LE MERLE COULEUR DE ROSE
(le MARTIN ROSELIN.)
Tous les ornithologistes qui ont fait mention de ce merle n en ont parlé que comme d’un oiseau rare, étranger, peu connu, que l’on ne voyait qu’.î son passage, et dont on ignorait la véritable patrie. M. Linnæus est le seul qui nous apprenne qu’il habite la Laponie et la Suisse, mais il ne nous dit rien de ce qu’il y fait, de ses amours, de son nid, de sa ponte, de sa nourriture, de ses voyages, etc. Aldrovande, qui a parlé le premier des merles couleur de rose, dit seulement qu’ils paraissent quelquefois dans les campagnes des environs de Bologne où ils sont connus des oiseleurs sous le nom dVtourneau de mer; qu’ils se posent sur les tas de fumier, qu’ils prennent beaucoup de graisse, et que leur chair est un bon manger. On en a vu deux en Angleterre que M. Edwards suppose y avoir été portés par quelque coup de vent. Nous en avons observé plusieurs en Bourgogne, lesquels avaient été pris dans le temps du passage ; et il est probable qu’ils poussent leurs excursions jusqu’en Espagne, s’il est vrai, comme le dit M. Klein, qu’ils aient un nom dans la langue espagnole.
Le plumage du mâle est distingué; il a la tète, le cou, les pennes des ailes et de la queue noirs avec des reflets brillants qui jouent entre le vert et le pourpre : la poitrine, le ventre, le dos, le croupion et les petites couvertures des ailes sont d’une couleur de rose de deux teintes, l'une plus claire et 1 autre plus foncée, avec quelques lâches noires répandues çà et là sur cette espèce de scapulaire qui descend par-dessus jusqu’à la queiie, et pardessous jusqu’au bas-ventre exclusivement : outre cela, la tète a pour ornement une espèce de huppe qui se jette en arrière comme celle du jaseur, et qui doit faire un bel elfcl lorsque l’oiseau la relève.
Le bas-ventre, les couvertures inférieures de la queue et les jambes sont d’une couleur rembrunie; le tarse et les doigts d’un orangé terne; le bec mi-parti de noir et de couleur de chair; mais la distribution de ces couleurs semble n’etre point fixe en cette partie, car dans les individus que nous avons observés et dans ceux d’Aldrovande, la base du bec était noirâtre et tout le reste couleur de chair; au lieu que dans des individus observés par M. Edwards, c'était la pointe du bec qui était noire, et ce noir se changeait par nuances en un orangé terne qui était la couleur de la base du bec et celle des pieds. Le dessous de la queue parait comme marbré, effet produit par la couleur de ses couvertures inférieures qui sont noirâtres et terminées de blanc.
La femelle a la tète noire comme le mâle, mais non pas le cou, ni les pennes de la queue et des ailes, qui sont d’une teinte moins foncée; les couleurs du scapulaire sont aussi moins vives.
Cet oiseau est plus petit que notre merle ordinaire; il a le bec, les ailes, les pieds et les doigts plus longs à proportion : il a beaucoup plus de rapports de grandeur, de conformation et même d’instinct avec le merle à plastron blanc ; car il est voyageur comme lui. Cependant il faut avouer que l’un des merles couleur de rose qui a été tué en Angleterre, allait de compagnie avec des merles à bec jaune. Sa longueur prise de la pointe du bec jusqu’au bout de la queue est de sept pouces trois quarts, et jusqu’au bout des ongles