‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 102 sur 525 · DU GANGA · texte numérisé non relu

DU GANGA

lui-mcmc que l’oisenu qu'il a nommé perdrix de Damas est une espèce dilférenle de celle que les auteurs ont appelée sjjroperdix, laquelle a le plumage noir et le bec rouge; 2" en écrivant ce nom sijroperdix en caractères grecs, M. Brisson paraît vouloir lui donner une origine grec(pic, et cependant Belon dit expressément que c’est un nom latin : enfin, il est difficile de comprendre les raisons qui ont porté M. Brisson à regarder IVcnas d'Aristote comme étant de la même espèce que la gelinotte des Pyrénées; car Aristote mot son œnas, qui est le vinago de Gaza, au nombre des pigeons, des tourterelles, des ramiers (en quoi il a été suivi par tous les Arabes); et il assure positivement qu’elle ne pond, comme cos oiseaux, que deux (euf's à la fois. Or, nous avons vu ci-dessus que les gelinottes pondaient un beaucoup plus grand nombre d’œufs : par conséquent rœtms d’Aristole ne peut être regardé comme une gelinotte des Pyrénées, ou, si l'on veut absobiment qu’il en soit une, il faudra convenir que la gelinotte des Pyrénées n’est point une gelinotte.

Bondelet avait prétendu qu il y avait erreur dans le mot grec “‘«s et (pi’il fallait lire inas, dont la racine signifie fibre, filet, et cela parce que cet oiseau a, dit-il, la chair, ou plutôt la peau si fibreuse et si dure, (pie pour la |)ouvoir manger il faut i’écoreber. Mais s'il était véritablement de la môme espèce que la gelinotte des Pyrénées, en adoptant la correction de Rondelet, on potirrait donner au mot inas une explication plus heureuse et [tliis analogue au génie de la langue grecque, qui peint tout ce qu elle exprime, en lui faisant désigner les deux filets ou plumes étroites que les gelinottes des Pyrénées ont à la queue, et qin font son attribut caractéristique; mais mallieiireusernent Aristote ne dit pas un mot de ces filets, (pu ne lui auraient pas écliappé, et Belon n’en parle pas non plus dans la description qu’d fait de sa perdrix de Damas : d’ailleurs, le nom û'oinas ou vinago convient d autant mieux à cet oiseau, que, selon la remarque d'Aristote, il arrivait tous les ans eu (irèce au commencement de raulonme, qui est le temps de la maturité des raisins, comme font en Bourgogne certaines grives, que par celte raison on appelle dans le pays des vineltes.

Il suit de ce que je viens de dire, (pie le sgroperdix de Belon et l’tcuas d'Aristote ne sont point des gangas ou gelinoiies des Pyrénées, non plus que Valchata, Valfuachat, la filacotona, qui paraissent être autant de noms arabes de l ænas, et qui certainement désignent un oiseau du genre des pigeons.

Au contraire, l’oiseau de Syrie que iM. Edwards appellepeti'i coy de ôrMt/ère, agnnt deux filets à la queue, et (jue les Turcs nomment cala, est exactement le meme que la gelinotte des Pyrénées. Cet auteur dit que M. Sbaw l’appelle /tû/aria/i, et (pi’il ne lui dorme que trois doigts à charpie pied; mais il excuse celte erreur, en ajoutant que le doigt postérieur avait pu échapper à M. Sbaw, à cause des plumes qui couvrent les jambes : cependant il venait de dire plus haut dans sa description, et on voit par sa figure, que c’est le devant des jambes seulement qui est couvert de plumes blanches, semblables à du poil ; or, il est difficile de comprendre comment le doigt de derrière aurait pu se perdre dans ces plumes de devant : il était plus naturel de dire qu'il s’était dérobé à M. Sbaw par sa petitesse ; car il n'a pus en effet plus de deux lignes de longueur. Les deux doigts latéraux sont aussi fort courts, relativement au doigt du milieu, et tous sont bordés de petites dentelures comme dans le tétras. Le ganga ou la gelinotte des Pyrénées paraît avoir un naturel tout différent de celui de la vraie gelinotte : car, 1“ il a les ailes beaucoup plus longues, relativement à ses autres dimensions; il doit donc avoir le vol ou rapide ou léger, et consé(|ucmmenl avoir d’autres habitudes, d’autres

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mœurs qu’un oiseau pesatii; car l'on sait combien les mœurs et le naturel d’un animal dépendent de ses facultés; 2" nous voyons par les observations du docteur Roussel, citées dans la description de M. Edwards, que cet oiseau qui vole |par troupes, se lient la plus grande partie de l'année dans les déserts de la Syrie, et ne se rapproebe de la ville d’Alep que dans les mois de mai et de juin, cl lorsqu’il est contraint par la soif de chercher les lieux où il y a de l'eau : or, nous avons vu dans l’iiistoire de la gelinotte que c’est un oiseau fort peureux, et qui ne se croit en sûreté contre la serre de l’autonr que lorsqu'il est dans les bois lesplusépais; autre différence qui n’est peutêtre qu'une suite de la première, et qui, jointe à plusieurs autres différences de détail faciles h saisir par la comparaison des ligures et des descriptions, pourrait faire douter avec fondement si l'on a eu raison de rapporter à un même genre des natures aussi diverses. Le ganf/a, que les Catalans ap|)el- Icrii aussi perdrix de Garrira, est à peu près de la grosseur d'une perdrix grise : elle a le tour des yeux noir et point de nainmes ou de sourcils rouges au-dessus des yeux; le bec presque droit; l'ouverture des narines à la base du bec supérieur et joignant les plumes du front; le devant des pieds couvert de plumes jusqu’à l’origine des doigts; les ailes assez longues ; la tige des grandes plumes des ailes noire; les deux pennes du milieu de la queue une fcis plus longues que les autres, et fort étroites dans la partie excédante; les pennes latérales vont toujours en s’accourcissant de part et d’autre jusqu’à la dernière. Il est à remarquer que de tous ces traits qui caractérisent cette prétendue gelinotte des Pyrénées, il n'y en a peut être pas un seul qui convienne exactement à la gelinotte proprement dite.

La femelle est de la rnème grosseur que le mâle; mais elle en diffère par son plumage, dont les couleurs sont moins belles, et par les filets de sa queue, qui sont moins longs. Il paraît que le mâle a une tache noire sous la gorge, et que la femelle, au lieu de celte tache, a trois bandes de la même couleur qui lui embrassent le cou en forme de collier.

Je n'entre pas dans le détail des couleurs du plumage, la figure enluminée les présente avec exactitude; elles se rapportent assez avec celles de l’oiseau connu à Montpellier sous le nom A’angel, et dont Jean Culmann avait communiqué la description à Gessner : mais les deux longues plumes de la queue ne paraissent point dans cette description, non plus que dans la figure que Rondelet avait envoyée à Gessner, de ce même angel de ftlonlpcllicr qu'il prenait pour l'a^nas d’Aristote; en sorte qu'on est fondé à douter de l’identité de ces deux espèces (l’angel et le ganga), malgré la convenance du lieu et celle du plumage, à moins qu’on ne suppose que les sujets décrits par Culmann, et dessinés par Rondelet, étaient des femelles, qui ont les filets de la queue beaucoup plus courts, et par conséquent moins remarquables.

Cette espèce se trouve dans la plupart des pays chauds de l’ancien continent, en Espagne, dans les parties méridionales de la France, en Italie, en Syrie, en Turquie et en Arabie, en Barbarie et même au Sénégal ; car l'oiseau représenté sous le. nom de gelinotte de Sénégal n'est (|u’une variété du ganga ou gelinotte des Pyrénées; il est seulement un peu plus petit : mais il a de même les deux longues plumes ou filets à la queue, les plumes latérales toujouis plus courtes par degrés à mesure qu’elles s'éloignent de celles du milieu, les ailes fort longues, les pie<ls couverts par-devant d'un duvet blanc, le doigt du milieu beaucoup plus long (|UC les latéraux, et celui de derrière extrêmement court, enfin, point de peau rouge au-dessus des yeux; et il ne diffère du ganga d Europe que par un peu moins de grosseur et un peu plus de rougeâtre dans le plumage. Ce n'est donc qu'une variété dans la même

DK l. AITAKAS. ‘25'.)

espèce, produilc par 1 inlluencc du climat; et, ce ((ui prouve (jue ect oiseau est liès-diflëreiit de la gelinotte, et doit par conséquent porter un autre nom, c'est qu'indépcndamment des caractères distinctifs de sa figure, il habite partout les pays chauds, et ne se trouve ni dans les climats froids, ni mémo dans les lem[»érés; au lieu que la gelinotte ne se trouve en nombre (]ue dans les climats froids.

C'est ici le lieu de rapporter ce que M. Shaw nous apprend du kittaviah, ou gelinotte de Barbarie, et qui est tout ce qu’on en sait, afin que le lecteur puisse contparer ses qualités avec celles du ganga ou gelinotte des Pyrénées, et juger si ce sont en effet deux individus de la même espèce.

« Le kittaviah, dit-il, est un oiseau granivore et qui vole par troupes : il a la forme et la taille d’un pigeon ordinaire, les pieds couverts de petites piumes et [loint de doigt postérieur; il se plaît dans les terrains incultes et stériles. La couleur de son corps est un brun bleuâtre, tacheté de noir; il a le ventre noirâtre et un croissant jaune sous la gorge ; chaque plume de la queue a une tache blanche à son extrémité, et celles du milieu sont longues et pointues comme dans le merops ou guespier. Du reste sa chair est rouge sur la poitrine; mais celle des cuisses est blanche : elle est bonne à manger et de facile digestion. »

L’ATTAGAS ^

Ordre des gallinacés, genre tétras. (Cuviku.)

Cet oiseau est le franeolin de Belo», qu’il ne faut pas confondre, comme ont fait quelques ornithologistes, avec le franeolin qu’a décrit Olina : ce sont deux oiseaux très-différents, soit par la forme du corps, soit par les habitudes naturelles. Le dernier se lient dans les plaines et les lieux bas; il n’a |)oiiU ces beaux sourcils couleur de feu, qui donnent à l’autre une physionomie si distinguée : il a le cou plus court, le corps plus ramassé, les pieds rougCtàtrcs garnis d'éperons et sans plumes, comme les doigts sans dentelures; c'est-à-dire qu’il n’a presque rien de commun avec le franeolin dont il s’agit ici, et auquel, pour prév'enir toute équivoque, je conserverai le nom d'altagas, qui lui a été donné, dit-on, par onomatopée, et d’après son propre cri.

Les anciens ont beaucoup parlé de VaUagas ou attagen (car ils emploient indifféremment ces deux noms). Alexandre Myndien nous apprend, dans Athénée, qu’il était un peu plus gros qu’une perdrix, et que son plumage, dont le fond tirait au rougeâtre, était émaillé de plusieurs couleurs. Aristophane avait dit à peu près la même chose; mais Aristote, selon son excellente coutume de faire connaître un objet ignoré par sa comparaison avec des objets communs, compare le plumage de l’attagen avec celui de la bécasse (oxiioTix?). Alexandre Myndien ajoute qu’il a les ailes courtes et le vol pesant; et Théophraste observe qu’il a la propriété qu’ont tous les oiseaux pesants, tels que la perdrix, le coq, le faisan, etc., de naitre avec des plumes, et d'être en état de courir au moment qu’il vient d’éclore : de plus, en sa même qualité d’oiseau pesant, il est encore pulvératcur et frugivore, vivant de baies et de grains, qu’il trouve, tantôt sur les plantes mêmes, tantôt en grattant la terre avec ses ongles ; et, comme il court plus qu il ne vole, ou s’est avise de le cba.sser au cbicii courant, et on y a réussi.

* Cuvier considère l'altagas comme un jeune individu ou comme une femelle du telrao Ijonasia. Linn.

îi'iO inSTOlIlK NATURELLE

Pline, Elicn et quelques autres disent que ces oiseaux perdent la voix en perdant la liberté, et que la même roideur de naturel qui les rend muets dans I état de captivité les rend aussi très-difficiles à apprivoiser. Varron donne cependant la manière de les élever, et qui est à peu prés la même que celle dont on élevait les paons, les faisans, les poules deNumidie, les perdrix, etc.

Pline assure que cet oiseau, qui avait été fort rare, était devenu plus commun de son temps; qu’on en trouvait en Espagne, dans la Gaule et sur les Al|)es; mais que ceux d'Iotiie étaient les plus estimés. Il dit ailleurs qu'il n’y en avait point dans l'ile de Crète. Aristophane parle de ceux qui se trouvaient aux environs (le Mégare, dans rAcha'ie. Clément d’Alexandrie nous apprend que ceux d'Egypte étaient ceux dont les gourmands faisaient plus de cas. Il y en avait aussi en Plirygie, selon Aulugeile, qui dit que c’est un oiseau asiatique. Apicius <lonne la manière d’apprêter le francolin, qu'il joint à la perdrix, et saint Jérôme en parle dans scs lettres comme d'un morceau fort recherché.

Slaiiitcnant, pour juger si Yallagen des anciens est notre attagas ou francolin, il ne s agit que de faire l’histoire de cet oiseau d’après les mémoires des modernes, et de comparer.

Je remarque d abord que le nom >\'aUafjen, tantôt bien conservé, tantôt corrompu, est le nom le plus généralement en usage parmi les auteurs modernes qui ont écrit en latin pour désigner cet oiseau. Il est vrai que quelques ornilhologistes, tels que Sihhald, Ray, Willughby, Klein, ont voulu le retrouver dans le lagopus altéra de Pline; mais, outre que Pline n'en a parlé qu’en passant, et n’en a dit que deux mots, d’après lesquels il serait fort diflicile de déterminer précisément l’espèce qu’il avait en vtie, comment peut-on sup|)oser que ce grand naturaliste, qui venait de traiter assez au long de YaUagen dans ce même chapitre, en parle quelques lignes plus bas sous un autre nom, sans en avertir? Cette seule réllexion démontre, ce me semble, que VaUagen de Pline et son lagopus altéra sont deux oiseaux différents; et nous verrons plus bas (|ucls ils sont.

Gessner avait ou’i dire qu’à Rolognc il s’appelait vulgairement franguello; mais Aldrovande,qui était de Rolognc, nous assure (|ue ce nom Aa franguello (liinguello, selon Olina) était celui qu’on y donnait au pinson, et qui dérive assez clairement de son nom latin fringilla. Olina ajoute qu’en Italie son francolin, que nous avons dit être différent du nôtre, se nommait communément franguellina, mot corrompu de frangolino, et auquel on avait donné une terminaison féminine pour le distinguer du franguello.

Je ne sais pourquoi Albin, qui a copié la description que Willughby a donnée du lagopus altéra Plinii, a changé le nom de l’oiseau décrit par Willughby en celui de coq de marais, si'ce n’est parce que Tournefort a dit du francolin de Samos qu’il fréquentait les marais;maisil estfëcilc devoir, en comparant les ligures et les dcscri|)lions, que ce francolin de Samos est tout <à fait différent de l'oiseau qu’il a plu à Albin, ou à .son traducteur, d’appeler fOÿ de 'mamis, comme il avait dtijà donné le nom de francolin au |)elit tétras à queue fourchue. L’altagas sc nomme chez les Arabes duraz ou alduragi, et chez les Anglais red game, à cause du rouge qu’il a, soit à ses sourcils, soit dans son plumage : on lui a encore donné le nom de perdrix asclepica.

Cet oiseau est plus gros que la bartavelle, et pèse environ dix-neuf onces; ses yeux sont surmontés par deux sourcils rouges fort grands, lesquels sont formés d’une membrane charnue, arrondie et découpée par le dessus, et (|ui s’élève plus haut que le sommet de la tète ; les ouvertures des narine

DE L’ATTAOAS. 241

sont revêtues de petites plumes qui font un effet assez agréable; le plumage est mêlé de roux, de noir et de blanc ; mais la Cemelle a moins de roux et plus de blanc que le mâle; la membrane de ses sourcils est moins saillante et beaucoup moins découpée, d'un rouge moins vif; et, en général, les couleurs de son plumage sont plus faibles ; de plus, elle est dénuée de ces plumes noires poiniillées de blanc, qui forment au mâle une huppe sur la tète, et sous le bec une espèce de barbe.

Le mâle et la femelle ont la queue à peu près comme la perdrix, mais un pou plus longue ; elle est composée de seize pennes , et les deux du milieu sont variées des mêmes couleurs que celles du dos, tandis que toutes les latérales sont noires : les ailes sont fort courtes; elles ont chacune vingtquatre pennes : et c’est la troisième, à compter du bout de l'aile, qui est la plus longue de toutes. Les pieds sont revêtus de plumes jusqu’aux doigts, selon M.Brisson, et jus(|u’aux ongles selon iM. Willugbby : ces ongles sont noirâtres, ainsi que le bec; les doigts gris brun, et bordés d'une bande membraneuse étroite et dentelée. Bclon assure avoir vu dans le même temps, à Venise, des francolins (c’est ainsi qu'il nomme nos altar/as) dont le plumage était tel qu’il vient d’être dit, et d’autres qui étaient tout blancs, et que les Italiens appelaient du même nom de francolins : ceux-ci ressemblaient exactement aux premiers à l’exception de la couleur ; et, d'un autre coté, iis avaient tant de rapport avec la perdrix blancbc de Savoie, que Belon les regarde comme appartenant à l’espèce que Pline a désignée sous le nom de larjopus altéra. Selon cette opinion qui me parait fondée, Vallarjen de Pline serait notre altagas à plumage varié; et la seconde espèce de lagopus serait notre altagas blanc, qui diffère de l’autre attagas par la blancheur de son plumage, et de la première espèce de lagopus, appelée vulgairement perdrix blanche, soit par sa grandeur, soit par ses pieds, qui ne sont pas velus en dessous.

Tous ces oiseaux, selon Bclon, vivent de grains et d'insectes. La Zoologie britannique ajoute les sommités de bruyère et les baies de plantes qui croissent sur les montagnes.

L’attagas est en effet un oiseau de montagne. Willugbby assure qu’il descend rarement dans les plaines et même sur le penchant des coteaux, et qu’il ne se plaît que sur les sommets les plus élevés ; on le trouve sur les Pyrénées, les Alpes, les montagnes d'Auvergne, de Dauphiné, de Suisse, du pays de Foix, d’Espagne , d’Angleterre, de Sicile, du pays de Vicence, dans la Laponie enfin, sur l’Olympe en Phrygie, où les Grecs modernes l’appellent en langue vulgaire laginari, mot evideminent formé de Tstypuipjos (|ue l’on trouve dans Suiilas, et qui vient lui- meme d'aMajre/i ou attagas, lequel est le nom primitif.

Quoique cet oiseau soit d'un naturel très-sauvage, on a trouvé dans l’ile de Chypre, comme autrefois à Borne, le secret de le nourrir dans des volières,si toutefois l’oiseau dont parle Alexandre Bencdictus est notre attagas: ce qui m’en ferait douter, c’est que le franeolin d'Edwards, et qui venait certainement de l’ile de Cdiyprc, a beaucoup moins de rapport au nôtre qu’à celui d Olina , et (pie nous savons d ailleurs que celui-ci pouvait s’élever et se nourrir dans les volières.

Ces altagas domestiques peuvent être plus gros que les sauvages : mais ceux-ci sont toujours préférés pour le bon goi'U (le leur chair ; on les met au-dessus de la perdrix. A Rome, un francolino s’appelle par excellence un morceau de cardinal. Au reste, c’est une viande qui se corrompt très-promptement, et qu’il est didicile d’envoyer au loin : aussi les chasseurs ne manquent-ils pas, dès qu’ils les ont tués, de les vider, et de leur remplir le

IIISTOII’.i: NATUKKM.E

ventre de bruyère verte Pline dit In même ebose du Zrt;/e/5«.s ; et il faut avouer que tous ces oiseaux ont l)caueou(i de rapports les uns avec les autres.

Les attagas se recberebent et s’accouplent au printemps ; la femelle pond sur la terre comme tous les oiseaux pesants ; sa ponte est de buil ou dix œufs, aigus par l'un des bouts, longs de dix-huit ou vingt lignes, pointillés de rouge brun, excepté en une ou deux places aux environs du petit bout. I.e temps de l'incubation est d’une vingtaine de jours : la couvée reste atlaehée à la mère et la suit tout l’été ; l’iiiver, les petits ayant pris la plus grande partie de leur accrois.sement , se forment en troupes de quarante ou cinquante, et deviennent singulièrement sauvages : tant qu’ils sont jeunes, ils sont fort sujets à avoir les intestins farcis de vers ou lombrics; quelquefois on les voit voltiger ayant de ces sortes de vers qui leur pendent de l’anus de la longueur d’un pied.

Présentement, .si l’on compare ce que les modernes ont dit de notre atlagas avec ce que les anciens en avaient remarqué, on s'apercevra que les premiers ont été plus exacts à tout dire : mais en même temps on reconnaîtra que les principaux caractères avaient été très-bien indiqués par les anciens, et l'on conclura de la conformité de ces caractères que Vatlagen des anciens et notre attagas sont un seul cl même oiseau.

Au reste, quelque peine que j’aie prise pour démêler les propriétés qui ont été attribuées pêle-mêle aux différentes espèces d’oiseaux auxquelles on a donné le nom de francolin, et pour ne donner à notre attagas que celles qui lui convenaient réellement, je dois avouer que je ne suis pas sûr d'avoir toujours également réussi à débrouiller ce chaos : et mon incertitude à cet égard ne vient que de la licence que se sont donnée plusieurs naturalistes, d’appliquer un même nom à des espèces différentes, et plusieurs noms à la même espèce; licence tout à fait déraisonnable et contre laquelle on ne peut trop s’élever, puisqu’elle ne tend qu’à obscurcir les matières et à [U’éparcr des tortures infinies à quiconque voudra lier scs pro|)res connaissances et celles de son siècle avec les découvertes des siècles précédents.

L'ATTAGAS BLANC.

(lf, tétuas ptar.migan.)

Ordre des gallinacés, genre tétras. (Cdvieii.)

Cet oiseau se trouve sur les montagnes du Suisse et sur celles qui sont autour de Viccnce ; je n'ai rien à ajouter à ce que j’en ai dit dans l'iiistoire de l’allagas ordinaire, sinon que l'oiseau dont Gessner a fait la seconde espèce de lagopus me semble être un de ces attagas blancs, quoique, dans son plumage, le blanc ne soit pur que sur le ventie et sur les ailes, et (pi'il soit mêlé plus ou moins de brun et de noir sur le re.ste du corps : mais nous avons vu ci-dessus que, parmi les attagas, les mâles avaient moins de blanc quc.lcs femelles; de plus, on sait que la couleur des jeunes oiseaux, et surtout des oiseaux de ce genre, ne prend guère sa consistance qu’aprês la première année; et comme d'ailleurs tout le reste de la description de Gessner .semble fait pour caractériser un attagas : sourcils rouges, nus, arrondis et saillants ; pieds velus jusqu’aux ongles, mais non par-dessous ; bec court et noir; queue courte aussi ; habitation sur les montagnes de Suisse, etc., je pense que l'oiseau décrit par Gessner était un attagas blanc, et que c’était

L' ENGOULCTEKT

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