LE BEC-CROISÉ
(LI-; BEC cumsÉ comviüx on des pins.) ürrlre des passereaux, famille des coniros.res, genre bee-croisé. (Cuvieb.)
L’espèce du bec-croisé est très-voisine de celle du gros-hec; ce sont des oiseaux de même grandeur, de meme figure, ayant tous deux le même naturel, les mêmes appétits, et ne différant l’un de l'autre que par une espèce de difformité qui se trouve dans le bec; et celte difformité du bec-croisé, qui seule distingue cet oiseau du gins-bcc, le sépare aussi de tous les autres oiseaux, carïl est l’unique qui ait ce caractère ou plutôt ce défaut : et la preuve que c’est plutôt un défaut, une erreur de nature, qu’un de ses traits constants, c’est que le type en est variable, tandis (ju’en tout il est fixe, et que toutes ses productions suivent une loi déterminée dans leur développement et une règle invariable dans leur position, au lieu que le bec de cet oiseau se trouve croisé tantôt a gauche et tantôt à droite dans différents individus. Et comme nous ne devons supposer à la nature que des vues fixes et des projets certains, invariables dans leur exécution, j’aime mieux attribuer cette différence de position à l’usage que cet oiseau fait de sou bec, qui serait toujours croisé du
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meme côté si de certains individus ne se donnaient pas riud)itude de prendre leur nourrikirc à gauche au lieu de la prendre à droite; comme dans l’espèce humaine on voit des personnes se servir d(! la main gaucho de préférence à la droite. L’ambiguité de position dans le bec de cet oiseau est encore accompagnée d’un autre défaut qui ne peut que lui ètr(! très-incommode; c’est un excès d’accroissement dans chaque mandibuh! du bec : les deux pointes ne pouvant se rencontrer, l’oiseau ne peut ni becqueter, ni prendre de petits grains, ni saisir sa nourriture autrement que de côti; : et c’est par cette raison que s’il a commencé à la prendre à droite, le bec se trouve croisé à gauche, et vice versâ.
Mais comme il n’existe rien qui n’ait des^rapports et nepuisse par conséquent avoir quelque usage, et que tout être sentant tire parti même de ses défauts, ce bec difforme, crochu en haut et en bas, courbé pas ses extrémités en deux sons opposés, parait fait exprès pour détacher et enlever les écailles des pommes de pin et tirer la graine qui se trouve placée sous chaque écaille; c’est de ces graines que cct oiseau fait sa principale nourriture : il place le crochet inférieur de son bec au-dessous do l’ecaille pour la soulever, et il la sépare avec le crochet supérieur; on lui verra exécuter cette manœuvre en suspendant dans sa cage une pomme de pin mûre. Ce bec crochu est encore utile à l'oiseau pour grimper; on le voit s’en servir avec adresse loi'squ’il est en cage, pour monter jusqu’au haut des juchoirs : il monte aussi tout autôui- de la cage à p(!u près comme le perroquet; ce qui, joint à la beauté de ses couleurs, l’a fait appeler, par quelques-uns, \e, perroquet d’Allemagne.
Le nec-croisé n'habite que les climats froids ou les montagnes dans les pays tempérés. On le trouve en Suède, en Pologne, en Allemagne, en Suisse, dans nos Alpes et dans nos Pyrénées. Il est absolument sédentaire dans les contrées qu’il habite et y denuiure toute l’année; néanmoins ils arrivent quelquefois comme par hasard et en grandes troupes dans d’autres pays; ils ont paru en 17o6 et 1757 dans le voisinage de Londres en grande quantité. Ils ne viennent point régulièrement et constamment à des saisons marquées, mais plutôt accidentellement par des causes inconnues; on est souvent plusieurs années sans en voir. Le casse-noix et quelques autres oiseaux sont sujets à ces mômes migrations irrégulières et qui n’arrivent qu’une fois en vingt ou trente ans. ]]a seule cause qu’on puisse s’imaginer, c’est quelque intempérie dans le climat qu’habihmt ces oiseaux, qui, dans de certaines années, aurait détruit ou fait avorter les fruits et les graines dont ils sc nourrissent; ou bien quelque orage, quelque ouragan subit qui les aura tous chassés du môme côté; car ils arrivent en si grand nombre, et en môme temps si fatigués, si battus, qu’ils n’ont plus de souci de leur conservation, et qu’on les prend, pour ainsi dire, à la main sans qu’ils fuient.
Il est à présumer que l’espèce du bec-croisé qui habite les climats froids de préférence, se trouve dans le nord du nouveau continent, comme dans celui de l’ancien; cependant aucun voyageur en Amérique n’en fait mention : mais ce qui me porte à croire qu’on doit l’y trouver, c’est qu’indépendamment th; la présomption générale toujours avérée, confii tnée pai' le fait, que tous les animaux qui ne craignent pas le froid oi\t passé d iin continent à l’autre et sont communs à tous deux, le bec-croise se trouve en Groenland, d’où il a été apporté à JL Edwards par des pécheurs de baleines, et ce naturaliste, plus versé que personne dans la connaissance des oiseaux, remarque avec raison que les oiseaux, tant aquatiques que terrestres, qui fréquentent les hautes latitudes du Nord , se répandent
DU BEC-CHOISE.
indifréremmcnt dans les parties moins septentrionales de l’Ainérique et de l’Europe.
Le bec-croisé est l’un des oiseaux dont les couleurs sont les plus sujettes à varier : à peine trouve-t-on dans un grand nombre deux individus semblables; car non-seulement les couleurs varient par les teintes, mais encore par leur position et dans le meme individu, pour ainsi dire, dans toutes les saisons et dans tous les Ages. M. Edwards, qui a vu un trèsgrand nombre de ces oiseaux, et qui a cherché les extrêmes de ces variations, peint le mâle d’un rouge couleur de rose, et la femelle d un vert aunâtre; mais dans l’un et dans l’autre, le bec, les yeux, les jambes et ics pieds sont absolument de la môme forme et des mêmes couleurs. Gessncr dit avoir nourri un de ces oiseaux qui était noirâtre au mois de septembre, et qui prit du rouge dès le mois d octobre : il ajoute que les parties où le rouge commence a paraître sont le dessous du cou, lu poitrine et le ventre, qu’ensuitc le rouge devient jaune, que cest surtout pendant l’hiver que les couleurs changent, et qu’on prétend qu'en dill'érents temps, elles tirent sur le rouge, sur le jaune, sur le vert et sur le gris cendré. Il ne faut donc pas faire une espèce ou une variété particulière, comme l’ont fait nos nomenclateurs modernes, d'un bec-croisé verddlre trouvé dans les Pyrénées, puisqu’il se trouve également ailleurs, ou que dans certaines saisons il y en a partout de cette couleur. Selon b risch, qui connaissait parfaitement ces oiseaux qui sont communs en Allemagne, la couleur du mâle adulte est rougeâti-e et d’un vert mêle de rouge : mais ils perdent ce rouee comme les linottes lorsqu’on les tient en cage et ne conservent queKe vert qui est la couleur la plus fixe, tant dans les jeunes que dans les vieux; c’est par cette raison qu on I appelle en qiaîlques endroits de l’Allemagne krinis ou rjrunilz, comme qui dirait oiseau verdâtre. Ainsi les deux extrêmes de couleur n’ont pas ete bien saisis par Al. Edwards; il n’est pas à présumer, comme ses ligures coloriées 1 indiquent, que le mâle soit rouge et la lemelle verte, et tout porte a cioiie que (îans la même saison et au même âge la lemelle ne difl'ère du mâle qu en ce qu’elle a les couleurs plus faibles.
et comme il est aussi peu agile que peu défiaut, il est la victime de tous les oiseaux de proie. Il est muet pendant l’été, et sa voix, qui est fort peu de chose, ne se fait entendre qu’en hiver. Il n’a nulle impatience^ ilans la captivité; il vit longtemps en cage; ou le nourrit avec du chènevis écrasé, mais cette noiïi rituro contribue à lui faire perdre plus promptement son rouge. Au reste, on prétend qu’en été sa chair est assez bonne
^ *Ccs ^(fiscaux ne se plaisent que dans les forêts noires de pins et de sapins- ils semblent craindre le beau jour, et ils n’obéissent point à la douce influence des saisons : ce n est pas au printemps, mais au lort de l’hiv er que commencent Icui's arnours; ils font leurs nids des le mois de janvier, et leurs petits sont déjà grands lorsque les auties oiseaux ne 'commencent qu’à pondre. Us établissent le nid sous les grosses branches des pins, et l’y attachent a^ec la résine de cos arbres; ils i enduisent de cette matière, en sorte que riuimidité do la neige ou des pluies ne peut guère v'^ pénétrer. Les jeunes ont, comme les auties oiseaux, le bee, ou plutôt "^Ics coins de l’oiiverture du bec jaunes, et ils le tiennent toujours ouvert tant qu’ils sont dans l’âge de rêcevoir la becquée. Qii ne dit pas
(IJSTOIKE NATURELLE
com])ien ils lorit d œuls; mais on peut présumer par leur grandeur, leur taule et leurs autres rapports avec les gros-becs, qu’ils en pondent quatre ou cinq, et qu’ils ne produisent qu’une seule fois dans l’année.
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