‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 24 sur 525 · t'ADnA ou unuBij · texte numérisé non relu

t'ADnA ou unuBij

I/oiseau appelé ourma ou aura par les Indiens de Cayenne, urubu (ouroubou) p.ir ceux du Brésil, zopilotl par ceux du Mexique, et auquel nos l'rançais de Saint-Domingue et nos voyageurs ont donné le surnom de marchand, est encore une espèce qu'on doit rapporter au genre des vautours, parce qu il est du même naturel, et qu'il a, comme eux, le bec crochu, et la tète et le cou dénués de plumes, quoique par d'autres caractères il ressemble au dindon; ce qui lui a fait donner par les Espagnols et les Portugais le nom de galUnaça ou gaUinaço. Il n’csl guère que de la grandeur d’une oie sauvage; il parait avoir l,i tête petite, parce qu'elle n'est couverte, ainsi que le cou, que de la peau nue, et semée seulement de quelques poils noirs assez rares : celte peau est raboteuse et variée de bleu, (le blanc et de rougeâtre. Les ailes, lors(|u eIles sont pliées, s’étendent au delà de la queue, qui cependant est elle-même as.sez longue. Le bec est d’un blanc jaunâtre et n’est crochu qu'à rexlrémiié; la peau nue qui en recouvre la base s’étend presqu’au milieu du bec, et elle est d’un jaune rougeâtre. L’iris de l’œil est orangé, et les paupières sont blanches; les plumes de tout le corps sont brunes ou noirâtres, avec un reflet de couleur changeante de vert et de pourpre obscurs; les pieds sont d'une couleur livide, et les ongles sont noirs, ('et oiseau a les narines encore plus longues à proportion "'que les autres vautours; il est aussi plus lâche, plus sale et plus vorace qu’aucun d’eux, se nourrissant plutôt de chair morte et de vidanges que de chair vivante : il a néimmoins le vol élevé cl assez rapide pour poursuivre une proie, s’il en avait le courage; mais il n’attaque guère que les cadavres; et s'il chasse quelquefois, c’est, en se réunissant en grandes troupes, pour tomber en grand nombre sur quelque animal endormi ou blessé.

Le marchand est le même oiseau (lue celui qu’a décrit Kolbe, sous le nom A'aigle du Cap *. Il se trouve donc également dans le continent de l'Afrique et dans celui de l’Amérique méridionale; et comme on ne le voit pas fréquenter les terres du Nord, il parait qu'il a traversé la mer entre le Brésil et la Guinée. Hans Sloane, qui a vu et observé plusieurs de ces oiseaux eu Amérique, dit qu'ils volent comme les milans, qu'ils sont toujours maigres. Il est donc très-possible qu'étant aussi légers de vol et de corps, ils aient franchi l'intervalle de mer qui sépare les deux continents. Ilernandès dit qu'ils ne se nourrissent que de cadavres d'ammaux et même d'excréments humains; qu'ils se rassemblent sur de grandsarhres, il’oii ils descendent eu troupes pour dévorer les charognes. 11 ajoute que leur chair a une mauvaise

' c’est le vautour fauve de Cuvier, et uoii l’aura, eoiiime ie dit BulToii.

C2 mSTOIlŒ NATURELLE

odeur, plus forte que celle de la cliair du corbeau. Nicrcmberg dit aussi qu’ils volent Irès-baut et en grandes troupes; qu’ils passent la nuit sur des arbres ou des rochers très-élevés, d’où ils partent le matin pour venir autour des lieux habités ; qu’ils ont la vue très perçante, et qu ils voient de haut et de très-loin les animaux morts, qui peuvent leur servir de pâture; qu’ils sont très-silencieux, ne criant ni ne chantant jamais, et qu’on ne les entend (jue par un murmure peu frequent; qu’ils sont très-communs dans les terres de l'Amérique méridionale, et que leurs petits sont blancs dans le premier âge, et deviennent ensuite bruns ou noirâtres en grandissant, ftlarcgrave, dans la description qu’il donne de cet oiseau, dit qu'il a les pieds blanchâtres, les yeux beaux et, pour ainsi dire, couleur de rubis, la langue en gouttière et en scie sur les côtés. Ximenès assure que ces oiseaux tie volent jamais qu'en grandes troupes et toujours très-haut, qu’ils tombent tous ensemble sur la même proie, qu'ils dévorent jusqu’aux os et sans aucun débat entre eux, et qu’ils se remplissent au point de ne pouvoir prendre leur vol.

Ce sont ces mêmes oiseaux dont Acosta fait mention sous le nom de poullazes,« qui sont, dit-il, d'une admirable légèreté, ont la vue très-perçante, et qui sont fort propres pour nettoyer les cités, d’autant qu’ils n’y laissent aucunes charognes ni choses mortes. Ils passent la nuit sur les arbres ou sur les rochers, et au matin viennent aux cités, se mettent sur le sommet des plus hauts édiûces, d’où ils épient et attendent leur prise. Leurs petits ont le plumage blanc, qui change ensuite en noir avec l’âge. » « Je crois, dit Desmarchais, que ces oiseaux appelés galUnaches par les Portugais, et marchands par les Français de Saint-Domingue, sont une espèce de coqs d’Inde * , qui, au lieu de vivre de grains, de fruits et d’herbes comme les autres, se sont accoutumés à être nourris de corps morts et de charognes. Ils suivent les chasseurs, surtout ceux qui ne vont à la chasse que pour la peau des bêtes : ces gens abandonnent les chairs, qui pourriraient sur les lieux et infecteraient l’air sans le secours de ces oiseaux, qui ne voicnl pas plutôt un corps écorché, qu'ils s’appellent les uns les autres, et fondent dessus comme des vautours, en moins de rien en dévorent la chair et laissent les os aussi nets que s’ils avaient été raclés avec un couteau. Les Espagnols des grandes îles et de la terre ferme, aussi bien que les Portugais, habitants des lieux où l’on fait des cuirs, ont un soin tout particulier de ces oiseaux, à cause du service qu’ils leur rendent en dévorant les corps morts et empêchant ainsi qu’ils ne corrompent 1 air ; ils condamnent à une amende les chasseurs qui tombent dans celte méprise. Celte protection a extrémemeiil multiplié cette vilaine espèce de coqs d’Inde; on en trouve en bien des endroits de la Guyane, aussi bien que du Brésil, de la Nouvelle-Espagne et des grandes îles. Ils ont une odeur de charogne que rien ne peut ôier : on a beau leur arracher le croupion dès qu’on les a tués, leur ôter les entrailles; tous ces soins sont inutiles : leur chair, dure, coriace, fibasseuse, a contracté une mauvai e odeur insupportable. »

« Ces oiseaux " (dit Kolbe) se nourrissent d'animaux morts; j’ai moi-même vu plusieurs fois des squelettes de vaches, de bœufs etd’animaux sauvages qu'ils avaient dévorés. J’appelle ces restes des squelettes, et ce n’est pas sans fondement, puisque CCS oiseaux séparent avec tant d’art les chairs d’avec les os et la peau, que ce qui reste est un squelette parfait, couvert encore de la peau, sans qu’il y ail rien de dérangé : on UC saurait même s'apercevoir que ce cadavre est vide que lorsqu’on en est tout près. Pour cela, voici comme ils s’y prennent. D’abord ils font une ouverture au ventre de l’animal, d’où ilsarracbcni les entrailles, qu’ils mangent; et entrant dans le vide qu’ils viennent de faire, ils séparent les chairs. Les Hollandais du Cap appellent ces aigles stront-vokels ou slront-jakers, c’est-à-dire oiseaux de fienle, ou qui vont à la chasse de la fienle. Il arrive souvent qu’un bœuf qu’on laisse retourner

* Quoique ccl oisctiu ressemble aux coqs d’iiide par la tête, le cou et lu grandeur du corps, il n’est pas de ce genre, mais de celui du vautour, dont il a iioii-sculcnicnl le naturel et les mœurs, mais encore le bec croebii et les serres..

*' Ce sont des vautours cbasse-rienlc de Sonnini, et non l’urubu de Cuvier dont parle Kolbe.

DU VAUTOUR. fiii

seul à son élable, après l’avoir ôlé de la cliarrue, se couelic sur le chemin pour se reposer ; si ces aigles rapereoivenl, ils lomhent imman<|iiablemenl sur lui et le dévorent. Lorsqu’ils veulent attaquer une vache ou un bœuf, ils se lassemblcnt et vien- '•ent Tondre dessus au nombre de cent et quelquefois même davantage. Ils ont l’oeil SI excellent qu'ils découvrent leur proie à une extrême hauteur, et dans le temps lu eiix-méoies échappent à la vue la plus perçante ; et aussitôt qu’ils voient le inorni'iit favorable, ils tombent perpendiculairement sur l'animal qu’ils guettent. Ces aigles sont un peu plus gros que les oies sauvages : leurs plumes sont en partie noires, en partie d'un gris clair, mais la partie noire est la plus grande; ils ont le bec gros, urochu et fort pointu; leurs serres sont grosses et aiguës *. «

« Cet oisi-au ( dit Calesby) pèse quatre livres et demie : il a la tète et une partie du cou routfes, chauves et charnues comme celui d’un dindon, clairement s'-mées O® poils noirs; le bec de deux pouces et demi de long, moitié couvert de chair, et dont le bout, qui est blanc, est crochu comme celui d’uu faucon ; mais il n’a point de crochets aux côtés de la mandibule supérieure. Les narines sont très-grandes et tves-ouverles, placées en avant à une distance extraordinaire des yeux. Les plumes de tout le corps ont un mélange de pourpre fonce et de vert. Ses jambes sont courtes et de couleur de chair, ses doigt longs comme ceux des coqs domestiqm s, et ses ongles, qui sont noirs, ne sont pas si crochus que ceux des faucons. Ils se nourrissent de charognes et volent sans cesse pour lâcher d’en découvrir : ils se tiennent longtemps sur l'aile, et montent et descendent d’uu vol aisé, sans qu’on puisse s’apï-rcevoir du mouvement de leurs ailes. Une charogne attire un grand nombre de ces oi.seaux, et il y a du plaisir à être prcscoi aux disputes qu’ils ont entre eux en mangeant. Un aigle préside souvent au festin, les fait tenir à l’écart pendant qu’il se repaît. Ces oiseaux ont un odorat merveilleux : il n’y a pas plutôt une charogne, qu’on les voit venir de toutes parts en tournant toujours, et descendant peu à peu ju.squ’à ce qu’ils tombent sur leur proie. On croit généralement qu'ils ne mangent rien qui ait vie; mais je sais qu’il y en a qui ont tué des agneaux, et que les serpents sont leur nourriture ordinaire. La coutume de ces oiseaux est de se jucher plusieurs ensemble sur de vieux pins et des cyprès, ofi ils restent le malin pendant plusieurs heures, les ailes déployées Ils ne craignent guère le danger, et se laissent approcher de près, surtout lorsqu’ils mangent. »

Nous avons cru devoir rapporter au long tout ce que l’ou sait d'historique au sujet de cet oiseau, parce que c’est souvent des pays étrangers, et surtout des déserts, qu’il faut tirer les mœurs de la rialure. Nos animaux, et même nos oiseaux, continuellemeul fugitifs devant nous, n’ont pu conserver leurs véritables habitudes naturelles, et c'est dans celles de ce vautour des déserts de r.Arnérique, que nous devons voir ce que seraient celles de nos vautours, s ils n’étaient pas sans cesse inquiétés dans nos contrées, trop habitées pour les laisser se rassembler, se multiplier et sc nourrir en si grand nombre : ec sont là leurs mœurs primitives; partout ils sont voraces, lâches, dégoûtants, odieux, et, comme les loups, aussi nuisibles pendant leur vie qu’inuliles après leur mort.

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