LE CASSIQUE JAUNE DU BRÉSIL, OU L’YAPOU
Famille des coniroslres, genre cassique. (Cuvibb.)
En comparant les cassiques aux troupiales, aux carongesetauxbaltimores, avec lesquels ils ont beaucoup de choses communes, en s’apercevra qu'ils ont le bec plus fort, et les pieds plus courts à proportion, sans parler du caractère de leur physionomie, aussi facile à saisir par le coup d'œil, ou même à exprimer dans une ligure, que dilïicile à rendre avec le seul pinceau de la parole.
Plusieurs auteurs ont donné la description et la figure du cas.siqtie jaune sous dilïérents noms, et il y a à peine deux de ces ligures ou de ces descriptions qui s’accordent parfaitement. Mais, avant d’entrer dans le détail de ces variétés, il est bon d’écarter tout à fait un oiseau qui me parait avoir des différences trop caractérisées pour appartenir môme de loin à l’espèce de l'yapou, c'est la pie de Perse d’Aldrovande. Ce naturaliste ne l'a décrite que d'après un dessin qui lui avait été envoyé de Venise : il la juge de la grosseur de notre pie; sa couleur dominante n'est pas le noir, elle est seulement rembrunie {subfuscum); elle a le bec fort éf)ais, un peu court (breviusculum) et blanchâtre; les yeux blancs cl les ongles petits; tandis que notre yapou n’est guère plus gros que le merle; que tout ce qui est noir dans son |)lumagc est d’un noir décidé; que son bcc est assez long et de couleur de soufre, l’iris de ses yeux couleur de saphir, et ses ongles assez forts, selon M. Edwards, et même bien forts et crochus, selon Belon. On ne peut guère douter que des oiseaux si différents n’appartiennent à des espèces dift'èrcntes, surtout si celui d'Aldrovande était réellement originaire de Perse, comme on le lui avau dit; car l’yapou est certainement d'Amérique.
Les couleurs principales de ce dernier sont constamment le noir et le jaune ; mais la distribution de ces couleurs n’est pas la même dans tous les
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individus observes ; par exemple, dans celui que nous avons fait dessiner, tout est noir, exeeplc le bee et l'iris des yeux, comirie nous venons de le dire, et encore les grandes couvertures des ailes les [)lus voisines du corps, qui sont jaunes, ainsi que tome la partie postérieure du corps, tant <lessus que dessous, depuis et compris les cuisses jusques et par delà la moitié de la queue.
Dans un autre individu venant de Cayenne, qui est au Cabinet du Roi, et qui est plus gros que le précédent, il y a moins de jaune sur les ailes et point du tout au bas de la jambe; enfin, les pieds paraissent plus forts à proportion : (!e peut être le inàle.
Dans la pic noire et jaune de M. Edwards, qui est évidemment le même oiseau que le nôtre, il y a, sur quatre ou cinq des couvertures jaunes des ailes, une tache noire près de leur extrémité ^ outre cela, le noir du plumage a des reflets couleur de pourpre, et l'oiseau paraît être un peu plus gros.
Dans l'yapou ou le jupuba de Maregrave, la queue n'est mi-partie de noir et de jaune que par-dessous; car sa face supérieure est toute noire, excepté la peniie la plus extérieure de chaque côté, qui est jaune jusqu’à la moitié de sa longueur.
Il suit de toutes ces diversités, que les couleurs du plumage ne sont rien moins que fixes et constantes dans celte espèce; et e’est ce qui me ferait pencher à croire avec Maregrave que l’oiseau appelé par M. Brisson cassique rouge est encore une variété dans cette espece : j’en dirai les raisons plus bas.
Variété de Vgapou.
Famille des toniroslres, genre cassique. (Cuvier.)
Le cassique rouge du Brésil ou le jupuba. Ce nom est l’un de ceux que Maregrave donne à l’yapou, et je l’applique au cassiipie rouge de M. Brisson, parce qu’il lui ressemble exactement dans les points essentiels : mèmès proportions, même grosseur, même physionomie, même bec, mêmes pied.s, même noir foncé sur la plus grande partie du plumage. Il est vrai que la moitié inférieure du dos est rouge au lieu d’être jaune, et que le dessous du corps et de la queue est noir en entier ; mais cette différence ne peut guère être un caractère spécifique, dans une espèce surtout où les couleurs sont très- variables, comme nous avons eu occasion de le remarquer plus haut ; d’ailleurs, le jaune et le rouge sont des couleurs voisines, analogues, sujettes à se mêler, à se fondre ensemble dans l’orangé, qui est la couleur intermédiaire, ou à SC remplacer réciproquement, cl cela, par la seule différence du sexe, de l'àgc, du climat ou de la saison.
Ces oiseaux ont environ douze pouces de longueur, dix-sept pouces de vol, la langue fourchue et bleuâtre, les deux pièces du bec recourbées également en bas, la première phalange du doigt extérieur de chaque pied unie et comme soudée à celle du doigt du milieu, la queue composée de douze pennes, et le fond des plumes blanc, tant sous le noir que sous le jaune du plumage.
Us construi.senl leurs nids de feuilles de gramen entrelacées avec des crins de cheval et des soies de cochon, ou avec des productions végétales qu’on a prises pour des crins d animaux : ils leur donnent la forme d une cucurbitc étroite surmontée de son alamiiic. Ces nids sont bruns en dehors : leur longueur totale est d’environ dix-huit [louces, mais la cavité intérieure n’est que d'un pied : la partie supérieure est pleine et massive sur la longueur d’un demi-pied ; et c’est par là que ces oiseaux les suspendent à l’extrémité des petites branches. On a vu iiuelquefois quatre cents de ces nids