LE SACRE d’ÉGYPTE. (CüVIER
L’oiseau appelé par Delon le sacre d’ Égypte, et que le docteur Sliaw indique sous le nom A'achbobba. Cet oiseau se voit par troupes dans les terres stériles et sablonneiLses qui avoisinent les pyramides d’Egypte : il se tient presque toujours à terre, et se repait comme les vautours de toute viande et de chair corrompue.
«Il c.st (dit Bclonl oiseau sordide et non genlil; et quicont|ue feindra voir un oiseau ayant la corpulence d’un milan, le bec entre le corbeau et l'oiseau de proie, crochu par le lin bout, et les jambes et pieds, et marcher comme le corbeau, aura l’idée de cet oiseau, qui est fréquent en Égypte, mais rare ailleurs, quoiqu’il y en ait quelques-uns en Syrie, et que j’en aie (ajoute-t-il) vu quelques-uns dans la Caramanic. »
* Le même que le perenoplère d’Kgyple de Cuvier.
DES OISEAUX ÉTllAXGERS. Si)
Au rcsle, cel oiseau varie pour les couleurs; c’est, à ce que croit Ikloii, l’hieraxou accipiter Æfjj/plius d llévodole, qui, comiiie l ibis, était en vénération chez les anciens Egy|»tiens, parce que tous deux tuent et maïu'ent les serpents et autres bêtes immondes qui infectent l'Egypte.
« A’iprès du Caire, dit le docteur Shaw, nous reticontràmes plusieurs troupes d'achbobbas, qui, romme nos corbeaux, vivent de charogne... C’est peul-clre l’épervier d Egypte, doitj Strabon dit que, contre le naturel de ces sortes d’oiseaux, il n’est pas fort sauvage; car l’achbobba est un oiseau qui ne fait point de mal, et que les mahometans regardent comme sacré : c’est pourquoi le bacha donne tous les jours deux bœufs pour les nourrir; ce qui paraît être un reste de l’ancienne superstition des Egyptiens. »
C’est ce même oiseau dont parle Paul Lucas ;
« On rencontre encore en Égypte, dit-il, de ces éperviers à qui on rendait, ainsi qu’à l’ibis, un autre culte religieux : c’est un oiseau de proie de la grosseur d’un corbeau, dont la tète ressemble à celle d’un vautour et les plumes à celles d’un faucon. Les prêtres de ce pays représentaient de grands mystères sous le symbole de cel oiseau; ils le faisaient graver sur leurs obélisques et sur les murailles de leurs temples pour représenter je soleil ; la vivacité de scs yeux qu’il tourne incessamment vers cet astre, la rapidité de son vol, sa longue vie, tout leur parut propre à marquer la nature du soleil, etc. »
Au reste, cet oiseau, qui, comme l'on voit, n’est pas assez décrit, pourrait bien être le même que le gallinache ou marchand dont nous ferons mention, art. 4.
Ô. (le aOl DES V.VLTODRS.)
L’oiseau de l’Amérique méridionale, que les Européens qui habitent les colonies ont appelé roi des vautours, est en effet le plus bel oiseau de ce genre. C'est d’après celui qui est au Cabinet du Uoi que M. Brisson eu a donné une bonne et ample description. M. Edwards, qui a vu plusieurs de ces oiseaux à Londres, l’a aussi très-bien décrit et dessiné. Nous réunirons ici les remarques de ces deux auteurs et de ceux qui les ont précédés avec celles que nous avons faites nous-méme sur la forme et la nature de cet oiseau. C'est certainement un vautour; car il a la tète et le cou dénués de plumes, ce qui est le caractère le plus distinctif de ce genre : mais il n’est pas des plus grands, n’ayant que deux pieds deux ou trois pouces de longueur de corps depuis le bout du bcc justiu’à celui des pieds ou de la queue; n’étant pas plus gros qu’un dindon femelle, et n’ayant pas les ailes à proportion si grandes (pie les autres vautours, quoiqu’elles s’étendent, lorsqu’elles sont pliées, jusqu’à l’extrémité de la queue, qui n’a pas huit pouces de longueur. Le bec, qui est assez fort et épais, est d abord droit et direct, et ne devient crochu qu’au bout; dans quelques-uns, il est entièrement rouge, et dans d’autres, il ne l’est qu’à son extrémiié, et noirdansson milieu : la base du bec est environnée et couverte d’une peau de couleur orangée, lai ge, et s’élevant de chaque coté jusqu'au haut de la tète, et c’est dans cette peau que sont placées les narines, de forine oblongue, et entre lesquelles cette peau s’élève comme une crête dentelée et mobile, et qui tombe indifféremment d'un côté ou de l’autre, selon le mouvement de tète que fait l’oiseau. Les yeux sont entourés d’une peau rouge écarlate, et l'iris a la couleur et l’éclat des perles. La tète et le cou sont dénués de plumes, et
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couverts li'uiic peau do couleur de chair sur le haut de la tète, et d'un rouiçe plus vif sur le derrière et plus terne sur le devant. Au-dessous du derrière de la tète s'élève une petite toulTe. de duvel noir, de laquelle sort et s’étend de clKU|ue côté sous la gorge une peau ridée, de couleur brunâtre, mêlée de bleu cl de rouge dans sa partie postérieure : celte peau est rayée de petites lignes de duvet noir. Les joues ou côtés de la tête sont couvertes d’uu duvel unir, et entre le bec et les yeux, derrière les coins du bec, il y a de chaque côté nue tache d’un pourpre brun. A la partie supéi ieure du haut du cou, il y a de chaque côté une petite ligne longitudinale de duvel noir, et l'espace contenu entre ces deux ligues est d'un jaune terne; les côtés du haut du cou sont d'une couleur rouge, qui se change eu descendant par nuances en jaune ; au dessous de la partie nue du cou est une espèce de collier ou de Iraise, formée par des plumes douces, assez longues cl d'un cendré foncé; ee collier qui entoure le cou entier cl descend sur la poitrine est assez ample pour que l'oiseau puisse, en se resserrant, y cacher son cou et partie de sa tète, comme dans un capuchon, et c’est ee qui a fait donner à cet oiseau le nom de moine par quelques naturalistes. Les plumes de la poitrine, du ventre, des cuisses, des jambes, et celles du dessous de la queue sont blanches et teintes d’un peu d’aurore; celles du croupion et du dessus de In queue varient, étant noires dans quelques individus et blanches dans d’autres : les autres ])lumes de la (pteue sont toujours noires, aussi bien que les grandes plumes des ailes, lesquelles sont onlinairemcnt bordées de gris, l.a couleur des pieds et des ongles n’est pas la môme dans tous ces oiseaux : les uns ont les pieds d’un blanc sale ou jaunâtre et les ongles noirâtres; «l'autres ont les |n'eds et les ongles rougeâtres : les ongles sont fort courts et peu crochus.
Lct oiseau est de r.Améri(|uc méridionale et non pas des Indes orientales, comme quelques auteurs l’ont écrit : celui que nous avons au Cabinet du Roi a été envoyé de Cayenne. Navaretle, en parlant de cet oiseau, dit :
« J'ai vu à Acapulco le roi des zopiloles ou vautours ; c’est un des plus beaux oiseaux qu'un puisse voir, etc. »
Le sieur Pei ry, qui fait à Londres commerce d'animaux étrangers, a assuré à .Al. Edwards que cet oiseau vient uniquemeul de rAïucriquc. llcrnaudès, dans son Jlùtoire de la Nouoelle-Espafjne, le décrit de manière à ne pouvoir s'y méprendre; Fernandès, INieremhcrg et de l.,aët, <[ui tous ont copié la description de Ilernandès, s’accordent ù dire que cet oiseau e.si commun dans les terres du .Mexique et de la JNouvelle-Espagnc : et, comme dans le dépouillement que j’ai fait des ouvrages des voyageurs, je u’ai pas trojivé la plus légère indication de cet oiseau dans ceux de l’Afrique et de l’Asie, je pense qu’on peut assurer qu’il est propre et particulier aux terres méridionales du nouveau conlinent, et qu’il ne se trouve pas dans l’ancien. On pourrait m’objecter (|ue, puisque l’ouroutaran ou aigle du Brésil se trouve, de mon aveu, également en Afrique et en Amérique, je ne dois pas assurer que le roi des vautours ne s’y trouve pas aussi. La distance entre les deux continents est égale pour ces deux oiseaux; mais probablement la puissance du vol est inégale*, et les aigles en général volent beaucoup mieux
* Hci'iiaii<lès tlil néanmoins que cet oiseau s’élève rorl liant, eu tenant les ailes trèséteiuliies, cl que son vol est si ternie qu’il résiste aux plus grands vents. Ou pourrait croire que Nieremlier^j l’a appelé rcgiiia aurarum. parce qii’d siirmoiile la force du vent par celle de sou vol ; mais ce nom aura n’est pas dérivé du latin; il vient par eontracliou d’oiiroua qui est le nom indien d’un autre vautour dont nous parlerons dans l’article suivant.
OKS (>ISIiAl;\ lyi'HAiNGIÜlS. (if
que les vautours. Quoi qu'il en soit il parait que celui-ci est eouliiiê dans les terres où il est ne, et qui setendent du Brésil à la Nouvelle-Espagne : car on ne le trouve plus dans les pays moins chauds ; il craint lefroid. Ainsi ne pouvant traverser la mer au vol entre le Brésil cl la Guinée, et ne pou vant passer par les terres du Nord, cette espèce est demeurée en propre au Nouveau Monde, et doit être ajoutée 5 la liste de celles qui n’appartiennent point à l’ancien continent.
Au reste, ce bel oiseau n'est ni propre, ni noble, ni généreux ; il n’attaque que les animaux les plus faibles, et ne se nourrit que de rats, de lézards, de serpents et même des excréments des animaux et des liommes : aussi a-t-il une très-mauvaise odeur, et les sauvages même ne peuvent manger de sa chair.