‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 193 sur 525 · LA PIE DE LA JAMAÏQUE · texte numérisé non relu

LA PIE DE LA JAMAÏQUE

Cet oiseau ne pèse que six onces, et il est d’environ un tiers plus petit que la [)ie commune, dont il a le bec, les pieds et la queue.

Le plumage du mâle est noir avec des reflets pourprés; celui de la femelle est brun, plus foncé sur le dos et sur toute la partie supérieure du corps, moins foncé sous le ventre.

Us font leur nid sur les branches des arbres. On en trouve dans tous les districts de l’île, mais plus abondamment dans les lieux les plus éloignés du bruit ; c’est de là qu’après avoir fait leur ponte et donné naissance à une génération nouvelle pendant l étc, ils se répandent I automne dans les habitations, et arrivent en si grand nombre, que l'air eu est quelquefois obscurci. Ils volent en troupes l’espace de plusieurs milles; et, partout où ils se posent, ils font un dommage considérable aux cultivateurs. Leur ressource pendant l’bi ver est de venir en foule aux portes des granges. Tout cela donne lieu de croire qu’ils sont frugivores; cependant on remarque qu’ils ont l’odeur forte, que leur chair est noire cl grossière, et qu’on en mange fort rarement.

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Il suii de ce que je viens de dire, que cet oiseau diffère de noire pie, riouseulenient par la façon de se nourrir, par sa taille et par son plumage, mais en ce qu il a le vol plus soutenu, et, par conséquent, l'aile plus forte; qu'il

par troupes plus nombreuses; (]ue sa chair est encore moins bonne à manger; enfin que, dans cette espèce, la différence du sexe en entraîne une p us grande dans les couleurs; en sorte qu'ajoutant à ces traits de dissemblance la difficulté (|u’a dû rencontrer la pie d’Europe à passer en Amérique, vu qu’elle a l’aile trop courte et trop faible pour franchir les grandes mers qui séparent les deux continents sous les zones tempérées, et qu’elle fuit les pays septentrionaux où ce passage serait plus facile, on est fondé à croire que ces prétendues pies américaines peuvent bien avoir quelque rapport avec les nôtres, et les représenter dans le nouveau continent, mais qu’elles ne descendent pas d une souche commune.

Le tesquizana du Mexique paraît avoir beaucoup de ressemblance avec cette pie de la Jamaïque, puisque, suivant Fernandez, il a la queue fort longue; qu il surpasse 1 étourneau en grosseur; que le noir de son plumage a des reflets; quil vole en grandes troupes, lesquelles dévastent les terres cultivées ou elles s’arrêtent; qu'il niche au printemps ; que sa chair est dure et de mauvais goût; en un mot, qu'on peut le regarder comme une espèce d etourneau ou de choucas : or, l’on sait qu’au plumage près, un choucas qui a une longue queue ressemble beaucoup à une pie.

Il n’en est pas ainsi de l’isana du môme Fernandez, quoique M. Brisson le confonde avec la pie de la Jama'ique. Cet oiseau a, à la vérité, le bec, les pieds et le plumage des mêmes couleurs : mais il parait avoir le corps plus gros, et le bec du double plus long; outre cela, il se plaît dans les contrées es plus froides du Mexique, et il a le naturel, les mœurs et le cri de I ôiourneaii. Il est difficile^ ce me semble^ de reconnaîire è ces Irahs la pie de la Jamaïque, de Catesby; cl, si on vcui le rapporter au même genre, on ne peut au moins se dispenser d’en faire une espèce séparée, d’autant plus que Fernandez, le seul naturaliste qui l'ait vu, lui trouve plus d’analogie avec 1 etourneau qu’avec la pie; et ce témoignage doit être de quelque poids auprès de ceux qui ont éprouvé combien le premier coup d’œil d’un observateur exercé, qui saisit rapidenienl le caractère naturel de la physionomie d lin animal, est plus décisif et plus sûr pour le rapporter à sa véritable espece, que l’examen détaillé des caraclcres de pure convention, que cliauue méthodiste établit à son gré. ‘

Au teste, il est très-facile et très-excusable de se tromper on parlant de ces espèces étrangères, qui ne sont connues que par des descriptions incomplètes et par de mauvaises figures.

Je dois ajouter que I isana a cette sorte de ris moqueur, ordinaire à la plupart des oiseaux qu’on appelle des pies en Amérique.

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