‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 239 sur 525 · LA GRIVETTE DE L’AMÉRIQUE · texte numérisé non relu

LA GRIVETTE DE L’AMÉRIQUE

Cette grive se trouve non-seulement au Canada, mais encore dans la Pensylvanie, la Caroline et jusqu’à la Jamaïque, avec cette différence qu elle ne passe que l'été seulement en Pensylvanie, en Canada, et autres pap septentrionaux où les hivers sont trop rudes; au Heu qu’elle passe l’année entière dans les eontrées plus méridionales, comme la Jamaïque, et même la Caroline, et que, dans cette dernière province, elle choisit pour le lieu de sa retraite les bois les plus épais aux environs des marécages, tandis qu'à la Jamaïque, qui est un pays plus chaud, c'est toujours dans les bois qu’elle habite, mais dans les bois qui se trouvent sur les montagnes.

Les individus décrits ou représentés par les divers naturalistes diffèrent entre eux par la couleur des plumes, du bec et des pieds; ce qui donne lieu de croire ( si tous ces individus appartiennent à la même espèce) que le plumage des grives d'Amérique n’est pas moins variable que celui de nos grives d'Europe, et qu’elles sortent toutes d'une souche commune. Cette conjecture est fortifiée par le grand nombre de rapports qu’a l’oiseau dont il s’agit ici, avec nos grives, et dans sa forme, et dans son |)ort, et dans son habitude de voyager, et dans celle de se nourrir de baies, et dans la couleur jaune de ses parties intérieures, observées par M. Sloane, et dans les mouchetures de la poitrine : mais il paraît avoir des rapports encore plus particuliers avec la grive proprement dite et le mauvis qu'avec les autres; et ce n’est qu’en comparant les traits de conformité que l’on peut déterminer à laquelle de ces deux espèces elle doit être sj)écialemcnt rapportée.

Cet oiseau est jilus petit qu’aucune de nos grives, comme sont en général tous les oiseaux d'Amérique, relativement à ceux de l’ancien continent : il ne chante point, non plus que le mauvis; il a moins de mouchetures que le mauvis, qui en a moins qu’aucune de nos quatre espèces; enfin, sa chair est, comme celle du mauvis, un très-bon manger. Tels sont les rapports de la grive du Canada avec notre mauvis ; mais elle en a davantage, et, à mon avis, de beaucoup plus décisifs, avec notre grive proprement dite, à laquelle elle ressemble par les barbes qu’elle a autour du bec, par une espèce de plaque jaunâtre qu’on lui voit sur la poiirine, par sa facilité à devenir sédentaire dans tout pays où elle trouve sa subsistance, par son cri, assez semblable au cri d’hiver de la grive, et par conséquent fort peu agréable, comme sont ordinairement les cris de tous les oiseaux de ces contrées sauvages habitées par des Sauvages; et si l'on ajoute à tous ces rapports l’induction résultante de ce que la grive, et non le mauvis, se trouve en Suède, d où elle aura pu facilement passer en Amérique, il semble qu’on sera en droit de conclure que la grive du Canada doit être rapportée à notre grive ppoprement dite.

Cette grive, qui, comme j’ai dit, est passagère dans le nord de l’Amérique, arrive en Pensylvanie au mois d’avril ; elle y reste tout l’été, pendant lequel temps elle fait sa ponte et élève ses petits. Catesby nous apprend qu’on voit peu de ces grives à la Caroline, soit parce qu’il n'y en reste qu’une partie de celles qui y arrivent, ou parce que, comme on l’a vu plus haut, elles se tiennent cachées dans les bois ; elles se nourrissent de baies de houx, d’aubépine, etc.

Les sujets décrits par M. Sloane avaient les ouvertures des narines plus amples et les pieds plus longs que ceux décrits par Catesby et M. Brisson ; ils n’avaient pas non plus le même plumage; et si ces différences étaient permanentes, on serait fondé à les regarder comme les caractères d’une

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autre race, ou, si l’on veut, d’une variété constante dans l’espèce dont il s’agit ici.

LA ROUSSEROLLE.

(le bec-fin koüsserolle.)

Ordre des passereaux, genre bec-lin. (Cuvieb.)

On a donné à eet oiseau le nom de rossignol de rivière, parce que le inûle chante la nuit comme le jour, tandis que la femelle couve, et parce qu’il se plaît dans les endroits humides : mais il s'en faut bien que son chant soit aussi agréable que celui du rossignol, quoiqu’il ait plus d'étendue; il l’accompagne ordinairement d une action Irès-vivé, et d’un trémoussement de tout son corps : il grimpe le long des roseaux et des saules peu élevés, comme font les grimpei eaux, et il vit des insectes qu’il y trouve.

L’habitude qu’a la rousserolle de fréquenter les marécages , semble l’éloigner de la clas.se des grives : mais elle s’en rapproche tellement par sa forme extérieure, que M. Klein qui l’a vue presque vivante, puisqu’on en tua une en sa présence, doute qu'on puisse la rapporter à un autre genre. J1 nous apprend que ces oiseaux se tiennent dans les îles de rembouchure de la Vistule, qu’ils font leur nid à terre sur le penchant des petits tertres couverts de mousse. Enfin il soupçonne qu’ils passent l’hiver dans les bois épais et marécageux : il ajoute qu’ils ont toute la partie su|»érieure du corps d’un brun roux, la partie inférieure d'un blanc sale, avec quelques taches cendrées ; le bee noir, le dedans de la bouche orangé comme les grives, et les pieds plombés.

Un habile observateur m’a assuré qu’il connaissait en Brie une petite rousserolle, nommée vulgairement effarvalte, laquelle babille aussi continuellement et se tient dans les roseaux comme la grande. Cela explique la contrariété des opinions sur la taille de la rousserolle que M. Klein a vue grosse comme une grive, et M. Brisson, seulement comme une alouette. C’est un oiseau qui vole pesamment et en battant des ailes : les plumes qu’il a sur la tète sont plus longues que les autres, et lui font une espèce de huppe assez peu marquée.

M. Somierat a rapporté des Philippines une véritable rousserolle, parfaitement semblable à celle-ci.

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