‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 235 sur 525 · DES GRIVES · texte numérisé non relu

DES GRIVES

distinguons quatre espèces principales, vivant dans notre climat, à chacune desquelles nous rapporterons, selon notre usage, scs variétés, et, autant qu'il sera possible, les espèces étrangères analogues.

La première espèce sera la grive proprement dite, qui a été représentée sous le nom de lilorrie. Je rapporte à cette espèce, comme variétés, la grwe à lék blanche d’AIdrovande, et la grice huppée de Schwenckfeld ; et, comme espèce étrangères analogues, la grive de la Guyane, et la grivette d'Amérique, dont parle Catesby.

La seconde espèce sera la draine, qui est le turdus viscivorus des anciens, et à laquelle je rapporte, comme variété, la draine blanche.

La troisième espèce sera la litorne, représentée sous le nom de calandrote. C’est le turdus pilaris des anciens. J’y rapporte, comme variétés, la litorne tachetée de Klein, la litorne à télé blanche de M. Brisson; et, comme espèces étrangères analogues, la litorne de la Caroline de Catesby, dont M. Brisson a fait sa huitième grive, et la litorne de Canada du même Catesby, dont M. Brisson a fait sa neuvième grive.

La quatrième espèce sera le mauvis, qui est le tardas iliacus des anciens, et notre véritable calandrote de Bourgogne.

Enfin je placerai, à la suite de ces quatre espèces principales, quelques grives étrangères qui ne sont point assez connues pour pouvoir les rapporter à l'une plutôt (pi’à l autre, telles que la grive verte de Barbarie du docteur Shaw, et le hoami de la Chine de >1. Brisson, que j’admets parmi les grives sur la parole de ce naturaliste, quoiqu’il me paraisse différer des grives, non-seulement par son plumage qui n'est point grivelé, mais encore par les proportions du corps.

Des quatre espèces principales appartenantes à notre climat, les deux premières, qui sont la grive et la draine, ont de l’analogie entre elles : toutes deux paraissent moins assujetties à la nécessité de changer de lieu, puisqu'elles font souvent leur ponte en France, en Allemagne, en Italie, en un mot, dans les pays où elles ont passe l'hiver; toutes deux chantent très-bien et sont du petit nombre des oiseaux dont le ramage est compose de difiérentes phrases ; toutes deux paraissent d’un naturel sauvage et moins social, car elles voyagent seules, selon quelques observateurs. M. Frisch reconnaît encore entre ces deux espèces d’autres traits de conformité dans les couleurs du plumage et l’ordre de leur distribution, etc.

Les deux autres espèces, je veux dire la litorne et le mauvis, se ressemblent aussi, de leur côté, eu ce qu’elles vont par bandes nombreuses, qu’elles sont plus passagères, ([u’elles ne nichent presque jamais dans notre pays, et que, par cette raison, elles n'y ehanlenl l une et l'autre que très-rarement, en sorte que leur chaut est inconnu, non-seulement au plus grand nombre des naturalistes, mais encore à la plupart des chasseurs. Elles ont plutôt un gazouillement qu’un chant, et quelquefois , lorscpi'cllcs se trouvent une vingtaine sur un peiqtlier, elles babillent toutes à lu fois, et font un très-grand bruit et très-peu mélodieux.

En général, parmi les grives, les mâles et les femelles sont à pou près de même grosseur, et également sujets à changer de couleur d une saison à l’autre : toutes ont la première phalange du doigt extérieur unie à celle du doigt du milieu, les bords du bec éehancrés vers la pointe, et aucune ne vit de grains, soit qu ils ne conviennent poitit a leur appétit, soit qu elles aient le bec ou l’eslontae trop faible pour les broyer ou les digérer. Les baies sont le fond de leur nourriture, d’où leur est venue la dénomination de baccivores. Elles mangent aussi des insectes, des vers; et c’est pour attraper ceux qui sortent de terre après les pluies, qu’on les voit courir alors dans les

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champs el gratter la terre, et surtout les draines et les litornes : elles font la même chose l’hiver dans les endroits bien exposés où la terre est dégelee.

Leur chair est un très-bon manger, surtout celle de nos première et quatrième espèces, qui sont la grive proprement dite el le raauvis; mais les anciens Romains en faisaient encore plus de cas que nous, et ils conservaient ces oiseaux toute I année dans des espèces de volières qui méritent d être connues.

Chaque volière contenait plusieurs milliers de grives et de merles, sans compter d’autres oiseaux bons à manger, comme ortolans, cailles, etc. ; et il y avait une si grande quantité de ces volières aux environs de Rome, surtout au pays des Sabins, que la fiente des grives était employée comme engrais pour fertiliser les terres; et ce qui est à remarquer, on s’en servait encore pour engraisser les bœufs et les cochons.

Les grives avaient moins de liberté dans ces volières que nos pigeons luyaids n en ont dans nos colombiers, car on ne les en laissait jamais sortir; aussi ny pondaicnt-elles point : mais, comme elles y trouvaient une nour- 1 iture abondante et choisie, elles y engraissaient, au grand avantage du propriétaire. Les individus semblaient prendre leur servitude en gré; mais I espèce restait libre. Ces sortes de grivières étaient des pavillons voûtés, garnis en dedans d’une quantité de juchoirs, vu que la grive est du nombre des oiseaux qui se perchent : la porte en était très-basse; ils avaient peu de fenêtres, et tournées de maniéré qn elles ne laissaient voir aux grives prisonnières ni la campagne, ni les bois, ni les oiseaux sauvages voltigeant en liberté, ni rien de tout ce qui aurait pu renouveler leurs regrets et les empêcher d engraisser. Il ne faut pas que des esclaves voient trop clair : on ne leur laissait de jour que pour distinguer les choses destinées à satisfaire leurs principaux besoins. On les nourrissait de millet et d’une espèce de pâtee faite avec des figues broyées et de la farine, et outre cela de baies de jentisque, de myrte, de lierre, en un mot, de tout ce qui pouvait rendre leur chair succulente et de bon goût. On les abreuvait avec un filet d’eau courante qui traversait la volière. Vingt jours avant de les prendre pour les manger, on augmentait leur ordinaire et on le rendait meilleur; on poussait 1 attention jusqu à faire passer doucement, dans un petit réduit qui communiquait à la volière, les grives grasses et bonnes à prendre, el on ne les prenait en ell'et qu’après avoir bien refermé la communication, afin d’éviter tout ce qui aurait pu inquiéter et faire maigrir celles qui restaient; on lâchait meme de leur faire illusion en tapissant la volière de ramée et de verdure souvent renouvelées, afin qu’elles pussent sc croire encore au milieu des bois: en un mot, c étaient des esclaves bien traités, parce que le propriétaire entendait ses intérêts. Celles qui étaient nouvellement prises se gartlaienl quelque temps dans de peliles volières séparées, avec plusieurs de celles qui avaient déjà 1 habitude de la prison : el, moyennant tous ces soins, on venait à bout de les accoutumer un peu à l’esclavage; mais presque jamais on n a pu en faire des oiseaux vraiment privés.

On remarque encore aujourd'hui quelques traces de cet usage des anciens, perfectionné par les modernes, dans celui où l'on est en certaines provinces 06 riQncc (I dllficlicr au haut dts arbres fre(]U6iites por les grives des pots où elles puissent trouver un abri commode et sûr sans perdre la liberté, et ou elles ne manquent guère de pondre leurs œufs, de les couver et d’élever leurs petits. Tout cela se fait plus sûrement dans ces espèces de nids artilieie s que dans ceux qu elles auraient laits elles-mêmes : ce qui contribue (loublemenl à la inulliplicalion de l’espèce, soit par la conservation de la

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