LE FAISAN DORÉ, OU LE TRICOLOR HUPPÉ DE LA CHINE
Quelques auteurs ont donné à cet oiseau le nom de faisan rouge; on eut été presque aussi bien fonde a lui donner celui de faisan bleu, et ces deux dénominations auraient été aussi imparfaites que celle de faisan doré, puisque toutes les trois, n'indiquant que l une des trois couleurs éclatantes qui brillent sur son plumage, semblent exclure les deux autres : ccsl et; qui m’a donné l’idée de lui imposer un nouveau nom, et j'ai cru que celui de iricolor huppé de la Chine le caractériserait mieux, puisqu il présente à l’esprit ses attributs les plus apparents.
On peut regarder ce faisan comme une variété du laisan ordinaire, qui s’est embelli sous un ciel plus beau; ce sont deux branches d’une même ami lie, qui se sont séparées depuis longtemps, qui même ont formé deux
27“i mSTOIllE MATIJIŒLLE
races disliiiclcs, et qui cependant se reconnaissent encore, car elles s’allient, SC mêlent et produisent ensemble : mais il faut avouer que leur produit tient un peu de la stérilité des mulets, comme nous le verrons plus bas, ce (|ui prouve de plus en plus l’ancienneté de la séparation des deux races.
Le tricolor buppé de la Chine est plus petit que notre faisan ; et je dois avenir, à cette occasion, que dans notre planche n" 21 7 on a omis le module, qui doit être de deux pouces neuf lignes.
La beauté frappante de cet oiseau lui a valu d’être cultivé et multiplié dans nos faisanderies, où il est assez commun aujourd’hui. Son nom de tricolor huppé indi(|uc le rouge, le jaune doré et le bleu qui dominent dans son plumage, cl les longues et belles plumes qu’il a sur la tête, et qu'il relève quand il veut en manière de huppe : il a l’iris, le bec, les pieds et les ongles jaunes; la queue plus longue .à proportion que notre faisan, plus émaillée, cl en général le plumage plus brillant : au-dessus des plumes de la queue sortent d’autres plumes longues cl étroites, de couleur écarlate, dont la lige est jaune; il n'a point les yeux entourés d'une peau rou.i;e, comme le faisan d’Europe; en un mot, il paraît avoir subi fortement l’in- (luence du climat.
La femelle du faisan doré est un peu plus petite que le mâle; elle a la queue moins longue ; les couleurs de son plumage sont fort ordinaires, et encore moins agréables que celles de notre faisane; mais quelquefois elle devient avec le temps aussi belle que le mâle. On en a vu une en Angleterre, chez milady Essex,qui, dans l'espace de six ans, avait graduellement changé sa couleur ignoble de bécasse en la belle couleur du mâle, duquel elle ne se distinguait plus que par les yeux et par la longueur de la queue. Des personnes inu lligentes, qui ont été à portée d’observer ces oiseaux, m’ont aussi assuré que ce ehangcmcril de couleur avait lieu dans la plupart des femelles; qu'il eommençail lorsqu’elles avaient quatre ans, temps où le mâle commençait aitssi à prendre du dégoût pour elles et à les maltraiter; (ju’il leur venait alors de ces plumes longues et étroites, qui dans le mâle accompagnent les plumes de la queue; en un mot, que plus elles avançaient en âge, plus elles devenaient semblables aux mâles, comme cela a lieu plus ou moins dans prcs(pie tous les animaux.
M. Edwards assure qu’on a vu pareillement chez le duc de Leeds une faisane commune dont le plumage était devenu semblable à celui du faisan mâle; et il ajoute que de tels changements de couleur n'ont guère lieu que parmi les oiseaux qui vivent dans la domesticité.
Les œufs de la faisane tloréc ressemblent beaucoup à ceux de la pintade, et sont plus petits à proportion que ceux de la poule domestique, et plus rougeâtres que ceux de nos faisans.
Le docteur Hans Sloane a conservé un mâle environ quinze ans : il paraît que c’est un oiseau robuste, puisqu’il vit si longtemps hors de son pays; il s’accoutume fort bien au nôtre, et y multiplie assez facilement; il multiplie même avec notre faisane d'Europe. M. Leroy, lieutenant des chasses de Versailles, ayant mis une de ces faisanes de la Chine avec un coq-faisan de ce pays-ci, il en est résulté deux faisans mâles fort ressemblants aux nôtres, cependant avec le plumage mal teint, et n'ayant que t|uelques plumes jaunes sur la tète comme le faisan de la Chine. Ces deux jeunes mâles métis ayant été mis avec des faisanes d’Europe, l’un d’eux féconda la sienne la seconde année, et il en est résulté uncpoule faisane qui n’a jamais pu devenir féconde; et les deux coqs métis n’ont rien produit de plus jusqu’à la quatrième année, temps où ils trouvèrent le moyen de s'échapper à travers leurs lilels.
11 y a grande ap|)arcnce que le tricolor huppé, dont il s’agit dans cet
kv