‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 255 sur 525 · DU MERLE A PLASTRON BLANC. 44S · texte numérisé non relu

DU MERLE A PLASTRON BLANC. 44S

lole, qui eonnaissaii les merles blancs, en fait une espèce distincte du merle ordinaire , quoique ayant la même grosseur et le môme cri ; niais il savait bien qu'ils n’avaient pas les mêmes habitudes, et qu’ils se plaisaient dans les pays montueux. Belon ne reconnaît non plus d’autres différences entre les deux espèces que celle du plumage, et celle de l'instinct qui attache le merle blanc aux montagnes. On le trouve en effet, non-seulement sur celles d'Arcadie, de Savoie et d’Auvergne, mais encore sur celles de Silésie, sur les Alpes, l’Apennin, etc. Or, cette disparité d'instinct par laquelle le merle blanc s’éloigne de la nature du merle ordinaire, est un trait de conformité par lequel il se rapproclie de celle du merle à plastron blanc. D’ailleurs il est oiseau de passage comme lui, et passe dans le même temps Enfin n’esl-il pas évident que la nature du merle à plastron blanc a plus de tendance au blanc, et n’est-il pas naturel de croire que la couleur blanche qui existe dans son plumage peut s’étendre avec plus de facilite sur les plumes voisines, que le plumage du merle ordinaire ne peut changer en entier du noir au blanc? Ces raisons m’ont paru suffisantes pour m’autoriser à regarder la plupart des merles blancs, ou tachetés de blanc, comme des variétés dans l'espèce du merle è plastron blanc. Le merle blanc que j'ai observe avait les pennes des ailes et de la queue plus blanches que tout le reste, et le dessus du corps, excepté le sommet de la tète, d’un gris plus clair que le dessous du corps. Le bec était brun avec un peu de jaune sur les bords : il y avait aussi du jaune sous la gorge et sur la poitrine, et les pieds étaient d’un gris brun foncé. On l’avait pris aux environs de Monlbard dans les premiers jours de novembre, avant quil eût encore gelé, c’est-à-dire au temps juste du passage des merles à plastron blanc, puisque peu de jours auparavant on m’en avait apporté deux de cette dernière espèce.

Parmi les merles tachetés de blanc, celte dernière couleur se combine diversement avec le noir : quelquefois elle se répand exclusivement sur les pennes de la queue et des ailes, que cependant l'on dit être moins sujettes aux variations de couleur, tandis que toutes les autres plumes que l'on regarde comme étant d’une couleur moins fixe, conservent leur noir dans toute sa pureté; d’autres fois elle forme un véritable collier qui tourne tout autour du cou de l’oiseau, et qui est moins large que le plastron blanc du merle précédent. Cette variété n’a point échappé à Bclon, qui dit avoir vu en Grèce, en Savoie et dans la vallée de Maurienne une grande quantité de merles au collier, ainsi nommés parce qu’ils ont une ligne blanche qui leur tourne tout le cou. M. Lotiinger qui a eu occasion d'étudier ces oiseaux dans les inonlagne.s de la Lorraine où ils font quehjuefois leur ponte, m’assure qu’ils y nichetit de très-bonne heure, qu’ils construisent et posent leur nid à peu près comme la grive, que l’éducation de leurs petits se trouve achevée dès la fin de juin, qu’ils font un voyage tous les ans, mais que leur départ n’est rien moins qu’à jour nommé : il commence sur la fin de juillet et dure tout le mois d’aovit, pendant lequel temps on ne voit pas un seul de ces oiseaux dans la |)lainc, quel qu’en soit le nombre, ce qui prouve bien qu’ils suivent la montagne. On ignore le lieu où ils se retirent. M. Loitinger ajoute que cet oiseau, qui était autrefois fort commun dans les Vosges, y est devenu assez rare.

IL Le grand meree de montagne. 11 est tacheté de blanc, n a point de plastron, et il est plus gros (|ue la draine. Il passe en Lorraine tout à la fin de l’automne, et il est alors singulièrement chargé de graisse. Les oiseleurs n’en prennent que très-rarement. Il lait la guerre aux limaçons, et sait casser adroitement leur coquille sur un rocher, pour se nourrir de leur chair. A défaut de limaçons, il se rabat sur la graine de lierre. Cet oiseau

est un fort bon gibier, mais il dégénère des merles quant à la voix, qu’il a fort aigre et fort triste.

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