‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 237 sur 525 · LA GRIVE · texte numérisé non relu

LA GRIVE

(lÆ i\ii:ri.e guive.)

Ordre des jiasscroaux, famille des dcnliroslres, genre merle, sous genre grive. (CxviER.)

(lotte espèce, que je place ici la première, parce qu’elle a donné son tiotn au genre, n’csl que la troisième dans l’ordre de In grandeur. Elle est fort commune en ecrlains cantons de Rourgogne, où les gens de la campagne la connaissent sous les noms de (jricetle et de mautriellc. Elle arrive orditiairemenl chaque année à peu près au temps des vendanges; elle semble être attirée par la maturité des raisins, et c’est pour cela sans doute qu’on lui a donné le nom de grive de vigne : elle disparait aux gelées et se remontre au mois de mars ou d’avril, pour disparaître encore au mois de mai. Chemin faisant, la troupe perd toujours quelques traineurs qui ne peuvent suivre, ou qui, plus pre.ssés <iue les autres par les douces influences du printemps, s’arrêtent dans les forêts qui se trouvent sur leur passage pour y faire leur ponte. C’est par cette raison qu’il reste toujours quelques grives dans nos bois où elles font leur nid sur les pommiers et les poiriers sauvages, et même sur les génevriers et dans les buissons, comme on l’a observé en Suède et en Angleterre. (Quelquefois elles l’attachent contre le tronc d'un gros arbre à dix ou douze pieds de hauteur, et dans sa construction elles emploient par préférence le bois pourri et vermoulu.

Elles s'apparient ordinairement sur la fin de I hiver, et forment des unions durables : elles ont coutume de faire deux pontes par an, et quelquefois une troisième, lorsque les premières ne sont pas venues a bien. La première ponte est de cinq ou six œufs d'un bleii loncé, avec des taches noires plus fréquentes sur le gros bout que partout ailleurs ; et dans les pontes suivantes le nombre des œufs va toujours en diminuant. Il est dillicile, dans cette espèce, de distinguer les mâles des femelles, soit par la grosseur, qui est égale dans les deux sexes, soit par le plumage, dont les couleurs sont variables, comme je l’ai dit. Aldrovandc avait vu et fait dessiner trois de ces grives, prises en des saisons differentes, et qtii différaient toutes trois par la eoideur du bec, des pieds et des plumes : dans l’une, les mouchetures de la poitrine étaient fort peu apparentes. M. Frisch prétend néanmoins que les vieux mâles ont une raie blanche au-dessus des yeux, et M. Linnæus fait de ces sourcils blancs un des caractères de l’espèce : presciue tous les autres naturalistes s’accordent à dire (lue les jeunes mâles ne se font guère reconnaitre qu’en s’essayant de bonne heure à chanter ; car cette espèce de grive chante très-bien, surtout dans le printemps, dont elle annonce le retour; et l'année a plus d’un printemps pour elle, puisqu’elle fait plusieurs pontés; aussi dit-on qu elle chante les trois quarts de l’année. Elle a coutume, pour chanter, de se mettre tout au haut des grands arbres, et elle s’y lient des heures entières. Son ramage est composé de plusieurs couplets difl’érenls, comme celui de la draine; mais il est encore plus varié et plus agréable; ce qui lui a fait donner, en plusieurs pays, la dénomination de grive rlianleuse. Au reste, ce chant n est pas sans intention ; et I on ne peut en douter, puisqu’il ne faut que savoir le conirclaire, môme imparlaitemcnt, pour attirer ces oiseaux.

Chaque couvée va séparément sous la conduite des père et mère. Quelquefois plusieurs couvées se rencontrant dans les bois, on pourrait penser à

^24 nisToiRi'] natuheli.k:

les voit jiinsi rasseiiiblécs, ciuelles vonl [tar troupes noiiiltreuses . mais leurs reunions sont fortuites, momenlances; bientôt on les voit se diviser en autant de petits pelotons qu il y avait de familles réunies, et même se disperser absolument lorsijue les petits sont assez forts pour aller seuls.

tes oiseaux se trouvent ou plutôt voyagent en Italie, en France, en lorraine, en Allemagne, en Angleterre, en Ecosse, en Suède, où ils se tiennent dans les bois ijui abondent en érables : ils passent de Suède en Pologne quinze jours avant la Saint-Micliel, et quinze jours après lorsqu’il fait cliaud et que le ciel est serein.

Quoique la grive ait l œil perçant, et qu’elle sache fort bien se sauver de ses ennemis déclarés et se garantir des dangers manifestes, elle est peu rusée au lond et n est [.oint en garde contre les dangers moins apparents : elle se prend iacilernent soit à la pipée, soit au lacet, mais moins cependant que le inauvis. Il y a des cantons en Pologne où on en prend une si grande quantité qu on en exporte de petits bateaux chargés, f/est un oiseau des bois, et eest dans les bois qu’on peut lui tendre des pièges avec succès : on lé trouve tres-rarement dans les plaines; et, lors meme que ces grives .se iettent aux vignes, elles se retirent liabituellemeni dans les taillis voisins le son- et dans le chaud du Jour, en sorte que, pour faire de bonnes chasses Il laut choisir son temps, cest-a-dire le matin à la sortie, le soir ô la rentrée et encore I heure de la journée où la chaleur est la plus forte. Quelquefois

elles s enivrent à manger des raisins mûrs, et c est alors que tous les niéges sont bons. ^ ®

Willughby, qui nous apprend que celte espèce niche en An<-letcrre et quelle y passe toute l’année, ajoute que sa chair est d’un goût excellent • mais en general la qualité du gibier dépend beaucoup de sa nourriture ’ celle de notre grive, en automne, consiste dans les baies, la faine les raisins les ligues , la graine de lierre, le genièvre, l’alize et plusieurs autres fruits. On ne sait pas si bien de quoi elle subsiste au firiniemps , on la rouye alors le plus communément à terre dans les bois, aux endroits humides et le long des buissons qui bordent les prairies où l eau s est répandue. On pourrait croire qu’elle cherche les vers de terre, les limaces etc b 11 survient au printemps de fortes gelées, les grives au lieu de quitter lé pays et de passer dans des climats plus doux dont elles savent le chemin se retirent vers les fontaines où elles maigrissent et deviennent étiques - il en péril meme un grand nombre si ees secondes gelées durent trop • d’on I on pourrait conclure que le froid n’est point la couse, du moins Vseule cause déterminante de leurs migrations; mais que leur route est tracée indépendamment des températures de l’atmosphère, et qu’elles ont chaque annee un certain cercle à parcourir dans un certain espace de temps. On dit que les pommes de Grenade sont un poison pour elles. Dans le Bugey on

recherche les nids de ces grives ou plutôt leurs petits, dont on fait de fort bons mets. ^ lun

Je croirais que celle espèce n'était point connue des anciens; car Aristote nen compte que trois toutes dilférenles de celle-ci, et dont il sera question dans les articles suivants ; et l’on ne peut pas dire non plus, ce me semble que P me l ait eue en vue en parlant de l’espèce nouvelle qui parut en Italie dans le temps de la guerre entre Oihon et Vitellius; car ccl oiseau était presque de la grosseur du pigeon, et par conséquent quatre fois plus gros que la grive proprement dite, qui ne pèse que trois onces ®

J ai observé, dans une de ces grives que j ai eue quelque temps vivante, vùfp en colere, elle faisait craquer son bec, et mordait à

vide. J ai aussi remarque que son bec supérieur était mobile, quoique beau-

DES OISEAUX ÉTHAÎSOEUS. m

coup moins que riiifcrieur. Ajoutez à cela que celte espèce a la queue un peu fourchue, ce que la ligure n'indique pas assez clairement.

Variétés de la (jrice propremenl dite.

I . La cnivE blanche; elle n’cn diffère que par la hianeheurdeson plumage: on attribue communément cette blanclicur à l'influence des climats du nord, quoiqu'elle puisse être produite par des causes particulières sous les climats les plus tempérés, comme nous l'avons vu dans rbisloire du corbeau. Au reste, celte couleur n’est ni pure ni universelle; elle est presque toujours semée, à l’endroit du cou et de la poitrine, de ces niouebetures qui sont pioprcs aux grives, mais qui sont ici plus faibles et moins tranebées. Quelquefois elle est obscurcie sur le dos par un mélange de brun plus ou moins foncé, altéré sur la poitrine par une teinte de roux, comme dans celles que Friscb a présentées, sans les décrire. Quebpiefois il n’y a, dans toute la partie supérieure, que le sommet de la tèle qui soit blanc, comme dans i'indiWdu que décrit Aldrovande; d'autres fois, c'est la partie postérieure du cou qui a une bande transversale blanche en manière de demi-collier ; Cl l'on ne doit pas douter que cette couleur ne se combine de beaucoup d’autres manières en différents individus avec les couleurs propres à l’espèce; mais on doit aussi se souvenir que ces differentes combinaisons, loin de constituer des races diverses, ne consliiuenl pas même des variétés constantes.

II. La GRIVE iiiji'PÉE, dont parle Sebvvenckfeld, doit être aussi regardée comme variété de cette espèce, non-seulement parce qu’elle en a la grosseur et le plumage, à l'exception de son aigrette blanchâtre, faite comme celle de l’alouette huppée, et de son collier blanc, mais encore parce qu’elle est trèsrare; on peut même dire qu’elle est unique jusqu’ici, puisque Scbwenckfeld est le seul qui l'ail vue, et (pi'il ne l’a vue qu'une seule fois : elle avait été prise en 1599 dans les forêts du duché de Lignilz. 11 est bon de remarquer que les oiseaux acquièrent quelquefois, en se desséchant, une huppe par une certaine contraction des muscles de la peau qui recouvre la tèle.

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