‹ Œuvres complètes de Buffon avec des extraits de Daubenton, et la classification de Cuvier (volume 4)Chapitre 33 sur 525 · L’ÉPERVIER · texte numérisé non relu

L’ÉPERVIER

(l.’ÉPEBVIER COM, MON. )

Ordre des oiseaux de proie, famille des diurnes, genre faucon. (Cijmrr.)

Quoique les nomcnclaleurs aient compté plusieurs espèces d eperviers, nous croyons qu on doit les réduire aune seule. M. Rrisson fait mention de quatre espèces ou variétés, savoir : l'épervicr commun, i'épervier tacheté, le petit épervier et I’épervier des alouettes ; mais nous avons reconnu que cet épervier des alouettes n’est que la crécerelle femelle. Nous avons trouvé de même que le petit épervier n’est que le tiercelet ou mâle de i’épervier commun; en sorte qu'il ne reste plus que I'épervier tacheté, qui n’est qu'une variété accidentelle de l’espèce commune, de I’épervier. M. Klein est le premier qui ail indiqué celle variété : il dii que cet oiseau lui fut envoyé du pays de Marienhourg. Il faut donc réduire à l’espèce commune le petit épervier, aussi bien que I'épervier lâcheté, cl séparer de cette espèce ré|>crvier des alouettes, (|ui n’est que la femelle de la crécerelle.

On observera que le tiereelet-sors d'épervier diffère du liercelel-liagard en ce que le sors a la poitrine et le ventre beaucoup plus blancs, cl avec beaucoup moins de mélange de roux que le tiercelél-hagard, qui a ces parties presipie entièrement rousses et traversées de bandes brunes; au lieu que l’autre n’a sur la poitrine que des taches ou des bandes beaucoup plus irrégulières. Le tiercelet d’épervier s’appelle moucliet par les fauconniers ; il est d’autant plus brun sur le dos qu'il est plus âgé ; et les bandes transversales de la poitrine ne sont bien régulières que quand il a passé sa première ou sa seconde mue. Il en est de même de la femelle, qui n’a des bandes régulières que lorsqu’elle a passé sa seconde mue; cl, pour donner une idée plus détaillée de ces différences et de ces ebangements dans la distribution des couleurs, nous remarquerons que sur le tiercelet-sors ces taches de la poitrine et du ventre sont presque toutes séparées les unes des autres, et qu elles présenlcul plutôt la ligure d’un cœur ou d’un triangle émoussé, qu’une suite continue et uniforme de couleur brune, telle quon la voit dans les bandes transversales de la poitrine et du ventre du tiercelethagard d’épervier, c’est-à-dire du tiercelet qui a subi ses deux premières mues. Les mêmes ebangements arrivent dans la femelle ; ces bandes transversales brunes, telles qu’on les voit représentées dans la planche, ne sont dans lu première année que des taches séparées ; et l’on verra, dans l'article de l’autour, que ce ebangement est encore plus considérable que dans 1 épervier. Rien ne prouve mieux combien sont l'auiives les indications que nos nomenclaicurs ont voulu tirer de la distribution des couleurs, que de voir le même oiseau porter la première année des taches ou des bandes longitudinales brunes, descendant du haut en bas, et présenter au contraire, dans la seconde année, des bandes transversales de la même couleur : ce changement, quoique très-singulier, est plus sensible dans l’autour et dans les éperviers; mais il se trouve aussi plus ou moins dans plusieurs autres espèces d'oiseaux : de sorte que toutes les méthodes fondées sur rénonciation des différences de couleur et de la distribution des taches se trouvent ici entièrement démetuies.

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DE L AI TOLIR.

Lcpervier reste toute l'année dans notre pays. Lespéee en est assez nombreuse : on m en a apporté plusieurs dans la plus mauvaise saison de l liiver qu’on avait tués dans les bois ; ils sont alors très-maigres, et ne pèsent que six onces. I.e volume de leur corps est à peu près le même que celui du corps d une pie. La femelle est beaucoup plus grosse que le mâle; elle fait son nid sur les arbres les plus élevés des forêts : elle pond ordinairement quatre ou cinq oeufs, qui sont tachés d’un jaune rougeâtre vers leurs bouts. Au reste, I épervier, tant mâle que femelle, est assez docile : on l’apprivoise aisément, et l’on peut le dresser pour la chasse des perdreaux et des cailles ; il prend aussi des pigeons séparés de leur compagnie, et fait une prodigieuse destruction des pinsons et des autres petits oiseaux qui se mettent en troupes pendant I hiver. Il faut que l’espèce de l’épervier soit encore plus nombreuse qu elle ne le parait; car, indépendamment de ceux qui restent toute l’année dans notre climat, il parait que, dans certaines saisons, il en passe en grande quantité dans il autres pays, et qu’en général l’espèce se trouve répantlue dans l'ancien continent, depuis la Suède jusqu’au cap de lionne-Espérance.

L’AUTOLH.

(l.’.VOTOI'U OaniNAlRIi.)

Ordre des oiseaux de proie, famille des diurnes, genre faucon. (Cüvieb.)

L autour est un bel oiseau, beaucoup plus grand que l'épervier, auquel il ressemble néanmoins par les habitudes naturelles et par un caractère qui leur est commun, et qui, dans les oiseaux de proie, n’appartient qu'à eux et aux pies-grièches : c’est d'avoir les ailes courtes ; en sorte que quand elles sont pliées, elles ne s’étendent pas à beaucoup près à l’extrémité de la queue. Il ressemble encore à l'épervier, parce qu'il a, comme lui, la première |)liime de I aile courte, arrondie par son extrémité, et que la quatrième pbime de l’aile est la plus longue de toutes. Les fauconniers distinguent les oiseaux de chasse en deux classes, savoir : ceux de la fauconnerie proprement dite, et ceux qu’ils appellent de l’aufoumn'e ; et, dans cette seconde classe, ils comprennent non-seulement l’autour, mais encore l’épcrvier, les barpayes, les buses, etc.

Lauloiir, avant sa première mue, c’est-à-dire pendant la première année de son âge, porte, sur la poitrine et sur le ventre, des taches brunes perpendiculairement longitudinales : mais lorsqu'il a subi ses deux premières mues, ces taches longitudinales disparaissent, et il s’en forme de transversales, qui durent ensuite pour tout le reste de la vie; en sorte qu il est trèsfacile de se tromper sur la connaissance de cet oiseau, qui, dans deux âges différents, est marqué si différemment.

Au reste, l’autour a les jambes plus longues que les autres oiseaux qu’on pourrait lui comparer et prendre pour lui, comme le gerfaut, qui est à trèspeu près de sa grandeur. Le mâle autour est, comme la plupart des oiseaux de proie, beaucoup plus petit que la femelle; tous deux sont des oiseaux de poing et non de leurre : ils ne volent pas aussi haut que ceux qui ont les ailes plus longues à proportion du corps. Ils ont, comme je l'ai dit, plusieurs habitudes communes avec l’épervier; jamais ils ne tombent à plomb sur leur proie; ils la prennent de côté. On a vu par le récit de Belon, que nous avons cité, comme on peut prendre les éperviers : on peut prendre les

autours de la même manière; ou met un pigeon blanc, pour qu’il soit vu de plus loin, entre quatre filets de neuf ou dix pieds de hauteur, et qui renferment, autour du pigeon qui est au centre, un espace de neuf ou dix pieds de longueur sur autant de largeur; l’autour arrive obliquement, et la manière dont il s’empêtre dans les filets indique qu’ils ne se précipitent point sur leur proie, rnaisqu'ils l’attaquent de côté pour s’en saisir. Lesentravesdu filet ne l’empêchent pas de dévorer le pigeon, et il ne fait de grands efforts pour s’en débarrasser que quand il est repu.

L’autour se trouve dans les montagnes de Francbc-Comté,du Dauphiné, du Bugey, et même dans les forêts de la province de Bourgogne et aux environs de Paris, mais il est encore plus commun en Allemagne qu’en France, et l’espèce paraît s’être répandue dans les pays du nord jusqu’en Suède , et dans ceux de l’orient et du midi, jusqu’en Perse et en Barbarie. Ceux de Grèce sont les meilleurs de tous pour la fauconnerie, selon Bclon :

« Ils ont, dit-il, la têtegrande, le cou gros et beaucoup de plumes. Ceux d’Arménie, ajoute-t-il, ont les yeux verts; ceux de Perse tes ont clairs, concaves et enfoncés ; ceux d'Afrique, qui sont les moins estimés, ont les yeux noirs dans le premier âge, et rouges après la première mue. »

Mais ce caractère n’est pas. particulier aux autours d’Afrique ; ceux de notre climat ont les yeux d’autant plus rouges qu’ils sont plus âgés; il y a même dans les autours de France une dilférence ou variété de plumage et de couleur qui a induit les naturali.stes en une espece d’erreur; on a appelé busard, un autour dont le plumage e.st blond, et dont le naturel, plus lâcbc que celui de l’autour brun, et moins susceptible d’une bonne éducation, l’a fait regarder comme une espèce de buse ou busard, et lui en a fait donner le nom : c’est néanmoins très-certainement un autour, mais que les fauconniers rejettent de leur école. Il y a encore une variété assez légère dans cet autour Idond, qui consiste en ce qu’il s’en trouve dont les ailes sont tachées de blanc; et ce caractère lui a fait donner le nom de busard varié; mais cet oiseau varié, aussi bien que celui qui est blond. Sont également des autours, et non pas des busards.

J’ai fait nourrir longtemps un mâle et une femelle de l’espèce de l’autour brun; la femelle était au moins d’un tiers plus grosse que le mâle : il s’en fallait plus de six pouces que les ailes, lors(|u’elles étaient pliées, ne s’étendissent jusqu’à l’extrémité de la queue; elle était plus grosse dès l’àge de quatre mois, qui m’a paru être le terme de raccroissemeni de ces oiseaux, qu’un gros chapon. Dans le premier âge, jusqu’à cinq ou six semaines, ces oiseaux sont d un gris blanc; ils prennent ensuite du brun sur tout le dos, le cou et les ailes ; le ventre et le dessous de la gorge changent moins, et sont ordinairement blancs ou blancs jaunâtres, avec des taches longitudinales brunes dans la première année, et des bandes transversales brunes dans les années suivantes. Le bec est d’un bleu sale, et la membrane qui en couvre la base est d’un bleu livide : les jambes sont dénuées de plumes, cl les doigts des pieds sont d’un jaune foncé; les ongles sont noirâtres, et les plumes de la queue, qui sont brunes, sont marquées par des raies transversales fort larges, de couleur d’un gris sale. Le mâle a sous la gorge, dans cette première année d’âge, les plumes mêlées d’une couleur roussàtre, ce que n’a pas la femelle, à laquelle il ressemble par tout le reste, à l’exception de la grosseur, qui, comme nous l'avons dit, est de plus d’un tiers au-dessous.

On a remarqué que, quoi<|uc le mâle fût beaucoup plus petit que la femelle, il était plus féroce cl plus méchant. Ils sont tous deux assez difïi-

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elles à priver; ils se baltaient souvent, mais plus tics griffes que du bec, dont ils ne se servent guère que pour dépecer les oiseaux ou autres petits animaux, ou pour blesser et mordre ceux qui les veulent saisir. Ils commencent par se défendre de la griffe, se renversent sur le dos en ouvrant le l)ec, et cherclieul beaucoup plus à déchirer avec les serres qu’à mordre avec le bec. .Jamais on ne s’est aperçu que ces oiseaux, quoique seuls dans la même volière, aient pris de l affection l’un pour l’autre; ils y ont cependant passé la saison entière de l’été, depuis le commencement de mai justju’à la fin de novembre, où la femelle, dans un accès de fureur, tua le mâle dans le silence de la nuit, à neuf ou dix heures du soir, tandis que tous les autres oiseaux étaient endormis. Leur naturel est si sanguinaire que, quand on laisse un autour en liberté avec plusieurs faucons, il les égorge tous les uns après les autres; cependant il semble manger de préférence les souris, les mulots cl les petits oiseaux. Il se jette avidement sur la chair saignante, et refuse assez constamment la viande cuite ; mais en le faisant jeûner, on peut le forcer de s’en nourrir. Il plume les oiseaux fort proprement, cl ensuite il les dépèce avant de les manger, au lieu qu'il avale les souris tout entières. Ses excréments sont blanchâtres et humides : il rejette souvent par le vomissement les peaux roulées des souris qu’il a avalées. Son cri est fort rauque et finit toujours par des sons aigus, d’autant plus désagréables qu'il les répète plus souvent. 11 marque aussi une inquiétude continuelle dès qu’on l'approche, et semble s’effaroucher de tout; en sorte qu’on ne peut passer auprès de la volière où il est détenu sans le voir s’agiter violemment et l’entendre jeter plusieurs cris répétés.

OISEAUX ÉTHÂNGEUS

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