de vraies marmottes de l'espèce de celles de Pologne ou des Alpes, et que les Sibériens appellent surok, et I on n’a pas remarqué que ces deux espèces se mêlent, ni qu’il y ait entre elles aucune race intermediaire.
lÆ BOBÂK.
L’on a donné le nom de marrnotle de Strasbourg au hamster , et celui de marmotte de Pologne au bobak; mais autant il est certain que le hamster n’est point une marmotte, autant il est probable que le bobak en est une; car il né diffère de la marmotte des Alpes que par les couleurs du poil; il est d’un gris moins brun ou d’un jaune plus pâle; il a aussi une espèce de pouce, ou plutôt un ongle aux pieds de devant; au lieu que la marmotte n a que quatie doigts à ses pieds, et que le pouce lui manque. Du reste, elle lui icssemble en tout ; ce qui peut faire présumer que ces animaux ne forment pas deux espèces distinctes et séparées. 11 en est de môme du monax ou marmotte du Canada, que quehiucs voyageurs ont appelé siffleur; il ne parait différer de la marmotte que par la queue, qu’il a plus longue et plus garnie de poils. Le monax du Canada, le bobak de Pologne, et la marmotte des Alpes, pourraient donc n’ètre tous trois que le même animal, qui, par la différence des climats, aurait subi les variétés que nous venons d’indiquer. Comme cette espèce habite de préférence la région la plus haute et la plus froidedes montagnes; comme on la trouve en Pologne, en Russie et dans les autres parties du nord de l’Europe, il n’est pas étonnant qu elle se retrouve au Canada, où seulement elle est plus petite qu’en Europe * ; et cela ne lui est pas parli-
‘ La niarraolle des Alpes et celle de Pologne (Bobak) ont un pied et demi depuis l’exti'émité du museau jusqu’à l’origine de la queue. Le monax, ou niarmoUc de Canada, n’a que quatorze ou quinze pouces de longueur.
culier, car Ions les animaux, qui sont communs aux deux continents, sont
plus petits dans le nouveau que dans l’ancien.
LE MONAX.
ou MARMOTTE DU CANADA.
(marmotte MONAX.)
Celte espèce de marmotte me paraît différer des autres marmottes en ce qu’elle n’a que quatre doigts aux pieds de devant, tandis que la marmotte des Alpes et le bobak, ou marmotte de Pologne, en ont cinq, comme aux pieds de derrière. Il y a aussi quelque différence dans la forme de la tète , qui est beaucoup moins couverte de poil. La queue est plus longue et moins fournie dans le monax que dans notre marmotte ; en sorte qu’on doit regarder cet animal du Canada, comme une espèce voisine, plutôt que comme une simple variété de la marmotte des Alpes. Je présume qu’on peut rapporter à cette espèce l’animal dont parle le baron de la Ilontan, et qu’il nomme siffleur. Il dit qu’il se trouve dans les pays septentrionaux du Canada ; qu’il approche du lièvre pour la grosseur j mais qu’il est plus court de corps, que la peau en est fort estimée, et qu’on ne recherche cet animal que pour cela, parce que la chair n’en est pas bonne à manger. Il ajoute que les Canadiens appellent ces animaux siffleurs, parce qu'ils sifflent en effet à l’entrée de leurs tanières lorsque le temps est beau. Il dit avoir entendu lui-même ce sifflet à diverses reprises. On sait que nos marmottes des Alpes sifflent de même et d’un ton très-aigu.