‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 236 sur 525 · UES (JUIVES · texte numérisé non relu

UES (JUIVES

couvée, soit parce que, pcnlant moins de temps à arranger leurs nids, elles peuvent faire aisément deux pontes chaque année. Lorsqu’elles ne trouvent point de pots préparés, elles font leurs nids sur les arbres et même dans les buissons, et les font avec beaucoup d’art : elles les revêtent par dehors de mousse, de paille, de feuilles sèches, etc.; mais le dedans est fait d’une sorte de carton assez ferme composé avec de la boue mouillée, gâchée et battue, fortifiée avec des brins de paille et de petites racines ; c’est sur ce carton que la plupart des grives déposent leurs œufs à cru et sans aucun matelas, au contraire de ce que font les pies et les merles.

Ces nids sont des hémispères creux, d'environ quatre pouces de diamètre. La couleur des œufs varie, selon les diverses espèces, du bleu au vert, avec quelques petites taches obscures, plus fréquentes au gros bout qne partout ailleurs. Chaque espèce a aussi son cri différent : quelquefois même on est venu à bout de leur apprendre à parler ; ce qui doit s’entendre de la grive proprement dite ou de la draine, qui paraissent avoir les organes de la voix plus perfectionnés.

On prétend que les grives avalent les graines entières du genièvre, du gui, du lierre, etc., les rendent souvent assez bien conservées pour pouvoir germer et produire lorsqu’elles tombent en terrain convenable : cependant Aldrovande assure avoir fait avaler à ces oiseaux des raisins de vigne sauvage et des baies de gui, sans avoir jamais retrouvé dans leurs excréments aucune de ces graines qui eût conservé sa forme.

Les grives ont le ventricule plus ou moins musculeux, point de jabot, ni même de dilatation de rœsophage qui puisse en tenir lieu, et presque point de cæcum-, mais toutes ont une vésicule du fiel, le bout de la langue divisé en deux ou plusieurs filets, dix-huit pennes à chaque aile, et douze à la

queue. ,

Ce sont des oiseaux tristes, mélancoliques, et, comme c est l’ordinaire, d’autant plus amoureux de leur liberté : on ne les voit guère se jouer, ni môme se battre ensemble, encore moins se plier à la domesticité. Mais, s'ils ont un grand amour pour leur liberté, il s’en faut bien qu ils aient autant de ressources pour la conserver ni pour se conserver eux-mèmes : l’inégalité d’un vol oblique et tortueux est presque le seul moyen qu’ils aient pour échapper au plomb du chasseur et à la serre de l’oiseau carnassier; s’ils peuvent gagner un arbre touffu, ils s’y tiennent immobiles de peur, et on ne les fait partir que difficilement. On en prend par milliers dans des pièges ; mais la grive proprement dite et le mauvis sont les deux espèces qui se prennent le plus aisément au lacet, et presque les seules qui se prennent à la pipée.

Les lacets ne sont autre chose que deux ou trois crins de cheval tortillés ensemble et qui font un nœud coulant ; on les place autour des genièvres, sous les aliziers, dans le voisinage d une fontaine ou d’une marre; et, quand l’endroit est bien choisi et les lacets bien tendus, dans un espace de cents arpents on prend plusieurs centaines de giivcs par jour.

Il résulte des observations faites en différents pays, que, lorsque les grives paraissent en Europe vers le commencement de l’automne, elles viennent des climats septentrionaux avec ces volées innombrables d oiseaux de toute espèce qu’on voit aux approches de 1 hiver traverser la mer Baltique et passer de la Laiionie, de la Sibérie, de la Livonie, en Pologne, en Prusse, et de là dans les pays plus méridionaux. L abondance des grives est telle alors sur la côte méridionale de la Baltique, que, selon le calcul de M. Klein, la seule ville de Uaiitzick en consomme chaque année quatre-vingt-dix mille paires. Il n’est pas moins certain que, lorsque celles qui ont échappé aux dangers

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de la route repassent après l'iiivcr, c’est pour retourner dans le nord. Au leste, elles n arrivent pas toutes a la fois i en Dourgogne, c’est la grive cyui parait la première, vers la fin de septembre, ensuite Je niauvis, puis la litorne avec la draine; mais cette dernière espece est beaucoup moins nombreuse que les trois autres; et elle doit le paraître moins en effet, ne fût-ce que parce qu’elle est plus dispersée.

Il ne faut pas croire non plus que toutes les espèces de grives passent toujours en même quantité : quelquefois elles sont en très-petit nombre, soit que le temps ait été contraire à leur multiplication, ou qu’il soit contraire à leur passage; d’autres fois elles arrivent en grand nombre; et un observateur très-instruit m’a dit avoir vu des nuées prodigieuses de grives de toute espèce, mais principalement de maiivis et de litornes, tomber au mois de mars dans la Bric, et couvrir, pour ainsi dire, un espace d’environ sept ou buil lieues : cette passée, qui n’avait point d'exemples, dura près d’un mois, et on remarqua que le froid avait été fort long cet hiver.

I>cs anciens disaient que les grives venaient tous les ans en Italie de delà les mers, vers Icquinoxe d automne, quelles s’en retournaient vers l’équinoxe du printemps (ce qui n’est pas généralement vrai de toutes les espèces du moins pour notre Bourgogne), et que, soit en allant, soit en venant’ elles se rassemblaient et se reposaient dans les iles de Pontia, Palmaria et Pandataria, voisines des côtes d Italie. Elles se reposent aussi dans l’île de Malte, où elles arrivent en octobre et novembre. Le vent de nord-ouest y en amène quelqties volées ; celui de sud ou de sud-ouest les fait quelquefois disparaitre : mais elles n’y vont pas toujours avec des vents déterminés, et leur apparition dépend souvent plus de la température do l’air que de son mouvement; car, si dans un temps serein le ciel se charge tout à coup avec apparence d orage, la terre se trouve alors couverte de grives.

Au reste, il paraît que l'ile de Malte n’est point le terme de la migration des grives du côte du midi, vu la proximité des côtes d’Afrique, et qu’il s’en trouve dans rintéricur de ce continent, d’où elles passent, dit-on, tous les ans en Espagne.

Celles qui restent en Europe se tiennent l’été dans les bois en montao-iies; aux approches de l’hiver, elles quittent l'intérieur des bois où elles ne trouvent plus de fruits ni d’insectes, et elles s’établissent sur les lisières des forêts ou dans les plaints qui leur sont contiguës. C’est sans doute dans le mouvement de celte migration que l’on en prend une si grande quantité au commencement de novembre dans la forêt de Compiègne. Il est rare, suivant Bclon, que les différentes espèces se trouvent en grand nombre, ’en même temps, dans les mêmes endroits.

’l’outcs, ou presque toutes, ont les bords du bec supérieur échancrés vers la pointe, l’iniérieur du bec jaune, sa base accompagnée de quehiues poils ou soies noires dirigées en avant, la première phalange du doigt extérieur unie à celle du doigt du milieu, la partie supérieure du corps d’une couleur plus rembrunie, et la partie inférieure d’une couleur plus claire et griveléoenfin, dans toutes, ou presque toutes, la queue est à peu près le tiers de la longueur totale de l’oiseau, laquelle varie dans ces différentes espèces entre huit et onze pouces, et n’est cllc-nièmc que les deux tiers du vol : les ailes dans leur situation de repos s’étendent au moins jusqu'à la moitié de la queue, et le poids de l'individu varie, d'une espèce à l autre, de deux onces et demie à quatre onces et demie. ’

M. Klein prétend être bien informé que la partie septentrionale de l'Inde a aussi ses grives, mais qui diffèrent des nôtres en ce qu’elles ne ehantîent point de climat. ^

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