LE FRIQUET
LE GUOS-BEC IRIQIIET.
Ordre des passereaux, famille des coniroslrcs, genre moineau. (Cuvier.)
Cet oiseau est certainement d’une espèce différente de celle du moineau, et par conséquent ne doit pas en porter le nom. Quoique habitants du meme climat et des m(;mes terres, ils ne se mêlent point ensemble et la plupart de Icuis habitudes naturelles sont toutes diliérentes. Le moineau ne quitte pas nos maisons, se po.se sur nos murailles et sur nos toits, y niche et s y nourrit. Le friquet ne s’en approche guère, se tient à la campagne, Irequentc les bords des chemins, se pose sur les arbustes et les plantes basses, et établit son nid dans des crcvas.ses, dans des trous à peu de distance de terre. On prétend qu’il niche aussi dans les bois et dans les creux darbi’cs; cependant je n’en ai jamais vu dans les bois qu en passant : ce sont les campagnes ouvertes et les plaines qu’ils habitent de préférence. Le moineau a le vol pc.sant et toujours assez court; il ne peut aussi marcher qu’en .sautillant assez lentement et de mauvaise grâce,^ au lieu que le friquet se tourne plus lestement et marche mieux. L espèce en est beaucoup moins nombreuse que celle du moineau, et il y a toute ajîparence que leur ponte, qui n’est que de quatre ou cinq œufs, ne se répété pas et se borne a une seule couvée; car les friquetssc rassemblent en grande troupe dès la fin de l’été et demeurent ensemble pendant tout 1 hiver. Il est aisé, dans cette .saison, d’en prendre un grand nombre sur les buissons où ils gîtent.
DU FRIQÜEÏ. m
Cet oiseau, lorsqu'il est posé, ne cesse de se remuer, de se tourner, de frétiller, de hausser et baisser sa queue; et c’est de tous ces mouvements, qu’il fait d’assez bonne grâce, que lui est venu le nom de friquet. Quoique moins hardi que le moineau, il ne fuit point l’homme; souvent même il accompagne les voyageurs et les suit sans crainte. Il vole en tournant et toujours assez bas; car on ne le voit point se percher sur do grands arbres, et ceux qui lui ont donne le nom de moineau de noyer ont confondu le friquet avec la soulcie, qui se tient en effet sur les arbres élevés et particulièrement sur les noyers.
Cette espèce est sujette à varier; plusieurs naturalistes ont donné le moineau de montagne, le moineau à collier et le moineau frm des Italiens, comme des espèces différentes de celle du friquet : cependant le moineau fou et le friquet sont absolument le meme oiseau, et les deux autres espèces n’en .sont que de très-légères variétés. Après avoir comparé les descriptions, les figures et les oiseaux en nature, il nous a paru que tous quatre n’étaient dans le fond que le même oiseau, et que ces quatre espèces nominales doivent se réduire à une seule espèce réelle, qui est celle du friquet.
La preuvre que le passera mattugia ou moineau fou des Italiens est le friquet même, ou tout au plus une simple variété de cette espèce, dont il ne diffère que par la distribution des couleurs, c’est que Olina, qui en donne ta description et la figure, dit positivement qu’on l’a nommé passera mattugia, moineau fou, parce qu’il ne peut rester un seul moment sans remuer, et c’est à ce même mouvement continuel qu’on doit, comme je l’ai dit, attribuer l’origine de son nom français. Ne serait-il pas plus que singulier que cet oiseau, si peu rare en France, ne se trouvât point en Italie, comme l’ont écrit nos nomenclateurs modernes qui n’ont pas reconnu que le moineau fou d’Italie était notre friquet? Il paraît au contraire qu’il y a plus de variétés de cette espece en Italie qu’en France; elle s’est donc répandue des pays tempérés dans les pays plus chauds et non pas dans les climats froids, car on ne la trouve point en Suède. Mais je suis surpris que M. Salerne dise que cet oiseau ne se voit ni en Allemagne, ni en Angleterre, puisque les naturalistes allemands et anglais en ont donné des descriptions et la figure. M. Frisch prétend même^que te friauct et le serin de Canarie peuvent s’unir et produire ensemble une race uâtardc et qu’on en a fait l’epreuve en Allemagne.
Au reste, le friquet, quoique plus remuant, est cependant moins pétulant, moins familier, moins gourmand que le moineau; c’est un oiseau plus innocent et qui ne fait pas grand tort aux grains : il préfère les fruits, les graines sauvages, telles que celles dos chardons, sur lesquels il se pose volontiers, et mange aussi des insectes. Il fuit le séjour et la rencontre du moineau qui est plus fort et plus méchant que lui. On peut l’élever en cage et l’y nourrir comme le chardonneret; il y vit cinq ou six ans : son cliant est assez peu de chose, mais tout différent de la voix désagréable du moineau. On a observé que quoiqu’il soit plus doux que le moineau, il n’est cependant pas aussi docile, et cela vient de son naturel qui l’éloigne de l’homme, et qui pour être un peu plus sauvage n’en est peut-être que meilleur.
HISTOIUE NATURELLE
QUI ONT lîAI'POUT AU FHIQÜET.
L’oiseau qu’on appelle le passereau sauvage en Provence nous paiv'u't être une simple variété du friquct. Son chant (dit M. Guys) ne finit point comme il commence et n’est pas le même que celui du moineau. Il ajoute que cet oiseau, très-farouche, cache sa tête entre des pierres, laissant le reste du corps à découvert, et croit se mettre à l’abri des attaques par cette précaution. Il se nourrit de graines à la campagne, et il y a des années où il est très-rare en Provence.
Mais outre cet oiseau et les autres variétés de cette espèce, qui se trouvent dans nos climats et que nous avons indiquées d’après les nomenclateurs, sous les noms de moineau de montagne, moineau à collier et moineau fou, il s’en trouve d’autres dans des climats éloignés.