LE CAP-MORE
Famille des cotiiroslrcs, genre cassique. (Clvuîr.)
Un cajdtainc de vaisseau, qui avait ramassé une quarantaine d'oiseaux de différents pays, entre autres du Sénégal, de .Madagascar, etc., avait nommé ceux-ci pinsons du Sénégal. Je leur ai donné le nom de cap-more, à cause de leur capuchon mordoré, et j’ai substitué ce nom, qui exprime l'accident le plus rcmarijuable de leur plumage, à la dénomination impropre de troupiales du Sénégal, Elle m'a paru impropre, cette dénomination, soit à raison du climat indiqué, qui n'est point celui des troupiales, soit à rai.son même de l’cspcce désignée : car le cap-more s éloigne assez de l’espèce des troupiales, et [>ar les pro|)ortions du bec, de la quetie et des ailes, et par la manière dont il travaille son itid, pour (|u’on doive l’en distinguer par un nom particulier; et il pourrait sc faire que, sans être un véritable troupiale, il fût en Afrique le représentant de celte espèce américaine. Les deux dont il s’agit ici ont appartenu à une jiersonne d un haut rang, qui nous a permis de les laire dessiner chez elle; et cette personne ayant jeté un coup d'œil sur leurs laçons de faire, et ayant bien voulu nous communiquer ce qu’elle avait vu, elle nous a aiqiris, sur l'histoire de cette espèce étrangère et nouvelle, tout ce que nous en savons.
Le plus vieux avait une sorte de capuchon brun, qui paraissait mordoré au soleil : ce capuchon s’effaça à la mue de l’arrière-saison, laissant à la tète une couleur jaune; mais il reparut au [irintemps, ce qui se renouvela constammciu les années suivantes. La couleur principale du reste du corps était le jaune plus ou moins orangé; celle couleur régnait sur le dos comme sur la partie inlérieurc du corps, ci elle bordait les couvertures des ailes, leurs pennes et celles de la queue, lesquelles avaient toutes le fond noirâtre.
DU SIFFLUUU. 407
Le jeune fut tleux ans sans avoir le eapiiclion, et nicnie sans cliangor de couleurs; ec <iui fui cause fiiron le prit d'abord pour une feiuelle, et qu'on le dessina sous celle dénominalion. La méprise élait excusable, puisque, dans la pliqiart des animaux, le ftrcinier âge fail presque disparaître les différences qui dislinguent les mâles des femelles, ci qu’un des principaux caractères de ces dernières consiste à conserver irès-longlcmps les altribuis de la jeunesse : mais enfin, lorsqu’au bout de doux ans le jeune Iroupialc cul pris le eapuclion mordoré et tonies les couleurs du vieux, on ne put s’cmpèclier de le reconnaître pour un mâle.
Avant ce changement do couleurs, le jaunedeson plumage élait d'une teinte plus faible que dans le vieux; il régnait sur la gorge, le cou, la poitrine, et bordait, comme dans le vieux, (ouïes les plumes de la queue et des ailes. I.e dos élait d'un brun olivàlrc, qui s'étendait derrière le cou et jusque sur la tète. Dans l’un et rauire, l’iris des yeux était orange, le bec couleur de corne, plus épais et moins long que celui du iroupialc, et les pieds rougeâtres.
Ces deux oiseaux vécurent d’abord en assez bonne intelligence dans la même cage ; le |)bis jeune était ordinairement sur le bâton le plus bas, ayant le bec fort près l’un de raulrc; il lui répondait toujours en battant des ailes et avec l'air de la subordination.
Comme on s’aperçut, dans l’ctc, qu'ils cnlrelaçaicnl des liges de mouron dans la grille de leur cage, on prit cela pour l'indice d'une ilisposilion prochaine à nicher, et on leur donna de petits brins déjoues, dont ils eurent bientôt construit un nid, lequel avait assez de capacité pour que l'un des deux y fût caché tout entier. L’année suivante ils rccoinmencèrent; mais alors le vieux chassa le jeune, qui prenait déjà la livrée de son sexe, et celui-ci fut obligé de travailler à part à l’autre bout de la cage. Nonobstant une conduite si soumise, il était souvent battu, et quelquefois si rudement, qu’il restait sur la place : on fut obligé de les séparer tout à fait; et, depuis ce temps ils ont travaillé chacun de leur côté, mais sans suite; l’ouvrage du jour était ordinairement défait le lendemain : uti nid n'est pas l'ouvrage d un seul.
Ils avaient tous deux un chant singulier, un peu aigre, mais fort gai. Le plus vieux est mort subitement, cl le plus jeune à la suite de quelques attaques d’épilepsie. Leur grosseur élait un peu au-dessous de celle de notre premier Iroupialc; ils avaient aussi les ailes et la queue plus courtes à proportion.