LE MERLE A PLASTRON BLANC
(le merle a plastron.)
J’ai changé la dénomination de merle à collier que plusieurs avaient jugé à propos d’appliquer à cet oiseau, et je lui ai substitué celle de merle à plastron blanc, comme ayant plus de justesse, et même comme étant nécessaire pour distinguer celle race de celle du véritable merle à collierdont je parlerai plus bas.
Dans l’espèce dont il s’agit ici, le mâle a en effet au-dessus de la poitrine une sorte de plastron blanc très-remarquable : je dis le mâle, car le plastron de la femelle est d’un blanc plus terne, plus mêlé de roux; et comme d’ailleurs le plumage de celte femelle et d'un brun roux, son plastron tranche beaucoup moins sur ce fond presque de même couleur, et cesse quelquefois tout à fait d’étre apparent : c’est sans doute ce qui a donné lieu à quelques nomenclateurs de faire de cette femelle uneespéce particulière sous le nom de merle de montagne, espèce purement nominale, qui a les mêmes mœurs que le merle à plastron blanc, et qui en difl'ére moins, soit en grosseur, soit en couleur, que les femelles ne diffèrent de leurs mâles dans la plupart des espèces.
Ce merle a beaucoup de rapports avec le merle ordinaire ; il a comme lui le fond du plumage noir, les coins et l’intérieur du bec jaune, et à peu prés la même taille, le même port : mais il s’en distingue par son plastron, par le blanc dont son plumage est émaillé, principalement sur la poitrine, le ventre et les ailes; par son bec plus court et moins jaune; par la forme des pennes moyennes des ailes qui sont carrées par le bout avec une petite pointe saillante au milieu, formée par l’extrémité de la côte : enfin, il en diffère par son cri ainsi que par ses habitudes et par ses mœurs. C'est un véritable oiseau de passage, mais qui parcourt chaque année la circonférence d’un
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cercle dont tous les points ne sont pas encore bien connus. On sait seulement qu’en général il suit les chaînes des montagnes, sans néanmoins tenir de roule bien certaine. On n’en voit guère paraître aux environs de Montbard que dans les premiers jours d’octobre; ils arrivent alors par petits pelotons de douze ou quinze, et jamais en grand nombre : il semble que ce soient quelques familles égarées qui ont t|uitté le gros de la troupe. Us restent rarement plus de deux ou trois semaines, et la moindre gelée suflit alors pour les faire disparaitre : cependant je ne dois point <lissimuler que 1\I. Klein nous apprend qu’on lui a apporté de ces oiseaux vivants pendant l’hiver. Us repassent vers le mois d’avril ou de mai, du moins en Bourgogne, en Brie, et même dans la Silésie et la Frise, selon Gessner.
U est très rare que ces merles habitent les plaines dans la partie tempérée de l'Europe : néanmoins I\I. Salerne assure qu'on a trouvé de leurs nids en Sologne et dans la foret d'Orléans; que ces nids étaient faits comme ceux du merle ordinaire; qu'ils contenaient cinq œufs de même grosseur, de même couleur, et (ce tph s’éloigne des habitudes du merle) que ces oiseaux nichent contre terre, au pied des buissons, d’où leur vient apparemment le nom de merles terriers ou buissonniers. Ce qui paraît sûr, c’est qu’ils sont très-communs en certains temps île l’année sur les hautes montagnes de la Suède, de l’Écosse, de rAuvergne, de la Savoie, de la Suisse, de la Grèce, etc. Il y a même apparence qu'ils sont répandus en Asie, en Afrique et jusqu aux Açores; car c’est à celle espèce voyageuse, sociale, ayant du blanc dans son plumage, et se tenant sur les montagnes, que s’applique naturellement ce que dit Tavernier des volées de merles qui passent de temps en temps sur les frontières de la Médie et <le l’Arménie, et délivrent le pays des sauterelles; comme aussi ce que dit M. Adanson de ces merles noirs tachetés de blanc qu’il a vus sur les sommets des montagnes de file Fayal, se tenant par compagnies sur les arbousiers dont ils mangeaient le fruit en jasant continuellement.
Ceux qui voyagent en Europe se nourrissent aussi de baies. M. Willughby a trouvé dans leur estomac des débris d insectes et des baies semblables à celles du groseillier, mais ils aiment de préférence celles de lierre, et les raisins. C’est dans le temps de la vendange qu’ils sont ordinairement le plus gras et que leur chair devient à la fois savoureuse et succulente.
Quelques chasseurs prétendent que ces merles attirent les grives, et que lorsqu’on peut en avoir de vivants, on fait de très-bonnes chasses de grives au lacet; on a aussi remarqué qu’ils sc laissent plus aisément approcher que nos merles communs, quoiqu’ils soient plus dilficilcs à prendre dans les pièges.
J'ai trouvé, en les disséquant, la vésicule du Üel oblongue, fort petite, et par conséquent fort différente de ce que dit Willughby; mais l'on sait combien la forme et la situation des parties molles sont sujettes à varier dans l’intérieur des animaux ; le ventricule était musculeux; sa membrane interne ridée à l’ordinaire cl sans adhérence; dans celte membrane je vis des débris de grains de genièvre et rien autre chose ; le canal intestinal, mesuré entre ses deux orilices extrêmes, avait environ vingt pouces; le ventricule ou gésier se trouvait placé entre le quart et le cinquième de sa longueur; enfin j’aperçus quelques vestiges de cæcum, dont l’un paraissait double.
Variétés du merle à plastron blanc.
1. Les merces blancs ou tachetés de blanc. J’ai dit que la plupart de ces variétés devaient se rapporter à l’espèce du plastron blanc : et en effet, Aris-