LK VAUTOUR A AIGRETTE
Ordre des oiseaux de proie, famille des diurnes, genre vautour. (Cuvier.)
Ce vautour, qui est moins grand que les trois premiers, l’est cependant encore assez (lour être mis au nombre des grands vautours. Nous ne pouvons en rien dire de mieux que ce qu’en a dit Gessner, qui de tous les naturalistes est le seul qui ait vu plusieurs de ces oiseaux. Le vautour, dit-il, que les Allemands appellent kasenijeier (vautour aux lièvres), a le bec noir et crochu par le bout, de vilains yeux, le corps grand et fort, les ailes larges, la queue longue et droite, le plumage d’un roux noirâtre, les pieds jaunes. Lorsqu il est en repos, à terre ou perché, il redresse les plumes de la tête, qui lui font alors comme deux cornes, que l’on n’aperçoit plus quand il vole. Il a prés de six pieds de vol ou d’envergure; il marche bien et fait des pas de quinze pouces d étendue, il poursuit les oiseaux de toute espèce, et il en lait sa proie ; il chasse aussi les lièvres, les lapins, les jeunes renards et les petits faons, et n’épargne pas même le poisson : il est d’une telle férocité, qu’on ne peut l’apprivoiser; non-seulement il poursuit sa proie au vol en s’élançant du sommet d’un arbre ou de quelque rocher élevé, mais encore à la course. Il vole avec grand bruit. Il niche dans les forêts épaisses et désertes, sur les arbres les plus élevés. Il mange la chair, les entrailles des animaux vivants, et même les cadavres ; quoique très-vorace, il peut supporter l abstinence pendant quatorze jours. On prit deux de ces oiseaux en Alsace, au mois de janvier 1313, et l’année suivante on en trouva d autres dans un nid qui était construit sur un gros chêne très-élevé, à quelque distance de la ville de Miesen.
Tous les grands vautours, c’est-à-dire le perenoptère, le griffon, le vautour proprement dit, et le vautour à aigrette, ne produisent qu’en petit nombre et une seule fois 1 année. Aristote dit qu ordinairement ils ne pondent qu un oeuf ou deux. Ils font leurs nids dans des lieux si hauts et d’un accès si difficile, qu’il est très-rare d'en trouver; ce n’est que dans les montagnes élevées et désertes que l’on doit les chercher. Les vautours habitent ces lieux de préférence pendant toute la belle saison, et ce n'est que quand les neiges et les glaces commencent à couvrir ces sommets de montagnes, qu’on les voit descendre dans les plaines, et voyager en hiver du côté des pays chauds; car il parait que les vautours craignent plus le froid que la plupart des aigles. Ils sont moinscommuns dans leNord ; il semblerait même qu’il ny en a point du tout en Suède, ni dans les pays au delà, puisque M. Linnæus, dans l'énuméralion qu’il fait de tous les oiseaux de la Suède ne fait aucune mention des vautours. Cependant nous parlerons, dans l’article suivant, d’un vautour qu’on nous a envoyé de Norwége; mais cela n’empêche pas qu’ils ne soient plus nombreux dans les climats chauds, en Egypte, en Arabie, dans les iles de rArchipel, et dans plusieurs autres
* Cuvier regarde cette espèce comme douteuse.