LE SERIN DES CANARIES
Ordre des passereaux, famille des cuniroslres, genre moineau. (Cumkr.)
Si le rossignol est le chantre des bois, le serin est le musicien de la chambre ; lè premier tient tout de ta nature, le second participe à nos arts. Avec moins de force d’organe, moins d’étendue dans la voix, moins de variété dans les sons, le serin a plus d’oreille, plus de facilité d’imitiition, plus de mémoire; et comme la différence du caractère (surtout dans les animaux) tient de très-près à celle qui se trouve entre leurs sens, le serin, dont l’ouïe est plus attentive, plus susceptible de recevoir et de conserveries impressions étrangères, devient aussi plus social, plus doux, plus familier : il est capable de connaissance et meme d’attachement; ses caresses sont aimables, ses petits dépits innocents et sa colèi'c no blesse ni n’offense. Ses habitudes naturelles le rapprochent encore de nous : il se nourrit de graines comme nos autres oiseaux domestiques; on l’élève plus aisément que le rossignol, qui ne vit que de chair ou d’insectes, et qu’on ne peut nourrir que de mets prépares. Son éducation, plus facile, est aussi plus heureuse : on l’élève avec plaisir, parce qu’on l’instruit avec succès; il quitte la mélodie de son chant naturel pour se prêter à l’harmonie de nos voix et de nos instruments; il applaudit, il accompagne et nous rend au delà de ce qu’on peut lui donner. Le ros.signol, plus fier de son talent, semble vouloir le conserver dans toute sa pureté; au moins parait-il faire assez peu de cas des nôtres : ce n’est qu’avec peine qu’on lui apprend à répéter quelques-unes de nos chansons. Le serin peut parler et siffler; le rossignol méprise la parole autant que le sifflet et revient sans cesse à son brillant ramage. Son gosier, toujours nouveau, e.st un chef-d’œuvre de la nature auquel l’art humain ne peut rien changer, rien ajouter; celui du serin est un modèle de grâces d’une trempe moins fermé que nous pouvons modifier. L’un a donc bien plus de part que l’autre aux agréments de la société : le serin chante en tout temps, il nous récrée dans les jours les plus sombres. Il contribue même à notre bonheur; car il fait l’amusement de toutes les jeunes personnes, les délices des recluses; il charme au moins les ennuis du cloître, porte de la gaieté dans les âmes innocentes et captives ; et ses petites amours, qu’on peut considérer de près en le faisant nicher, ont rappelé mille et raille fois à la tendresse des cœurs sacrifiés : c’est faire autant de bien que nos vautours savent faire de mal.
C’est dans le climat heureux des Hespérides que cet oiseau charmant semble avoir pris naissance ou du moins avoir acquis toutes ses perfections : car nous connaissons en Italie une espèce de serin plus petite que celle des Canaries, et en Provence une autre espèce presque aussi grande ; toutes deuxplus agrestes et qu’on peut regarder comme les tiges sauvages d'une race civilisée. Ces trois oiseaux peuvent se mêler ensemble dans l’état de captivité, mais dans l’état de nature ils paraissent se propager sans mélange chacun dans son climat : ils forment donc trois variétés
HISTOIRE iN'.VTURELLE
constantes qu il serait bon de designer cliacune par un nom different alin de ne les pas conlondre. Le plus grand s’appelait cto// ou cini dès le temps de Reion (il y a plus de deux cents ans) ; en Provence on le nomme encore auiourdhui rùn ou et l’on appelle venlwon celui d’Italie. Le canari, Icventuron et le cini sont lesnoms propres que nous adopterons pour designer ces trois variétés, et le serin sera le nom de l’espèce senérique. * °
Le\ enturon ou serin d’Italie se trouve non-seulement dans toute l’Italie, mais en Orece, en Turquie, en Autriche, en Provence, en Languedoc, en Latalogne, et probablement dans tous les climats de cette température. Weanmoms il y a des années où il est fort rare dans nos provinces méridionales et particulièrement à Marseille. Son chant est agréable et varié • la lemellc est inférieure au mâle et par le chant et par le plumage. La lorme, la couleur, la voix et la nourriture du venturon et du canari sont a peu près les memes, h la diflércncc seulement que le venturon a le corps sensiblement plus petit, et que son chant n’est ni si beau ni si clair.
Le cmi ou serin vert de Provence, plus grand que le venturon, a aussi la VOIX bien plus grande; il e.st remarquable par ses belles couleurs par la lorce de son chant et par la variété des sons qu’il fait entendre. La fcmelle un peu plus grosse ejue le mâle et moins chargée de plumes jaunes ne chante pas comme lui etne répond, pour ainsi dire, que par monosyllabes. Il se nourrit des plus petites graines qu’il trouve à la campagne; il vit ongtemps en cage, et semble se plaire à côté du chardonneret ; il paraît 1 écouter et en emprunter des accents qu’il emploie agréablement pour varmr son ramage. 11 se trouve non-seulement en Provence, mais encore en Dauphine, dans le Lyonnais, en Riigey, à Genève, en Suisse, en Allcmagne, en Italie, en Espagne. C’est le même oiseau qu’on connaît en Hourgogne sous le nom de seiin. Il lait son nid sur les osiers plantés le long des nvieres, et ce nid est composé de crin et de poil à l’intérieur, et de mousse au dehors. Cet oiseau qui est as.scz commun aux environs de Marseille et dans nos provinces méridionales jusqu’en Bourgogne est rare dans nos provinces septentrionales. M. Lôttinger dit qu’il i^’cst que de passage en Lorraine.
La couleur dominante du venturon, comme du cini, est d’un vert jaune sur le dessus du corps et d’un jaune vert sur le ventre : mais le cini' plus grand que le venturon, en diffère encoi-e par une couleur lirune qui se trouve par taches longitudinales sur les côtés du corps et par ondes audessus; au heu que dans notre climat la couleur ordinaire du canari est uniforme, d un jaune citron sur tout le corps et môme sur le ventre. Ce n est cependant qu à leur extrémité que les plumes sont teintes de cette belle couleur; elles sont blanches dans tout le reste de leur étendue La femelle est d’un jaune plus pâle que le mâle. Mais cette couleur citron tirant plus ou moins sur le blanc, que le canari prend dans notre climat n est pas la couleur qu’il porte dans son pays natal, et clic varie suivant’ les dilierentes températures.
« J‘ai remarqué, dit un de nos plus Iiabiles naturalistes, que le serin des Canaries qui devient tout blanc en France est à Ténériffe d’un gris presque aussi foncé que la liriotte; ce changement de couleur provient vraisemblablement de la froideur de notre ciimaL ))
La couleur peut varier aussi par lu diversité des aliments, par la captivité et surtout par les assortiments des différentes races. Dès le commencement do ce siècle les oiseleurs comptaient déjà, dans la seule espèce
DU SEIUi\. 499
des canaris, vingt-neul' variétés toutes assez reconnaissables pour être bien indiquées *. La tige primitive de ces vingt-neuf variétés, c’est-à-dire celle du pays natal ou du climat des Canaries est le serin gris commun. Tous ceux qui sont d’autres couleurs uniformes les tiennent de la différence des climats} ceux qui ont les yeux rouges tendent plus ou moins à la couleur absolument blanche, et les panachés sont des variétés plutôt factices que naturelles.
Indépendamment de ces différences qui paraissent être les premières variétés de l’espèce pure du .serin des Canaries transporté dans différents climats ; indépendamment do quelques races nouvelles qui ont paru depuis, il y a d’autres variétés encore plus apparentes qui proviennent du mélange du canari avec le venturon et avec le cini ; car non-seulement ces trois oiseaux peuvent s’unir et produire ensemble, mais les petits gui en résultent, et qu’on met au rang des mulets stériles, sont des métis féconds dont les races se propagent. Il en est do même du mélange des canaris avec les tarins, les chardonnerets, les linottes, les bruants, les pinsons : on prétend même gu’ils peuvent produire avec le moineau. Ces espèces d’oiseaux, quoique tres-dillércntes et en apparence assez éloignées de celle des canaris, ne laissent pas de s’unir et de produire ensemble lorsqu’on prend les précautions et les soins nécos.saircs pour les apparier. La première attention est de séparer les canaris de tous ceux de leur espèce; et la seconde, d’employer à ces essais la femelle plutôt que le mâle. On .s’est assuré que la serine de Canarie produit avec tous les oiseaux que nous venons de nommer; mais il n’est pas également certain (jue le mâle canari puisse produire avec les femelles de tous ces memes oiseaux. Le tarin et le chardonneret sont les seuls sur lesquels il me paraît que la production de la femelle avec le mâle canari soit bien constatée. Voici ce que m'a écrit à ce sujet un de mes amis, homme aussi expérimenté que véridique :
* Nous les allons toiiles désigner, en coniinençanl par les plus communes el finissant par les plus rares.
la
Le serin gris comiiiiiii.
Le serin gris, aux duvets el aux pâlies blanches, qu’on appelle race de •panachés
Le serin gris à queue blanche, race de panarhés.
Le serin blond commun.
Le serin blond aux yeux rouges.
Le serin blond doré
Le serin blond aux duvets, race de panachés.
Le serin blond à queue blanche, race de panachés.
r.e serin jaune cominun.
Le serin jaune aux duvets, race de panachés.
Le serin jaune à queue blanche, race de panachés.
Le serin agate commun.
Le serin agate aux yeux ronges.
Le serin agale à queue blanche, race de panachés.
16 Le serin agale aux duvels, race de pana-
chés.
10 Le serin isabelle commun.
17 Le serin isabelle aux yeux rouges.
18 l.e serin Isabelle doré.
19 Le serin isabelle aux duvels, race de pa-
nachés.
30 Le serin blanc aux yeux rouges.
31 Le serin panache commun.
33 Le serin panaché aux yeux rouges.
33 Le serin panaché de blond.
34 Le serin pauachédeblondauxyeux rouges.
35 Le serin panaché de noir.
36 Le serin panaché de noir jonquille aux
yeux rouges.
37 Le serin panaché de noir jonquille et ré-
gulier.
38 Le serin plein (c’est-à-dire pleinement
et ciilièrcmenl jaune jonquille) qui est plus rare.
39 Le serin à huppe (ou plutôt à couronne);
c’est un des plus beaux.
« Il y a Irenle ans que j'élève un grami nombre de ces petits oiseaux, et je me SUIS pariiciiberement altaché à leur éducation : ainsi c’est d’après plusieurs expériences et observations que je puis assurer les faits suivants Lorsqu’on veut apparier (les canaris avec des chardonnerets, il faut prendre dans le nid de jeunes chardonnerets de dix a douze jours, et les mettre dans des nids de canaris du même âge les nourrir ensemble et les laisser dans la même volière, en accoutumant le chardonneret a la meme nourriture du canari. On met pour l’ordinaire des chardonnerets mates avec (les canaris femelles ; ils s’accouplent beaucoup plus facilement et réussissent aussi beaucoup mieux que quand on donne aux serins mâles des chardonnerets lemelles. Il faut cependant remarquer que la première progéniture est plus tardive, parce que le chardonneret n’cnlre pas sitôt en paiüige que le canari Au contraire lorsqu’on unit la femelle chardonneret avec le mâle canari, le parinqe se fait plus léi. Pour qu’il réussisse, il ne faut jamais lâcher le canari mâle dans des volieres où il y a des canaris femelles, parce qu'il préférerait alors ces dernières à celles du chardonneret.
« A l’égard de l’union du canari mâle avec la femelle tarin, je puis assurer qu’elle réussit très-bien : j'ai depuis neuf ans dans ma volière une femelle tarin qui n’a pas manque de faire trois pontes tous les ans, qui ont assez bien réussi les cinq premières années; mais elle n’a fait que deux pontes par an dans les quatre dernières J'ai d’autres oiseaux de celte même espèce du tarin, qui ont produit avec les canaris sans avoir été élevés ni placés séparé lient. On lâche pour cela simplement le tarin mâle ou femelle dans une chambre avec un bon nombre de canaris ; on les verra s’ajiparier dans cette chambre dans le même t. mps que les canaris entre eux ; au lieu que les chardonnerets ne s’apparient qu’en cage avec le canari, et qu’il faut’encore qu'il n’y ail aucun oiseau de leur espèce. Le tarin vit autant de temps que le canari ; il s’accoutume et mange la même nourriture avec bien moins de répugnance que le chardonneret.
« J’ai encore mis ensemble des linottes avec des canaris : mais il faut que ce soit une linotte mâle avec un canari femelle; autrement il arrive très-rarement qu’ils réussissent, la linotte même ne faisant pas son nid et pondant seulement quelques œufs dans le panier, lesquels pour l’ordinaire sont clairs. J’en ai vu l’expérieiice parce que j’ai fait couver ces œufs par des femelles canaris et à plusieurs fuis sans aucun produit.
<r Les pimsons et les bruants sont très-difliciles à unir avec les canaris : j’ai laissé trois ans une femelle bruant avec un mâle de canari ; elle n’a pondu que des œufs clairs. Il en est (le même de la femelle pinson; mais le pinson et le bruant mâles avec la femelle canari ont produit quelques œufs féconds. »
Il résulte de ces faits et de quelques autres que j’ai recueillis, qu’il n’y a dans tous ces oiseaux que le tarin dont le méile et la femelle procluisent également avec le mâle ou la femelle du serin des Canaries : cette femelle produit aussi assez facilement avec le chardonneret, un peu moins aisément avec le mâle linotte; enfin elle peut produire, quoique plus difficilement, avec les mâles pinsons, bruants et moineaux, tandis que le serin mâle ne peut féconder aucune de ces dernières femelles. La nature est donc plus ambiguë et moins constante, et le type de l’espèce moins ferme dans la femelle que dans le mâle : celui-ci en est le vrai modèle; la trempe en est beaucoup plus forte que celle de la femelle, qui se prête à des mollifications liiverses et même subit des altérations par le mélange des espèces étrangères. Dans le petit nombre d’expériences que j’ai pu faire sur le mélange de quelques espèces voisines d’animaux quadrupèdes, j’ai vu que la ureliis produit aisément avec le bouc, et que le bélier ne produit point avec la chèvre. On m’a assuré qu’il y avait exemple de la production du cerf avec la vache, tandis que le taureau ne s’est jamais joint à la biche; la jument produit plus aisément avec l’âne que le cheval avec l’ânesse. Et en général les races tiennent toujours plus du mâle que de la femelle. Ces faits s’accordent avec ceux que nous venons de rapporter au sujet du mélange des oiseaux. On voit que la femelle canari
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peut produire avec le \ enturon, le cini, le tarin, le cliuruunneret la linotte le pinson, le bruant et le moineau, tandis (|uc le mâle canari ne produit aisément qu’avec la femelle du tarin, dilTicilemcnt avec celle du chardonneret et point avec les autres. On peut donc en conclure que la femelle appartient moins rigoureusement à son espèce que le mâle, et qu’en général c’est par les femelles que se tiennent de plus près les especes voisines. 11 est bien évident que la serine approche beaucoup plus que le serin de l'espèce du bruant, de la linotte, du pinson cl du moineau, puisqu’elle s’unit et produit avec tous, tandis que son mâle ne veut s’unir ni produire avec aucune femelle de ces memes espèces, .le dis ne ,veut, car ici la volonté peut faire beaucoup plus qu’on ne pense, et peut-être n’cst-ce que faute d’une volonté forme que les femelles se laissent subjuguer et souffrent des recherches étrangères et des unions disparates. Quoi qu’il en soit, on peut, en examinant les résultats du mélange de ces différents oiseaux, tirer des inductions qui s’accordent avec tout ce que j’ai dit au sujet de la génération des animaux et de leur développement. Comme cet objet est important, j ai cru devoir donner ici les principaux résultats du mélange des canaris, soit entre eux, soit avec les espèces que nous venons de citer.
^ La première vaiiété qui paraît constituer deux races distinctes dans l’cspccc du canari est composée des canaris panachés et de ceux qui ne le sont pas. Les blancs ne sont jamais panachés non plus que les jaunes citron; seulement lorsque ces dèrniers ont quatre ou cinq ans, l’extrémité des ailes et la queue deviennent blanches. Les giis ne sont pas d’une seule couleur gri.se; il y a sur le même oiseau des plumes plus ou moins grises, et dans un nombre de ces oiseaux gris il s’en trouve d’un gris plus clair, plus foncé, plus brun et plus noir. Les agates sont de couleur uniforme ; seulement il y en a dont la couleur agate est plus claire ou plus foncée. Les isabcllcs sont plus semblables ; leur couleur ventre-de-biche est constante et toujours uniforme, soit sur le même oiseau, soit dans plusieurs individus. Dans les panachés, les jaunes jonquille sont panachés de noirâtre; ils ont ordinairement du noir sur la tête. 11 y a des canaris panachés dans toutes les couleurs simples que nous avons indiquées; mais ce sont les jaunes jonquille qui sont le plus panachés de noir.
Lorsqu’on apparie des canaris de couleur uniforme, les petits qui en proviennent sont de la même couleur. Un mâle gris et une femelle grise ne produiront ordinairement que des oiseaux gris : il en est de niême des isabelles, des blonds, des blancs, des jaunes, des agates; tous produisent leurs semblables en couleur. I\lais si l’on mêlé ces différentes couleurs en donnant, par exemple, une femelle blonde à un mâle gris ou une femelle grise à un mâle blond, et ainsi dans toutes les autres combinaisons, on aura des oiseaux qui seront plus beaux que ceux des races de môme couleur; et comme ce nombre de combinaisons de races que l’on peut croiser est presque inépuisable, on peut encore tous les jours amener à la lumière des nuances et des variétés qui n’ont pas encore paru. Les mélanges que l’on peut faire des canaris panachés avec ceux de couleur uniforme augmentent encore de plusieurs milliers de combinaisons les résultats que l’on doit en attendre; elles variétés de l’espèce peuvent être multipliées, pour ainsi dire, à l’infini. 11 arrive même assez souvent que sans employer des oiseaux panachés, on a de trè.s-beaux petits oiseaux bien panachés qui ne doivent leur beauté qu’au mélange d^es couleurs différentes de leurs pères et mères, ou à leurs ascendants^ dont quelques-uns du côté paternel ou maternel étaient panachés. ’
■’)0i 1IIST0II5K NATÜKELLl!:
A 1 egard du mélangé des aiilrcs espèces avec celle du canari, voici les observations que j’ai pu recueillir. De tous les serins, le cini ou serin vert est celui qui a la voix la plus forte et qui paraît être le plus vigoureux, le plus ardent pour la propagation : il peut suffire à trois femelles canaris; il leur porte à manger sur leurs nids ainsi qu’à leurs petits. Le tarin et le chardonneret ne sont ni si vigoureux ni si vigilants, et une seule femelle canari sulfit à leurs besoins.
Les oiseaux qui proviennent des mélanges du cini, du tarin, et du chardonneret avec une serine, sont ordinairement plus forts que les canaris : ils chantent plus longtemps, et leur voix très-sonore est plus forte;; mais ils apprennent plus difficilement : la plupart ne siffient jamais qu’imparfaitement, et il est rare d’en trouver qui puissent répéter un seul air sans y manquer.
Lorsqu’on veut se pi’ocurer des oiseaux par le mélange du chardonneret avec la serine de Canaric, il faut que le chardonneret ait deux ans et la serine un an, parce qu’elle est plus précoce, et pour l’ordinaire ils réussissent mieux quand on a pris la précaution de les élever ensemble; néanmoins cela n’est pas absolument nécessaire, et l’auteur du Traité des Serins se trompe en assurant qu’il ne faut pas que la serine se soit auparavant accouplée avec un mâle de son espèce, que cela l’empccherait de recevoir les mâles d’une autre espèce. Voici un fait tout opposé :
« I! m’esl arrivé, dit le'père Boiigol, de metlre en.senible[doii7.e canaris, quatre mâles et huit femelles: du mouron de mauvaise qualité lit mourir trois de ces mâles et toutes les femelles perdirent leur première ponte. Je m'avisai de substituer aux trois mâles morts trois chardonnerels mâles pris dans un battant, Je les lâchai dans la volière au commencement de mai. Sur la fin de juillet j’eus deux nids de petits mulets qui réussirent on ne peut pas mieux, et l’année suivante j’ai eu trois pontes de chaque chardonneret mâle avec les femelles canaris. Les femelles canaris ne produisent ordinairement avec les chardonnerels que depuis l’âge d’un an jusqn’a quatre, tandis qu avec leurs mâles naturels elles produisent jusqu’à huit ou neuf ans d’âge ; il n’y a que la femelle commune panachée qui (iroduise au delà de l’âge de quatre ans avec le chardonnereL Au reste, il ne faut jamais lâcher le chardonneret dans une volière, parce qu il détruit les nids et casse les œufs des autres oiseaux. »
On voit que le.s serines, quoiqtte accoutumées aux mâles de leur espèce, ne laissent pas de se prêter à la recherche des chardonnerets, et ne s’en unissent pas moins avec eux. Leur union est même aussi féconde qu’avec leurs mâles naturels, puisqu’elles font trois pontes dans un an avec le chm’donnerct. 11 n’en (;sl pas de même de l’union du mâle linotte avec la serine ; il n’y a pour l’ordinaire qti’une seule ponte et très-rarement deux dans l’année.
Ces oiseaux bâtards qui proxicnnent du mélange des canaris avec les tarins, les chardonnerets, etc., ne sont pas des mulets .stériles, mais des métis léconds qui peuvent s’unir et produire non-seulement avec leurs races maternelle ou paternelle, mais même reproduire entre eux des individus féconds, dont les variétés peuvent aussi se mêler et sc perpétuer. ]\lais il faut convenir que le produit de la génération dans ces métis n’est pas aussi certain ni aussi nombreux à beaucoup près que dans les espèces pures; ces métis ne font ordinairement qu’une ponte par an et rarement deux : souvent les œufs sont clairs, et la production réelle diipend de plusieurs petites circonstances qu’il n’est pas possible de reconnaître et moins encore d’indiquer précisément. On prétend que parmi ces métis il se trouve toujours beaucoup plus de mâles que de femelles.
DU SUHIN. ;;03
« Une Icmelle ilr canari cl tiii i liard.jiirierel , dit le I' Dmign!, m’((rit,dans la même année, prodiiil en trois pontes dix-ncul' œul's, i|ui tons ont réussi. Dans ces dix-neuf petits mulets il n'y avait que trois femelles .sur seize mâles. »
Il serait bon de coinstater ce l'ail par des observations réitérées. Dans les espèces pitres de plusieurs oiseaux, comme dans celle de la perdrix on a remarqué cju’il y a aassi plus de mûle.s que de reinelles : l.a môme observation a etc faite sur l’espèce bumainc, il riait environ dix-sept garçons sur seize filles de no.s climats. On ignore quelle est la proportion du nombre des males cl de celui des femelles dans l’espèce de la perdrixj on sait seulement que les males sont en pitts grand nombre, parce qu’il y a toujours des bourdons vacants dans le temps An pariage : mais il n’est pasà présumer que dans aucune e.spèce pure le nombre des males excède celui des femelles autant que seize excede trois, c’est-à-dire autant que dans l’espèce môlée de la sci'inc et du chardonneret. J’ai ouï dire seulement qu’il se trouvait de môme plus de femelles que de mâles dans le nombre des mulets qui provicnnet de l’âne et de la jument : mais je n’ai pu me procurer sur cela des informations assez exactes pour qu’on doive y compter. 11 s’agirait donc (et cela serait assez facile) de détejininer par des observations combien il naît de mâles, et combien de femelles dans 1 espèce pure du canari, et voir ensuite si le nombre des mâles est encore beaucourj plus grand dans les métis qui proviennent des espèces mêlées du chardonneret et de la serine. La raison qui me porte à le croire, c’est qu’en général le mâle influe plus que la femelle sur la force et la qualité des races. Au reste, ces oiseaux métis qui sont plus forts et qui ont la voix plus perçante, l'halcincplus longue que lescanaris del’cspèce puni, vivent aussi plus longtemps. Mais il y a une observation constante qui porte sur les uns et sur les autres : c’est que plus ils travaillent à la propagation pins ils abrègent leur vie. Un serin mâle élevé seul et sans communication av ec une femelle vivra communément treize ou quatorze ans- un métis provenant du chardonneret, traité de meme, vit dix-huit et môme dix-neuf ans. Un métis provenant du tarin,etégalementpriv écle femelles vivra quinze ou seize ans, tandis que le serin mâle, aiapiel on donne une femelle ou plusieurs, ne vit guère que dix ou onze ans, le métis tarin onze ou douze ans, et le métis chardonneret quatorze ou quinze : encore, fautil^ av oir l’attention de les séparer- tous de leurs femelles après les pontes c’est-à-dire depuis le mois d’aoiït jusqu’au mois de mars 5 sans cela leur passion les use, et leur vie se raccourcit encore de deux ou trois années.
A ces remarques particulières, qui toutes .sont intéressantes, je dois ajouter une observation générale plus importante et qui peut encore donner quelques lumières sur la génération des animaux et sur le dévelo|3pemcnt de leurs difl'érentes parties. L’on a conshimment observé en mêlant les canaris, soit entre eux, soit avec des oiseaux étrangers, que les métis provenus de ces mélanges res,scmblent à leur père par îa^ète la queue, les jambes, et à leur mère par le reste du corps. On peut faire la môme observation sur les mulets quadrupèdes; ceux qui proviennent de l’âne et de la jument ont le corps aus.si gros que leur mère, et tiennent du père les oreilles, la queue, la séchcre.ssc des jambes. Il paraît donc que dans le mélange des deux liqueurs séminales, quelque intime qu’on cloivc le supposer pour raccomplissement de la génération, les molécules organiques fournies par la femelle occupent le cièntre de cotte sphère vivante qui s’accroît dans toutes les dimemsions, et que les molécules données par le mâle environnent celles de la femelle, de manière que l’en-
504 mSTOIKE NATURELLE
veloppe el les exlrcinités du corps appartiennent plus au père qu’à la mère. La peau, le poil et les couleurs, qu’on doit aussi regarder comme l'aismit partie extérieure du corps, tiennent plus du côté paternel que du côté maternel. Plusieurs métis que j’ai obtenus en donnant un bouc à des brebis avaient tous, au lieu de laine, le poil rude de leur père. Dans l’espèce humaine on peut de même remarquer que communément le fils ressemble plus à son père ^ii’à sa mère par les jambes, les pieds, les mains, l’écriture, la quantité et la couleur des cheveux, lu qualité de la peau, la {grosseur de la tètCj et dans les mulâtres qui proviennent d’un blanc et d’une négresse, la teinte de noir est plus diminu(;c que dans ceux qui viennent d’un nègre et d’une blanche. Tout cela semble prouver que dans l’établissement local des molécules organiques Iburnies par les deux sexes, celles du mâle surmontent et enveloppent celles de la Icmellc, lesfjuellcs forment le premier point d’appui et pour ainsi dire le noyau de 1 être qui s’organise, et que, malgré la pénétration et le mélange intime de ces molécules, il en reste plus de masculines à la surface et plus de féminines à I intérieur; ce qui paraît naturel, puisque ce senties premières qui vont chercher les secondes : d’où il résulte que dans le développement du corps les membres doivent tenir plus du père que de la incre, et te corps doit tenir plus de la mère que du père. ’
Et comme en général la beauté des espèces ne se perfectionne et no peut même se maintenir qu’en croisant les races, et qu’en me'mc temps la noblesse de la figure, la forc(! et la vigueur du corps dépendent presque en entier de la bonne proportion des membres, ce n’est que par les mâles qu’on peut ennoblir ou relever les races dans l’homme et dans les animaux : de grandes et belles juments avec de vilains petits chevaux ne produiront jamais que des poulains mal faits; tandis qu’un beau cheval avec une jument, quoique laide, produira de très-beaux chevaux, et d’autant plus beaux que les races du père et de la mère seront plus éloignées, plus étrangères l une à l’autre. 11 en est de même des moutons : ce n’est qu’avec des béliers étrangers qu’on peut en relever les race.s, et jamais une belle brebis avec un petit bélier commun ne produira que des agneaux tout aussi communs. Il me resterait plusieurs choses à dire sur cette matière importante; mais ici ce serait se trop écarter de notre sujet, dont néanmoins l’objet le plus intéressant, le plus utile pour l'histoire de la nature, sci ait l’exposition de toutes les observations qu’on a déjà faites et que l’on pourrait faire encore sur le mélange des animaux. Comme beaucoup de gens s’occupent ou s’amusent de la multiplication des serins et qu’elle se fait en peu de temps, on peut aisément tenter un grand nombre d’expériences sur leurs mélanges avec des oiseaux differents, ainsi que sur les produits ultérieurs de ces mélanges. Je suis persuadé que par la réunion de toutes ces observations et leur comparaison avec celles qui ont été faites sur les animaux et sur l’homme, on parviendrait à déterminer peut-être assez précisément l’influence, la puissance effective du mâle dans la génération relativement à celle delà femelle, et par conséquent à désigner les rapports généraux par lesquels on pourrait présumer que tel male convient ou disconvient à telle ou telle femelle, etc.
Néanmoins il est vrai que dans les animaux comme dans l’homme, et même dans nos petits oiseaux, la disconvenance du caractère, ou, si l’on veut, la différence des qualités morales, nuit souvent à la convenance des qualités physiques. Si quelque chose peut prouver que le caractère est une impression bonne ou mauvaise donnée par la nature et dont l’éducation ne peut changer les traits, c’est l’exemple de nos serins.
1)L; SKHIN. ;-,0ü
« Ils SDril prosiiuc Unis (dil M llervieux) différeiils lt‘s uns des aiilres par leurs iiiclinaliuns ; il y ii des mâles d'im tempcrainent Uiiijinirs triste, rè\curs pour ainsi dire, et presque toujours honlfis, elianianl rarement et ne ehuntantqne d’un ton lugubre... qui son! des leiiqis inlinis à apprendre et ne savent jamais que très-imparfaitement ce qu’on leur a montré, et le peu qu’ils savent, ils rouljlientai.sémcnt. . Ces mêmes serins sont souvent d’un nalurel si malpropre qu’ils ont toujours les pattes i-t la queue sales. Ils ne peinent plaire à leur femelle qu’ils ne réjouissent jamais par leur ( liant, même, dans le t»mps que ses petits vicnneni d’éclore, et d’ordinaire ecs petits ne 'aient pas mii iix que leur père... Il y a d’autres s outis qui sont si mauvais, qu'ils tuent la femelle qu’on leur donne, et qu’il n’y a d’autre moyen de les dompter <|u’cn leur en donnatit deux; elles se réuniront pour leur défense eommune, et l’ayant d’abord vaincu par la foi ce, elles le vaincront ensuite par l’amnur. Il y en a d'autres d’uiu- inclination si barbare, qu’ils cassent et mangent les œufs lorsque la femelle les a pondus; ou si ce pèic dénaturé les laisse couver, à peine les petits sont ils éclos qu'il les saisit avec le bec, les traîne dans la cabane et les lue. »
D’autres, qui sont sauvagc.s, farouches, indépendants, qui ne veulent être touchés ni caressés, qu’il faut laisser tranquilles et qu’on ne peut gouverner ni traiter comme les autres ; pour peu qu’on se mêle de leur ménage, ils refusent de produire; il ne faut ni toucher à leur cabane, ni leur ôter les œufs, et ce n’est qu’en les laissant vivre à leur fantaisie, qu’ils s’uniront et produiront. 11 y en a d’autres enfin qui sont très-paresseux : par exemple, les gris ne font presque jamais de nid ; il faut que celui qui les soigne fasse leur nid pour eux, etc. Tous cos caractères sont, comme l’on voit, très-distincts entre eux et très-ditrérents de celui de nos serins favoris, toujours gais, toujours chantant, si familiers, si aimables, si bons maris, si bons pores, et en tout d’un caractère si doux, d’un naturel si heureux, qu’ils sont .susct'ptibles de toutes les bonnes impressions et doués des meilleures incünations : ils récréent sans cesse leur femelle par leur chant; ils la soulagent dans la pénible assiduité de couver; ils 1 invitent à changer de situation, à leur coder la place, et couvent eux-memes tous les jours pendant quelques heures; ils nourrissent aussi leurs petits, et enfin ils apprennent tout ce qu’on veut leur montrer. C’est par ceu.x-ci seuls qu’on doit juger l’espèce, et je n’ai fait mention des autres que pour démontrer que le caractère, même dans les animaux, vient de la nature ct n’appartient pas à l’éducation.
Au reste, le mauvais naturel apparent qui leur fait casser les œufs et tuer leurs petits vient souvent de leur tempérament et de leur trop grande pétulance en amour; c’est pour jouir de leur femelle plus pleinement et plus souvent qu’ils la chassent du nid et lui ravissent les plus chers objets de son aficction. Au.ssi la meilleure manière de faire nicher ces oiseaux n’est pas de les séparer et de les mettre en cabane; il vaut be^aucoup mieux leur donner une chambre bien exposée au soleil, et au levant d’hiver; ils s’y plaisent davantage et y multiplient mieux; car s’ils sont en cage ou en cabane avec une seule femelle, ils lui casseront ses œufs pour en jouir de nouveau : dans la chambre au contraire, où il doit y avoir plus de femelles que de mâles, ils en chercheront une autre et laisseront la première couver tranquillement. D’ailleurs les mâles par jalousie ne laissent pas de se donner entre eux de fortes distractions; et lorsqu’ils en voient un trop ardent tourmenter sa femelle et vouloir casser les œufs, ils le battent assez pour amortir scs désirs.
On leur donnera, pour faire les nids, de la charpie de linge fin, de la bourre de vache ou de cerf qui n’ait pas été employée à d’autres usages, de la mousse et du petit foin sec et très-menu. Les chardonnerets et les tarins qu’on met avec les serines, lorsqu’on veut se procurer des métis,
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emploient le petit foin et la mousse de préférence; mais les serins se servent plutôt de la bourre et de la charpie. 11 faut qu’elle soit bien hachée, crainte qu’ils n’enlèvent les œufs avec cette espèce de filasse qui s’embarrasserait dans leurs pieds.
Pour les nourrir on établit dans la chambre une trémie percée tout à l’entour, de manière qu’ils puissent y passer la tcU*. On mettra dans cette trémie une portion du mélange suivant : trois pintes de navette, deux d’avoine, deux de millet, et enfin une pinte de chènevis, et tous les douze et treize jours on regarnira la trémie, prenant garde que toutes ces graines soient bien nettes et bien vannées. Voilà haïr nourriture tant qu’ils n’ont que des œufs : mais la veille que les petits doi\ ent éclore on leur donnera un échaudé sec et pétri sans sel, qu on leur laissera jusqu’à ce qu’il soit mangé, après quoi ou leur donnera des œufs cuits durs; un seul œuf dur s’il lï’y a que deux mâles et quatre femelles, deux œufs s’il y a quatre mâles et huit femelles; et ainsi à proportion du nombre : on ne leur donnera ni salade ni verdure pendant qu’ils nourrissent; cela affaiblirait l)eaucoup les petits. IMais pour varier un peu leurs aliments et les réjouir par un nouveau mets, \ous leur donnerez tons les trois joui's sur une assiette, au lieu de l’échaudé, un morceau de pain blanc trempé dans l’eau et pressé dans la main; ce pain, qu’on ne leur donnera qu un seul jour sur trois, étant pour ces oiseaux une no\irriturc moins substantielle que l’échaudé, les empêchera de devenir trop gras pendant leur ponte. On fera bien aussi de leur fournir dans le même temps quelques graines d’alpiste, et seulement tous les deux jours, crainte de les trop échauffer : le biscuit sucré produit ordinairement cet effet, qui est suivi d’un autre encore plus préjudiciable : c’est qu’étant nourris de biscuit ils font souvent des œufs clairs ou des petits faibles et trop délicats. Lorsqu’ilsauront des petits on leur fera tous les jours bouillir de la navette afin d’en ôter l’Acreté.
n Une longue expérience ( dit le père Bougot ] m’a appris que celle nmirriliirc csl celle (pii leur convienl le mieux, quoi qu'en disenl tous les ailleurs qui oui écrit sur les canaris. »
Après leur ponte il faut leur donner du plantain et de la graine de laitue pour les purger; mais il faut en même temps ôter tous les jeunes oiseaux, qui s’affaibliraient beaucoup par cette nourriture, qu’on ne doit fournir que pendant deux jours aux pères et mères. Quand vous voudrez élever des serins à la brochette, il ne faudra pas, comme le conseillent la plupart des oiseleurs, les laisser à leur mere jusqu’au onzième ou douzième jour ; il vaut miinix lui ôter ses petits dès h; huitième jour : on les enlèvera avec le nid et on ne lui laissera que le panier. On préparera d’axanee la nourriture de ces petits; c’est une pâtée composée de navette bouillie, d’un jaune d’œuf et de mie d’échaudé, mêlée et pétrie avec un peu d’eau, dont on leur donnera des becquées toutes les deux heures. Il ne faut pas que cette pâtée soit trop liquide, et l’on doit, crainte qu’elle ne s’aigrisse, la renouveler chaque jour jusqu’il ce que les petits mangent seuls.
Dans ces oiseaux captifs la production n’est pas aussi constante, mais parait néanmoins plus nombreuse qu’elle ne le serait pi obablemcnt dans leur état de liberté; car il y a quelques femelles cpii font quatre et mênie cinq pontes par an, chacune de. quatre, cinq, six et quelquclois sept œufs : communément elles font trois pontes, et la mue les empêche d’en faire davantage. U y a néanmoins des femelles qui couvent pendant la mue^
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pourvu que leur ponte; soit commencée avant ce temps. Les oiseaux de la meme nichée ne muent pas tous en meme temps. Les plus faibles sont les premiers qui subissent ce changement d’état; les plus forts ne muent souvent que plus d’un mois après. La mue des serinsjonquille est plus longue et ordinairement plus funeste que celle des autres. Ces femelles jonquille ne font que trois pontes de trois œufs chacune. Les blonds mâles et femelles sont trop délicats et leur nichée réussit rarement; les isabclles ont quelque répugnance à s’apparier ensemble : le mâle prend rarement, dans une grande volière, une femelle isabelle, et ce n’est qu’en les mettant tous deux en cage mi’ils se déterminent à s’unir. Les blancs, en général, sont bons à tous; ils couvent, nichent et produisent aussi bien et mieux qu’aucun des autres, et les blancs panachés sont aussi les plus forts de tous.
iMalgré ces différences dans le naturel, le tempérament et dans le nombre de la production de ces oiseaux, le temps de l’incubation est le même; tous couvent également treize jours, et lorsqu’il y a un jour de plus ou de moins, cela paraît venir de quelque circonstance particulière. Le froid retarde réclosion des petits et le chaud l’accélère : aussi arrive-t-il soin ent que la première couvée qui se troin e au mois d’avril dure treize jours et demi ou quatorze jours au lieu de treize, si l'air est alors plus froid que tcmp('ré; et au contraire dans la troisième couvée qui se fait pendant les grandes chaleurs du mois de juillet ou d’août, il arrive quelquefois que les petits sortent de l’œuf au'liout de douze jours et demi et mémo de douze jours. On fera bien th; séparer les mauvais œufs des bons; mais, pour lès reconnaître d’une manière sûre, il faut attendre qu’ils aient été couvés pendant huit ou neuf jours; on prend doucement chaque œuf par les d(‘ux bouts, crainte de les casser: on les mire au grand jour ou a la lumière d’une chandelle, et l’on rejette tous ceux qui sont clairs ; ils ne feraient que fatiguer la femelle si on les lui laissait. En triant ainsi les œufs clairs, on peut assez souvent de trois couvées n’en faire que deux ; la troisième femelle se trouvera libre et travaillera bientôt à une seconde nichée. Une pi’atiquc fort recommandée par les oiseleurs, c’est d'enlever les œufs à la femelle à mesure qu’elle les pond et de leur substituer des œufs d’i- \ oire, afin que tous les œ.ufspuisscnt écloreen même temps; on attend le dernierœuf avant de rendre les autres à la femelle et de lui ôter ceux d’ivoire. D’ordinaire le moment de la ponte est à six ou sept heures du matin : on prétend que quand elleretarde seulement d’une heure, c’est que la femelle est malade : la ponte se fait ainsi successivement. 11 est donc aisé de se saisii- des œufs à mesure qu’ils sont produits. Néanmoin.s cette pratique, qui est plutôt relative à la commodité de l’homme qu’à celle de l’oiseau, est contraire au procédé de la nature; elle fait subir à la mère une plus grande déperdition de chaleur et la surcharge tout à la fois do cinq ou six petits qui, venant tous ensemble, l'inquiètent plus qu’ils ne la réjouissent, tandis qu’en les v'oyanl éclore successivement les uns après les autres, ses plaisirs se multiplient et soutiennent ses forces et son courage : aussi des oiseleurs très-intelligents m’ont assuré qu’en n’ôtant pas les œufs à la femelle et les laissant éclore successivement, ils avaient toujours mieux réussi que par cette substitution des œufs d’ivoire.
Au reste, nous devons dire qu’en général les pratiques trop recherchées et les soins scrupuleux que nos écrivains conseillent de donner à l’éducation de ces oiseaux sont plus nuisibles qu’utiles: il faut autant qu’il est possible se rapprocher en tout de la nature. Dans leur pays natal, les serins se tiennent sur les bords des petits ruisseaux ou des ravines
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humides J il ne faut donc jamais les laisser manqu(;i' d’eau, lantpour boire que pour se baigner. Comme ils sont originaires d’un climat très-doux, il faut les mettre à l’abri de la rigueur de i’hivcr ; il paraît même qu’étant déjà assez anciennement naturfilisés en France, ils se sont habitués au froid de notre pays,- car on peut les conserver en les logeant dans une chambre sans feu, dont il n’est pas même nécessaire que la fenêtre soit vitrée : une grille maillée pour les empêcher de fuir suiïii-a : je connais plusieus oiseleurs qui m’ont assuré qu’en les trailantainsi on enperd moins que quand on les lient dans des chambres échaullées parle feu. 11 en est de même de la nourriture; on pourrait la rendre plus simple, et çeul-êtrc ils ne s’en porteraient (pie mieux. Laie attention qui paraît plus nécessaire qu’aucune autre, c’est de ne jamais presser le temps de la première nichée : on a coutume de permettre à ces oiseaux de s’unir vers le 20 ou 25 de mars, et l’on ferait mieux d'allcndre le 12 ou le 15 d’avril; car lorsqu’on kîs met ensemble dans un temps encore froid, ils se dégoûtent souvent l’un de l’autre, et si par hasard les femelles font des œufs, elles les abandonnent, à moins quêta saison ne devienne plus chaude : on perd donc une nichée tout entière en voulant avancer le temps de la première.
Les jeunes serins sont diiïércnts diîs vieux, tant par les couleurs du plumage, que par quelques autres caractères.
« Un jeune serin (le l’année, observé le 13 seplembrc 1772, avait la tôle, le cou, le dos el les pennes des ailes noirâtres, excejité les (|iiatre premières pennes de l'aile gauche cl les six premières pennes de l’aile droite, qui étaieni blanchâtres; le croupinn, les couvertures des ailes, la queue, qui n'ctaii pas encore entièrement formée, et le dessous du corps étaient aussi de couleur blanchâtre, el il n’y avait pas encore de plumes sur le ventre depuis le ster/non juscpi’a r««u.s. (!e jeune oiseau avait le bec inférieur rentrant dans le bec supérieur qui était assez gros et un peu crochu. »
A mesure que l’oiseau avance en âge, la disposition et les nuances de couleur changent; on distingue les vieux des jeunes par la force, la couleur el le chant : les vieux ont constamment les couleurs plus foncées et plus vives que les jeuniis; leurs pattes sont plus rudes et tirant sur le noir, s’ils sont de la race grise; ils ont aussi les ongles plus gros et plus longs que les jeunes. La femelle ressemble quelquefois si fort au mâle qu’il n’est pas aisi; de les distinguer au premier coup d’œil : cependant le mâle a toujours les couleurs plus fortes que la femelle, la tête un ptui plus grosse et plus longue, les tempes d’un jaune plus orangé, et sous le bec une espèce de flamme jaune qui descend plus bas que sous le bec de la femelle; il a aussi les jambes plus longues; enfin il commence à gazouiller presque aussitôt qu'il mange seul. 11 est vrai (ju’ii y a des femelles qui, dans ce premier âge, gazouillent aussi fort que les mâles. Mais en rassemblant ces différents indices on pourra distinguer même avant la première mue les serins mâles et les femelles. .Après ce temps, il n’y a plus d’incertitude à cet égard, car les mâles commencent dès lors à déclarer leur sexe par le chant.
Toute expression subite de la voix est dans les animaux un indice vif de passion; et comme l’amour est de toutes les émotions intérieures celle qui les remue le plus souvent et qui les transporte le plus puissamment, ns ne manquent guère de manifester leur ardeur. Les oiseaux, par leur chant, le taureaiq par son mugissement, le cheval, par le hennissement, l’ours, par son gros murmure, etc., annoncent tous un seul et même désir. L’ardeur de ce désir n’est pas à beaucoup près aussi grande, aussi