LE MERLE ‘DE ROCHE
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pièges, pourvu que la main qui les a tendus sache se rendre invisible.
Lorsqu’ils sont renfermés avec d’autres oiseaux plus faibles, leur inquiétude naturelle se change en pétulance; ils poursuivent, ils tourmentent continuellement leurs compagnons d’i sclavage, et par celte raison on ne doit pas les admettre dans les volières où l’on veut rassembler et conserver plusieurs espèces de petits oiseaux.
On peut, si l’on veut, en élever à cause de leur chant, non pas de leur chant naturel qui n’est guère supportable qu’en pleine campagne, mais à cause de la facilité qu’ils ont de le perfectionner, de retenir les airs qu’on leur apprend, d’imiter différents bruits, différents sons d’instruments, et même de contrefaire la voix humaine.
Comme les merles entrent de bonne heure en amour, et presque aussitôt que les grives, ils commencent aussi à chanter de bonne heure; et comme ils ne le font pas pour une seule ponte, ils continuent de chanter bien avant dans la belle saison ; ils chantent donc lorsque la plupart des autres chantres des bois se taisent et éprouvent la maladie périodique de la mue, ce qui a pu faire croire à plusieurs que le merle n’était point sujet à celte maladie; mais cela n’est ni vrai, ni même vraisemblable ; pour peu qu'on fréquente les bois on voit ces oiseaux en mue sur la lin de l’été, on en trouve même quelquefois qui ont la tète entièrement chauve : aussi Olina et les auteurs de la Zoologie britannique disent-ils que le merle se tait comme les autres oiseaux dans le temps de la mue; et les zoologues ajoutent qu’il recommence quelquefois à chanter au commencement de l'hiver; mais le plus souvent dans celte saison il n'a qu'un cri enroué (U désagréable.
Les anciens prétendaient que pendant celte même saison son plumage changeait de couleur et prenait du roux; et Olina, l'un des modernes qui a le mieux connu les oiseaux dont il a parlé, dit que cela arrive en automne, soit que ce changement de couleur soit un effet de la mue, soit que les femelles et les jeunes merles, qui sont en effet plus roux que noirs, soient en plus grand nombre, et se montrent alors plus fréquemment que les mâles adultes.
Ces oiseaux font leur première ponte sur la lin de l’hiver; elle est de cinq ou six œufs d'un vert bleuâtre avec des taches couleur de rouille, fréquentes et peu distinctes. Il est rare (pie celle première ponte réussisse, à cause de 1 intempérie de la saison ; mais la seconde va mieux, et n est que de quatre ou cinq œufs. Le nid des merles est construit à peu près comme celui des grives, excepté qu’il est matelassé en dedans : ils le font ordinairement dans les buissons, ou sur des arbres de hauteur médiocre; il semble même qu’ils soient portés naturellement à le placer près de terre, et que ce n’est que par l’expérience des inconvénients qu’ils apprennent à le mettre plus haut. On m’en a apporté un, une seule fois, qui avait été pris dans le tronc d’un pommier creux.
De la mousse, qui ne manque jamais sur le tronc des arbres, du limon, qu’ils trouvent au pied ou dans les environs, sont les matériaux dont ils font le corps du nid; des brins d herbe cl de petites racines sont la matière d'un tissu plus mollet dont ils le revêtent intérieurement; et ils travaillent avec une telle assiduité qu’il ne leur faut que huit jours pour finir l’ouvrage. Le nid achevé, la femelle se met à pondre, et ensuite à couver ses œufs ; elle les couve seule, et le mâle ne prend part à celle opération qu'en pourvoyant à la subsistance de la couveuse. L’auteur du Traité duRossignol assure avoir vu un jeune merle de l'année, déjà fort, se charger volontiers de nourrir des petits de son espèce nouvellement dénichés; mais cet auteur ne dit point de ([uel sexe était ce jeune merle.
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J’ai observe que les petits éprouvaient y&d’une imie clans la première année, et ((u’à eliaqiie mue le plumage tles^ües devient plus noir, et le bec plus jaune, à comincmeer par la base. A l'égard des (’einelles, elles conservent, coniine j’ai dit, les couleurs du premier âge, comme elles en conservent aussi la plupart des attributs ; elles on l cependant le dedans delà bouebe et du gosier du même jaune cpie les mâles, et l’on peut aussi remarquer dans les uns et les autres un mouvement assez fréquent de la queue de haut en bas, qu’ils accompagnent d’un léger trémoussement d ailes et d’un petit cri bref et coupé.
Ces oiseaux ne cbangenl point de contrée pendant l’hiver mais, iis choisissent dans la contrée qu'ils habitent l’asile ejui leur convient le mieux pendant cette snisonrigoureu.se : ce sontordinairement les bois les plus épais, surtout ceux où il y a des fontaines chaudes et qui sont peuplés d’arbres toujours verts, tels que piceas, sapins, lauriers, myrtes, cyprès, genévriers, sur lesquels ils trouvent plus de ressources, soit poursemeltre à l’abri des frimas, soit pour vivre; aussi viennent-ils quelquefois les chercher jusque dans nos jardins, et l'on pouri'aii soupçonner que les pays où on ne voit point de merles en hiver sont ceux où il ne sc trouve point de ces sortes d’arbres, ni de fontaines chaudes.
Les merles sauvages se nourrissent outre cela de toute sorte de baies, de fruits et d’insectes, et comme il n’est point de pays si dépourvu qui ne présente quelqu’une de ces nourritures, et que d’ailleurs le merleestun oiseau (pii s’accommode à tous les climats, il n’est non plus guère de pays où cet oiseau ne se trouve, au nord et au midi, dans le vieux et dans le nouveau continent, mais plus ou moins différent de lui-même, selon qu’il a reçu plus ou moins fortement l’empreinte du climat où il s’est fixé.
Ceux que l’on lient en cage mangent aussi de la viande cuite ou hachée, du pain, etc. ; mais on prétend que les pcirins de pommes de grenade sont un poison pour eux comme pour les grives. Quoi qu’il en soit, ils aiment beaucoup à sc haigner, et il ne faut pas leur épargner l’eau dans les volières. Leur chair est un fort bon manger, cl ne le cède point à celle de la draine ou de la litorne; il paraît même qu’elle est préférée à celle de la grive cl du mauvis dans les pays où ils se nourrissent d'olives, qui la rendent succulente, et de baies de myrte, qui la parfuineiu. Les oiseaux de proie en sont aussi avides que les hommes, cl leur font une guerre presque aussi destructive; sans cela ils se mulli[dicraienl à l’excès. Olina fixe la durée de leur vie à sept ou huit ans.
J’ai disséqué une femelle qui avaitété prise sur scs œufs vers le lo de mai, et qui pesait deux onces deux gros, lille avait la grappe de l’ovaire garnie d’un grand nombre d'œufs de grosseurs inégakîs : les plus gros avaient près de deux lignes de diamètre et étaient de couleur orangée; les plus petits étaient d'une couleur plus claire, d une substance moins opaque, et n’avaient guère qu un tiers de ligne de diamètre. Llle avait le bec absolument jaune, ainsi que la langue et tout le dedans de la bouche, le tube intestinal long de dix-sepl à dix-huit pouces, le gésier très-musculeux, précédé d’une poche formée par la dilatation de l'œsophage, la vésicule du fiel oblongue, et point de cæcum.
Variétés du merle.
Les meules blancs et tachetés be blanc. Quoique le merle ordinaire soit l’oiseau noir par excellence, et plus noir que le corbeau, cependant on ne peut nier que son plumage ne prenne quelquefois du blanc, et que même