DU SERIN
vive dans la femelle que dans le mâle, aussi ne l’exprime-t-elle que rarement par la voix : celle de la serine n’est tout au plus qu’un petit ton de tondre satisfaction, un signe de consentement qui n’échappe qu’après avoir écouté longtemps, et après s’ètre laissé pénétrer de la prière ardente du mâle, qui s efforce d’exciter ses désirs en lui transmettant les siens. Néanmoins cette femelle a, comme toutes les autres, grand besoin de l’usage de l’amour dès qu’elle est une fois excitée; car elle tombe malade et meurt, lorsque, étant séparés, celui qui a fait naître sa passion ne peut la satisfaire.
11 est rare que les serins élevés en chambre tombent malades avant la ponte ; il y a seulement quelques mâles qui s’excèdent et meurent d’épuisement. Si la femelle devient malade pendant la couvée, il faut lui ôter scs œufs et les donner à une autre; car quand même elle se rétablirait promptement, elle ne les couverait plus. Le premier syiTiptôme de la malaaie, surhmt dans le mâle, est la ti'istessc; dès qu’on ne lui voit pas sa gaieté ordinaire, il faut le mettre seul dans une cage, et le placer au soleil dans la chambre oii réside sa femelle. S’il devient bouffi, on regardenr s’il n’a pas un bouton au-dessus de la queue : lorsque ce bouton est mûr et blanc, l’oiseau le perce souvent lui-mème avec le Iiec; mais si la suppuration tarde trop, on pourra ouvrir le bouton avec une grosse aiguille, et ensuite étuver la plaie avec de la salive sans y mêler de sel, ce qui la rendrait trop cuisante sur la plaie. Le lendemain on lâchera l’oiseau malade, et l’on reconnaîtra par son maintien et son emiuessenuait auprès de sa femelle s'il est guéri ou non. Dans ce dernier cas, il laut le reprendre, lui soiifïler avec un petit tuyau de plume du vin blanc sous les ailes, le remettre au soleil, et reconnaître en le lâchant le lendemain l’état de .sa santé : si la tristcs.se et le diîgoùt continuent après ces piitits remèdes, on ne peut guèi'o c.spérer de le sauver; il faudra dès lors le remettre en cage séparée et donner à sa femelle un autre mâle ressemblant à celui qii’elle perd, ou si cela ne se peut, on tâchera de lui donner un mâle de la même espèce qu’elle : il y a ordinairement plus de sympathie entre ceux qui sc ressemblent qu avec les autres, à l’e.xception des serins isabelles, qui donnent la préférence à des femelles d’autre couleur. Mais il faut que ce nouveau mâle qu’on veut substituer au premier ne soit point novice en amour, et que par conséquent il ait déjà niché. Si la femelle tombe malade, on lui fera le même traitement qu’au mâle.
La cause la plus ordinaire des maladies est la trop abondante ou la trop bonne nourriture : lorsqu’on fait nicher ces oiseaux en cage ou en cabane, souvent ils mangent trop ou prennent de préférence les aliments succulents destinés aux petits; et la phqvart tombent maladies de répl»‘tion ou d’inflammation. En les tenant en chambre, on prévient eu grande partie cet inconvénient, parce qu’étant en nombre, ils s’empêchent niciproquement de s’excéder. Un mâle qui mange longtemps est sûr d’être battu par les autres mâles; il en est de même des femelles. Ces débats leur donnent du mouvement, des distractions et de la tempérance par néce.ssité ; c’est principalement pour cette raison qu’ils ne sont presque jamais malades en chamlire pendant le temps de la nichée; ce n’est qu’après celui de la couvée que les inlirmihis et les maux sc déclarent. La plupart ont d’abord le bouton dont nous venons de parler. Ensuite tous .sont sujets à la mue : les uns soutiennent assez bien ce changement d’état et ne laissent pas de chanter un peu chaque jour, mais la plupart perdent la voix, et quelques-uns dépérissent et meurent. Dès que les femelles ont atteint l’âge de .six ou sept ans, il en périt beaucoup dans la mue; les
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mâles supportent plus aisément cette espèce de inaladiej et subsistent trois ou quatre années de plus. Cependant, comme la mue est un effet dans l’ordre de la nature plutôt ciu’unc maladie accidentelle, ces oiseaux n’auraient pas besoin de remèdes, ou le trouveraient cux-mèrnes s’ils étaient élevés par leurs pères et mères dans l’état de nature et de liberté^ mais étant contraints, nourris par nous, et devenus plus délicats, la mue qui, pour les oiseaux libres, n’est qu’une indisposition, un état de santé moins parlait, devient pour ces captifs une maladie grave et ti'ès-souvcnt funeste, à lamiclle môme il y a peu de remèdes. Au reste, la mue est d’autant moins dangereuse qu’elle arrive plus tôt, c’est-à-dire en meilleure saison. Les jeunes serins muent dès la première année : six semaines api'ès qu’ils sont nés, ils deviennent tristes, paraissent bouffis, et mettent la Ulte dans leurs plumes; leur duvet tombe dans cette première mue, et à la seconde, c’(!st-à-dire l’année suivante, les grosses plumes, môme celle des ailes et de la queue, tombent aussi. Les jeunes oiseaux des dernières couvées, qui ne sont nés qu’en septembre ou plus tard, souffrent donc l)eauepup plus de la mue que ceux qui sont nés au printemps; le froid est très-contraire à cet état, et ils périraient tous si on n’avait soin de les tenir alors dans un lieu tempère et môme sensiblement cliaud. Tant que dure la mue, c’est-à-dire pendant six semaines ou deux mois, la nature travaille à produire des plumes nou\ elles; et les molécules organiques, qui étaient précédemment employées à faire le fond de la liqueur séminale, se trouvent absorbées pour cette autre production : c’est par cette raison que, dans ce même bmips do mue, les oiseaux ne se cherchent ni ne s’accouplent et qu’ils cessent de produire; car ils manquent alors de ce surplus de vie dont tout être a besoin pour pouvoir la communiquer à d’autres.
La maladie la plus funeste et la plus ordinaire, surtout aux jeunes serins, est celle qu’on appelle Xavalurc; il semble, en elï'el, que leurs boyaux soient alors avalés et descendus jusqu’à l’extrémité de leur corps. On voit les intestins à travers la peau du ventre, dans un état d’indammation, de rougeur et de distension : les [)lumes de cette partie cessent de ci-oître et tombent, l’oi.seau maigrit, ne mange plus, et cependant se tient toujoui's dans la mangeoire; enfin il ineui t en peu de jours : la cause du mal (!st la trop grande quantité ou la qualité trop succulente de la nourriture qu’on leur a donnée. Tous les remèdes sont inutiles; il n’y a que par la diète qu’on peut sauver quelques-uns de ces malades dans“un très-grand nombre. On met l’oiseau dans une cage séparée, on ne lui donne que de l’eau et de la graine de laitiuî; ces aliments rafraîchissants et purgatifs tempèrent l’ardeur qui le consume et opèiamt quelquefois des évacuations (|uilui sauvent la vie. Au reste, cette maladie ne vient pas de la nature, maisde l’aià que nous mettons à élev er ces oiseaux ; car il est très-mrc que ceux qu’on laisse nourrir par leurs pères et mères en soient atteints. On doit donc avoir la [dus gi-ande attention à ne leur donner que très-peu de chose en les élevant à la brochette; de la navette bouillie, un peu de mouron et point du tout de sucre ni d(; biscuit, et en tout plutôt moins que trop de nourriture.
Lorsque le serin fait un petil cri fréquent, qui paraît sortir du fond de la poiti inc, on dit qu’il est asthmatique : il est encore su jet à nue certaine extinction de voix, surtout après la mue; on guérit cette espèce d’asthme en lui donnant de la graine de plantain et du biscuit dur ti empé dans du vin blanc, et on fait cesser l’extinction de voix en lui fournissant do bonnes nourritun's, comme du jaune d’œuf haché av ec de la mie de
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pain, (îl pour l)oi.ssou de la tisane de réglisse, c’est-à-dire de l’eau où l’on fera ti-eraper et bouillir de cette racine.
Les serins ont quelquefois une espèce de chancre qui leur vient dans le bec ; cette maladie provient des mêmes causes que celles de l’avalure ; les nourritures trop abondantes ou trop substantielles que nous leur fournissons produisent quelquefois une inflammation qui se porte à la gorge et au palais, au lieu de tomber sur les intestins; aussi guerit-on cette espèce de chancre, comme l’avalure, par la diète et par dos ralraîchissants. On leur donne de la givdne de laitue, et on met dans leur eau quelques semences de melon concassées.
Les mites et la gale dont ces petits oiseaux sont soin ont infectés ne leur viennent ordinairement que de la malpropreté dans lamielle on les tient ; il faut avoir soin de les bien nettoyer, de leur donner de l’eau pour se baigner, de ne jamais les mettre dans des cages ou des cabanes de vieux ou de mauvais bois, de ne les couvrir qu’avec des étofTes neuves et propres, où les teignes n’aient point travaillé ; il faut bien vanner, bien laver les graines et les herbes qu’on leur fournit. Ou leur doit ces petits soins si l’on veut qu’ils soient propres et sains : ils le seraient s’ils avaient leur liberté; mais captifs et souvent mal soignés, ils sont comme tous les prisonniers, sujets aux maux de la misère, lie tous ceux que nous venons d’exposer, aucun ne paraît donc leur être naturel, à l’exception de la mue. 11 y a meme plusieurs de ces oiseaux qui, dans ce malheureux état de captivité, ne sont jamais malades, et dans lesquels l’habitude semble avoir formé une seconde nature. En général, leur tempérametd ne pèche que par trop de chaleur; ils ont toujours besoin deau : dans leur état de liberté, on les trouve près des ruisseaux ou dans des ravines humides. Le bain leur est très-nécessaire, même en toute saison : car si l’on met dans leur cabane ou dans leur volière un plat charge de neige, ils se coucheront dedans et s’y tourne,ront plusieurs lois avec une expression de plaisir, et cela dans le temps même des jdus grands froids; ce fait prouve assez qu’il est plus nuisible qu’utile de les tenir dans des endroits bien chauds.
Mais il y a encore une maladie à laquelle les serins, comme plusieurs autres oiseaux, paraissent être sujets, surtout dans l’état de captivité; c’est l’épilepsie : les serins jaunes en pai'ticiilier tombent plus souvent que les autres de ce mal caduc, (jui les saisit tout à coup et dans le temps même qu’ils chantent le plus fort. On prétend qu’il ne faut pas les toucher ni les prendre dans le moment qu’ils viennent de tomber; qu’on doit regarder seulement s’ils ont jeté une goutte de sang par le bec; que dans ce cas on peut les prendre, qu’ils reviennent d’eux-mêmes, et reprennent en peu de temps leurs sens et la vie; qu’il faut donc attendre de la nature cet clTort salutaire qui leur fait jeter une goutte de sang; qu’enfin si on les prenait auparavant, le mouvement qu’on leur communiquerait leur ferait jeter trop tôt cette goutte de sang, et leur causerait la mort. 11 serait bon de constater cette observation, dont quelques faitsmeparaissent douteux : ce qu’il y a de certain, c’est que quand ils ne pénissent pas du premier accident, c’est-à-dire, dans le premier accès de cette espece d epilepsie, ils ne laissent pas de vivre longtemps et quelquelois autant que ceux qui ne sont pas atteints de cette m'alailie : je crois néanmoins qu on pourrait les giiéiir tous en leur faisant une petite blessure aux pattes, car c est ainsi que l’on guérit les perroquets de l’i'qulepsie.
Que de maux à la suite de l’esclavage ! Ces oiseaux en liberté seraientils asthmatiques, galeux, épileptiques; auraient-ils des inflammations, des
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abcès, des chancres? et la plus triste des maladies, celle qui a pour cause l’amour non satisfait, n'est-elle pas commune à tous les êtres captifs? Les lemellcs surtout, plus profondément tendres, plus délicatement susceptibles, y sont plus sujettes que les mâles. On a remarqué qu’assez souvent la serine tomoe malade au commencementdu printemps, avant qu’onl’ait appariée; elle se dessèche, laneuit et meurt en peu de jours. Les émotions vaines et les désirs vides sont la cause de la langueur qui la saisit subitement, lorsqu’elle entend plusieurs mâles chanter à ses côtés, et qu’elle ne peut s’approcher d’aucun. Le mâle, quoique premier moteur du désir, quoique plus ardent en apparence, résiste mieux que la femelle au mal du célibat; il meurt rarement de privation, mais fréquemment d’excès.
Au reste, le physique du tempérament dans la serine est le même que dans les femelles des autres oiseaux; elle peut, comme les poules, produire des œufs sans communication avec le mâle. L’œuf en lui-meme, comme nous Tavons dit, n’est qu’une matrice que l’oiseau femelle jette au dehors; cette matrice demeure inféconde si elle n’a pas auparavant été imprégnée de la semence du mâle, cl la chaleur de l’incubation corrompt l’œuf au lieu de le vivifier. On a de plus observé, dans les femelles privées de mâles, qu’elles no foulque rarement des œufs, si elles sont absolument séquestrées, c’est-tà-dire si elles ne peuvent les voir ni les entendre; qu’elles en font plus souvent et en plus grand nombre lorqu’ellcs sont à portée d’être excitées par l’oreille ou la vue, c’est-à-dire par la présence du mâle ou par son chant : tant les objets, même de loin , émeuvent les puissances dans tous les êtres sensibles ! tant le feu de l’amour a de routes pour se communiquer !
^ Nous ne pouvons mieux terminer celte histoire des serins que par 1 extrait d’une lettre de M. Daines Barrington, vice-président de la Société royale, sur le chant des oiseaux, à M . Maty.
« La plupart de ceux qui ont des serins des Canaries ne savent pas que ces oiseaux chantent, ou comme la farlniise, ou comme le rossignol; cepciidanl rien n’est plus marqué que ce trait du chant du rossignol que les Anglais appellent et que la plupart des serins du Ti/rol expriment dans leur chant, aussi bien que quelques autres phrases de la chanson du rossigmd.
« .le lais mention de la supériorité des habitants de Londres dans ce genre de connaissances, parce que je suis convaincu que si l'on en consulle d’autres sur le chant des oiseaux, leur ré(>onsc ne p lurra que jeter dans rerretu'. »
OISEAUX ÉTRANGRKS
QUI Oi\T RAPPOIIT AUX SERINS.