DE LA MA K MOTTE
et l'on avait observé avant nous que dans cet état de torpeur la circulation était très-lente aussi bieti que toutes les sécrétions, et que leur sang, ivélant pas renouvelé par un cbyle nouveau, était sans aucune sérosité. Au reste, il n’est pas sûr qu’elles soient toujours cl constamment engourdies pendant sept ou huit mois, comme presque tous les auteurs le prétendent. Leurs terriers sont profonds; elles y demeurent en nombre; il doit donc s’y conserver de la chaleur dans les premiers temps, et elles y peuvent manger de 1 lierbe qu’elles y ont amassée. M. Altmann dit même, dans son Traité sur les animaux de Suisse, que les chasseurs laissent les marmottes trois semaines ou un mois dans leur caveau, avant que d'aller troubler leur repos; qu ils ont soin de ne point creuser lorsqu’il fait un temps doux, ou qu’il souffle un vent chauds; que sans ses précautions les marmottes se réveillent, et creusent plus avant; mais qu’en ouvrant leurs retraites dans le temps des grands froids, on les trouve tellement assoupies, qu'on les emporte facilement. On peut donc dire qu’à tous égards elles sont comme les loirs, et que, si elles sont engourdies plus longtemps, c’est qu’elles habitent un climat où l’hiver est plus long.
Ces animaux ne produisent qu'une fois l’an : les portées ordinaires ne sont que de trois ou quatre petits; leur accroissement est prompt, et la durée de leur vie n’est que de neuf ou dix ans : aussi l’espèce n’en est ni nombreuse ni bien répandue. Les grecs ne la connaissaient pas, ou du moins ils n’en ont fait aucune mention. Chez les Latins, Pline est le premier qui l’ait indiquée sous le nom demws alpinus, rat des Alpes : et en effet, quoiqu’il y ait dans les Alpes plusieurs autres espèces de rats, aucune n’est plus remarquable que la marmotte, aucune n’habite comme elle les sommets des plus hautes montagnes : les autres se tiennent dans les vallons, ou bien sur la croupe des collines et des premières montagnes; mais il n'y en a point qui monte aussi haut que la marmotte. D'ailleurs, elle ne descend jamais des hauteurs, et parait être particulièrement attachée à la chaine des Alpes, où elle semble choisir l'exposition du midi et du levant, de préférence à celle du nord ou du couchant. Cependant il s'en trouve dans les Apennins, dans les Pyrénées et dans les plus hautes montagnes de l’Allemagne. Le bobak de Pologne, auquel M. Brisson, et, d’après lui, MM. Arnault de Nobleville et Salerne ont donné le nom de marmotte, diffère de cet animal, non-seulement par les couleurs du poil, mais aussi par le nombre des doigts; car il a cinq doigts aux pieds de devant : l’ongle du pouce paraît au dehors de la peau, et l’on trouve au dedans les deux phalanges de ce cinquième doigt, qui manque en entier dans la marmotte. Ainsi, le bobak ou marmotte de Pologne, le monaxovi marmotte de Canada, le cavia ou marmotte de Bahama, et le cricet ou marmotte de Strasbourg, sont tous les quatre des espèces différentes de la marmotte des Alpes.
LE SOUSLICK.
( \Æ SOUSf.IK OU /.ISEL. )
Famille des rongeurs , genre rat. (Cuvieh.)
On trouve à Casan et dans les provinces qu'arrose le AVoIga, et jusque dans l’Autriche, un petit animal appelé souslik en langue russe, dont on fait d'assez jolies fourrures. Il ressemble beaucoup au campagnol parla figure; il a comme lui la queue courte : mais ce qui le distingue du campagnol et de tous les autres rats, c’est que sa robe, qui est d'un gris fauve, est semée partout de petites taches d’un blanc vif et lustré; ces petites taches n’ont guère qu’une ligne de diamètre, et sont à deux ou trois lignes de distance les unes des autres; elles sont plus apparentes et mieux terminées sur les lombes de l’animal que sur les épaules et la tête. M.Pennant, gentilbomme anglais, très-versé dans l'histoire naturelle, et qui connaît très-bien lesanimaux, a eu la bonté de me donner un de ses sousliks, qu’on lui avait envoyé d’Autriche, comme un animai inconnu des naturalistes, et qui n’avait point de nom dans ce pays; je le reconnus pour être le môme que celui dont j’avais une fourrure, et dont M. Sanchès * m’avait fourni la notice suivante : « Les « rats que l’on appelle soMsft'As se prennent en grand nombre sur les barques « chargées de sel, dans la rivière dcKama qui descend iicSolikatnsIde.oùsont « les salines, et vient tomber dans le Wolga, au-dessus de la ville de Casan, « au confluent de Teluschin : le Wolga depuis Sïmbuski \viscni'& Somtof est « couvert de ces bateaux de sel, et c’est dans les terres voisines de ces ri- « vières, aussi bien que sur les bateaux, qu’on prend ces animaux; on leur « a donné le nom de souslik, qui veut dire friand, parce qu’ils sont très- « avides de sel. »
Nous donnons ici la figure de cet animal, qui nous manquait. M. le prince Galiizin a eu la bonté de demander, à la prière de M. de Bufl'on, huit sousliks, et de donner tous les ordres nécessaires pour les faire arriver vivants jusqu’en France. Il s’adressa pour cela à M. le général Bclzki, qui les envoya à M. le marquis de Beaussel, alors ambassadeur de France à la cour de Pétersbourg. Ces huit petits animaux arrivèrent vivants à Pétershourg, .après un long voyage depuis la Sibérie; mais ils ont péri dans la traversée de Pétersbourg en France, quoiqu’on eut eu les plus grandes attentions, tant pour leur nourriture que pour les autres soins nécessaires à leur conservation. On avait recommandé de Sibérie de ne leur donner à manger que du
* R. Sanchès, ci devant premier médecin de la cour de Russie.
i)lé el du chèiievis, de les laisser à l’air aulant qu’on pourrait, d’empêcher seulement que l’eau des grandes pluies ne les inondât dans leur caisse, de leur mettre dans cette même caisse une forte épaisseur de sable assez lié pour ne pouvoir s'ébouler, parce que, dans leur état de nature, ils font leurs trous dans les terres légères.
Ces animaux habitent ordinairement les deserts, se font des tanières siu les pentes des montagnes, pourvu que le fond de la terre soit noir. Leurs tanières ne sont pas égales en profondeur ; elles sont de sept ou huit pieds de longueur, jamais droites , mais tortueuses, ayant deux, trois, quatre et cinq sorties : leur distance est aussi inégale, ayant depuis deux jusqu à sept pieds de séparation. Ils pratiquent dans ces tanières différents endroits, où, en temps d’été, ils font leurs provisions pour l'hiver. Dans les terres labourées, ils ramassent, pendant le temps de la moisson, les épis de bornent, de même que la graine des pois, du lin et du chanvre, qu’ils mettent séparément l’un de l’autre dans les endroits préparés exprès et d’avance à l’intérieur de leurs tanières. Dans les endroits incultes, ils ramassent des gi aines de différentes herbes. En été, ils se nourrissent de grains, d’herbes, de racines et de jeunes souris. Pour peu qu’elles soient grosses, le souslik ne peut en faire sa proie. Indépendamment des magasins où ces animaux gardent leurs provisions d’hiver, ils se pratiquent encore dans leurs tanières des endroits pour reposer, et qui en sont distants de quelques pieds. Ils rejettent leurs ordures hors de leurs retraites. Les femelles portent depuis deux jusqu à cinq petits; ils naissent aveugles et sans poil, et ne commencent à voir que quand le poil parait. On ne sait pas au juste le temps de la gestation des femelles.
LE ZISEL.
l.A MARMOTTE SOUSLICK.
Famille (les rongeurs, genre rat. (Cuvier.)
Quelques auteurs, entre autres M. Linnæus, ont douté si le zisel ou zieset (cilellns), était un animal différent du hamster (cricetus) : il est vrai qu ils SC ressemblent à plusieurs égards, et qu’ils sont à peu près du même pays; mais ils diffèrent néanmoins par un assez grand nombre de caractères pour (jiie nous soyons convaincus qu’ils sont d’espèces réellement dilïerentes. Le