‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 104 sur 525 · LA GELINOTïli DU CANADA · texte numérisé non relu

LA GELINOTïli DU CANADA

Il nie paraît que IM. Drisson a fait un douille emploi en donnant la gelinotte du Canada qu'il a vue pour une espèce dilîérente de la gelinotte de la haie d Hudson, qu’5 la vérité il n'avait pas vue : mais il sufïimiit de com(iarcr la gelinotte du Canada, en nature, avec les planches enluminées d’PAIwards, de la gelinotte de la baie d Hudson, pour reconnaître que c’était le même oiseau ; et nos lecteurs le verront aisément en comparant les planches enluminées, n»' 131 et 152, avec celles de M. Edwards, rr 71 et 118. Voilà donc une espece nominale de moins, et I on doit attribuer à la gelinotte du Canada tout ce que MM. Ellis et Edwards disent de la gelinotte de la baie d'Hudson.

Elle abonde toute l’année dans les terres voisines de la baie d'Hudson : elle y habile par préférence les plaines et les lieu.x bas; au lieu que sous un .autre ciel, la même espèce, dit M. Ellis, ne se trouve que dans les terres fort élevées, et même au sommet des montagnes. Eu (’anada elle porte le nom de perdrix.

Le mâle est plus petit que la gelinotte ordinaire; il a les sourcils rouges, les narines couvertes de petites plumes noires, les ailes courtes, les pieds velus jusqu'au bas du tarse, les doigts et les ongles gris, le bec noir. En général, il est d’une couleur fort rembrunie, et qui n’csl égayée que par quelques taches blanches autour des yeux, sur les flancs et en quelques autres endroits.

La femelle est plus petite que le mâle; elle a les couleurs de son plumage moins sombres et plus variées; elle lui ressemble dans tout le reste.

L’un et l'autre mangent des pignons de pin, des baies de genévrier, etc. On les trouve dans le nord de rAmérique en très-grande quantité, et on en fait des {trovisions aux approches de l'hiver ; la gelée les saisit ct'les conserve; et, à mesure qu'on en veut manger, on les fait dégeler dans l’eau froide.

2 — I.E COQ DE BllUYÊHE A FRAISE,

ou LA CUOSSE GELIXOTTE DU CANADA.

Je soupçonne encore ici un double emploi, et je suis bien tenté de croire que cette grosse gelinotte du Canada, que M. Brisson donne comme une espece nouvelle, et dilîérente de sa gelinotte huppée de Pensylvanie, est néanmoins la meme, c’est-à-dire la môme aussi que celle du coq de bruyère à fiaise de M. Edwards. 11 est vrai qu'en comparant cet oiseau en nature, ou même notre planche enluminée, n" 104, avec celle de M. Edwards, 11“ 248, il paraîtra au premier coitp d'œil des différences très considérables entre ces deux oiseaux : mais, si l’on fait attention aux ressemblances, et en même temps auxdifférentes vues desdessinateurs, dont l’un, M. Edwards, a voulu représenter les plumes au-dessus des ailes et de la tête relevées

DES OISEAUX ÉTRAiNOERS.

comme si l’oiseau était non-seulcmcnt vivant, mais en action d’amour et dont l’autre, M. Martinet, n’a dessiné cet oiseau que mort et sans plumes érigées ou redressées, la disconvenance des dessins se réduira à peu de chose ou plutôt s’évanouira tout à fait par une présomption bien fondée : c’est que notre oiseau est la femelle de celui d’Edwards : d'ailleurs, cet habile naturaliste dit positivement qu’il ne fait que supposer la huppe à son oiseau parce qu’ayant les plumes du sommet de la tête plus longues que les autres' il présume qu’il peut les redresser à sa volonté, eomrne celles qui sont audessus de ses ailcsj et du reste, la grandeur, la figure, les moeurs et le climat étant ici les mêmes, je pense cire fondé à présumer que la grosse gelinotte du Canada, la gelinotte huppée de Pensylvanie de M. Brisson, et le coq de bruyère à fraise de M. Edwards, ne font qu’une seule et même espèce, à laquelle on doit encore rap|)orter le coq de bois d’Amérique, décrit et représenté par Catesby.

Elle est un peu plus grosse que la gelinotte ordinaire, et lui ressemble par scs ailes courtes, et en ce que les plumes qui couvrent ses pieds ne descendent pas jusqu’aux doigts : mais elle n’a ni sourcils rouges, ni cercles de celte couleur autour des yeux. Ce qui la caractérise, ce sont deux toulfes de plumes plus longues que les autres et recourbées en bas, qu’elle a au haut de la poitrine, une de chaque côté ; les plumes de ces touffes sont d'un beau noir, ayant sur leurs bords des reflets brillants qui jouent entre la couleur d’or et de vert; l’oiseau peut relever, quand il veut, ces espèces de fausses ailes, qui, lorsqu’elles sont pliées, tombent de pan et d autre sur la partie supérieure des ailes véritables. Le bec, les doigts et les ongles sont d’un brun rougeâtre.

Cet oiseau, selon M. Edwards, est fort commun dans le Maryland et la Pensylvanie, où on lui donne le nom de faisan : eependant il a, par son naturel et ses habitudes, beaucoup plus d’afïînité avec le tétras ou coq de bruyère; il tient le milieu pour la gro.sseur entre le faisan et la perdrix. Ses pieds sont garnis de plumes, et ses doigts dentelés sur les bords comme ceux des tétras; son bec est semblable à celui du coq ordinaire; l’ouverture des narines est recouverte par de petites plumes qui naissent de la base du bec, et se dirigent en avant; tout le dessus du corps, compris la tète la queue et les ailes, est émaillé de différentes couleurs brunes, plus ou moins claires, d'orangé et de noir; la gorge est d’un orangé brillant, quoique un peu foncé; l’estomac, le ventre et les cuisses ont des taches noires en forme de croissant, distribuées avec régularité sur un fond blanc; il a sur la tète et autour du cou de longues plumes, dont il peut, en les redressant à son gré, se former une huppe et une sorte de fraise: ce qu’il fait principalement lorsqu’il est wi amour : il relève en même temps les plumes de sa queue en faisant la roue, gonflant son jabot, Irainant les ailes, et accompagnant son action d’un bruit sourd et d'un bourdonnement semblable à celui du coq d'Inde; il a de plus, pour rappeler ses femelles, un battement d’ailes très-singulier, et assez fort pour se faire entendre à un demi-mille de ilisiance par un temps calme. Il se plait à cet exercice au [irintemps et en automne, qui sont le temps de sa chaleur, et il le répète tous les jours à des heures réglées, savoir : à neuf heures du matin et sur les quatre heures du soir, mais toujours étant posé sur un tronc sec. Lorsqu'il commence, il met d’abord un intervalle d'environ deux secondes entre chaque battement, puis accélérant la vitesse par degrés, les coups se succèdent à la fin avec tant de rapidité, qu'ils ne font plus qu'un bruit continu, semblable à celui d’un tambour, d’autres disent d'un tonnerre éloigné. Ce bruit dure environ une 'ninute, et recommence par les mémos gradations après sept ou huit minutes

BIFFOAI, toinf VIII. 1 -

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(le repos : tout ce bruit ii’est (pi une invitation (rainour (pie le mâle adresse à ses l'emellcs, cpie celles-ci eiilendenl de loin, et tpii devient rannonce d’une génération nouvelle, mais qui ne devient aussi que trop souvent un signal (le destruction ; car les chasseurs, avertis par ce bruit, qui n’est point pour eux, s’approcbent de l’oiseau sans être aperçus et saisissent le niomeni de cette espèce de convulsion pour le tirer à coup sûr : je dis sans en être aperçus, car dès que cet oiseau voit un homme, il s’arrête aussitôt, fût-il dans la plus graiule violence de son mouvement, et il s’envole à trois ou quatre cents pas : ce sont bien là les habitudes de nos tétras d’Europe et leurs mœurs, quoique un peu outiées.

La nourriture ordinaire de ceux de Pensylvanie sont les grains, les fruits, les raisins et surtout les baies de lierre; (‘c qui est remarquable, parce que ces baies sont un poison pour plusieurs animaux.

Ils ne couvent que deux fois l’année, apparemment au printemps et en automne, qui sont les deux saisons où le mâle bal des ailes : ils font leurs nids 5 terre avec des feuilles, ou à côté d’un tronc sec couché par terre, ou au pied d’un arbre debout, ce qui dénote un oiseau pesant : ils pondent de douze à seize œufs, et les couvent environ trois semaines. La mère a fort à cœur la conservation de ses petits ; elle s'expose à tout pour les défendre, et cherche à attirer sur elle-même les dangers qui les menacent; ses petits, de leur côté, savent se cacher irès-fiiiemenl dans les feuilles ; mais tout cela n’empéehe pas que les oiseaux de proie n’en détruisent beaucoup. La couvée forme une compagnie qui ne se divise qu’au printemps de l’année suivante.

Ces oiseaux sont fort sauvages, et rien ne peut les apprivoiser ; si on en fait couver par des poules ordinaires, ils s’échapperont et s'enfuiront dans les bois presque aussitôt qu’ils seront éclos.

Leur chair est blanche cl très-bonne à manger : serait-ce par cette raison que les oiseaux de proie leur donnent la chasse avec tant d’acharnemcnl? Nous avons eu déjà ce soupçon à l'occasion des tétras d’Europe : s’il était confirmé parmi nombre sullisant d’observations, il s’cnsuivraitnon-seulemeni que la voracité n’exclut pas toujours un appétit de préférence, mais que l’oiseau de proie est à peu près de même goût que l’homme, et ce serait une analogie de plus entre les deux espèces.

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