‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 109 sur 525 · DU PAO · texte numérisé non relu

DU PAO

exemple ayaiU été suivi, cel oiseau devint très-cher à Rome; et les empereurs renchérissant sur le luxe des particuliers, on vit un Vitellius, un lléliogabale mettre leur gloire à remplir des plats immenses de têtes ou de cervelles de paons, de langues de phénicoptères, de foies de scares, et à en composer des mets insipides, qui n’avaient d’autre mérite que de supposer une dépense prodigieuse et un luxe excessivement destructeur.

Dans ces temps-là, un troupeau de cent de ces oiseaux pouvait rendre soixante mille sesterces, en n’exigeant de celui à qui on en confiait le soin que trois paons par couvée; ces soixante mille sesterces reviennent, selon l’évaluation de Gassendi, à dix ou douze mille francs : chez les Grecs, le mâle et la femelle se vendaient mille drachmes, ce qui revient à huit cent quatrevingt-sept livres dix sous, selon la plus forte évaluation , et à vingt-quatre livres, selon la plus faible : mais il parait que cette dernière est beaucoup trop faible, sans quoi le passage suivant d’Athénée ne signifierait rien : «N’y « a-t-il pas de la fureur à nourrir des paons dont le prix n’est pas moindre « que celui des statues? » Ce prix était bien tombé au commencement du XVI* siècle, puisque dans la nouvelle coutume du Bourbonnais, qui est de 1621, un paon n’était estimé que deux sous six deniers de ce temps-là, que M. Dupré de Saint-Maur évalue à trois livres quinze sous d aujourd’hui; mais il parait que peu après cette époque le prix de ces oiseaux se releva; car Bruyer nous apprend qu’aux environs de Lisieux, où on avait la facilité de les nourrir avec du marc de cidre, on en élevait des troupeaux dont on lirait beaucoup de profil , parce que, comme ils étaient fort rares dans le reste du royaume, on en envoyait de là dans toutes les grandes villes pour les repas d’apparat. Au reste, il n’y a guère que les jeunes que l’on puisse manger ; les vieux sont trop durs, et d’autant plus durs que leur chair est naturellement fort sèche ; et c’est sans doute à cette qualité qu’elle doit la propriété singulière, et qui parait assez avérée, de se conserver sans corruption pendant plusieurs années. On en sert cependant quelquefois de vieux, mais c’est plus pour l’apparat que pour l’usage, car on les sert revêtus de leurs belles plumes; et c’est une recherche de luxe assez bien entendue que l’élégance industrieuse des modernes a ajoutée à la magnificence effrénée des anciens : c’étail sur un paon ainsi préparé que nos anciens chevaliers faisaient dans les grandes occasions leur \œu appelé le vœu du paon.

On employait autrefois les plumes de paon à faire des espèces d’éventails ; on en formait des couronnes en guise de laurier pour les poètes appelés troubadours. Gessner a vu une étoffe dont la chaîne était de soie et de fil d’or, et la trame de ces mêmes plumes ; tel était sans doute le manteau tissu de plumes de paon qu’envoya le pape Paul 111 au roi Pépin.

Selon Aldrovande, les œufs de paon sont regardés par tous les modernes comme une mauvaise nourriture; tandis que les anciens les mettaient au premier rang, et avant ceux d’oie et de poule commune : il explique cette contradiction en disant qu’ils sont bons au goût et mauvais à la santé; reste à examiner si la température du climat n’aurait pas encore ici quelque influence.

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