LE PAON BLANC
Ordre des gallinacés, genre paon. (Cüvier.)
Le climat n’influe pas moins sur le plumage des oiseaux que sur le pelage des quadrupèdes : nous avons vu, dans les volumes précédents, que le
* Le paon blanc n’est qu’une variété du paon domestique.
2Ü!2 IIISTOIUK iNATLIRIÎLLE
lièvre, riicrniine et la plupart îles autres aiiitnaux, étaient sujets à devenir blancs dans les pays froids, surtout pendant l'Iiiver ; et voici une espèce de paon, ou, si l’on veut, une variété, qui parait avoir éprouvé les mêmes effets par la même cause, et plus grands encore, puisqu’elle a produit une race constante dans cette espèce, et qu’elle semble avoir agi plus fortement sur les plumes de cet oiseau : car la blancheur des lièvres et des hermines n’est (lue passagère, et n'a lieu que pendant l'Iiiver, ainsi que celle de la gelinotte blanche ou tiu lagopède, au lieu que le paon blanc est toujours blanc, et dans tous les pays, l’été comme I biver, à Rome comme à Tornéo ; et cette couleur nouvelle est meme si fixe, que des otufs de eet oiseau pondus et éclos en Italie donnent encore des paons blancs. Celui qu’Aldrovande a fait dessiner était né à Bologne; d'où il avait pris occasion de douter que cette variété fût propre aux pays froids : cependant la pbqtart des naturalistes s’accordent à regarder la IVorwége et les autres contrées du Nord comme son pays natal ; et il parait qu’il y vil dans l’état de sauvage ; car il se répand pendant l hiver dans rAllemagne, où on en prend assez communément dans cette saison; on en trouve même dans des contrées beaucoup plus méridiodionales, telles que la France et l’Italie, mats dans l'état de domesticité seulement.
M. Linnæus assure en général, comme je l'ai dit plus haut, que les paons ne restent pas même en Suède de leur plein gré, et il n’en excepte point les paons blancs.
Ce n’est passons un laps de temps considérable et sans des circonstances singulières, qu'un oiseau né dans les climats si doux de l’Inde et de l’Asie a pu s’accoutumer à l’àpreté des pays septentrionaux : s’il n’y a pas été transporté par les hommes, il a pu y passer soit par le nord de l’Asie, soit par le nord de l’Europe. Quoiqu’on ne sache pas précisément l’époque de cette migration, je soupçonne qu’elle n’est pas fort ancienne; car je vois d’un côté dans Aldruvande, Longolius, Scaliger et Scbwcuckfcld, que les paons blancs n'ont cessé d’être rares que depuis fort peu de temps; et, d'un autre côté, je suis fondé à croire que les Crées ne les ont point connus, puisque Aristote ayant parlé, dans son Traité delà génération des animaux, des couleurs variées du paon, et ensuite des perdrix blanches, des corbeaux blancs, des moineaux blancs, ne dit pas un mot des paons blancs.
Les modernes ne disent rien non plus de l’bistoire de ces oiseaux, si ce n’est que leurs |)etits sont fort délicats à élever : cependant il est vraisemblable que l’inllucnce du climat ne s'est point bornée à leur plumage, et qu’elle se sera étendue plus ou inoins jusque sur leur lempératnent, leurs habitudes, leurs mœurs, et je m’étonne (|u’aucun naturaliste ne se soit encore avise d’observer les progrès ou du moins le résultat de ces observations plus intérieures et plus profondes : il me semble qu'une seule observation de ce genre serait plus intéressante, ferait plus pour I histoire naturelle, que d’aller compter scrupuleusenienl toutes les plumes des oiseaux, et décrire laborieusement toutes les teintes et demi- teintes de chacune de leurs barbes dans les quatre parties du monde.
Au reste, quoitiuc leur plumage soit entièrement blanc, et particulièrement les longues plumes de leur queue, cependant on y distingue encore à l’extrémité des vestiges marqués (le ces miroirs iiui en faisaient le plus bel ornement, tant l'empreinte des couleurs primitives était profonde. 11 serait curieux de cbcrcbcr à ressusciter ces couleurs, et de déterminer par l'expérience combien de temps et ([uel nombre de générations il faudrait dans un climat convenable, tel que les Indes, pour leur rendre leur premier éclat.
Ui^:' •»riJ«4S^'
t . :• •-'•'■■‘i- .-«if V :■ «tf