‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 150 sur 525 · DE LA CAILLE · texte numérisé non relu

DE LA CAILLE

blanchâtre, parsemée de taches noires et presque rondes, tandis que le mâle l’a roussàtrc sans mélange d'antres conletirs. Il a aussi le bec noir, ainsi que la gorge et quelques poils autour de la base du bec supérieur. Eidin, on a remarqué qu'il avait les testictdes très-gros relativeinent au volume de son corps : mais cette observation a sans doute été faite dans la saison de l'amour, temps où en général les testicules des oiseaux grossissent

considérablement. , , , , ^

Le male et la tVrnelle ont chacun deux cris : 1 un plus éclatant ei plus fort, l'autre plus faible. Le male fait oiian, ouan, ouan, omn; il ne donne sa voix sonore que lorsqu’il est éloigné des femelles, et il ne la laitjarnais entendre en cage pour peu qu’il ail une compagne avec lui. La femelle a un cri que tout le monde connaît, qui ne lui sert que pour rappeler sou mâle ; et quoique ce ori soit faible, et que nous ne puissions l eiitendre quà une petite distance, les mâles y accourent de près d’une demi-lieu : elle a aussi un petit son tremblotant cri, cri. Le mâle est [)his ardent que la femelle ; car celle-ci ne court point à la voix du mâle, comme le mâle accourt à la voix de la femelle dans le temps de l’amour, et souvent avec une telle précipitation, un tel abandon de lui-même, qu’il vient la chercher jusque dans la main de l’oiseleur.

La caille, ainsi que la perdrix et beaucoup d'autres animaux, ne produit que lorsqu'elle est en liberté : on a beau fournir à celles qui sont prisonnières dans des cages tous les matériaux qu’elles emploient ordinairement dans la construction de leurs nids, elles ne uiclieni jamais, et ne prennent aucun soin des œufs qui leur échappent et qu’elles semblent pondre malgré elles.

On a débité plusieurs absurdités sur la génération des cailles. Ou a dit d’elles, comme des perdrix, qu elles étaient fécondées par le vent : cela veut dire qu elles pondent quelquefois sans le secours du mâle. On a dit qu’elles s’engendraieut des thons que la mer agitée rejette iiuelquefois sur les cotes de Libye; (lu elles paraissaient d abord sous la forme de vers, ensuite sous celle de mouches, et que, grossissant par degrés, elles devenaient bientôt des sauterelles, et eiilin des cailles, c’est-à-dire que des gens grossiers ont vu des couvées de cailles chercher, dans les cadavres de ces thons laisses par la mer, quelques insectes qui y étaient éclos, et qu’ayant quelque noiion vague des métamorphoses des insectes, ilsoiil cru qu’une sauterelle pouvait se changer en caille, comme un ver se change en un insecte ailé. Enfin, on a dit que le mâle s’accouplait avec le crapaud femelle ; ce qui ii’a pas même d'apparence de fondement. . . . ,

Les cailles se nourrissent de ble, de millet, de chenevis, d herbe verte, d’insectes, de toutes sortes de graines, même de celle d’ellébore; ce qui avait donné aux anciens de la répugnance pour leur chair, joint à ce quils croyaient que c’était le seul animal avec l’homme qui lut sujet au mal caduc : mais l’expérience a détruit ce préjugé.

Eu Hollande, où il y a beaucoup de ces oiseaux, principalement sur les côtes on appelle les baies de brione ou couleuvrée haies aux cailles-, ce qui suppose en elles un appétit de préférence pour cette nourriture.

Il semble que le boire ne leur soit pas absolument necessaire : car des chasseurs m'ont assuré qu’on ne les voyait jamais aller à 1 eau; et d autres, qu’ils en avaient nourri pendant une année entière avec des graines seches et sans aucune sorte de boisson, quoiqu’elles boivent assez fréquemment lorsqu’elles en ont la commodité; ce rctraiicbement de toute boisson est même le seul moyen de les guérir lorsqu’elles rendent leur eau, c’est-à-dire lorsqu’elles sont attaquées d’une espèce de maladie dans laquelle elles ont presipie toujours une goutte d eau au bout du bec.

31 ;) IIISTOIUli NATUlUiLl.l!:

Quelqitcs-iiiis ont cru remarquer qu’elles troublaienl rciaii avaiil que île boire, et l’on n’a pas manqué de dire que c’était par un niolif d’envie j car on ne finit pas sur les motifs des botes. Elles se tiennent dans les cliamps, les prés, les vignes, mais très-rarement dans les bois, et elles ne se perelient jamais sur les arbres. Quoi qu'il en soit, clics prennent beaucoup plus de graisse que les perdrix : on croit que cei|ui y contribue, c’est l'habitude où elles sont de passer la plus grande partie de la chaleur du jour sans mouvement; elles se cachent alors dans l’herbe la plus serrée, et on les voit quelquefois demeurer quatre heures de suite dans la même {dacc, couches sur le côté et les jambes étendues : il faut que le chien tombe absolument dessus pour les faire partir.

On dit qu’elles ne vivent guère au delà de quatre ou cinq ans; et Olina regarde la brièveté de leur vie comme une suite de leur disposition à s’engraisser : Artémidore l'attribue à leur caractère triste et querelleur; et tel est en effet leur caractère : aussi n’a-t-on pas manqué de les faire battre en public pour amuser la multitude. Solon voidait même que les enfants et les jeunes gens vissent ecs sortes de cond)ats, pour y prendre des leçons de courage; et il lallait bien que celle sorte degyinnasiiquc, qui nous semble puérile, fût en honneur parmi les Komains, et qu elle tint à leur politicpie, puisque nous voyons qu'Auguste punit de mort un préfet d'Egypte pour avoir acheté et fait servir sur sa table un de ces oiseaux qui avait accpiis de la célébrité par ses victoires. Encore aujourd'hui on voit de ces espèces de tournois dans quelques villes d'Iialic : on prend deux cailles à qui on donne à manger largement; on les met ensuite vis-à-vis l'une de l’autre, chacune au bout opposé d'une longue table, et l'on jette entre deux quelques grains de millet (car parmi les animaux il faut un sujet réel pour se battre) : d’abord elles se lancent des regards menaçants; puis, partant comme un éclair, elles se joignent, s'attaquent à coups de hcc, et ne cessent de se battre, en dressant la tète et s'élevant sur leurs ergots, jusqu'à ce que l’une cède à l'autre le champ de bataille. Autrefois, on a vu ces cs[»èees de duels se passer entre une caille et un homme. La caille étant mise dans une grande caisse, au milieu d’un cercle qui était tracé sur le fond, l'homme lui frappait la tète ou le bec avec un seul doigt, ou bien lui arrachait «pielques plumes ; si la caille en se défendant no sortait point du cercle tracé, c’était son maître qui gagnait la gageure; mais si elle mettait un pied hors do la circonférence, c’était son digne antagoniste (pii était déclaré vainqueur, et les cailles qui avaient été souvent victorieuses se vendaient fort cher. Il est à remarquer que ces oiseaux, de nièine que les perdrix et plusieurs autres, ne se battent ainsi que contre ceux de leur espèce; ce qui suppose en eux plus de jalousie que de courage ou même de colère.

On juge bien qu’avec l'habitude de changer de climat, et de s’aider du vent pour faire scs grandes traversées, la caille doit être un oiseau fort répandu : et en effet, on la trouve au cap de Bonne-Espérance et dans toute l’Afrique habitable, en Espagne, en Italie, en France, en Suisse, dans les Pays-Bas et en Allemagne, en Angleterre, en Ecosse, en Suède, et jusqu’en Islande; et du côté de l’est, en Pologne, en Russie, en Tariarie, cl jusqu’à la Chine. Il est même très-probable qu elle a pu passer en Amérique, puisqu’elle se répand chaque année assez près des cercles polaires, qui sont les points où les deux continents se rapprochent le plus; et en effet, on en trouve dans les îles Malouînes, comme nous le dirons plus bas. En général, on en voit toujours plus sur les côtes de la mer et aux environs, que dans l’intérieur des terres.

La caille sc trouve donc partout, et partout on la regarde comme un fort

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bon gibier, donl lo elüiir est de bon goût cl aussi saine (|ue peut I être une chair aussi grasse. Aldrovandc nous apprend rnêine qu’on en fait fondre la graisse à part, et qu’on la garde pour servir d’assaisonnement j et nous avons vu plus haut que les Chinois se servaient de l’oiseau vivant pour s échauffer les mains.

On se sert aussi de la femelle, ou d’un appeau qui imite son cri, pour attirer les mâles dans le piège; on dit même qu'il ne faut que leur présenter un miroir avec un filet au-devant, où ils se prennent en accourant à leur image, qu'ils prennent pour un autre oiseau de leur espèce; à la Chine, on les prend au vol avec des troubles légères que les Chinois manient fort adroitement : en général, tous les pièges qui réussissent pour les autres oiseaux sont bons pour les cailles, surtout pour les mâles, qui sont moins déliants et plus ardents que leurs femelles, et que l’on mène partout où l'on veut en imitant la voix de celle-ci.

Cette ardeur des cailles a donné lieu d’attribuer à leurs œufs, à leur graisse, etc., la propriété de relever les forces abattues et d’exciter les tempéraments fatigués; on a même été jusqu’à dire que la seule présence d’un de ces oiseaux dans une chambre procurait aux personnes qui y couchaient des songes vénériens. Il faut citer les erreurs, afin qu’elles se détruisent elles-mêmes.

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