LE RAMIER
(l,.\ COI.OMBE KAMIEK.)
Ordre des gallinacés, genre pigeon. (Cuvier.)
Comme cet oiseau est beaucoup plus gros que le biset, et que tous deux tiennent de très- près au pigeon domestique, on pourrait croire que les petites races de nos pigeons de volière sont issues des bisets, et que les plus grandes viennent des ramiers, d’autant plus que les anciens éuiiciu dans l’usage d'élever des ramiers, de les engraisser et de les faire multiplier : il se peut donc que nos grands pigeons de volière, et particulièrement les gros paitus, viennent originairement des ramiers; la seule chose qui paiaîtrait s opposer à celle idée, c’est que nos petits pigeons domesti(|ues produisent avec les grands, au lieu qu il ne parait pas que le ramier produise avec le biset, puisque tous deux fréquentent les mêmes lieux sans se nieler ensemble. La tourterelle, qui s’apprivoise encore plus aisément que le i aimer, et que 1 on peut facilement élever et nourrir dans les maisons, pourrait, a égal titre, être regardée comme la tige de quelques-unes de nos laces de pigeons domestiques, si elle n’était pas, ainsi que le ramiei, d une espèce paiticulière et qui ne se mêle pas avec les pigeons sauvages : mais on peut concevoir
Bi'FfOK, tonie VIII.
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que des aiiiinaiix qui iie se mêlent pas dans l'clat de nature, parce que eliaque mâle trouve une femelle de son espèce, doivent se mêler dans l’état de captivité s’ils sont privés de leur femelle propre et quand on ne leur offre qu’une femelle étrangère. Le biset, le ramier et la tourterelle ne se mêlent pas dans les bois, parce que chacun y trouve la femelle qui lui convient le mieux, cest-à-dire celle de son espèce propre : mais il est possible qu étant privés de leur liberté et de leur femelle, ils s’unissent avec celles qu’on leur présente; et comme ces trois espèces sont fort voisines, les individus qui résultent de leur mélange doivent se trouver féconds, et produire [)ar conséquent des races ou variétés constantes ; ce ne seront pas des rnidets stériles, comme ceux qui proviennent de l ànesse et du cheval, mais des métis féconds, comme ceux que produit'Ie bouc avec la brebis. A juger du genre columbacé par toutes les analogies, il parait que dans l’état de nature il y a, comme nous l avons dit, trois espèces principales, et deux autres qu’on peut regarder comme intermédiaires. Les Grecs avaient donné à chacune de ces cinq espèces des noms dilïéronts; ce qu’ils ne faisaient jamais que dans l’idée qu il y avait en effet diversité d’espèce : la première et la plus grande est le phassa ou phatla, (pu est notre ramier; la seconde est le péléias, qui est notre biset; la troisième, le trurjm ou la tourterelle; h quatrième, cpii fait la première dos intermédiaires, est r(e/ia.s, qui, étant un peu plus grand que le biset, doit être regardé comme une variété dont l’origine peut se rapporter aux pigeons fuyards ou déserteurs de nos colombiers; enlin la cinquième est \epliaps, qui est un ramier plus petit que le phassa, et qu’on a par cette raison appelé palumbus minor, mais qui ne nous parait faire qu’une variété dans l'espèce du ramier; car on a observé que, suivant les climats, les ramiers sont plus ou moins grands. Ainsi toutes les espèces nominales, anciennes et modernes, se réduisent toujours à trois, c’est-à-dire à celles du biset, du ramier et de la tourterelle, qui peut-être ont contribué toutes trois à la variété presque infinie qui se trouve dans nos pigeons domestiques.
Les ramiers arrivent dans nos provinces au printemps, un peu plus tôt (pie les bisets, et partent en automne un peu plus tard. C’est au mois d’août qu’on trouve en France les ramereaux en plus grande quantité ; et il parait qu ils viennent d’une seconde ponte, qui se fait sur la fin de l été; car la première ponte, qui se fait de très-bonne heure au printeuqis, est souvent détruite, parce que le nid, n’étant pas encore couvert par les feuilles, est trop exposé. Il reste des ramiers pendant l’iiiver dans la plupart de nos provinces. Ils perchent comme les bisets; mais ils n'établissent pas, comme eux, leurs nids dans des trous d'arbre; ils les placent à leur sommet et les construisent assez légèrement avec des bûchettes : ce nid est plat et assez large pour recevoir le mâle et la femelle. Je suis assuré qu’elle pond, de très-bonne heure au printemps, doux et souvent trois œufs ; car on m’a apporté plusieurs nids où il y avait deux et quelquefois trois ramereaux déjà fort au commencement d'avril. Quehiucs gens ont prétendu que, dans noire climat, ils ne produisent qu’une fois l'année, à moins qu on ne prenne leurs petits ou leurs œufs; ce qui, comme I on sait, force tous les oiseaux à une seconde ponte. Ceiiendani Frisch assure qu’ils couvent deux fois par au, ce qui nous parait très -vrai. Comme il y a constance et fidélité dans l union du mâle et de la femelle, cela suppose que le sentiment d’amour et le soin des petits durent toute l’année. Or, la femelle pond (piatorze jours après les approches du mâle; elle ne couve que pendant quatorze autres jours, et il ne faut qu'autant de temps pour que les petits puissent voler et se pourvoir d’eux-mèmes. Ainsi il y a toute apparence qu'ils produisent plutôt deux fois (pi'une par an : la première, comme je l'ai dit, au commencement du prin-
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temps; et la seconde au solstice d élé, comme l’ont remai’C|ué les anciens. 11 est trcs cerlain que cela est ainsi dans tous les climats chauds et tempérés, et très-probable qu'il en est à peu près de même dans les pays froids. Ils ont un ronconlemenl plus fort iiue celui des pigeons, maisqui ne se lait entendre que dans la saison des amours et dans les jours sereins; car, dès qu’il pleut, ces oiseaux se taisent, et on ne les entend que très-rarement en hiver. Ils se nourrissent de fruits sauvages, de glands, de faînes, de fraises dont iis sont très-avides, et aussi de fèves et de grains de toute espèce ; ils font un grand dégât dans les blés lorsqu'ils sont versés; et quand ecs aliments leur manquent, ils mangent de l’herbe. Ils boivent à la manière des pigeons, c’est-à-dire de suite et sans relever la tête qu’après avoir avalé toute l’eau dont ils ont besoin. Comme leur chair, et surtout celle des jeunes, est excellente à manger, on recherche soigneusement leurs nids, et on en détruit ainsi une grande quantité. Cette dévastation, jointe au petit produit, qui n’est que deux ou trois œufs à chaque ponte, hiit que l’espèce n’est nombreuse nulle part. Ou en prend à la vérité beaucoup avec des filets dans les lieux de leur passage, surtout dans nos provinces voisines des Pyrénées ; mais ce n’e.st que dans une saison, et pendant peu de jours.
Il parait que, quoique le ramier préfère les climats chauds et tempérés, il habite quelquefois dans les pays septentrionaux, puisque M. Linnæus le met dans la liste des oiseaux qui se trouvent en Suède ; et il parait aussi qu’ils ont passé d’un continent à l’autre, car il nous est arrivé des provinces méridionales de l’Amérifpie, ainsi que des contrées les plus chaudes de notre continent, plusieurs oiseaux qu’on doit regarder comme des variétés ou des espèces très-voisines de celle du ramier, et dont nous allons faire mention dans l’article suivant.
01SEA.uk ÉrUÀNGEKS
QUI OiM l'.APPOUT AU HAMIEK.